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DU GENRE BOTANIQUE DIOSCOREA

Le genre Dioscorea confient plus de deux cents espèces, dont la très grande majorité habile les pays chauds. Un nombre assez nolable d'espèces croit cependant hors des tropiques, au Chili, au Cap de Bonne- Espérance, en Australie, eu Chine, au Japon, et aux États-Unis. Une petite espèce a él6 découverte sur le

(4) Vorigine des plantes cultivées^ par Alph. de CandoUe.

versant méridional des Pyrénées, il y a quinze ou vingt ans, à rextrème surprise des botanistes.

Beaucoup d'espèces sont de grandes lianes s'élevant très haut sur les arbres; beaucoup sont de plus modesles proportions; quelques-unes (parliculièrement au Chili) sont de très petites plantes de 2 ou 4 décimètres de haul, à tubercule gros comme une Noisette ou un Pois.

Presque toutes ont une souche vivace tuberculeuse et les tiges, quoique élevées, ne sont qu'annuelles.

Le D. villosa des États-Unis a cependant un rhizome ligneux, grêle, allongé, courant sous terre.

Les botanistes ont varié sur la nature du tubercule : pour les uns, c'est un rhizome, c'est-à-dire une lige souterraine radiciforme parce qu'il émet des bourgeons et a une slructure qui rappelle celle d'une tige; pour d'autres, c'est un organe de la nature des racines, se gorgeant de fécule et de sucs nutritifs accumulés.

Dans les échantillons d'espèces de médiocre dimension dont on a récolté la racine, il semble qu'un grand nombre des fibres radicellaires sortent du collet de la pianle au-dessus du tubercule.

Le tubercule est tantôt tendre et farineux, tantôt dur et coriace, doux au goùl et comestible, ou acre et vénéneux, simple ou lobule, fascicule, multiple, concentré ou diflus à tubercules partiels pédicellés. Il est placé sous terre, à une profondeur moindre ou plus grande.

La tige est grimpante, volubile à gauche. Elle est tendre ou coriace, de la grosseur d'une plume à écrire, ou un peu plus, ou très grêle, inerme ou épineuse, ronde ou anguleuse et relevée d'ailes membraneuses. Les feuilles sont le plus souvent du type cordiforme, acuminées, atténuées au sommet, polynerviées; jamais

leur bord ne porte de dénis. Elles sont fermes-coriaces ou membraneuses-minces, le plus souvent glabres, quelquefois un peu tomenteuses ou pubescentes, surtout par-dessous. Elles varient d*une espèce à l'autre, grandes, médiocres ou petites, plus étroites ou plus larges, fortement cordées à la base, obtuses ou même arrondies subatténuées. Quelques espèces ont les feuilles lobées ou même 3, 5 et 7 foliolées. Les feuilles sont opposées ou alternes; mais, sur les espèces opposilifoliées, on trouve un certain nombre de feuilles alternes, surtout sur les petits rameaux terminaux.

Ces détails, peut-être un peu longs et minutieux, feront aisément comprendre que le genre Dioscorea est encore mal connu, difQcile à étudier et à classer dans les herbiers; que Ton peut très aisément y supposer distincts spécifiquement des échantillons de la même espèce (tige principale ou rameaux terminaux, fleurs ou fruit de forme anormale...); que, si des sections botaniques ont été établies dans le genre par rapport à la graine, au fruit ou aux étamines, beaucoup d'écbantillons sont d'un classement impossible, s'ils n'ont que des fleurs mâles, des fleurs femelles sans fruit mûr, de trop jeunes fruits..., etc. ; que, suivant que le botaniste aime à distinguer minutieusement beaucoup ^'espèces, ou h réunir beaucoup de formes sous un seul nom, il y aura beaucoup plus ou beaucoup moins d'espèces admises.

La dernière monographie des Dioscoréacées est de Kunth (en 1850) : Enunieratio plantarum... Elle comprend cent-cinquante-neuf espèces de Dioscorea et trente espèces A'Helmia, genre que la plupart des botanistes réunissent aux Dioscorea, aujourd'hui.

Si j'en juge par quelques espèces cultivées ou américaines que j'ai vues vivantes et que je connais familiè-

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renient, je croîs que Knnih a trop multiplié les espèces.

D'une antre pari, les herbiers ont reçu, poslériourement au travail de Knnlh, un certain nombre d'espèces nouvelles,notammenl du Brésil, du Mexique, d'Afrique...

Diverses flores locales ont aussi publié des espèces ou réuni en une seule espèce plusieurs espèces antérieures.

