‹ Le Portrait du diable, comédie en 1 acte, mêlée de coupletsChapitre 9 sur 16 · PÉLISSON, NANTEUIL · texte numérisé non relu

PÉLISSON, NANTEUIL

pélisson. Eh bien ! monsieur , vous le voyez , je Suis ponctuel.

ivAMTut. Je Vous en remercie beaucoup. (A part pendant que Pélisson donne un eoup+d’œit à f atelier.) Oh ! vraiment une figure comme celle-là est un fardeau pour celui qui la porte... mais c’est une trouvaille pour celui qui en a besoin.

pélisson. Voyons, monsieur, de quoi sf agit-il ? i

vvtTElfiL. Ainsi que j’ai en l’honneur de vous le dire hier en vous arrêtant rue aux Ours, il $ agit de me rendre un grand service.

pélisson. Vraiment, monsieur, il me parait singulier que vous vous soyez adressé de prcference à tnoi qui vous suis certainement inconnu.

nanteuil , avec malire. Il n’y a peutêtre que vous au inonde pour un service pareil... il y a de ces spécialités...

pélisson. En ce cas parlez , monsieur , que faut-il faire?

nanteuil. D’abord vons asseoir...

(II avance un fauteuil A FélU*ûn.) PÉLISSON, s'asseyant. C’est très-liien.. .

{A Nanteuil qui ferme la parte.) Eli bien !

que faites-vous donc?..

W4HT«Btt,ï Je mets les verrous.

PÉLISSON , inquiet. Les verrous !..

nanteuil. Pour que personne ne vienne nous interrompre.

PÉLISSON, à part et inquiet . Voilà qui me parait suspect : serais-je tombé dajis un guet-apens?

NAVTEtIL. Le service <jue je réclame exige une grande complaisance de votre part : j’ai Lesoiu de votre tête.

pélisson, effrayé. Qu’est-ce que vous dites donc , monsieur?

., froidement. Je vous le répète,

j’ai besoin de votre tête!

PELISSON, se levant. Et vous croyez que. . .

nanteuil , le faisant asseoir. Vous ne sortirez pas d’ici que votre portrait n’y reste à votre place.

pélisson , rassuré . Âh ! c’est de mon portrait qu’il s’agit?

nanteuil. Cela vous étonne?

pélisson. Et c’est pour avoir mon portrait que vous me faites monter vos cinq étages?..

NANTEUIL, souriant. Uniquement pour

cela.

pélisson, se levant. Je suis votre trèshumble serviteur.

nanteuil. C’est sur quoi je compte.

pélisson . Comment ?. .

nanteuil, le faisant asseoir. Et en qualité de mon très-humble serviteur , vous allez rester là...

pélisson. Oh ! pour le coup, c’est trop fort...

Au : Fonde ville de V oluiiie cites Ninon.

F taisante*- vous en ce moment?

Trê»-ohIigermt île ma nature ,

J’ai souvent prêté mon argent ,

Je ne prête pas ma figure.

RAMBCIl.

Ma parole vaut on billet,

Prêtez-la pour nn« séance.

FBI.IASOX.

Mais, cependant...

SARTim.

On vous promet De vous la tendre à icchcanctr.

Soyez tranquille, je ne la gâterai pas.

pélisson, à part. Il aurait de la peine.

(Haut.) Et que prétendez-vous faire de mon portrait ?

nanteuil. La plus grande discrétion m est recommandée... mais je vous garanbs que vous êtes destiné à figurer parmi ce qu’il y a de plus élevé...

pélisson , à part. Serait-ce pour l’Acadéinic?..

nanteuil. Allons... allons, un peu de complaisance. Tenez, pour vous amuser pendant ce tems-là , voici Artamène ou le Crand-Cyrus , un des chefs-d’œuvre de M 11 * de Scudéri...

pélisson, à part . M ,,r de Scudéri!..

Ah ! mon Dieu ! elle a menacé vingt fois de me faire peindre... elle estcapabled’une pareille folie !

