Procès instruit, II, 373-441 ; ïïï
266 LE DUC d'aiguillon et la ghalotais
faits qu'on lui attribue : ce sont des désirs, des plans, des desseins, des intentions^ comme s'il était permis de chercher des crimes en idée à ceux dont les actions sont pures. » Il affirme encore que le cri de la province était général sur l'abus des corvées et que le Parlement crut de son devoir d'en instruire le roi. On a abusé de mes lettres privées, qui ne devaient jamais voir le jour, dit-il enfin. On les a exhumées de la poussière pour m'opposer les expressions vives, hardies, libres qu'elles contenaient. Si cette manière de faire le procès d'un homme s'introduisait, elle jetterait l'alarme dans la société, les gens les plus vertueux pourraient craindre pour leur innocence*.
« Le jeune M. de la Golinière a de l'esprit et avoue avec ingénuité ses torts, » écrivait le président Le Pelletier. Ce jeune homme de vingt-six ans, conseiller depuis quinze mois, répond en effet d'un ton dégagé aux questions du juge instructeur, qui portèrent principalement sur le manuscrit de Ja Lettre d*un Patriote, 11 s'en déclare l'unique auteur et explique fort bien certaines propositions qui paraissaient « dangereuses et séditieuses » aux agents du ministère, mais qui n'en étaient pas moins légitimes et conformes au droit : « Un acte conditionnel a cimenté l'union de la Bretagne à la France... Elle n'a choisi les monarques français pour ses souverains qu^à condition d'être gouvernée comme elle l'avait été par ses ducs... »
1. Mémoire au roi, pour L.-J. Picquet de Montreuil, in-4» de 22 p., p. 12, 17, 20.
Par ailleurs La CoHnière nie rexistence d'un complot quelconque, « du schisme qui a formé deux partis dans la province, les royalistes et les basthonnaires ; » il déclare qu'il « ignore absolument toutes ces horreurs et croit qu'on a pris plaisir à les exagérer; » il n'a jamais pensé que le but du Parlement fût d'attaquer personnellement le duc d'Aiguillon *.
En somme, on m'a fait beaucoup plus de questions, dit-il justement, sur les délibérations de la Cour et sur mes confrères que sur les faits qui m'étaient propres 2.
Tous les accusés avaient d'ailleurs réclamé la juridiction du Parlement de Bordeaux, qui était seul compétent pour les juger, celui de Rennes n'étant pas en nombre.
Les interrogatoires étaient terminés ; ils n'avaient pas apporté de lumières nouvelles, ni révélé de fait inconnu. Des lettres imprudentes, — ou trop sincères, — des paroles inconsidérées, c'était tout. Il apparaissait clairement que les accusés s'étaient montrés favorables à « l'opposition; » mais de là à un crime d'Etat, il y avait une distance que la mauvaise foi la plus évidente et l'arbitraire le plus dénué de scrupules pouvaient seuls franchir.
Il fallait cependant donner une suite à ce pre-