Le chapitre consacré aux Ignames par M. de Candolle (Origine des plantes cultivées) fait entrevoir les nombreuses incertitudes que laisse la connaissance de ce genre très difficile.

PRINCIPALES ESPÈCES d'iGNAMES CULTIVÉES

Dioscorea globosa^oxhxxvçîh — Excellente espèce, classée au premier rang dans Tlnde anglaise ; très estimée des Européens. Racines blanches, arrondies, souvent très grosses; Roxburghn'avu celte espèce que cultivée. On peut rapprocher d'elle, comme variéli^s, les l). rubella Roxb. et D. purpurea Roxb. Je n'ai pas trouvé ce D. globosa dans Therbier du Muséum. Sa description a quelque ressemblance avec le D. alata. La tige est ailée, le pétiole aussi est ailé ; la forme de la feuille est analogue, mais il y a des différences. Le bas de la tige est aculéolé, les feuilles sont alternes ou opposées, le pétiole est plus long, les fleurs sont odorantes.

D, triloba Lam. — Excellente espèce américaine. Tubercules très tendres et très farineux.

D. alata L. — Bonne espèce, moins fine cependant comme qualité que les deux précédentes. Objet d'une culture considérable en Océanie, où elle est (avec le Taro) la plante alimenlaire principale. Bien productive quand elle est cultivée avec soin. Cultivée à Java, à Maurice... Variétés assez nombreuses.

D. Berteroana Kunlh (Z). cayennensis Lamk.). — Espèce de TArrique occidentale, qui esl cultivée en Amérique, où elle a été importée. Espèce robuste, de

Fig. 35. — Igname à lige ailée {Dioscorea alata).

grande production, très rustique. Tubercule unique, arrondi, discoïde, un peu dur quelquefois. Feuilles un peu coriaces, résistant à Tardeur du soleil.

2>. atropurpurea Roxb. — Espèce asiatique, très cultivée à Malacca, dans le Pégu et dans les îles orientales. Tubercule 1res gros, à chair violacée, au moins près de Técorce. Paraîl êlre une espèce 1res produclive. La description ressemble un peu au D. alala^ qui a des variétés à racine violacée.

D. eburnea Loureiro. — Sauvage et cultivé en Cochinchine; grosses racines longues, incurvées, blanches, d'une vague ressemblance de forme avec une défense d'éléphant. Point d'épines. Feuilles alternes, cordées.

D. acideala L. — Sauvage et cultivé dans Tlnde, TArchipel malais et TOcéanie.

D, pentaphylla L. — Tubercules très tendres, farineux, de volume médiocre, subarrondis, multiples.

D. saliva L. — Espèce incertaine, mal connue, ayant prêté à diverses confusions. Feuilles cordiformes, alternes ; bulbilles axillaires ; fruit obovale cunéiforme. Linné a reçu la graine de l'Amérique et Ta cultivée dans un jardin oti le tubercule a persisté en terre sans que la lige ait fleuri (Voy. Hortus Clifforl'mnm), Les auteurs de flores : Miquel, Flora Indiœ batavœ ; Bentham, Flora Hongkongeiuis ; Bojer, Hortus maurhianus, mentionnent cette espèce comme sauvage et cullivée dans rinde, à Maurice, aux Moluques. Linné, qui l'avait élevée de graines reçues d'Amérique, assure qu'elle croît aussi dans Tlnde. Paraît ressembler beaucoup au D. bulbifera, ne diiïérant que par une végétation moins vigoureuse, un tubercule sans âcreté, un fruit plus large.

Z>. Schimperiana Hochst. Récolté sauvage en Abyssiuie par Schimper. Racine cuite, comestible d'apiès l'étiquette de Schimper. Jeunes pousses pubérulentes. Ressemble aui>. sativa L.

/>. bulbifera L. — Paraît pousser sauvage dans

Tancien et le nouveau continent. La plante américaine (Guyane et Antilles) a été décrite sous le nom de />. lulea Mey. Végétation vigoureuse ; floraison abondante ; feuilles cordiformes, grandes, d'un vert clair; bulbilles axillaires nombreuses et très grosses. Tubercules probablement gros, mais ayant de lâcreté, qu'il faut détruire par le lavage à grande eau.

D.japonica ïhunb. et D. Batatas Dcne. — Espèces pouvant végéter dans les climats tempérés, où cependant les premiers froids surprennent leur tige feuillée avant qu elle ait fourni tous ses sucs aux tubercules ; se cultivant cependant aussi dans les climats chauds, dans le midi de la Chine, à Java. Bulbilles axillaires nombreuses. Tubercules fusiformes, allongés. Je n'ai pas pu savoir si, à Alger, les tiges fenillées du D. Batatas jaunissaient et séchaient à l'automne avant la récolte des racines, mais j ai su qu'il y fallait plusieurs années pour qu'un pied, élevé de bulbilles, devint un plant vigoureux.

