FLOR
Oli ! toi:...
LE COMMISSAIRE
Allons... viens ici... Venez ici... (// Ventralne vers le canapé du fond.)
! r.OR.v {après une résista), ce légère., se laisse conduire ou canapé, et se retrouve sur les genoux du Commissaire). C'est vrai, aussi!... Ecoute, mon coco... il faut trouver
un autre moyen de nous voir... Enfin... ta dois bien avoir
un autre moyen, toi... de la police?
LE COMMISSAIRE
Non... je t'assure... je n'en ai pas. C'est le seul qui contente mon goût de l'aventure... en même temps qu'il m'apporte de la sécurité... J'ai besoin de sécurité... Pas pour moi... tu comprends... pour ma fonction... Qu'est-ce que tu veux?... Et puis ma femme est de plus eu plus jalouse... Elle me surveille... m'espionne, me suit... Tout à l'heure... tiens!... elle était là... en face... dans un fiacre... voilée... terrible... afin de bien voir si je rentrais à mon bureau... Elle est capable de tout... de tout, ma femme.
FLORA
Ta femme!... ta femme!... [Elle le regarde fixement, quelques secondes.) D'abord... d'où viens-tu, si beau?...
Du théâtre.
LE COMMISSAIRE FLORA
Du théâtre?... Ta femme?... (Tout près de pleurer.) Tu ne m'aimes pas !
LE COMMISSAIRE
Comment... je ne t'aime pas?
FLORA
Non... du moins... tu ne m'aimes plus...
LE COMMISSAIRE
Mais... je t'adore !... Donne-moi tes lèvres.
FLOHA {elle se laisse embrasser'^ .
Oh ça .. bien sûr !... Tu n'es jamais en retard, pour ça.
LR COMMISSAIRE Uivcc Une poss>on comiqtie). Tes lèvres... tes lèvres... Je ne t'aime pas?... Mais si je ne faimais pas... mon petit bébé... est-ce que je te ferais attendre des heures et des heures... la nuit, sur le trottoir... par la pluie... par le froid... par la neige? .. Est-ce que je t'exposerais aussi carrément aux insultes grossières des passants... aux brutalités de mes agents... aux congestions pulmonaires... à pire peut-être?. . Réfléchis un peu... sans nervosité... avec sang-froid!... (Grave, emphatique.) Mon enfant... ces sacrifices-là... qui élèvent l'àme... qui purifient lame... ces sacrifices sublimes I... on ne les exige que des créatures que l'on aime-., véritablement... passionnément...
FLOHA [un peu étonnée, ne comprenant pas très bien). Tu dis ça 1
LE COMMISSAIRE
Hé ouil... je dis ça... Evidemment, je dis ça... je dis ça parce que c'est la vérité!... parbleu!... [Flora hoc/ie ta tête.) As-tu lu Bourget ?... i Flora fait signe que now.) Ivresse dans le sacrifice... volupté dans la soutTrance... souffrance dans la volupté.
FLORA (haussant les épaules).
Des blagues!
LK COMMISSAIRE
Comment des blagues... La vérité psychologique, psychologique et chrétienne, mon bébé... Ce qui me fait de la peine... ce qui me vexe un peu... c'est que j'aie besoin de te dire tout cela... Les autres femmes... les femmes qui ont lu Bourget... auraient compris ça... auraient senti ça... tout de suite...
FLORA [après un temps oii elle est toute songeuse). Tu m'aimes, peut-être... mais tu ne me respectes pas... [Le Commissaire proteste d'un geste). . Non... tu ne me respectes pas... J'ai beau être une petite cocotte... tu ne me respectes pas... assez.
LE COMMISSAIRE
Ça, par exemple... c'est un peu fort !... Mais tu es folle...
SCEiNE m 11
Avec un rjrand geste.) Yoilù bien l'injustice des femmes... et leur incohérence !...
FLOHA
Non... non. [Le Commissaire veut la caresser.) Laisse tes mains... Enfin... je viens ici, à un rendez-vous d'amour, comme si on m'emmenait à Saint-Lazarre...
LE COMMISSAIRE
Justement... C'est ça qui est épatant!
FLUHA
Ah ! vrai !
LE COMMISSAIRE
Epatant... shakspearien !... Comment?... je m'ingénie à te faire passer aux yeux de mes employés, de mes agents... (le tout le poste... pour une rôdeuse de trottoir... plutôt que pour ma maîtresse... ma maîtresse adorée 1... Et je ne te respecte pas?... Ayez donc de la délicatesse!
FLORA {un peu émue).
Hector !
LE COMMISSAIRE
Ah! non, tu sais... C'est décourageant... et c'est... pénible!... {/'enflammé.) Mais, sacristi! qui donc fa jamais témoigné plus de respect que moi?... Et de toutes les manières?... Peux-tu me reprocher d'avoir jamais payé ton amour?
FLORA
Ça non !
T'ai-je jamais donné un sou... un seul sou ?
FLORA
C'est vrai...
LE COMMISSAIRE
Eh bien, alors?... Tu vois!
FLUU.V
Oui... mais ça n'est pas la question.
LE Commissaire Gomment?... Ça n'est pas la question?... Tout est là...
FLOR.A
Tu diras ce que tu voudras... Moi.,, ça me gène de venir
ici... comme ça... J'ai ma [iiideur... Et puis... je t'assure... ça me coupe le plaisir... Pourquoi ne viens-tu pas chez moi ?
LE COMMISSAIHE
Impossible !
FLOHA
C'est gentil, chez moi... tout rose et tout crème... Ça ne sent pas le tabac et le vieux sers;ent de ville, comme dans ta barraque... Et on y a tout sous la main... Hector?... voyons?...
LE COMMISSAIRE
Impossible...
Maman nous fera de bonnes bavaroises...
LE COMMISSAIRE
Non... non !
FLORA
C'est vrai !... Il n'y a jamais rien ici !... Viens chez moi, dis?...
LE COMMISSAIRE
Et ma femme?.. Tu n'y songes pas?... Ah ! non, merci... Pour que ma femme nous surprenne aux lèvres l'un de l'autre... Me vois-tu requis par ma femme, et obligé, comme fonctionnaire... de constater le flagrant délit du mari... Quelle situatian !
FLORA {câline).
Eh bien?... Ce serait drôle... Puisque tu aimes tant les sensations rares... Shak... Shak... Comment dis-tu ça?
LE COMMISSAIRE
Non... non... Pas de ces blagues-là!... Nous sommes très bien ici... [Il lui prend la taille.) Ici nous avons tout sous la main... Hé 1 hé !...
FLORA [écartant les mains dit Commissaire) Laisse... laisse... Tu ne le mérites pas...
LE COMMISSAIRE {pxalté).
Et puis, moi qui ai de l'imagination... qui suis un cérébral... {Flora hausse les épaules.) un passionnel... {plus bas, tout prés de Voreille.) un aberrant!... Eh bien, oui... là... un aberrant!... Quant tu arrives dépeignée... déchirée... un peu violée... te débattant, comme un pauvre petit