EXEMPLES AJOUTÉS PAR L'ÉDITEUR
On eut à Rome une grande marque de la protection de la sainte Vierge, au temps du pontificat de saint Grégoire-le-Grand. Ce saint Pape ne trouva d'autres moyens pour arrêter le cours d'une grande peste, qui avoit déjà fait un affreux ravage dans la ville, que TinvocatioR de !a Mère de Dieu , et le recours à sa miséricorde. Jamais peste n 'avoit été plus cruelle ; jamais on n avoit ressenti une plus grande calamité. On voyoit tous les jours mourir des milliers de personnes , dont la plupart étaient emportées subitement par la violence du mal ; les uns en éternuant , les autres en bâillant , presque tous sans avoir le temps de se reconnoître. Quoique le saint Pape eût prêché la pénitence, ordonné des prières publiques, fait des vœux , la peste ne laissoitpas de continuer ses ravages, jusqu'à ce qu'il prit le parti de se tourner entièrement vers la Mère de Dieu. Il ordonna donc que le clergé et le peuple iroient en procession générale à l'église de Notre-Dame, appelée Saint-Marie-Majeure, et qu'on porteroit par toute la ville l'image de la très-sainte Vierge, peinte parsaintLuc. Celte procession arrêta parfaitement le cours de cette calamité. Ce fut une agréable merveille de voir que, par tous les endroits où l'image passoit , la peste cessoit entièrement ; et avant la fin de la procession , on vit sur la terrasse d'Adrien , qui depuis fut nommée le Château-Saint-Ange, un
ange en forme humaine , qui remeltoil dans le fourreau une épée sanglante. On entendit en même temps les anges chanter cette antienne de la sainte Vierge : Regina cœli, lœtave , alléluia, etc. Le saint Pontife y ajouta : Ora pro nobis Deum , priez le Seigneur pour nous ; et l'Eglise a toujours employé depuis celte prière pour saluer la sainte Vierge au temps de Pâques. ( Véritable dévotion. )
L'empereur Léon, surnommé l'Isaurien , ve noil d'exciter une persécution sanglante contre ceux qui révéroient les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints ; mais il eut dans le gouverneur de Damas un adversaire encore plus redoutable que le saint Patriarche et les docteurs de Constantinople. Saint Jean Damascène, quoique hors des états de ce prince impie, crut qu'il éloit obligé de secourir ses frères, dans un mal si pressant. Comme il étoit très-éclairé dans l'antiquité de l'Eglise et dans la théologie, il écrivit contre cette impiété trois discours solides et concluants, pleins d'instruction , et d une éloquence vive et moelleuse. Ils firent tout l'effet qu'on en attendoit : ils confirmèrent les fidèles dans la foi, et confondirent les hérétiques. L'empereur grec, ne pouvant souffrir qu'un h-omme d'une si haute réputation dans tout f Orient combattît avec tant de force et de succès toutes les erreurs , eut recours , pour s'en venger et pour le perdre , aux noires manœuvres d'un lâche faussaire. Il lui dicta une
lettre dans laquelle le saint gouverneur de Damas l'invitait à paraître à la téte de son armée , sous les murs de la ville commise à sa garde, lui promettant de la lui livrer sans défense. L'écri ture et la signature du saint étaient parfaitement imitées. Léon choisit un homme sûr pour présenter au calife de Damas cette preuve de la trahison prétendue de son gouverneur , et il Tassuroît, dans une lettre particulière, de sa fidélité à leur traité.