D. triphylla L., syn. D. ddemona Hoxb. — Espèce croissant sauvage en Asie, dans l'Archipel malais et l'Afrique orientale ; végétation très vigoureuse ; tige aculéolée, élevée, subligneuse ; feuilles grandes, trifoiiolées ; inflorescence mâle paniculil'orme par la réunion de très nombreux épis floraux, denses, courts, bractéolifères ; fruit ovoïde oblong, trigone, grand. Tubercule volumineux, discoïde, probablement un peu dur, souvent (toujours?) d'un goût nauséeux (Koxburgh).

D. oppositifolia L. (/). nummularia Lamk.). — Espèce sauvage, croissant en abondance dans toute l'Asie méridionale, autour de laquelle se groupent diverses espèces voisines, qui n'en sont peut-être que des variétés ; vigueur de végétation moyenne ; jeunes pousses plus ou moins pubérulentes. Feuilles ovales, un peu

acuminées au sommet, nullement cordées à la base, brièvement pétiolées. Floraison abondante. Epis mâles, courts, groupés, fascicules sur un axe floral court. Fruit ovoïde arrondi, Irigone, aplati, coriace.

Racines dures et un peu ligueuses, d'après Hoxburgli, de volume médiocre d'après d'autres auteurs, mangées par les indigènes.

A. Reyuoso dit que certaines Ignames peuvent se multiplier de bouture ou de marcotte (je suppose qu'il énonce le D. triloba), que je n'ai jamais vu cependant multiplier de bouture à la Guyane.

En général, les tubercules d'Ignames coupés et lavés dans l'eau sont glissants et glutiueux, exsudant une gomme particulière.

ils sont denses et vont au fond de l'eau.

On les suppose plus nourrissants que les Patates.

Les espèces inermes à feuilles tendres pourraient donner de bous fourrages verts.

BnlblUes aériennes abondantes on se produisant an moins assez soavenl :

Dioscorea Batatas; D. japonica; D. saliva; Û. bulbi/era; D. crispata Hoxb.; D. toxicaria Bojer, de l'Afrique orientale ; D. alata.

Xabercule unique volumineux ou tubercules en petit nombre, fascicules, réunlM, ne croissant pas à une profondeur qui en rende l'extraction Incommode :

/). Derteroana; D. alala; D. eburnea ; D. atropuT'^ purea ; D, aculeata Koxb. ; D. fasciculata Koxb. ; D. globom Roxb.

Tubercules pédicellés, mnlUples, un peu diffus, mais d*nne extraction faciie :

D. triloba Lam. ; Z). pentaphylla.

Tul>ercule8 acres à quelque degré ou même Ténénenx:

D. bulbifera; D.triphylla et sa variélé D. dœmona; Roxburghdil de ce dernier qu'il esl « lerriblement nauséeux, même après avoir été rais dans Teau » ; /). toxi-caria Bojer, de la côle orientale d* Afrique (Monbaze).

Yigneron-Jousserandier dit qu'au Brésil une Igname originaire d'Afrique, à tige épineuse et à gros tubercule unique, qui me semble être le 2). Berteroana^ a le tubercule quelquefois un peu amer.

Espèces sauTages dont le tubercule est bon, ou au moins d'un usage acceptable en cas de disette :

Bon : D. pentaphylla ; D. aculeata.

Assez bon : D. anguina Roxb. , Inde.

— D. oppositifolia^ Inde.

— D. Schimperiana, Abyssinie.

— D. tomentosa^ Ceylan (Thwaites, Flor.

Ceylan), ressemble cependant au D. triphylla.

— D. inter média Tbwaites.

— jD. spicata Roxb.

Notes communiquées, à diverses dales, à M. le D' Paul Sagot.

En 1854, les journaux agricoles des États-Unis préconisaient la culture des Ignames dans les Élals du Sud : D. sativa (?) D. alata (?); on alfirmait qu'elle

rapporlait beaucoup, 17,000 kilogrammes à Theclare {Patent Office Reports).

On a essayé en France, mais sans succès, Tl^amc de la Nouvelle-Zélande. C'est M. le professeur Châtia qui a publié une brochure sur celle espèce. M. Hardy en avait oblenu de beaux tubercules à Alger. Quelle espèce botanique élail celle Igname de la Nouvelle- Zélande? Z). alata, var. C^?) On lavait reçue de Calculla, de M. Piddington. (Rapporl de M. Hardy, Bull. Soc. d'Accl.,Y0\.\, p. 546, 1858).

