‹ Le portefeuilleChapitre 14 sur 22 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

très agile... à preuve que j'ai été réformé, anciennement, du service militaire, à cause de cette infirmité... Oui... enfin... tout cela... vous comprenez, m'avait valu une soirée dérisoire... Ah! misère!... deux sous... et encore deux sous étrangers... qu'un beau monsieur... dans votre genre... Monsieur le Commissaire... un monsieur bien nippé .. pour ça!... cravate blanche... plastron de chemise boutonné de perles... canne à béquille d'or... de la soie et de la fourrure partout... m'avait .refilés, pour lui avoir ouvert la portière de son coupé... [Hauxsaut les épaules.) Deux sous... deux mauvais sous... à un pauvre bougre comme moi... un millionnaire!... Si ça ne fait pas pitié!...

LE COMMISSAIRE

C'est malheureux, sans doute... mais à qui de plus pauvre vouliez-vous donc qu'il les repassât?... N'attaquez jamais les millionnaires, mon brave homme... Ils sont indispensables au mécanisme social. Et s'il n'y avait plus de millionnaires... est-ce que vous trouveriez sur les trottoirs... des portefeuilles... comme celui-là?... Continuez !...

JE.AN GUENILLE (lin peu embarrassé).

Alors... je me dis, en considérant ces deux sous qui n'avaientpas cours: « Mauvaisejournée... sapristi! Depuis trois semaines, je n'en ai pas eu une si mauvaise... Ah! l'on a bien raison de prétendre que le commerce ne va pas... Et si c'est la faute aux Anglais... comme on l'assure, dans les journaux... »

LE COMMISS.^IRE

Tout est la faute .aux Anglais...

IE.\N GUENILLE

Sacrés Anglais, alors... que le diable les emporte!..,

LE COMMISSAIRE

A la bonne heure!... Mais au fait!... au fait!

JEAN GUENILLE

J'y viens... Monsieur le Commissaire... Sacrée hernie, aussi !

LE COMMISSAIKE

Dépêchons... dépêchons!...

20 I.K PUKlEHiUILLK

JEAN GUENILLE

Voilà... J'habite place d'Anvers, Monsieur le Commissaire (le police... C'est loin!... Je me décidai à rentrer chez moi... n'ayant point perdu l'espoir de rencontrer, en chemin, un pochard généreux... un brave souteneur... on une pauvre fille des rues... car, voyez-vous... eux, du moins... ils ont un cœur...

FLORA

Poursijr!...

JEAN GUENILLE (poursuivant).

Qui me donneraient deux sous... deux vrais sous... avec quoi je pourrais acheter du pain, le lendemain... Et comme je marchais depuis un quart d'heure... cahincaha... sans avoir rencontré personne... voilà que je sens... tout à coup... sous mes pieds... quelque chose de mou. D'abord je pensai que ça pouvait être une ordure... Et puis... je réfléchis que ça pouvait être quelque chose de bon à manger... [L'n Iciups.) quelque chose de bon à manger!... {/Ise frictionne le ventre.] Le hasard n'aime guère les pauvres, et il ne leur réserve pas souvent des surprises heureuses... Mais... quoi!... on no sait jamais!... Tenez!... je me souviens avoir trouvé, une nuit, rue Blanche... un gigot de mouton... Ah! je me suis régalé... ceî'te nuit-là... je me suis régalé comme un pauvre chien!... Mazettel... [Temps.]... Je me baissai pour ramener l'objet... et dès que je l'eus touché : « Va te promener, que je dis encore, c'est point des choses qui se mangent... Je suis volé... >^ J'étais volé, en effet, car c'était. Monsieur le Commissaire... ce portefeuille de malheur... Naturellement... à la lueur d'un bec de gaz tout [iroche, j'ouvris ce portefeui'lle et l'examinai... Dans nn des compartiments, je trouvai une liasse de billets de banque, attachés par une épingle... Personne dans la rue, ni un passant, ni un chien, ni une boutique allumée... Au loin, seulement, très loin... le bruit d'une voiture qui s'éloignait encore... Jamais je n'avais vu la rue si triste... si triste... et jamais je ne m'étais senti si pauvre... si pauvre!... (// baisse u)i peu la tête, et se passe la main dans les cheveux.) Rien, dans les autres compartiments... pas une carte... pas une photographie... pas une lettre... pas le moindre indice qui pût faire connaître le propriétaire de cette fortune que j'avais là... dans

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