‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 272 sur 320 · LIVRE IV. - CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - CHAPITRE X

semble est monté sur un appareil à double rotation. C'est un merveilleux instrument pour déterminer par un contact mobile et multiple à la fois la forme d'un corps de petite dimension ; c'est un compas vivant qui atteste[lui-même par des sensations internes la position relative de ses différentes branches. Pour les objets plus grands, nous possédons un second bompas également articulé , celui des bras ; enfin quand il s'agit de distances plus grandes, ce sont nos pas, ouverture d'un troisième compas vivant qui nous servent de mesure.

Je ne m'arrêterai pas à décrire ces organes, mais je ferai remarquer une disposition singulièrement utile pour permettre aux signes perceptifs d'être localisés conformément aux règles que nous avons énoncées.

Il y a deux systèmes de nerfs servant à la perception. L'un, le système des nerfs tactiles est le siège des sensations cutanées, des sensations musculaires et de celles qui signalent le mouvement de la tête et de l'œil. Ce système de nerfs est destiné à nous manifester à nous-méme la situation relative et les mouvements de toutes les parties de notre corps; il est le signe propre du moi. En même temps, ces nerfs servent à nous faire connaître la position des corps étrangers par rapport à notre corps. Les sensations musculaires produisent ce résultat en s'unissant soit aux sensations cutanées, soit aux fantômes visuels. Les sensations musculaires indiquent les mouvements propres de notre corps , tandis que les sensations cutanées et le déplacement apparent des fantômes, causé parle glissement réel des pinceaux lumineux sur la rétine, indiquent le mouvement relatif des corps extérieurs par rapport à nos organes.

Ce premier système de nerfs, est le siège de sensations obscures par elles-mêmes et qui, suivant la loi que nous avons énoncée, s'évanouissent en apparence pour laisser paraître seul l'objet extérieur.

Le second système comprend les organes spéciaux des quatre autres sens. Dans ces appareils se produisent des sensations spéciales également irréductibles entre elles et très frappantes, sons, couleurs, odeurs, saveurs. Ces sensations sont les signes clairs et apparents qui servent à nous avertir de la présence des corps.

La nature a rendu les nerfs du second système indépendants de ceux du premier et insensibles par eux-mêmes à la douleur; les nerfs spéciaux de ces quatre sens ne produisent que des signes de ce qui est en dehors de nous. Il résulte de cette disposition que ces signes sont par leur nature indépendants en apparence du moi, et par conséquent transportables au dehors par rinduction et Thabitude. Le système des sensations tactiles est le signe du moi, les systèmes indépendants des autres sensations peuvent devenir les signes du non-moi. Aussi, quand plus tard rinduction et Thabitude auront transporté ces signes au dehors, nous conlemplerons les couleurs, nous entendrons les sons, sans penser à nous-mêmes.

Quand la cause lumineuse ou sonore est intense, nous éprouvons une douleur qui nous force à nous replier sur nous-mêmes, mais cette douleur ne vient pas des nerfs optiques et auditifs, elle vient de petits nerfs tactiles qui entourent les troncs nerveux spéciaux et pénètrent dans leur intérieur. Aussi, tandis que le son et la couleur nous paraissent toujours au dehors, la douleur produite par Téblouissement ou par les sons perçants se sent intérieurement dans Torgane, chacun de ces effets correspondant à des filaments nerveux distincts \

C'est ainsi que la nature prépare et rend possible, par la disposition anatomique de nos organes, la formation des habitudes qui devront rendre le langage des sens si aisément intelli^ble.

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