‹ Le potager d'un curieuxChapitre 73 sur 111 · MELON DE NOUMÉA OU DE LA DUMBÉA · texte numérisé non relu

MELON DE NOUMÉA OU DE LA DUMBÉA

Cucumis Pancherianus Ndn., Ann. des sc. nnt ., sér. 4, vol. XII, p. 112, lab. 8, et sér. 5, vol. XVI, p. 161

Fam. des Cucurbitacées.

Trouvé dans la Nouvelle-Calédonie par le regretté Pancher. Cultivé, mais dégénéré, dans les jardins botaniques. Culture ordinaire des Melons.

De toutes les espèces connues, celle-ci aies fruits les plus petits. En moyenne, ils ne dépassent pas le volume d’une belle Olive. Cette plante est tout à fait sauvage dans la Nouvelle-Calédonie, où ses fruits sont mangés par les enfants des indigènes.

Nous en avons demandé des graines à M. Naudin. qui nous a répondu : « Je serais très heureux de pouvoir vous procurer des graines du Cucumis Pancherianus , que je cultivais au Jardin des Plantes, il y a déjà nombre d’années; mais celte espèce curieuse, dont les fruits ne sont pas plus gros que des Olives, et qui, malgré cela, se croise le plus facilement du monde avec le Melon, donnant ainsi des hybrides fertiles, a disparu de partout. On ne pourrait la retrouver qu’à la Nouvelle- Calédonie, d’où le botaniste Pancher en avait envoyé les graines. Il ne serait peut-être pas difficile de s’en procurer de nouvelles en écrivant à la Nouvelle- Calédonie. »

LE POTAGER d’üN CURIEUX

C'est ce que nous n’avons pas manqué de faire, et noire obligeant correspondant, M. Perret, nous écrivait, le 25 août 1886 : « J’ai fait rechercher le Cucumis Pancherianus. Il y a quelques années, il y en avait beaucoup à la Dumbéa. Le pâturage et les incendies l’ont presque entièrement détruit dans cette localité. Cependant, on en a trouvé un pied qui porte deux jeunes fruits. Malheureusement, je suis obligé de partir la semaine prochaine pour un voyage qui durera trois mois environ. Je dois faire le tour de la colonie en inspectant tous les établissements pénitentiaires. J’ai recommandé que l’on surveillât avec soin ces échantillons et que l’on en recueillît les graines. Comme je serai de retour en décembre, il sera assez tôt pour vous les envoyer. » Nous les avons, en effet, reçues et semées. Celte culture a médiocrement réussi. Nous avons obtenu quelques petits fruits que nous avons conservés dans le vinaigre et que nous avons présentés à la Société d’Acclimatation. Bien que ces petits Melons méritent d’être recherchés pour leur jolie forme et leur extrême petitesse, nous doutons que les confiseurs ou les vinaigriers puissent en offrir un prix qui en permette la culture.

MÉLOTHRIE PENDANTE

Melotqria pendula L., Pluk., tab. 85, fig. 5.

Fam. des Cucurbitacées.

Plante annuelle, grimpante, commune dans certaines parties de l’Amérique du Nord, signalée même à la Guyane et au Brésil par les voyageurs qui ont visité ces

MÉLOTHRIE PENDANTE

pays. Elle existe aussi en Chine. M. Fontanier, consul de France à Macao, en a fait parvenir des graines au Muséum.

Cette plante atteint 3 à 4 pieds de hauteur ; ses feuilles sont cordi formes, quinquélobées ou anguleuses, scabres. Les fleurs fertiles (hermaphrodites), naissent sur des pédoncules simples, plus longs que les feuilles, filiformes, pendants. Les fleurs mâles sont en grappes portées sur des pédoncules longs d’environ 6 centimètres. Les dents calicinales sont tubulées. Les pétales sout obovales, profondément échancrés. Le fruit est vert, glabre, ellipsoïde, en forme d’Olive.

