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EMPLOI

La récolte du Soya commence en septembre pour le Soya de Hongrie et dans les premiers jours d’octobre pour les autres variétés. Lorsqu’à cette dernière date les gousses ne sont pas suffisamment sèches, on les étend dans la grange pour en achever la dessiccation, mais on laisse préalablement mûrir leurs graines sur le sol. Une gelée de 2 ou 3 degrés ne leur nuit nullement.

Les gousses du Soya, dures et velues, ne peuvent

pas se manger, comme celles des Haricots, avant la formation des graines, encore moins comme les variétés de Haricots qui portent le nom de Mange-tout.

Lorsque les graines du Soya ont atteint leur entier développement, mais sans commencement de dessiccation, on cueille les gousses, on les écosse et, de l’avis de bien des gens, on obtient un légume supérieur aux Flageolets écossés frais. Sans aller aussi loin, nous dirons qu’il est leur égal, qu’il est de plus facile digestion et ne présente pas les inconvénients trop connus des Haricots. Son défaut est de s’écosser difficilement.

A l’état sec, les graines du Soya constituent un bon aliment. Leur saveur est douce et très agréable. Nous les avons fait préparer comme le Haricot blanc ordinaire ; mais, quels que fussent le temps et le soin apportés à leur cuisson, elles sont restées non pas dures, mais plus fermes que ce dernier.

Il convient donc de faire tremper le Soya pendant vingt-quatre heures dans de l'eau distillée. On supplée à l’eau distillée en jetant le soir, dans l’eau, 3 grammes par litre, au maximum, de cristaux de soude ; l’eau blanchit si elle est calcaire, et l’on se débarrasse du précipité en décantant le lendemain.

Nous ne reviendrons pas sur les divers usages du Soya dont il a été question dans les chapitres précédents; mais, pour bien montrer la richesse en principes nutritifs de cette Légumineuse, nous mettons sous les yeux du lecteur l’analyse chimique de ses graines.

SOYA

COMPOSITION MOYENNE DU SOJA HISPIDA

(D'après MM. Pellet et Schou (1).

A l'état sec.

Eau (supposée 10 0/0) 10.00 »

Matières protéiques 33.47 37.19

Matières grasses 17.48 19.42

Sucre cristallisable ou matière analogue ( analyses Müntz et les

nôtres) 7.37 8.19

Matières transformables en glucose, solubles dans l’eau (exprimées

en sucre) 4.20 4.66

Matières transformables en glucose, insolubles dans l’eau (exprimées

en sucre) 7.73 8.59

Cellulose 4.78 5.31

Cendres (y compris l’acide carbonique) 4.80 5.33

Matières organiques, non azotées. 10.17 11.31

Les conclusions de MM. Pellet el Schou sont : « Que le Soya est un aliment concentré qui renferme non seulement les éléments organiques azotés et non azotés indispensables à la nourriture des animaux , mais encore qui contient des quantités importantes d’acide phosphorique, de potasse, de magnésie et de chaux, nécessaires à la constitution minérale de la chair et des os. »

Nous avons essayé de fabriquer du fromage de Soya el nous avons présenté ce produit à la Société nationale d’Horlicullure, séance du 24 juin 1880. M. Adrien Sicard, premier vice-président de la Société d’Horti-

(1) Revue des Industries chimiques et agricoles , 1882.

culture de Marseille, s’est livré à des essais analogues. Le fromage s’obtient aisément ; l’écueil est dans le goût de Fois cru qu'on ne peut réussir à lui enlever.

Dans le Tyrol, le Soya est cultivé sous le nom de Fève à café et on l’emploie à fabriquer un succédané du café. Nous avons présenté à la Société nationale d’ Horticulture, séance du 26 août 1880, un llacon de graines torréfiées ; préparées à l’eau, elles donnent un café inférieur, mais qui a exactement le parfum du café.

Plus tard, le Dr Ménudier, président du Syndicat général des Comices agricoles du département de la Charente-Inférieure, a appelé de nouveau l’attention sur le Soya en le recommandant pour la fabrication de pain à l’usage des diabétiques (1). L’un de nous a pris, il y a plus de quinze ans, un brevet, espérant que celte utilisation pourrait avoir sa raison d’être. Nous avons dû abandonner cette idée.

En résumé, le Soya fournit un aliment très nourrissant pour l’homme et pour les animaux; l’huile qu’on extrait de ses graines pourrait avoir des applications utiles; c’est, en outre, un bon fourrage. Les tourteaux, résidus de la fabrication de l’huile, sont un excellent engrais. La plante entière, enfouie dans le sol, constituerait uu engrais vert des plus précieux dans les régions où le fumier fait défaut. On sait, en effet, que la culture des Légumineuses est la façon la plus économique de se procurer de l’azote, puisque ces plantes le puisent dans l’air. Un certain nombre des produits qui sont tirés de celte Légumineuse, en Chine et au Japon, et qui entrent dans l’alimentation quoti-

(1) Journal de l’ Agriculture, 1890, p. 1137.

