‹ Le potager d'un curieuxChapitre 24 sur 111 · DESCRIPTION. — MORPHOLOGIE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION. — MORPHOLOGIE

Plante vivace. Souche émettant de nombreux rhizomes souterrains, tubéreux. Tubercules formés par une succession de nodosités, ressemblant assez aux collets de racines renflés de l’Avoine à chapelets (Ar-

(l) G. -S. Bullo, liaccoglitore Anno, XIII, série III.

rhenatherum elcitius , var. bulbosum Gaud. ; Avenci preccitoria Thuill.) Tige simple ou rameuse, dressée ou couchée à la base, quadratigulaire, haute de 25 à 40 centimètres, hispide sur les angles. Feuilles opposées, péliolées, rugueuses, hispides, cordiformes à la base, acuminées, dentées crénelées; les inférieures ovales oblongues, graduellement plus petites à mesure qu’elles s’insèrent plus haut. Fleurs sessiles, réunies par 6-4 en faux verticilles distincts.

La Heur se compose d’un calice subcampanulé ou infundibuliforme, obconique, à dents égales, aiguës. Corolle de 10 à 24 millimètres de longueur, purpurine, à tube exsert, ayant un anneau de poils à l’intérieur.

« Les tubercules ont la même valeur morphologique que ceux de la Pomme de terre. Ce sont des rameaux renflés, tuberculisés sous l’influence de la station souterraine. En se renflant, chaque entre-nœud du rameau modifié perd, pour ainsi dire, en longueur, ce qu'il acquiert en diamètre.

« Surune section transversale d’un de ces entre-nœuds renflés et parfaitement ronds, on trouve, commedansle rameau aérien, quatre faisceaux libéro-ligneux occupant la place des angles arrondis. L’écorce est peu épaisse, tandis que les tissus médullaires prennent un développement considérable et forment presque à eux seuls toute la masse du tubercule. Les racines latérales, qui naissent directement du nœud, se forment de chaque côté du faisceau libéro-ligneux angulaire, de telle sorte qu’on a huit racines au même niveau, un peu au-dessus de l’émergence des feuilles. 11 peut se produire d’autres racines latérales au-dessus de celles-là, et toujours de la même manière. Les bourgeons qui doivent se développer en rameaux ettiges, lorsqu’on plante le tubercule,

CROSNE

sont ceux qui se Irouveul le plus rapprochés de l’ex Irémité supérieure (1). »

Habitat. — - Dénominations.

« Un savant botaniste russe, lui-même explorateur bien connu de l’Asie orientale, M. de Maximowicz, dans un mémoire ayant pour litre: Fragmenta floræ orientâtes ( Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou), vol. 54, n° 4, a donné sur la Labiée en question des renseignements brefs, mais précis, concernant son histoire, sa patrie, sa synonymie, j’ajouterai même ses particularités alimentaires. Dans le mémoire précité, il est dit en substance : Stachys af finis Bunge, Enum. pl. ch. bor., n° 289. S. Sieboldi Miq., Prolusio, p. 44. (Suit la description). Hab. — Le nord de la Chine à Kantaï (Bunge); Pékin (Tatarinow), où la plante est cultivée sous Je nom de Kan-lu, à cause de sa racine charnue, comestible d’après Skatschkow et le Dr Bretsclmeider, qui l’a retrouvée sur le mont Po-hua-shan. Au Japon, la plante a été observée à Yédo où elle est rarement cultivée sous le nom de Daima Gik (Siebold). Le botaniste japonais Tchonowski l’a observée dans1 la principauté de Nambu (M. de Maximowicz ne dit point ici si c’est à l’état de culture ou spontanée)...

On sait que le Stachys af finis Bunge est cultivé dans plusieurs provinces de la Chine. 11 en est assez longuement question dans le volume IV (plantes potagères) de la grande encyclopédie chinoise qui a pour litre Tchi wou ming chi thou Kuo, et la plante y est assez

(1) P. Maury, Association française pour l’avancementdes sciences; Oran, 1888.

habilement figurée au trait sous le nom de Tsao che tscin (plante pierre ver à soie).