NANTEUIL, qui a été chercher (Vautres I livres. Si ça ne vous amuse pas, voici les il Mémoires de Pélisson en faveur de Fouquet.

pélisson. Comment, Pélisson?.. chez vous?

nanteuil. Pourquoi pas?., ces mémoircs-U devraient se trouver partout... voilà de l’éloquence... voilà 1*01^ rage d’un honnête homme !.. d'un homme d’honneur !..

que sa conduite envers Fouquet est noble !

qu’elle est digne!.. J'en suis' fâché pour vous , monsieur , si vous ne partagez pas mon enthousiasme... mais Pélisson, c est mon Dieu!., c’est mon idole !.. je le mets à côté de Raphaël !.. pas pour la peinture.

pélisson. Vous lui faites beaucoup d’honneur ; car il me semble qu’il ne pouvait guère se conduire différemment.

Am : Honneur aux enfant de ta France. Vaudeville de Tarcnne.)

S'il eût agi d'une façon contraire,

TI eût du monde encouru le mépris ;

Car il n'a fait que ce qu'il devait faire ,

Il a prouve , qn’cxilé» ou proscrits ,

Les malheureux ont encor des amis ;

Ah ! macis que soient les destins de la France , Quand l'injustice y rendra des arrêts,

Les opprimés ne manqueront jamais D'un avocat pour leur défense.

Rtntoil. Eli ! quels sont donc ceux

Î |ui ont fait cfionu avec Pélisson?.. M. de .a Fontaine, qui s’est immortalisé par sa belle élégie, et puis cherciicz-en un troisième!.. tous ces comtes, ces marquis, ces ducs, ces barons qui encombraient le» salons du surinlendaat pétulant sa faveur..., lui ont-ils donné signe de vie depuis sa disgrâce?., ces grands seigneurs qu’il a si généreusement obligés ont oublié de lui rendre l’argent qu’il leur avant prêté; ceai messieurs ne paient pas leurs dettes der peur de se compromettre... et un pauvre diable comme l'elisson , je sais bien qu’il est de l'Académie , mais ce n’en est paai moins un pauvre diable, sans fortune, gueux comme un savant, il s'est laissé mettre en prison , il y est resté quatre ans sans desserrer le» lèvres... il atout fait pour, être confronté avec son maître , pour lui dire publiquement à la barbe de scs accusateurs, de scs ennemis : Vos papiers sont brûlés, entendez-vous? j’ai mis le feu à vos papiers!.. C'est superbe!., c’est sublime!.. je ne mourrai pas... non , je ne mourrai pas volontairement sans me trouver face à face avec ce digue bomine-là, sans lui dire combien je l’estime. .. je l’honoré... j Ah! pourquoi n'est-cc pas un artiste qui a fait ce trait-là ! un peintre en était capable. .

pélisson , tout ému. Monsieur... monsieur.

NANTIVIL. A la fin, cela vous remue, cela vous touche., c’est bien heureux! Allons, vous valez mieux que je ne pensais... toutà-l’lieure, mon pauvre bonhomme , vous n’aviez pas l’air de comprendre tout ce qu’il y avait de grand, de généreux...

pélisson. Assez, monsieur, assez, je vous en prie.

NANTEUIL. Pourquoi assez?...

pélisson. Si vous saviez tout le bonheur oue j’éprouve. Je suis... je suis ce pauvre diable de Pélisson , venu de sou village en sabots...

StLSTEIllL Voua?

PÉLISSON. accueilli par le surintendant Fouquet... qui pendant six ans me donna une places sa table... et dans ses bureaux,..

Ai» du Piège.

Riche et puiuant, h ma pauvre jeunesse,

Il prodigua les conseils , l'amitié ;

Sor son secourt j'appuyai ma faiblesse,

Ile ses bienfaits je u ai rien oublie.

EU! que m* fout scs torts, son imprudence * Quand il serait coupable envers le roi,

Quand il aérait coupable envers la France, Fouquet toitjours est kmoccnt pour moi.

nanteuil , accablé. Vous êtes Pélisson...

eh bien! moi , je suis un misérable.

pélisson. Vous êtes un artiste dont le nom m’était déjà connu... ce qui m’a décidé à me rendre à votre invitation.

nanteuil. Je donnerais tout au monde pour n’en avoir jamais eu l’idée. part f en le regardant . ) Et pourtant , je suis bien excusable!

pélisson. Expliquez -moi donc le motif..

