CHAPITRE QUATRIÈME
Travail des terres. — Défoncement ; manière de l'exécuter. — Labour proprement dit ; labour à la bêche, labour à la pioche. — Profondeur des différents genres de labour. — Instruments servant au labour des jardins, bêches et leurs variétés. — Pioches et houes de différentes formes. — Pics, houettes et binettes ; leurs formes et leurs usages. —Sarcloirs, râteaux et ratissoires. — Rabot, cordeau.
Toute terre destinée à la culture doit être, avant tout autre opération, ameublie convenablement ; on y procède de deux manières : par les defoncements et par les lubours, qui ne sont au fond, que deux degrés différents d'une même opération.
Les défoncements sont des labours plus profonds que les labours ordinaires : ils n’ont pas seulement pour but d'ameublir le sol, muis eucore celui de le renouveler, en ramenant à la surface la couche inférieure du sol arable et la remplaçant par couche superficielle. Il résulte encore de ce travail que !'air et l'eau des pluies ou des arrosements pénètrent avec plus de facilité dans les profondeurs du terrain et sont plus directement en communication avec les racines des p'antes.
Les défoncements ne s’exécutent pas tous de la même manière ; ils varient suivant les lieux, les sols, et surtout le genre de culture que l'on veut pratiquer. Nous n'avons à nous occuper ici que de ceux qui concernent le jardinage.
Le meilleur défoncement est celui qui occupe toute l'éterdue du terrain que l’on veut consacrer à la création d'un jardin. Pour le faire, on ouvre, sur une extrémit: de terrain, une tranchée ou fossé de 35 à 40 pouces de large et de la profondeur de 15 pouces environ. La terre enlevée de la tranchée est portée à l'autre extrémité de la pièce de terre. Cette ‘ranchée est alors remplie avec la terre enlevée d'une tranchée égale et parallèle, en mettant toujours, comme nous l'avons déjà «ht, là terre la plus superticielle au fond, et réciproquetuent., On procède ainsi d: proche en proche,
jusqu'à ce qu'on soit arrivé au bout du morceau de terre à où l'on trouve la terie extraite de la première tranchée et qui sert à remplir la dernière.
Un autre mode de défoncement, moins complet, il est vrai, mais demandant moins de travail et de ti mps, consisterait à labourer la terre à la Lêche, à la manière ordinaire, muis avec la précaution d'atteindre à la profondeur de deux fers de bèche : c'est-à-dire qu'après avoir ouvert la première tranchée et renversé la terre à la distance de 20 pouces environ, on en creuserait une seconde au fond de celle-ci et on en déposerait la terre au-dessus de celle qui a été renversée la première. Ce ne serait, comme on le voit, qu’un double bêchage ; mais, dans bien des cas, ce défoncement imparfait serait suffisant pour la culture des lézumes
Les pio. hes et les houes à long fer peuvent ercore servir à défoncer les terres, muis le travail exécuté avec ces inst: uments ne vaut génerulement pus celui que nous venons d'indiquer et qui est à peu près le seul en usage dans les pays où l'horticulture est florissante,
Les lubours simples sont des opérations toujours moins pénibles que les défoncements, mais qui, par contre, doivent ètre bien plus fréquemment répétés, La manière de les executer et les instruments que l’on y emploie sont fort variés. Ils peuvent se réduire à deux principaux, selon que l'on fait usage de houes ou de bêches. Les labours à la hrae divisent moins la terre et ils sont moins propres que ceux faits à la Lèche, mais ils sont plus expéditifs et plus économiques. On se sert de la houe pleine dans les terres sèches et légères ; la houe fourchue convient mieux dans les terres fraiches et un peu tenaces ; mais c'est toujours avec la houe fourchue qu'il faut Jlabourer les massifs d'arbres et d’arbrisseaux des jardins d'ornement, parce que cet instrument endommage moins que la Lêche les nombreuses racines qui courent ça et là dans la terre de ces massifs.
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Les labours à la Lèche sont presque les seuls que l'on admette dans les jardins bien tenus. Voici comment on doit y procéder : on ouvre, dans le bout de la pièe à ameublir, une première trauchée large de deux fers de bêche et d’une longueur indéterminée ; on répand la terre de cette tranchée sur le reste de la pièce ; ou, mieux encore, on la transporte à l'extrémité où doit s'arrêter le bêchage, pour remplir la dernière tranchée et ne pas laisser d'inégnlités sur le terrain ; ensuite on prend la terre par bêchées que l’on renverse sur l'autre bord de la tranchée, en la divisant et l’émiettant bien avec le tranchant de la bêche, de manière que le fond et le dessus soient convenablement divisés, la surface sans inégalités, ct la fosse toujours égaleniunt large et profonde. En même temps qu'on retourne la terie, il fuut avoir soin d'en extraire les pierres ou les grosses racines qui peuvent s’y rencontrer ; si le terrain est couvert de mauvaises herbes, on les enfouit au fond des tranchées, à l'exception du chien-dent, de ;: menthe et du chardon des champs, qu’il faut enlever à la main, et qui, sans cette précaution, ne tarderaient pas à reparaître à la surface du sol.
Si l’on à du fumier à enfouir, on ne doit pas le mettre au fond même des tranchées, dont la profondeur serait quelquefois trop grarde pour que les racines des plantes allassent l'y chercher ; on l’étend sur le revers opposé, puis on renverse la terre de manière qu’il ne soit guère qu’à 2 ou 3 pouces de la surface.