TALINUM ÉTALÉ 625

dienne de centaines de millions d’hommes, seront peutêtre un jour acceptés en Europe.

Le Soya est certainement l’une des plantes dont la culture mérite le plus d’être encouragée chez nous et dans nos colonies.

TALINUM ÉTALÉ

Talinum païens Wiild. Porlulaca païens Jacq.,

Hort. vindob., II, tab. 152; DG., PI. grasses, 173.

Fam. des Portulacées

Plante ligneuse, originaire de l’Amérique méridionale. Tiges anguleuses ; feuilles alternes, obovaleslancéolées, rétrécies en pétiole court. Panicule terminale, allongée, très lâche, composée de cymes multitlores. Fleurs petites, d’un rose vif. Étamines plus courtes que les pétales. Capsule globuleuse, déprimée aux deux bouts, trigone, luisante, brune.

Cette plante est cultivée dansles collections déplantés grasses ; elle fleurit pendant toute l’année. Ses feuilles sont épaisses et charnues.

« Les Talins jouissent des mêmes propriétés que les Pourpiers. Leurs feuilles peuvent être employées comme assaisonnement. Mangées cuites, elles rafraîchissent. » (Lamarck, Encyclopédie.)

Après dégustation, nous ne pouvons partager l’opi

nion exprimée plus haut ; le Talinum étalé est trop fade pour servir d’assaisonnement.

Cuit et apprêté comme les Epinards, il donne la sensation d’un aliment imbibé d’huile.

M. Cornu a eu l’obligeance de nous donner quelques graines d’une plante qui lui avait été envoyée de Zanzibar, par le R. P. Sacleux, sous le nom de Pourpier dressé et qui est mangé dans ce pays, cuite comme l’Epinard.

La plante a germé à Crosnes, elle y a poussé vigoureusement et a fleuri. Nous avons reconnu en elle le Talinum crassifolium Willd., qui est également cultivé dans certaines parties de l’Amérique tropicale comme plante alimentaire. Elle est connue à la Guyane sous le nom de Porcelaine.

Comme le T. païens , les feuilles de celte espèce sont très charnues ; cuites ou mangées en salade, elles rappellent le Pourpier cultivé.

Nous avons cité, dans le cours de cet ouvrage, un certain nombre de plantes qui sont mangées comme Epinard dans les pays chauds.

Le R. P. Sacleux a envoyé au Muséum, sous le nom de Brède de Zanzibar , les graines d’une plante également recherchée pour cet usage.

M. Cornu a eu l’obligeance de nous en remettre quelques-unes et nous avons obtenu une Borraginée annuelle, le Trichodesma zeylanicum R. Br., velue sur

TALRUDA D’ALGÉRIE

toutes ses parties, de saveur nulle, et presque immangeable.

TALRUDA D’ALGÉRIE

Carüm incrassatüm Boiss. — Voyage dans le Midi de l’Espagne , t. II, p. 239 ; Bunium incrassatüm Battandier et Trabut, Flore d'Algérie , par Battandier et Trabut, p. 346.

Fam. des Ombellifères.

Plante originaire de l’Espagne australe et de l’Afrique boréale, à racine tubéreuse. Tubercule ayant le volume et l’aspect d’une Truffe de moyenne grosseur, rugueux, mamelonné, d’un brun noirâtre à l’extérieur, blanc à l’intérieur. Tige dressée, fistuleuse, striée, rameuse, ayant atteint, dans nos cultures, environ 60 centimètres de hauteur. Feuilles radicales triternatiséquées ; feuilles caulinaires biternatiséquées, à segments étroits, linéaires, d’un vert foncé. Involucre et involucelle ordinairement quinquéphylles. Galice à lobes triangulaires aigus ; stylopodes coniques, surmontés par les styles persistants ; vallécules à une seule bandelette.

Nous avons reçu de M. Durando, professeur de botanique à Alger, des tubercules de Talruda que nous avons plantés au commencement de l’hiver et qui n’ont pas souffert du froid. Nous les avions prudemment protégés par un peu de paille, mais nous croyons celle précaution inutile.

