‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 93 sur 190 · Jéniiuirct manutcrilt dj cjmle de U Fruyiave · texte numérisé non relu

Jéniiuirct manutcrilt dj cjmle de U Fruyiave

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talent rien pour se soustraire aux regards des honnêtes gens.

« Je rentrai chez moi sur-le-champ, mis en ordre les papiers qui m'étaient le plus essentiels à conserver, les renfermai dans un portefeuille que je remis à mon hôtesse, dont j'étais sûr, lui recommandant de ne le remettre qu'à qui lui montrerait la clef que je lui fis voir.

« Je retournai bien vite vers mon comité d'amis leur apprendre que mon rôle devait finir le soir même, et aviser aux mesures à prendre pour faire exécuter par un autre le projet que nous avions concerté quelques heures avant.

(c Toutes précautions étant convenues, je retourne diner avec mes hôtes, résolu d'attendre chez moi le coup dont j'étais menacé. J'attendis jusqu'à quatre heures. Alors l'impatience me gagnant, je me décidai à en accélérer l'exécution en allant chez M. de Galonné sous prétexte de lui demander des nouvelles de nos parents.

« Ne l'ayant pas trouvé chez lui, j'allai me promener sur les murs de la ville, dans la partie voisine du château. A peine y étais-je que j'en vois sortir mon homme, j'accours à lui et lui demande avec empressement s'il n'a pas de billet à me remettre de la part des procureurs généraux.

— (c Non, dit-il, je n'ai môme pas songé à leur en demander.

« Ce ton d'insouciance et do dédain m'enflamma de colère et, croyant être au dernier moment de la liberté que je devais perdre par ses ordres, je lui vomis de véritables injures :

— (( Vous êtes bien digne, lui dis-je, de l'infàmo

rôle que vous jouez ici. Sans doute, qu'ayant trahi à Versailles la confiance de M. de la Chalotais, vous 6tes chargé, vis-à-vis de ses ennemis, de le faire trouver coupable et de Fimmoler à leur haine. Vous auriez plutôt dû vous rappeler ce qu'il vous dit alors du danger de Tambition chez les jeunes magistrats. Vous êtes un monstre d'iniquité et il ne manque à ma satisfaction que de vous trouver à l'écart et de vous traiter comme vous le méritez!

L'on voit que j'étais sorti des gonds quant aux expressions, mais j'avais fort observé mon geste et mon maintien, parce que cette conversation avait lieu sous les arbres bordant la place Saint-Thomas, à la vue de beaucoup de promeneurs qui nous observaient. A peine eus-je quitté M. de Galonné qu'il presse le pas pour me suivre et me rappelle. Je l'attends.

— « Je dois vous dire de la part du roi, me dit-il, que vous avez à vous rendre au plus tôt à Rennes.

— ce Ses moindres volontés sont des ordres pour moi. Je m'y rendrai dès demain, et ce soir s'il le faut.

« M. de Fontette, dont les fenêtres de l'appartement donnent sur cette place, nous ayant aperçus ensemble, imagina peut-être servir M. de Galonné en rompant notre entretien. Il arrive et nous aborde.

— «Je vous prie, lui dis-je, de me faire expédier oc soir un ordre pour des chevaux de poste aGu de me rendre demain à Rennes.

— « Peut-on vous demander ce que vous allez y faire?

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— « Je rignore, M. de Galonné pourrait vous le dire.

— « Les clefs des cabinets des procureurs gùnéraux ont été remises à M. de la Fruglaye; il y existe des procédures criminelles nécessaires au jugement des accusés qu'elles intéressent.

— « Mais, reprend M. de Fontette, pensez-vous que, n'étant plus ici, quelqu'un de votre famille vienne vous y remplacer, peut-être même M*"^ de Caradeuc?

— « Je n'en doute nullement, répartis-je avec vivacité. Nous avons trop de raisons de savoir ce qui s'y passe et notre intérêt pour nos parents est trop vif pour ne pas nous tenir aussi près d'eux que possible.

a A ces mots, M. do Galonné, semblant oublier tout ce qui venait do se passer entre nous, nio dit, comme du premier mouvement, en me mettant la main sur le bras :

— (( Faites au moins, monsieur, qu'elle n'y vienne pas de la semaine !

a Gc geste de M. de Galonné, qui ne me parut alors qu'irréfléchi, l'était beaucoup au contraire.

« Nous étious au mardi (11 février 17G6), il méditait de faire rendre le jugement par la Gommission le vendredi suivant. Il désirait fort vivement que personne de la famille ne se trouvât alors à Saint-Malo. J'en ai eu toutes les certitudes depuis ^ »

M. de la Fruglaye arrive à l'incident palpitant de cette longue tragédie.

u Ge qui m'avait essentiellement frappé dans

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