Quand on a à Lécher des terrains en pente, il faut éviter de commencer le labour par 1: partie la plus basse, puisque cette manière de procéder aurait pour effet d'accumuler la terre vers ce côté, où elle n’a déjà que trop de tendance à se porter, et de dégarnir la partie supérieure. Autant que possible, c'est sur cette dernière qu’on doit ouvrir la première tranchée ; de cette manière la terre sera toute remontée d’une certaine quantité, qui est la largeur même de la fosse. Avec une pente considérable, les labours exécutés d'apres cette
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méthode pourraient être très-difficiles ; dans ce cas, on les commence sur les côtés, c'est-à-dire en travers de la pente, pour qu'au moins les terres ne descendent pas.
La profondeur des labours est subordonnée à la nature de la terre et à celle des plantes que l’on veut y mettre. Dans les terres légères et peu profondes, un labour de 6 À 7 pouces suffit ; dans celles qui sont fortes et profondes, on le porte à 10 à 12 pouces ; c’est celui qui convient pour les arbrissenux et les plantes à racines pivotantes, On réserve les plantes à racines courtes, tibreuses et traçantes, pour les sols peu profonds.
Outre les labours dont nous venons de parler et qui précèdent généralement les semis et les plantations, on en exécute d’autres très-superficiels sur les terres déjà occupées par les plantes, pour briser la croûte qui se forme à la superficie de la terre par suite des arrosements, et pour détruire les mauvaises herbes qui croissent naturellement dans les cultures. Telles sont les opérations désignées sous les noms de binuge, treliqge serfouissage. On se sert, pour les exécuter, de d..... astruments légers qui ne sont à proprement parler que des diminutifs de la houe, de la bêche et de la fourche, et que nous allons faire connaître.
Tnstruments servant au lubour des jurdins. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la béche est le principal instrument employé pour remuer la terre dans les jardins ; c’est une sorte de pelle munie d'un manche en bois d’une longueur déterminée. On fabrique des bêches de différentes dimensions, suivant la nature des terrains et le genre de travail que l’on a à exécuter.
La béche en fourche (fig. 2) est une sorte de fourche à trois dents ; elle sert aussi bien que la houe fourchue à travailler les terrains où il y a des racines d'arbres ou d'urbustes à ménager.
Les houes, appelées aussi pioches, diffèrent des bêches en
ce que leur manche, au lieu d'être plus ou noins parallèle à l'axe du fer, fait avec lui un angle plus ou moins ouvert, mais presque toujours moindre qu'un angle droit, et qu'elles ramènent la terre vers les pieds de l'opérateur, au lieu de la pousser devant lui, comme le font les différentes espèces de bêches. On con:truit des houes de diverses formes, suivant le genre de travail que l'on veut exécuter. La longueur du manche varie aussi selon la forme du fer et sa courbure.
Fig. 1. — Bèche, Fig. 2. — Bêche en fourche.
La houe donne beaucoup de force à l'ouvrier pour soulever d'énormes mottes de terre, mais elle l'obligent à travailler plié en denx, genre de fatigue auquel tout le monde ne peut pas s’habituer. Les houes sont à fer plein, carré ou aigu, ou à fer fourchu suivant le Lesoin.
Les houettes, les binettes et les surcloirs (figures 8, 4, 5 et 6) sont de petits instiuments destinés tout à la fois à ameublir la surface des terrains occupés pas les plantes et à | en extraire ls mauvaises herbes ; tous ne sont que des | modifications de la houe et de la bêche, avec une dimunution de volume qui les rend faciles à manier : mais il faut que ces instruments soient légers et bien construits. Quant aux sarcloirs proprement dits, ce sont de petits outils dont le ?
jardinier ne peut faire usage qu'en se courbant ou en se
Fig. 3.— Houe. Fig. 4.-—Houe fourchue ordinaire,
tenant sur un genou. Il ne diffère de la binette commune que par un manche plus court et par l'addition d'une troisième dent, disposition qui le rend très-commode pour arracher les mauvaises herbes et les racines tracantes, difficiles à extirper autrement.
Les räteaux sont les herses des jardins ; ils servent à égaliser les terres bêchées, à en briser les mottes superficielles, à en enlever les pierres et les racines, et à recouvrir le semis ; on les emploie aussi pour compléter le travail des rati-soires, LE dans les allées. On doit en avoir de différentes dimensions : les uns à dents fines et insérées, ne servant que sur les couches et les plates-bandes, les autres, plus grands et plus l°urds pour tous les autres travaux.
Les ratissuires (fig. 7 et 8) servent à purger les allées du jardin des herbes qui y croissent, Dans les parterres et autres jardins de peu d’étendue, on emploie les
Fig. 5.--Sarcloir ordinaire. Fig. 6. —Ilouette,
ratissoires à la main, qu'on pousse devant soi ou qu'on tire à soi, suivant qu’elles ont la forme représentée dans la figure 18 ou dans la figure 19, On voit, au surplus, qu'elles ne sont que des modifications de la bêche et de la pioche, instruments qui peuvent d'ailleurs les remplacer dans beaucoup de cas. Mais, dans les parcs et les grands jardins, le travail de ces divers outils serait trop lent ; aussi les remplace-t-on habituellement par la ratissoire-charrue.
Nous n'avons indiqué jusqu'ici que les outils ou instruments de jardinage les plus fréquemment employés dans la préparation du sol ; l'usage comnplècera le peu que nous en
Fig. 7. Fix, 8. Fig. 10 Ratissoire-bèche, tatissoire-pioche, Narcloir-truelle.
avons dit. Pour terminer ce chapitre, il ne nous reste plus qu'à mentionner le cordeuu, qui sert à diriger l’ouvrier dans le tracé des pl'ate-bandes, des sentiers, des rigoles ou sillons destinés à recevoir des semis ou de. ‘ante.