Sloane dit que les habitants des contrées où croît cette plante font quelquefois mariner ses Iruils quand ils sont encore verts.

Nous avons cultivé la Mélothrie pendante avec un succès complet. Nous l’avons semée sur couche et sous châssis, et mise en place à la fin de mai. Dressée sur un treillage grossier, à très larges mailles, elle s’est couverte d'un feuillage abondant et d’une multitude de jolis fruits pointillés de blanc, de la couleur, de la forme et du volume d’une Olive.

Nous avons mis ces fruits dans le vinaigre, comme des Cornichons; mais nous ne saurions les recommander pour cet usage. Ou ne doit fajre entrer dans la composition des pickles que des fr uits plus ou moins croquants. Ceux de la Mélothrie sont creux et mous. Ils plaisent par leur jolie forme, leur couleur et leur abondance, mais ils sont sans réelle utilité. La Mélothrie est une plante d’amateur.

MIOGA

Zingiber Mioga Rose. — Amonum Mioga Kæmpfer.

Fam. des Zingibéracées .

Plante vivace. Rhizomes écailleux qui s'étendent horizontalement. Tiges aériennes annuelles, hautes de0m,50 à 0m,60, simples, revêtues par les gaines des feuilles. Feuilles caulinaires alternes, distiques, simples, longues d’environ 0m,20 et larges de 0m,5 à 0n\6, lancéolées acuminées, d'un vert clair, à peine pétiolées, ligulées; de la côte médiane du limbe des feuilles partent des nervures latérales. Pédoncule naissant de la souche, s’élevant soulerrainement , portant une inflorescence ovoïde, composée de bractées imbriquées, pointillées de rouge brun, venant épanouir au ras du sol cinq ou six fleurs; calice tubuleux, fendu d’un côté et transparent; corolle à tube court, formée de trois lobes extérieurs, égaux, lancéolés, longs de 0m,3 environ; label le trilobé, obovale, long de 0m,2 1/2. Étamine unique, à filet portant une anthère latérale à deux loges enveloppant le style. Ovaire infère, à trois loges renfermant plusieurs ovules, surmonté d’un style grêle, prolongé au delà de l’anthère en un long bec arqué ; stigmate en entonnoir. Fleurit en août-septembre.

Le Mioga est originaire du Japon. Il a été décrit par Kæmpler dans son ouvrage intitulé : Amænitatum exoticarum fascicule Y, page 826.

11 a été recueilli par Thunberg, Siebold, Buerger et Mohnike (1), près de Nangasaki. Il croît spontanément, mais il est généralement cultivé.

(1) Thunberg, Flora japonica, p. 24; Miquel, Prolusio floræ japonicæ , p. 304.

MIOGA

Dans le livre intitulé : Le Japon à l' Exposition universelle de 1878 , nous lisons: « Le Mioga est une plante dont on mange les jeunes tiges et les tleurs. Les fibres de ses tiges peuvent servir aussi à faire des cordes. »

Fig. 52. — Zmgiber Mioga.

Dans ta Note explicative des objets exposés par l'École agricole de Komaba , à l’Exposition universelle de 1889 (Ministère de l’Agricullure et du Commerce, Tokio, Japon) on trouve les détails suivants : « Le Mioga ( Amo -

mum Mioga). On recueille les (leurs de Mioga qui sortent des racines sur le sol vers le mois de juin ou juillet; elles ont la forme de broche de filature. Les jeunes liges, brassées au printemps, sont tendres et ont le même goût que les Heurs. »

M. le Dr H*** nous écrivait, le 1 1 avril 1879 : « Je vous envoie une petite racine d’une espèce de Gingembre, appelée, au Japon, Mioga , et par Thunberg Amonum Mioga. On en mange les inflorescences avant l’épanouissement des fleurs ; c’est assez bon. Bien que loules les Zingibéracées soient considérées comme de serre chaude, cette plante passe parfaitement les hivers chez moi depuis trois ans, en pleine terre, plantée à 0“,10 de profondeur et recouverte, en hiver, d’un peu de feuilles sèches. Elle a bien fleuri l’été dernier. Si le morceau que je vous envoie est un peu petit, c’est que je ne l'ai encore guère multipliée. »