Je dois «à l’obligeance d’un prêtre des Missions étrangères, le R. P. Mutel, savant sinologue, la traduction de l’article concernantle Stachys affînis, et je la donne ici, en supprimant les passages inutiles au sujet :

<a Le Tsao che tsan a été divulgué et mentionné pour la pre- « mière fois clans la grande Flore appelée Pen-tscio-hou-eipien: « c’est le Kan -lu (douce rosée); sa tige, ses fleurs ressemblent « à celles du Thym aquatique [Lophantus ?); la racine a des « unions (perles unies). Dans les terres du nord, on en cultive « beaucoup comme légumes.

« Tou-peu-Tsucun (poêle quelconque) dit ceci dans son poëme «du Ta-houah-tsai (légume de l’anneau de J de) : la plante « appelée Kan-lu, que produit-elle? A son déclin, elle porte des « anneaux de Jade, liés ensemble et cependant mobi'es, indé- « pendants les uns des autres. Ces anneaux sont précisément le a légume dont il s’agit. »

Le passage de l’encyclopédie chinoise que je viens de citer donne une description du Kan-lu faite dans un goût tout à fait oriental, c’est à dire qu’elle procède par voie de comparaison avec des objets qu’on peut avoir sous les yeux. Il en ressort néanmoins qu’elle est cultivée surtout dans les provinces septentrionales, et que l’imagination du descripteur a été tout particulièrement frappée par l’aspect nacré et l’apparence de jade de ses rhizomes.

Ailleurs, il est dit que le Kan-lu tient une place parmi les plantes alimentaires qui sont énumérées dans le Kiou-lIung-Penfza (Flore du Salut de la disette), ouvrage souvent cité dans les livres chinois. A ce titre, le Kan-lu mérite d’attirer l’attention , et la multiplicité de ses rhizomes, jointe h leurs qualités alimentaires,

CROSNE

indique que sa culture peut, dans une certaine mesure, offrir une ressource qui n’est pas à dédaigner.

Tout récemment M. Delavay, missionnaire au Yunnan, a envoyé à l’Herbier du Muséum de beaux spécimens en fleurs el en fruits du Stackys a f finis; ils étaient accompagnés de l’éliquette suivante : « N° 3079. Fleurs rouges. Plante cultivée pour sa racine comestible ; petits lubercules en cbapelefs. Nom chinois : Tignou-tze (bouton de terre). Récolté à Tcbeou-choui, près de Tapin-tze, 23 septembre 1887. » Une aulre étiquette porte : cc l.es bois à Talong-tan, près de Tapin-tze. »

Ceci montre que la plante n’est pas seulement cultivée dans le nord de la Chine, mais aussi dans les provinces austro-occidentales de Pempire, où le nom qu’on lui donne n’es! point celui de Kan-lu , sans doute en raison d’un dialecte particulier, mais qui n’en offre pas moins un sens analogue à celui de : perles unies , anneau de jade , qui, ainsi que je l’ai dit plus haut, sert ailleurs de terme de comparaison aux rhizomes de la plante.

Sieboldareçu le Stacliys af finis du Jardin de Décima, au Japon, mais il paraît avoir ignoré que c’était une plante alimentaire et il ne lui donna point de nom. De son côté, M. deMaximowicz le vit à Yédo, dans les jardins, où, dit-il, il est rarement cultivé et où le DrSavatier en récolta un seul individu. Miquel, Prolusio, p. 44, avait attribué à la plante de Siebold la dénomination de Stackys Siebnldi\ mais, à l’aide des matériaux nombreux qu’il obtint, Maximowicz démontra que celui-ci ne différait pas du Stackys a f finis.

Enfin, plus récemment, M. Faurie. missionnaire au Japon, a fait parvenir un exemplaire de cette espèce, avec cette mention : « Aomori (prov. sept, de Nippon) ; la plante y est cultivée pour la racine. » D’autre part, elle est Figurée sous le nom de Tsyo rogi , Chorogi , dans

le volume XI, planche 13, du recueil japonais ayant pour litre Somokou dusets (1). »

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