APPARENCES COLORÉES QUI NE RÉVÈLENT PAS DES CORPS
§ I . — Lumière et couleur dont la cause est subjective.
Il arrive souvent que, les yeux étant fermés, nous apercevons certaines apparences lumineuses ou colorées ; c'est même un fait habituel, et il suffit d'un peu d'attention, pour constater presque à chaque instant, quand nos yeux sont fermés ou dirigés vers un fond obscur, des apparences colorées variables.
Ces apparences sont évidemment des phénomènes tout à fait subjectifs. Leur cause même est interne.
Or, cette lumière et ces couleurs nous apparaissent devant nous, projetées comme un rideau devant nos yeux. Nous les voyons en dehors de nous, nous sommes sur la face interne d'un rideau coloré qui, par rapport à nous, est du côté du dehors. Bien plus, si nos yeux sont ouverts et dirigés vers un fond noir, les apparences lumineuses et colorées qui proviennent exclusivement de l'état de notre rétine, se projetteront à une distance vague mais réelle, de nos yeux, et poseront devant nous dans l'espace conmie des objets réels.
Cette observation, que tout le monde peut faire, montre que l'essence même de l'apparence colorée, consiste à apparaître au dehors, qu'elle apparaît aussi lors même qu'elle vient totalement du dedans.
S78 LE POSITIViâM£ ET LA SCIENCE EIPËRIMENTÂLE.
§ 2. *- Lumière et couleur provenant d'une came extérieure dont
le lieu exact est inconnu.
Considérons les rayons lumineux qui viennent raser Thorizon après le coucher du soleil et arrivent jusqu'à nos yeux. Ces rayons viennent du soleil, mais ils ont suivi un chemin que nous ignorons et ont été réfléchis par les brumes de Thorizon ou réfractés par Tatmosphëre. Quand ces rayons atteignent nos yeux, nous voyons à Thorizon une espèce de muraille lumineuse et colorée purement fictive ; c*est la couleur et la lumière apparente qui, ne se projetant pas sur un corps déterminé se sont projetées sur une limite de notre champ visuel créée par notre imagination. La formation de la voûte imaginaire azurée du ciel s'explique de la même manière : des rayons de lumière diffuse, aptes à produire une couleur apparente azurée, pénètrent dans nos yeux; la couleur apparente se produit, et n'ayant pas de corps sur lequelle elle se fixe, s'étend comme un rideau bleu hémisphérique au-dessus de nos tètes.
Dans ces deux cas^ nous voyons s'appliquer une règle générale, à savoir, que Timpression de couleur apparente se produit toutes les fois que la lumière objective pénètre dans notre œil, et se projette devant nous dans la direction d'où vient le rayon lumineux aussi loin que possible, c'est-à-dire jusqu'à ]a limite de l'étendue do notre vision dans cette direction, s'arrètant sur un corps opaque vu, s'il s'en rencontre dans cette direction, et, dans le cas contraire, créant une apparence colorée, une sorte de fond de tableau fictif.
L'application des couleurs apparentes sur la surface des corps d'où proviennent les rayons lumineux n'est plus qu'un cas particulier de cette loi générale. Les couleurs apparentes qui, par leur nature, apparaissent au dehors et se posent conmie des rideaux devant nos yeux, reculent, d'après cette loi, jusqu'à l'obstacle opaque qui termine le champ de la vision dans chaque direction. Lorsqu'elles sont produites par des rayons lumineux venus directement d*un corps, cette loi les ramène précisément