Le docteur nous écrivait encore le 7 juin de la même année : « Mes pieds de Mioga ont parfaitement passé l’hiver en pleine terre et poussent de tous côtés. Si le trop petit pied que je vous ai envoyé ne poussait pas, je pourrais vous en envoyer autant que vous le désireriez l’hiver prochain. »

Nous n’avons pas demandé un second envoi à notre obligeant correspondant. Le tronçon qu’il nous avait envoyé avait si bien végété que nous pouvions, au printemps suivant, faire une plantation.

Notre Mioga, on le voit par la date à laquelle nous l’avons reçu, a supporté le grand hiver. Il était, il faut le dire, protégé par une épaisse couverture de neige; mais en 1891, rien ne le défendait contre le froid.

11 n’existe pas, croyons-nous, de plante plus rustique que le Mioga, ni d’une plus rapide multiplication. Nous

MÎOGA.

ne l’avons vu atteint par aucune maladie, attaqué par aucun insecte.

Nous plantons les tronçons de rhizomes dans une planche de jardin large de 1 m, 30, sur deux lignes parallèles, distantes de 0m,50. Il reste donc un espace de 0m,40 entre les lignes et les sentiers, ce qui n’empêche pas les plantes de porter sous ceux-ci leurs tiges et leurs inflorescences.

Il ne se montre dans la planche que fort peu de mauvaises herbes, dont un binage ou deux font justice. Arrosage facultatif.

Il ne faut pas biner après le 31 juillet : on risquerait de couper des lurions et des inflorescences. On peut sarcler à la main.

Vers le 15 août commence la récolte. On surveille la plantation comme celle de l’Asperge; comme les turions de l’Asperge, on coupe tout près du rhizome, dès que l’inflorescence laisse voir sa pointe aiguë à la surface

du sol.

Nous n’avons jamais coupé les turions, sauf quelques-uns seulement, pour les déguster, de peur d’amoindrir la multiplication. On les récolte comme les inflorescences, et nous n’avons pas trouvé de différence appréciable entre la saveur des uns et celle des. autres.

Nous supposons qu’il faut attendre deux ans avant de récolter les lurions d’une plantation et ne les couper qu'au printemps, bien qu’il s’en produise aussi pendant l’automne. On aurait donc régulièrement, ce nous semble, une récolte d’inflorescences d’août à septembre et une récolte de turions de la fin d’avril à la fin du mois de mai. Il ne serait sans doute pas prudent de prolonger la coupe au delà de ce terme.

Nous n’insisterons pas sur la rusticité du Mioga et

sur sa rapide multiplication. Nous parlerons de l’usage qu’on peut faire de ses turions et de ses inflorescences.

Notre correspondant nous écrivait, le 18 août 1880: « Si vous voulez essayer de goûter ces Miogas, il faut les laver soigneusement pour ôter la poussière ou la terre qui pourraient être restées entre les bractées, les faire blanchir à l’eau bouillante un peu salée, les passer à l’eau froide, puis les faire cuire un instant dans une sauce au jus, comme des Oignons, des Poireaux ou des Céleris. Cela a un goût très différent de ce que nous sommes habitués à manger; mais, à mou avis du moins, ce n’est pas mauvais. »

Nous avons dégusté les inflorescences de Mioga préparées au gratin comme le macaroni, en couches alternantes de légume et de parmesan râpé : c’est assez bon. Nous les avons mangées en salade, après les avoir simplement blanchies à l’eau bouillante. Nous les avons trouvées bonnes. Un léger goût de résine disparaît cà la deuxième ou troisième bouchée, et la saveur légèrement piquante du légume se marie assez bien avec celle de l’huile.

