Journal deê R^èmementê, Première êuiU, p
t. Arcb. du min. de la justice. Coniiic à d'Ai|piillon, 6 décembre 17C&. — On voit ce qu'il faut penser de la prétendue po« pularité de la Commission dont M. de Calonne parle dans son Mémoire ûh roi, p. S3.
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Par faveur spéciale, trois d'entre eux, de Langle, Desnos des Fossés et Huart de la Bourbansais, furent invités à se rendre à la cour, <x aGn d'y recevoir des marques de la satisfaction et des bontés du roi. » Mais cet honneur les séduisit fort peu, ils craignirent d'élre accusés de dénonciations et « s'excusèrent de la manière la plus pathétique pour éviter ce voyage et les pro- }K)S qu'il occasionnerait. » M. Desnos des Fossés déclara même que s'il y était contraint, il arri- ' verait a Paris sa démission a la main.
Et, pour toute consolation, le premier président, auquel ils exprimaient leurs doléances, se contenta de les railler d'un mot sceptique et cruel : H Eh! que ne vous démettiez-vous aussi comme les autres! * » Ainsi la scission entre la Commission extraordinaire et l'ancien Parlement, entre la justice régulière et cette juridiction exceptionnelle, était complète, absolue, irréparable ^.
La Commission n'en poursuivait pas moins son œuvre. Mais il lui fallait un procureur géné-V^ rai. M. do Calonnc fut désigné. Moins que tout autre, semble-t-il, il eût dû accepter cette ingrate et périlleuse mission. Collègue de La Chalotais, plus jeune que lui de trente ans, ayant eu avec lui des relations dans lesquelles sa discrétion et sa délicatesse avaient pu être justement suspec-
1. Correspondonce Le Preslre, SS novembre, S décemb. 1765. — Arcb. Not., H. '437. Bulletin de Rennes, ti novembre 176&.
S. « Il eût été h désirer que lee non démit n'eusienl pat pam foire un corps & port et représenter un Porlement, que 11. do Cbilteaugiron eiU été forcé, ofin de conserver quoique cbose du riirlement do Rennes et de nous amolgomer ovoc co eorpo. » (Arcb. Not., II. 437. Le commissairo Bojdouij à Lover Jy, 4 décembre 1765.)
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tées, il se devait à lui-même de ne pas se faire son accusateur*. Mais une ambition effrénée le poussait en avant, sa présomption ignorait les difficultés; il comptait pour les résoudre sur les charmes de sa parole et les séductions de sa personne. Il avait promis, assurc-t-on, à la cour de trouver des coupables et de terminer rapidement cette affaire, qui commençait à agacer singulièrement le roi 2.
Arrivé à Rennes le 2 décembre, il déposa dès le lendemain sa plainte contre les cinq magistrats arrêtés. Mais il tenait que la Commission fit figure de justice. On résolut de procéder à la séance annuelle de rentrée avec le cérémonial accoutumé. On se donna beaucoup de peine pour éviter que cette solennité ne prit le caractère d'une parodie. On y réussit à peu près.
Les avocats, déjà morigénés par Le Pelletier de Beaupré, ne cédèrent point aux instances de Galonné. Au billet pressant de celui-ci, le b&ton-
1. Galonné explique longuement qu'on dut lui foire violenee pour le décider à accepter cette cbarg^. (Mémoire préêemté «m roi, p. 14-17.) \\ eet à croire que la violence fut douce.
2. H. de Galonné était déjà l'homme néfaste dont Mirabeaa devait, vingt-cinq ans plus tard, tracer cet admirable et trop juste portrait : • On croit trop aisément que vous saves ce que vous comprenes, que vous comprenes ce que vous écoutes d'un œil spirituel et fin, que l'on vous décidera facilement à ce qu'on vous a démontré. Ge sont autant d'erreurs. Uniquement occupé d'échapper à la difficulté du moment, de trouver les moyens d'être ministre demain sans savoir comment vous le seres dans huit jours, tous voules des expédients et non pas des conseils, des promesses et non pas des amis, des louanges et non la vérité. Pourvu que vos coteries vous encensent, que vos obsesseart ne vous gênent pas, que votre inexprimable légèreté rencontre des distractions et que rien ne vous arrache à vos plaisirs, les affaires vont toujours assei. » (Mirabeau, par Edmond Rousse, p. 103.)
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nier Even se contenta de répondre qu*il était malade et alité; il transmit l'invitation à ses confrères, qui refusèrent unanimement, déclarant qu'il n'y avait plus d'avocats ni de barreau, puisqu'il n'y avait plus de Parlement.
A un ordre de même nature les procureurs font la même réponse. Ils ajoutent malignement qu'ils ne peuvent suivre les procédures devant des magistrats ignorants des coutumes de la province et que la détention de leurs confrères Even, Bertier et Bureau arrête la plupart des affaires ^
Malgré tout, la séance eut lieu le 5 décembre. La messe fut dite dans la chapelle du Palais par le P. Bourdet, supérieur des Cordeliers, requis à cet effet, sur le refus du chapitre de la cathédrale; « mais il n'y eut point de musique, point de chanoines, point de révérences, point de robes rouges*^. »
Après la messe, audience solennelle dans la grand'chambre, dont la vaste solitude semble déserte. Seuls les juges du Présidial et le sénéchal, M. de Coniac, assistent a la cérémonie. Point d'avocats, ni de députés du chapitre, ni des abbayes de Saint-Melaine et de Saint- Gcorgcs.
Le président Le Pelletier de Beaupré lit un discours qui dure quatre minutes sur les devoirs du magistrat. M. de Galonné prononce une allô-» cution tout aussi brève sur les obligations imposées aux jtiges par leur serment, qu'ils n'ont ni le droit ni lo pouvoir do cesser de remplir.