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LE PROCÈS CHAPITRE I

UN COIN DE LA VIE DE PROVINCE AU XVIir SIÈCLE

I. La société de Rennes au mois de juin 1765. — Raudin et Audonard. — Les deux partis. — Avanies faites aux « non démis. »

II. La gravure des Ifs. — Réunion au Thabor. — Habits et perruques. — Le groupe des « modérés. »

III. Lettre maladroite de Saint-Florentin aux « non démis. » — Parodies. — Fables et rondeaux.

IV. L'attitude de La Ghalotais. — Dénonciations. — La scène des procureurs. — Lettres de ses amis.

V. Premières arrestations. — M. de la Bellangerais, le graveur OUivault, l'abbé de Boisbilly. — La marquise de la Roche.

VI. Nouvelles scènes entre « démis » et « non démis. » — Un article de la Gazette de Leyde, — Bataille entre un conseiller et des marchandes de légumes.

VII. Quelle fut l'attitude du duc d'Aiguillon ? — Son influence. — Deux lettres significatives.

La démission du Parlement produisit dans toute la province une émotion dont nous pouvons à peine nous faire une idée en supposant qu'une

de nos Cours d'appel vienne tout d'un coup à cesser le service. Et les pouvoirs du Parlement étaient bien autrement considérables : pouvoirs judiciaires, pouvoirs politiques, pouvoirs de police. Le trouble causé par cette mesure extrême fut d'autant plus profond que les tribunaux inférieurs crurent devoir, malgré l'invitation du Parlement, interrompre aussi leurs audiences.

C'est dans la ville de Rennes que le contrecoup se fît sentir avec le plus d'intensité; cette grande cité était d'ordinaire fort paisible, le Parlement était sa vie.

Or, le Parlement^n'existait plus, mais les magistrats restaient internés à Rennes. Qu'on se ligure l'agitation que devait produire dans une ville de province cette réunion de quatre-vingts personnes, retenues au plus fort de l'été, au moment où d'habitude les conseillers s'empressaient d'émigrer vers leurs seigneuriales résidences de campagne.

C'était toute la société rennaise qui se trouvait ainsi rassemblée par force, et rassemblée à la suite d'un événement qui surexcitait vivement les esprits. Aussi que de conciliabules! Que de faux bruits ! Que de médisances ! Comme on était à l'affût des nouvelles ! Comme on attendait avec impatience l'arrivée du courrier de Paris, qui • descendait tous les deux jours à l'hôtel d'Artois, rue aux Foulons.

Nous avons là un spécimen fort curieux de la vie de province au xviii® siècle. Ce qui donne encore plus de piquant à ce tableau, c'est que cette société se trouva aussitôt divisée en deux camps : d'un côté les démissionnaires ou, comme

on disait alors, « les démis, » les partisans de l'opposition, les adversaires du duc d'Aiguillon, les tenants du parti breton; de Tautre, les « non démis, » les amis peu nombreux du pouvoir, les fonctionnaires et les agents des ministres. Les premiers avaient pour eux l'opinion publique, la faveur populaire qu'ils conquirent incontestablement dès le début et gardèrent jusqu'à la fin; les seconds, l'appui du gouvernement et toutes les forces dont dispose l'administration.

Ce fut bientôt entre les deux camps une rivalité qui devint une guerre acharnée : guerre de salons et guerre de plume, guerre d'épigrammes et guerre de satires, où les petits vers, les gravures et les dîners jouèrent un rôle important et comique. Mais le bouffon y coudoya souvent le tragique.

L'intendance devint naturellement le quartier général des partisans du pouvoir; elle était alors installée dans le palais abbatial du couvent des Bénédictins*. Mais Tintendant n'était plus Le Bret ; celui-ci avait été remplacé par M. de Fiesselles; « le premier est fait pour être regretté et le second pour être plaint de venir ici dans ces fâcheuses circonstances, » pensait Le Prestre. « Il faut qu'il ait beaucoup de courage ou beaucoup de présomption, » écrivait Coniac^.

Flesselles était un bon administrateur 3, d'un

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