La flore de la Nouvelle -Zélande ne parle d'aucun Dioscorea.

M. Hardy, au jardin du Hamma, à Alger, a fait beaucoup d'observations sur les Ignames. Il en avait exposé une très belle collection à TExposilion universelle de 1867. A Tfclxposition de 1878, il n'y en avait pas.

En 1877, à la suite de cultures multiples, M. Hardy avait publié le tableau de rendements comparés suivant :

kil.

io Igname ailée blanche 12,380 rhectare.

2» Igname cultivée 20,960 —

3^» Igname violette 23,700 —

4« Ignaraede la Nouvelle-Zélande. 23,700 —

^' Igname de Chine 33,000

6*» Igname de i'Eléphanl 37,040 —

V Igname trifoliée 46,660 —

8*» Igname patte de tortue 64,780 —

L'Igname, étant une culture estivale irriguée, peut difficilement se répandre beaucoup en Algérie.

On dit que les tubercules blessés pourrissent facilement.

Dans la multiplication par fragments de tubercules,

IGNAME Ul

M. Hardy expliquait qu'il fallait que le fragment porlâl de Técorce pour qu'il en sorlît une pousse.

La plantation d'une bulbille dlgname de Gliine ne donnait à Alger, la première année, qu'une racine grosse comaie le petit doigt; cette racine pouvait servir de plant pour Tannée sui\ante.

Les plus grosses racines de Tlgname de Chine, dans les preaiiers essais de culture, avaient pesé 675 grammes. Plus tard, on en a obtenu de besCucoup plus grosses.

Je ne puis deviner quelles espèces botaniques représentent les noms vulgaires de M. Hardy, si ce n'est: /. ailée blanche, B. aiata; 1. de Chine, D. Batatas ; L Iril'oliéey D. triphylla. Je n'ai pas su si Tlgname de Chine, à Alger, arrivait à pleine maturité, c'est-à-dire jaunissait et séchait.

Je ne sais si le Jardin botanique d'Orotava, Ténériffe (Canaries), a cultivé des Ignames. Aux Canaries, par abus de mots, on appelle Ignames les Colocases, Aroidées tuberculeuses. La même dénomination vicieuse s'emploie parfois au Brésil, où les vraies Ignames s'appellent Caras (Vigneron-Jousserandiei).

Je ne sache pas qu'on en ait cultivé des collections au Jardin d' Acclimatation d'Aniibes, ni à celui de Collioure.

Je crois que c'est au Jardin botanique de Calcutta qu'on en a cultivé le plus. Les pluies ne commençant, à Calcutta, que vers mai ou juin, il serait lacile de demander du plant pour la France, en mars ou avril.

Il y a dans les serres du Muséum un grand pied de />. cUala. Comme il est tenu dans la serre chaude la plus humide, sa tige y végète, je crois, d'une manière continue.

INDICATIONS GLOSSOLOGIQUES SOMMAIRES

Le mot Igname parait venir du mot américain Namain (diclionnaire caraïbe) ou du mol américain /mcoma.

Les auteurs disent qu*on les appelle Yam dans une partie de la côte occidentale d'Afrique, et que ce mol signifie aussi « manger )>.

Dans l'île de Cuba on appelle Aje le D. triloba, Igname américaine, et Name le /). Berteroana^ ou Igname apportée d'Afrique (A. Reynoso, Agricultura de los indiyenas de Cuba et Haïti).

Il se dislingue aussi au Brésil, dans les Ignames que l'on y appelle Caras^ tandis qu'on y nomme parfois Inhame uneAroïdéeà tubercule comestible, une espèce apportée d'Afrique, à gros tubercule unique, à lige épineuse, se plaisanl dans un sol sableux et résistant bien à la sécheresse : D. Berteroana.

A Maurice et à la Réunion, les Ignames se nomment Cambare.

A Taïti, enOcéanie, dans l'Archipel malais, Ubi^ Oubi^ Oebi.

A Calcutta, Aloo (alou), Kam aloo, D. alata.

En Chine, Sain-In^ Chou-Yu, Tou-tchou^ Chan-yu (De CandoUe, Origine des plantes cultivées).

En général, les Ignames sont bien plus cultivées dans les pays chauds et humides que dans les pays chauds et secs. En Océanie, on désire vivement des pluies suivies aussitôt après leur plantation.

Dans les pays chauds, elles restent ordinairement six ou huit mois en végétation avant d être récollées. Si le plant est fort et si le sol est lerlile, la végétation se pro-

longe plus longtemps. Si un plant est [faible, on peut attendre deux ans avant de le récolter.

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