Enfin, nous avons associé, pour faire des pickles , les inflorescences du Mioga aux Angouries des Antilles, aux bulbes de l’Oignon Catawissa. et aux Piments doux d’Cspagne. Le résultat nous a pleinement salisfait, et nous recommandons tout particulièrement cet emploi.

Nous espérons qu’on essayera avec un peu de persévérance diverses préparations culinaires ; il reste beaucoup à faire. A ceux qui nous demanderont si notre légume ressemble à tel ou tel autre en usage chez nous, nous répondrons : Non; le Mioga n’a le goût ni du Chou, ni du Cardon, ni de l’Artichaut, ni d’aucun de nos légumes... il a le goût du Mioga.

MITSUBA, MITSUBA SERI

MITSUBA, MITSUBA SERI

Cryptotænia canadensis DC. ; Chærophyllum canadense Pers. ; Myrrhis canadensis Moris. ; Sium canadense Lamk. ; Conopodium canadense Koch.

Fam. des Ombellifères .

Plan te vivace originaire de l’Amérique septentrionale, du Japon et de la Chine (1) ; dressée, de 0m,30 à 0ra,40 de hauteur, glabre; feuilles à trois segments ovales, larges, dentées; fleurs petites, blanches, réunies en ombelles paniculées, à rayons peu nombreux, inégaux; pas d’involucre; involucelle à folioles peu nombreuses; calice entier; pétales obovales, presque entiers, à languette étroite et infléchie; fruit comprimé latéralement, oblong linéaire, couronné par un court stylopode et deux styles droits; carpelles à cinq côtes filiformes,

Nous avons semé le Mitsuba en avril, sous châssis, et nous l’avons repiqué en place dès que le plant a été à point. Au printemps suivant, ces touffes nous ont donné plusieurs coupes successives de jeunes feuilles. La plante est très rustique, mais la levée est lente, et c’est pour la hâter que nous avons semé sous châssis, précaution qui n’est nullement nécessaire.

On lit dans le Japon à /’ Exposition universelle de 1878: «Le Mitsuba ou Mitsuba seri est une plante comestible qui s’obtient de la manière suivante: l’hiver venu, on recouvre ses racines avec de la terre et des

(1) Franchet, P lanlæ Davidianæ ex sinarum imperio , vol, II, p. Go

détritus de végétaux ; on cueille ensuite les pousses qui apparaissent ; on les fait cuire et on les mange. »

Nous avons d’abord dégusté en salade les jeunes feuilles que nous avions soumises à l’étiolement. Le résultat ne nous a pas satisfaits. La salade que nous avons obtenue était inférieure à la Barbe de capucin ; mais ses feuilles non étiolées, bâchées et préparées comme l'Épinard, la Chicorée, etc., nous ont donné un fort bon plat de légume, d’une saveur spéciale, légèrement aromatique, assez agréable selon nous, pour que nous recommandions aux amateurs la culture du Mitsuba.

Une autre Ombellifère, le Phellopterus litloralis Benlh., est parfois cultivée au Japon. Le Muséum en a reçu des graines de M. l’abbé Faurie, et cette rare espèce fleuri t et fructifie chaque année dans notre grand établissement national. C’est une plante vivace, de 0m,50 de hauteur ; elle a fait preuve d’une grande rusticité, puisqu’elle a parfaitement résisté au rigoureux hiver de 1890-1891 . Les feuilles du Phellopterus sont recherchées au Japon comme condiment. Elles ont une saveur aromatique très prononcée, qui rappelle à la fois celle de l’Angélique et celle de l’Estragon.

MORELLE DES ANTHROPOPHAGES

MORELLE DES ANTHROPOPHAGES

Morelle des cannibales. Borodina.

Solanum ANTHROPOPiiAGORüM Seeman.

Fam. des Solanées.