nanteuil. Oui , je m’expliquerai , je dirai la vérité ; elle ne sera pas trop à mon avantage... mais qu’importe, la franchise avant tout. Parmi les ouvrages qui me sont commandés , il en est un qui presse d’autant plus qu’il doit m’être paye surle-champ, et je suis peintre dans toute l’étendue du terme ; or , l’argent de ce tableau est destinéà mon père, tourmenté par d'avides créanciers , et menacé de perdre sa liberté. Ce tableau, c’est le triomphe de l’archange Michel sur Salau... L'archange est fait.

pélisson. Eh bien ?

nanteuil. Satan restait à faire,.. .

pélisson , souriant. El vous manquiez de modèle ?...

nanteuil. De modèle satisfaisant.

pélisson , souriant. Satisfaisant!./. En effet , vous nej pouviez guère mieux tous adresser qu’à l'homme qui abuse de la permission d’être laid ?. .

U MAGASIN ÎBiAT» Al.

nanteuil. Ah ! monsieur ï ...

Am : Muses des bois.

Des traits charmai» servent parfois d'enseigne Ans coeurs porter» , aux esprits malfaisant ;

Avec prudence il faut souvent qu'on craigne Le faux éclat de ccs traits séduisans;

Mais PCternel h qui tout rend hommage Vous a doue des plus nobles ver tus :

Il fit d’abord votre aine à son image !... ,

Puis de renseigne il ne s'occupa plus.

Allons , allons , effaçons ce que j'ai commencé. . .

(U prend un gros pinceau et va pour barbouiller son 1 tableau; Pélisson l’eu empêche.)

pelissov Arrête* , jeune homme... et songez à votre père... f

nanteuil. A ce prix-U, mou pèren en voudrait pas!

pélisson. J’ai pu hésiter à vous prêter ma figure quand j ’ignorais l’usage que vous en vouliez faire... mais à présent , elle est toute à voire service..,

NANTEUIL* Oh ! monsieur...

PÉLISSON. Allons, point de façons... le tems presse. .. reprenez la palette, etsurtout n allez pasme faire plus beau que je nesuis.

Ai» : Au son du fifre et du tambour.

Qu'on reconnaisse votre touche.

NANTI Vit.

Je ne travaille qu'en tremblant.

raLiiftott.

Saisissez bien mon frout, ma booclre.

haithiii»

J’ai peur qu’il soit hop ressemblant.

Je n ai pas de cœur à l’ouvrage.

ratissa

Je suis heureux que mon virage Puisse vous tirer d’embarras;

Mais surtout ne me llatlcz pus*

Votre talent qui *c idv« 4 *

A la cour vous introduira.;

A|h! que voh e pinceau Map 1 Tledoute bien ce pays-là. ,

Pans ccs lieux mi chacun sait feindre,

Onclque jour vous aurez !i peindre i)e* grands, des mis, de* magistrats;

Mnn ami, ne le» (latte* na#. j, :

Oui, surtout ne Us Halte* pas.

(Kn se levant il va voir la toile.)

Allons, cela commence à prendre figure.

(A pari.) Figure., figure... (Haut.) Allons, c’est tres-bieo pour une première scance , et dans deux ou trois...

nanteuil. Comment , monsieur , vous penserie* à revenir/

pélisson. Il n’ya que le preuner pas qui conte , et il est fait... Et puia, ce ne sera plus le modèle... mais l’auu qui viendra

vous voir. - .

nanteuil. C’est doue pour me taire mourir de honte et de regiets.

pélisson. Ainsi, attendez-vous a me

revoir... à n)Ç revoir souvent- •• «t

mes visites ne finiront pas par vous être

agréables ?

NANTEUIL. Ah î monsieur...

rstisio*.

Ara : Je retonnais ce militaire.

Mon amitié vou* est acquise.

Je ne fai» pas de »**»«* discours.

Mai» une foi* qu’cUfc est promise Sur «lie on peut compter toujours.

asm «vil.

Ainsi, moiwenr, toute la vie Ken loi if d'en rougir k vos yeux.

Je chérirai l’étonrderie,

Qui vousa coudait en ces lieux.

ENSEMBLE

Mon amitié vous est j ac q U i set Oui, son amitié m’est \

J® nC / J ! S î pas de long» discoins il ne fait 1 1

Mais une fois qu’elle est promise,

Sur clic on peut compter tou joins.

(Pélisson sort.)

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