SCÈNE PREMIÈRE
MADAME DE VERLIÈRE , en robe de chambre, les cheveux poudrés. EUo est assise dans une bergère, au coin de la cheminée, coupant les feuillets d'un livre. M. DE LANCY entre par la porto de droite.
LANCY, sur la porte.
Pardon, chère voisine, c’est moi. Ne grondez pas votre camériste, elle m’a déclaré de son mieux que vous n’v étiez pour personne; mais je lui ai fait observer qu’un propriétaire n’est pas quelqu’un : ce raisonnement l’a subjuguée. Maintenant, faut-il que je m’en retourne?
MADAME DE VERLIÈRE.
Vous êtes bien heureux que ce soit vous!
LANCY
Ce livre est donc bien intéressant?
LE POST-SCRIPTUM
MADAME DE VER LIE RE
Je n’en sais rien ! je le coupe. Puisque vous voilà, mon cher Lancy, vous m’aiderez à attendre, car j’attends.
LANCY, remarquant qu’elle a les cheveux poudrée.
Qui? Le carnaval?
MADAME DE VERLIERE.
O mon Dieu, non. Je ne serais pas poudrée de si bonn heure pour le bal, je vous prie do le croire.
LANCY
Alors?
MADAME DE VERLIERE.
Quel est donc ce mystère, n’est-ce pas? Je ne veux pas avoir de secrets pour vous : on m’a mis ce matin de l’eau athénienne, et on m’a poudrée pour sécher mes cheveux. Êtesvous satisfait? — A proposée vous remercie de votre bourriche. Vous êtes le roi des chasseurs et le modèle des propriétaires.
LANCY
Va pour le premier compliment; mais le second tombe mal.
MADAME DE VERLIERE.
Vous m’inquiétez. Voudriez-vous m’augmenter, par hasard?
LANCY
Pis que cela. Je viens vous signifier congé.
MADAME DE VERLIERE.
Ést-ce une plaisanterie?
LANCY
Hélas! l’homme du monde ne se fût pas permis de forcer votre consigne; tant d’audace n’appartenait qu’à l’homme d’affaires.