En effet, M. le Dr Marès nous écrivait de Mustapha, le 5 juin 1881 : « Je ne suis nullement étonné que le Talruda ait bien passé l’hiver en France. Les monta-

gnes de 1,500 à 1,600 mètres, en Algérie, ont souvent delà neige. Celles que j’ai devant les fenêtres de ma propriété ont de 1 ,500 à 1,700 mètres. Le sommet est couvert de Cèdres. J’ai vu la neige commencer en octobre et y rester sans discontinuer jusqu’à ta fin d’avril. Tous les ans, j'y ai vu delà neige et il y fait des froids intenses. »

Aux questions que nous lui avons adressées, M. Durando a fait les réponses que nous reproduisons :

a Le Talruda que vous avez reçu a été récolté sur les montagnes de l’Arba. On le trouve sur toutes les montagnes hautes d’au moins 1,000 mètres, à Blidali, Téniet, etc.

« lise plaît dans un sol frais, ombragé, avec humus, assez communément sous les Cèdres. Ceux-ci ne se montrent guère qu’à partir de 900 ou 1,000 mètres, et, par conséquent, sur des montagnes de 1,400 à 1,500 mètres au moins.

« Les gens du pays mangent les tubercules du Talruda crus, bouillis ou torréfiés, ad libitum. »

Nous reproduisons ci-dessous un intéressant article de M. J. Dugast, directeur delà station agronomique d’Alger (1), qui donne la composition chimique du tubercule et indique le parti que l’on en pourrait tirer :

« Les Arabes connaissent cette plante sous le nom de Talghouda.

«Ils récoltent les tubercules, les font dessécher, les réduisent en farine au moyen d’un moulin portatif et consomment celte farine en mélange avec l’Orge, sous

(1) Bullet. de la Stat. agron. d'Alger, 1894, p. 45.

TALRUDA D’ALGÉRIE

forme de galette. C’est ainsi que le Gouverneur général, dans le voyage qu’il a fait dans les contrées éprouvées parla diselte, a pu constater que ces tubercules entraient pour une certaine proportion dans l’alimentation des indigènes.

« A la demande de M. le Préfet d’Alger, j’ai examiné un échantillon de farine de Talghouda.

Voici sa composition :

Eau..... 15.66

Gendres .• 5.50

Matières azotées 7.00

Matières grasses 1.34

Amidon et congénères 63.12

Cellulose 6.40

Matières non dosées 0.98

« Les grains d’amidon sont ovoïdes ou irréguliers, quelquefois réunis en petit nombre, deux, trois ou quatre, formant des grains composés. Ils sont de dimensions variables. Les plus nombreux mesurent de 4 à 8 millièmes de millimètres de diamètre : certains, les plus gros, atteignent 1 5 à 20 millièmes de millimètres.

« La composition immédiate de celle farine se rapproche assez de l’Orge; elle est moins riche en matières grasses, mais contient à peu près la même proportion d amidon.

« D’autre part, si on compare ces résultats avec ceux de la Pomme de terre au même degré de dessiccation, on voit que cette dernière est plus riche en amidon et plus pauvre en matières azotées et matières grasses.

« La fariné de Taghouda constitue doiic un aliment

d’une certaine valeur nutritive, intermédiaire entre l’Orge et la Pomme de terre. «

Nous avons dégusté ces tubercules et nous les avons trouvés parfaitement comestibles, mais d’une saveur médiocrement agréable.

La plante n’a pas prospéré chez nous, le sol dont nous disposions étant trop sec.

La récolte ne peut se faire que tous les deux ans; les tubercides de première année sont encore trop petits pour être utilisés.

Au surplus, nous considérons comme très incomplète l’expérimentation à laquelle nous nous sommes livrés, et nous conseillons de la poursuivre en semant le Talruda sur la lisière des bois. On utiliserait ainsi des terres laissées en friche.

TOMATE DE LA PAZ

Tree Tomato-, Vegetable Mercury.

Cyphomandra betacea Sendtn.

Solarium betaceum Cavan.; Pionandra betacea Miers.

Revue Horticole , pl. color. 1880, p. 130; 1881, p. 470.

Fam. des Solanées.

Arbrisseau ou petit arbre de 3 à 4 mètres de hauteur, originaire du Mexique, de la Nouvelle-Grenade et du Pérou, introduit et cultivé dans toutes les parties élevées de l’Amérique tropicale, notamment dans les Antilles, le Brésil, la République argentine.

TOMATE DE LA PAZ

Dans les régions chaudes, le Cyphomcindra betacea est cultivé pour son fruit, qui, cru, a une saveur sucrée

Fig. 79. — Tomate de la Paz.

