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LE POUVOIR D’ACHAT DES MASSES SALARIEES CLE DU PROBLEME ECONOMIQUE

« L'économie politique est la science qui se charge de veiller au bonheur de l’espèce humaine, et non pas une sèche chrématistique. »

(Sismondi, Nouveaux principes, tome I, p. 399).

La crise économique qui a éclaté, en octobre 1929, à New- York, pose devant nous des problèmes urgents et nombreux à résoudre, — il s’agit d’abord de parer aux dangers les plus pressants, de vivre aujourd’hui.

Mais l'intensité et l’étendue même du désastre amène un nombre croissant d'hommes à examiner de façon critique les notions classiques de l’économie politique.

L'examen fait, ne devront-ils pas modifier ou rejeter certaines théories sous l’influence desquelles nous vivons depuis un siècle et demi.

Ne commenceront-ils pas à croire, confrontant doctrines et expérience, que nous sommes entrés, surtout depuis la guerre, dans un monde économique aussi différent de celui du xix° siècle que celui-ci l’était du moyen âge.

Pendant le dernier siècle, « les nations civilisées » en étaient à s’équiper industriellement. Elles partaient de l'outillage artisanal pour atteindre le stade de l'équipement industriel. Les richesses créées par le monde artisanal du xvirr siècle étaient souvent insuffisantes — il y avait toujours à craindre la disette et la famine. Aussi, le problème de la création des richesses se trouvait-il dominer les préoc-

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cupations de tous les économistes classiques. Certes, les crises qui se succédèrent assez nombreuses dès le début du xrx° siècle, et l’état de détresse où elles plongeaient les ouvriers industriels, amenèrent les économistes à examiner le problème des salaires. Mais la question du pouvoir d'achat que ceux-ci représentent les laissaient assez indifférents — les crises du xrx° siècle leur paraissaient, avec beaucoup de vraisemblance, être des crises passagères, de croissance, dues simplement à des mauvais calculs, rompant le parallélisme nécessaire du développement des différentes branches de l’activité économique — ils considéraient le salarié sous le jour non pas du consommateur, mais de l'outil dont il faut mesurer le prix de revient.

Tel était l’état d'esprit dominant l'Ecole classique. Mais, dès le début du siècle dernier, de vigoureuses protestations s’élevèrent en son sein même, au nom de l’humanité. Sismondi, particulièrement, réclama l’amélioration du sort des grandes masses humaines que forme la classe ouvrière et protesta contre le « laissez faire les lois naturelles pour mettre fin aux crises. »

Sismondi faisait sienne la formule de Condorcet, selon laquelle : « toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l’amélioration morale, physique et intellectuelle de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. »

Son sens de la justice était blessé lorsqu'il constatait que les salariés ne participaient point à l'augmentation des richesses qu’ils avaient créée. Les uns étaient mis en chômage par l'introduction, dans les manufactures, de nouvelles machines. Les autres, les mieux partagés cependant, qui conservaient leur ouvrage, voyaient leur sort empirer avec le progrès mécanique. Les sans-travail leur faisaient une rude et involontaire concurrence. Leurs salaires baissaient ; et, s’ils étaient chargés de famille, ils étaient obligés de faire des journées épuisantes pour compenser la perte de salaire subie d’autre part.

Les inventions auraient dû apporter plus de bien-être et

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de bonheur à l'humanité ; au contraire, elles la rendent, dans sa masse la plus nombreuse, plus malheureuse que jamais.

Et, il y a plus d’un siècle déjà, Sismondi dénonce le mal qui accable aujourd’hui le monde entier : « … Nous l’avons dit d’ailleurs, mais nous croyons essentiel de le répéter : ce n’est point le perfectionnement des machines qui est la vraie calamité, c’est le partage injuste que nous faisons de leur produit. Plus nous pouvons faire d'ouvrage, avec une quantité donnée de travail, et plus nous devrions augmenter ou nos jouissances ou notre repos — l’ouvrier qui serait son maître quand il aurait fait en deux heures à l’aide d’une machine ce qu’il faisait auparavant en douze heures, s’arrêterait après deux heures, s’il n’avait pas besoin, s’il ne pouvait faire usage d’un produit plus grand. C’est notre organisation actuelle, c’est la servitude de l’ouvrier qui le réduit lorsqu'une machine a augmenté ses pouvoirs, à travailler non pas moins, mais plus d'heures par jour pour le même salaire. » (Sismondi, Nouveaux Principes, t. II, p. 318, note.)

Les premières critiques portées contre les théories des économistes libéraux, en matière de salaires, avec Sismondi d’abord, puis avec de nombreux autres économistes classiques, enfin et surtout avec les premières écoles socialistes, se placèrent donc, d’abord, au point de vue de l’humanité et de la justice.

Mais les difficultés du système économique présent ont démesurément grandi. La justesse des critiques d’ordre purement économiques parut plus certaine. Elles furent reprises et placées en premier lieu. C’est de ce point de vue que sont attaquées le plus durement les théories classiques des salaires.

Le problème de la production a cessé d’être au premier plan. La question la plus importante que nous ayons à résoudre actuellement est celle de la consommation.

L'équipement industriel des nations européennes et des

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