La correspondance relative aux îles Fidji, présentée aux deux Chambres du parlement anglais par ordre de sa Majesté, en mai 1862, est accompagnée d’un appendice intéressant, consistant en un rapport du Docteur Seeman sur les productions et les ressources végétales des îles Vili ou Fidji, dans lequel un chapitre, à la page 58, est consacré aux légumes mangés avec la chair humaine, rapport dont nous donnons l’extrait suivant :

« Puisque, grâce à l’influence du commerce, de l’enseignement chrétien et àla présence d’un consul britannique, le cannibalisme ne survit que dans un petilnombre de localités et devient chaque jour, et de plus en plus, un simple sujet historique, il peut être important de savoir ceci: la chair humaine, des Fidjiens me l’ont maintes fois assuré, est extrêmement difficile à digérer, et les hommes les mieux portants soutirent pendant deux ou trois jours après en avoir mangé. Afin sans doute d’aider àla digestion, le bokola, nom technique donné à la chair de l’homme mort, est toujours mangé avec addition de légumes. 11 y en a principalement trois sortes qui, dans l’opinion des Fidjiens, doivent accompagner le bokola : les feuilles du Malawari ( Trophis anthropophagoriim Seem.), le Tudana ( Omalanthus

pedicellatus Benlh.) et le Borodina ( Solarium anthropophagorum Seem.). Les deux premiers végétaux sont des arbres de moyenne taille, croissant spontanément dans beaucoup de parties de l’archipel ; mais le Borodina est cultivé, et il y en a généralement plusieurs grosses touffes auprès de chaque « buré » (ou maison des étrangers), où sont toujours portés les corps des hommes tués dans un combat.

« Le Borodina est un arbuste touffu, ayant rarement plus de 6 pieds, avec un feuillage sombre et luisant et des baies de la forme et de la couleur des Tomates. Ce fruit a une légère odeur aromatique et est accidentellement préparé comme la sauce de Tomate. Les feuilles de ces trois végétaux sont roulées autour du bokola, comme celles du Taro autour du porc, et cuites avec lui sur des pierres chauffées. Le sel n’est pas oublié.

« Tandis que toutes les autres sortes de légumes et de viande sont mangées avec les doigts, on ne touche à la nourriture des cannibales qu’avec des fourchettes, généralement faites avec le bois duNokonoko ( Casuarma equiseti folia) ou du Yesi (. Afzelia bijuga A. Gray), portant des noms curieux et ayant trois ou quatre longues dents. La raison donnée de celte dérogation à la manière habituelle de manger est la croyance généralement répandue que les doigts qui ont louché le bokola peuvent engendrer des maladies cutanées quand ils sont en contact avec la peau délicate des enfants, et, comme les Fidjiens aiment tendrement leur progéniture, ils font scrupuleusement usage de fourchettes dans les occasions indiquées.

« Le Borodina mentionné ci-dessus est le sujet de notre planche de ce jour (1). Nos plantes ont été oble-

(1) Bolanical Magazine, 3° sér. t. XX, p. 5424.

MORELLE DES ANTHROPOPHAGES

nues de graines rapportées par le Dr Seeman, et ont fleuri dans la serre des jardins royaux en juillet. Excepté lorsqu’elle porte des fruits, cette espèce de Solarium n’a rien qui puisse engager à la cultiver. Elle ne présente qu’un intérêt historique, lié à une pratique qui, chaque année, tombe de plus en plus en désuétude. »

En 1878, nous avons semé sur couche et sous châssis le Solanum antkropophagorum. Le 2 juin, nous l’avons mis en place, en plein air, sur vieille couche. Au commencement de septembre, des fruits assez nombreux commençaient à rougir. Au mois d’octobre, ces fruits n’étant pas mûrs, nous avons enferméla plante dans une cage vitrée, et, peu de temps après, nous avons récolté ses baies.