Cyphomandra betacea Sendtn.

et acidulée assez agréable. Pelé et débarrassé de ses graines, on peut l’employer aux mêmes usages que la Tomate, etM. Miers (Journal of Botany, 1845, p. 358)

LE POTAGER D’üN CURIEUX

dit qu’on le vend à cet effet sur les marchés de Lima. Mis en compote avec du sucre, il constitue, paraît-il, un manger agréable, ayant une saveur légèrement acide, très rafraîchissante.

M. le Dr Morris, sous-directeur du Jardin royal de Kew, ex-directeur du Jardin colonial de la Jamaïque, a remarqué qu’à la Jamaïque la culture de cette plante est impossible dans les parties basses, où la température est trop élevée, et qu’elle donne, au contraire, d’excellents résultats dans la région comprise entre 2,000 et 5,000 pieds d’altitude.

Introduit dans diverses parties de l’Europe méridionale, ce S 'olanitm s’y est très bien comporté. Sa culture ne présente aucune difficulté dans les régions subtropicales.

M. le Dr Morris a fait de grands efforts pour le répandre dans les colonies anglaises, principalement dans les régions élevées de l’Inde. Les rapports qui ont été publiés dans le Bulletin du Jardin royal de Kew , en août 1887, montrent que les résultats obtenus ont été des plus satisfaisants.

Sous le climat de Paris, la Tomate de la Paz ne fructifie que la seconde année après le semis des graines. Ces graines germent facilement, et, lorsqu’elles sont mises en terre en février-mars, sur couche et sous châssis, les plantes qu’on obtient peuvent atteindre près de 2 mètres de hauteur avant le retour de la mauvaise saison. Leurs grandes feuilles, très ornementales, font que ce Solarium peut être recommandé, au même titre que plusieurs de ses congénères, pour la garniture des jardins.

Avant les premiers froids, il est nécessaire de relever la plante de pleine terre, de la rempoter et de la rentrer en serre froide, où ou doit la laisser jusqu’à la seconde

TOMATE DE LA PAZ

quinzaine de mai. Plantée sur vieille couche, on obtient alors des fleurs auxquelles succèdent des fruits qui restent verts jusqu’à la tin de la belle saison et qui ne parviennent à complète maturité que lorsque la plante est de nouveau rentrée en serre. Ils mûrissent alors de novembre à janvier.

Ces fruits, de forme ovoïde, plus ou moins atténués aux deux extrémités, ont à peu près le volume d’un œuf de pintade; leur peau est parcheminée, de couleur rouge-vermillon, jaunâtre ou panachée selon les variétés ; cette peau, ayant une saveur particulière désagréable, doit être soigneusement enlevée au moment de consommer les fruits ou lorsqu’on leur fait subir une préparation culinaire quelconque.

Comme on vient de le voir, la culture du Cyphomandra betcicea ne peut être utilement pratiquée sous le climat de Paris, puisque les couches et les châssis sont insuffisants, et qu’il est nécessaire d’abriter les plantes en serre pour en obtenir la fructification.

Néanmoins, il nous a semblé utile de consigner ici les résultats que nous avons obtenus et d’attirer l’attention du lecteur sur cette plante, qui, évidemment, rendrait des services dans un certain nombre de nos colonies (1).

Nous avons aussi essayé la culture du Solarium quitoense Larnk. (S. quitense H. B. K.), originaire du Pérou, où il est cultivé sous le nom de Narangita.

(1) Pour renseignements complémentaires, voir un article publié par l’un de nous dans le journal Le Jardin, 1890, p. 54 (lig. noire), et Note sur la Tomate en arbre , par M. Maxime Cornu, Revue des sciences naturelles appliquées ( Journal de la Société nationale d'acclimatation) 1893, p. 314. '•

LE POTAGER D’üN CURIEUX

M. Maxime Cornu, professeur au Muséum, nous avait obligeamment donné les graines de deux variétés de cette dernière plante : l’une à fruit doux et sucré, l’autre à fruit acide, qui lui avaient été envoyées par le R. P. Sodiro. Ces fruits ont, paraît-il, la forme et le volume d’une petite Orange. Ils sont très recherchés.

Nous avons obtenu de fort belles plantes qui, cultivées comme l’espèce précédente, nous ont donné quelques fleurs, tout à fait à l’arrière-saison, mais qui n’ont jamais noué de fruits.

Dans les Proceeding of theamericàn academy of arts and sciences , 25 juin 1887, p. 441, le Solanum piliferum Benth. est indiqué comme croissant au Mexique (Rio blanco). Le fruit de cette plante, de la grosseur d’un œuf, de couleur jaune verdâtre, à odeur de Pomme et de saveur agréable, est, paraît-il, très recherché. On le vend sur les marchés et on en fait des conserves. 11 serait intéressant de connaître exactement la valeur de ce Solanum pour le répandre dans nos colonies, s’il y a lieu.

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