Elles étaient sèches, ou tout au moins assez peu juteuses pour qu’il fût impossible d’en faire une sauce ressemblant à la sauce de Tomate. Selon nous, on perdrait son temps et ses peines en cultivant le S. anthro pophagorum sous le climat de Paris; mais M. Rantonnet (1), horticulteur à Hyères, a reconnu que, chez lui, il supportait l’hiver en plein air, et il a récolté des fruits mûrs au mois de février. A son avis, cette nouvelle sorte de Tomate pourrait entrer dans la consommation générale, surtout dans la France méridionale.

(1) Revue horticole , 1867, p. 326.

MORELLE DE BALBIS

Solanüm sisymbriifolium Lamk., Illuslr., N° 2386.

5. Balbisii Dunal, So/an ., 232, n° 195, t. III, fasc. 2; Bot. May. lab. 2568, 2828 et 3954; .S. decurrens Balb., ic. et descripi., fasc. 1, p. 16, t. Ier; S. inflatum Horn., hort. Hafn ., I, p. 221; S. viscosum DC., ic. pict. facult. sc. monsp.; Lag. gen et sp. 10, n° 145; 6’. brancæfolium Jacq., Eclog., 14, t. VII; S. formosumCat. Dorp., p. 145, nec H. B. et Klh; S. maurilianum Vélins du Mus., Paris, t. XXI, t. LXVI; £. viscidum Schweigg, Enum. h. région, 67, Mart. en II. Erlang., 64; 5. edule Vellozo, Flor. flum 2, t. CXXI ; S. opulifolium l’orlensch., mss. in h. Vindob. e Sendtn; S. Thouini Gmel., Cal. Carlsruhe, 254.

Fam. des Solanées.

Plante annuelle, originaire de l’Amérique méridionale, atteignant 1 mètre de hauteur environ, velue, glanduleuse, portant des épines jaunâtres sur toutes ses parties. Tige ligneuse à la base. Feuilles piunatifides, <à cinq ou sept lobes, irrégulièrement dentées, hérissées de poils rudes, très épineuses, décurrenles. Fleurs assez grandes, blanches, Placées ou violettes suivant les variétés, en cymes terminales ; calice à divisions inégales, épineuses ; corolle ressemblant beaucoup à celle de la Pomme de terre. Étamines à anthères jaunes ; style court. Fruit (baie) du volume d’une grosse Cerise, recouvert en partie par les divisions du calice, d’un rouge safrané, à chair sucrée et légèrement acide à la maturité.

Ce que nous avons à dire de la Morelle de Balbis tiendra moins de place que n’en occupent sa description

MORELLE DE BALBIS

et ses synonymes. La plante est plus ornementale qu’alimentaire et ne doit pas nous retenir longtemps.

Elle acquiert de grandes proportions dans un sol riche. Nous avons obtenu des pieds qui portaient, les uns des fleurs bleues, les autres des fleurs blanches, et il nous a semblé que les fruits qui succédaient aux fleurs bleues étaient d’un plus beau rouge que ceux des plantes à fleurs blanches.

Nous avons mesuré le diamètre et la circonférence d’un pied planté sur vieille couche, et nous regrettons de n’avoir pas conservé les chiffres ; les dimensions étaient énormes.

La culture du S. Balbisii est celle de la Tomate. On sème sous châssis et sous couche; on met en place à la fin de mai, et les fruits mûrissent en septembre et octobre.

La récolte est difficile. La plante est pourvue d’innombrables épines, qui eu défendent les approches. On essaye de cueillir ses jolies baies rouges, et le plus souvent on y renonce.

Nous nous souvenons cependant d’avoir vu, près des serres du Muséum, un pied de Morelle de Balbis qui était dépouillé de ses fruits par les passants, au fur et à mesure de leur maturation ; mais, assurément, cet innocent larcin ne s’accomplissait pas sans qu’il y eût du sang répandu.

La saveur des baies du S. Balbisii est assez insignifiante. On pourrait les confire au caramel et au fondant, comme celles du Physalis peruviana, qui sont beaucoup meilleures ; ce qu’on peut affirmer, c’est que la plante est fort belle et digne de rallenlion des amateurs.

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