L'artifice était trop bien caché pour ne pas s'y méprendre. Le calife ayant reçu ces deux lettres parut interdit. Aussi surpris qu'irrité, il fait venir le saint, lui montre la lettre Jean avoue que cette écriture ressemble à la sienne , mais il déclare que la lettre n'est pas de lui, et proicste de son innocence : mais le barbare s'abandonnant à sa colère, sans vouloir l'entendre, ordonne qu'on lui coupe sur-le-champ la main droite , et qu'elle soit exposée dans la place publique, clouée à un poteau ; ce qui fut exécute
Sur le soir , notre saint persuadé que la colère du prince seroit ralentie, le fit prier qu'ott lui rendît sa main. Le calife , à qui on avoit déjà fait entrevoir la fourberie de l'empereur grec, revenu de son emportement, condamnoit sa précipitation, qui Tavoit empêché de découvrir la calomnie : il fut touché de cette demande , et consentit qu'on lui rendît sa main. Alors le saint, plein d'une vive confiance, entre dans son oratoire, et prosterné devant l'image de la sainte Vierge : « Mère de mon Dieu, s'ecrict-il, refuge assuré et la consolation !a plus douce
de tous les fidèles , vous savc* que ce n'est que pour avoir défendu le culte dû à vos images , à celles de votre Fils et des Saints , que j'ai perdu cette main : confondez aujourd'hui l'erreur, en confondant la calomnie; faites que cette main se rejoigne à son bras pour n'être plus employée qu'à combattre les ennemis de votre Fils et les vôtres, et pour servir dé témoignage à la vérité. » lin disant cela, il rapproche sa main du bras, laquelle fut à l'instant si bien rétablie , qu'on n'eût jamais pu croire qu'elle eût été coupée, si , pour rendre visible le miracle, Dieu n'y eût laissé un filet rouge qui en marquait la séparation. Le saint, plein de reconnoissancc et de dévotion , passa le reste de la nuit à chanter les louanges du Seigneur avec tous ses domestiques, La merveille étoit trop éclatante pour ne pas faire du bruit : le calife en étant averti, voulut s'en convaincre par ses propres yeux; et embrassant le saint, le pria de lui pardonner son emportement, et de lui demander tout ce qui pourroit lui faire plaisir, jurant qu'il lui aceorderoit sa demande. Le saint, qui depuis son enfance ne soupiroit qu'après la solitude, profita de cette occasion pour obtenir son congé. La demande qu'il en fit affligea le prince, qui mit tout en œuvre pour le retenir; mais le saint le sommant de sa promesse et de son jurement, obtint enfin la permission de se retirer.
Au commencement du dix-septième siècle, vivoit à Paris un très-saint prêtre nommé le
i\ Bernard U étoit d'une famille distinguée selon le monde ; niais il méprisa toutes les espérances du siècle , pour embrasser la sainte pauvreté de Jésus-Christ, et ne prit même d'autre nom que celui de pauvre prêtre. On doit I<* mettre au nombre des plus dévols et des plu. fidèles serviteurs de Marie. Il croyoit lui devoii sa conversion et sa vocation à l'état ecclésiastique : il le publioit partout, et n1omettoit rien de tout ce qui pouvoit inspirer aux autres les sentiments de respect et de confiance qu'il avoit pour elle ; car la plupart de ses exhortations n'étoient presque qu'un tissu de merveilles que Dieu opéroit par la médiation de la sainte Vierge. Il l'appeloit toujours sa bonne mère. Il avoit fait imprimer en toutes sortes de langues une prière tirée des sentiments de saint Bernard, qu'il avoit apprise de son père, et qui commence par ces mots : Memorare, 6 piïssima lrirgo Maria ! il en distribua pendant sa vie plus de deux cent mille exemplaires , et par le moyen de cette prière il opéra une infinité de choses merveilleuses. Comme il alloit un jour au Petit-Châtelet (car , à l'exception du vendredi , qu'il avoit réservé pour l'hôpital de la Charité, il partageoit toutes ses semaines entre ies prisons de Paris ; le lundi , au Grand-Châtelet ;. le mardi, au Petit-Châtelet ; le mercredi , a la Conciergerie ; le jeudi , à la prison des Galériens ; et le samedi, au Fort-l'Evêque, sans compter les autres, qui n'avoient point de jours) ; comme il alloit donc au Châtelet pour y faire ses fonctions ordinaires, M rencontra
sur le Petit-Pont, deux religieux d'un ordre fort austère ; et courant à celui des deux qui était le plus jeune, il l'embrasse en lui disant : « Mon cher frère , réjouissez-vous , car vous devrez votre salut à la sainte Vierge. >» Le jeune religieux, qui ne le connoissoit pas , le prit pout un fou ; mais le père qui l'accompagnoit lui dit : « C'est un saint homme appelé le P. Bernard : vous devez vous réjouir de ce qu'il a dit, car il ne Ta pas dit sans raison. » Ils continuèrent leur chemin, et le P. Bernard entra au Châtelet. Plusieurs années après , entrant a la même prison , on lui dit qu'il trouverait dans le cachot un homme qui venoit d'être jugé, condamné à être roué tout vif, mais qui ne trouloit point entendre parler de confession. Le P. Bernard, doublement affligé de cette nouvelle, se fait conduire au cachot; il salue le prisonnier et l'embrasse ; il l'exhorte , il le menace de la colère de Dieu, mais fort inutilement : le criminel ne daignoit pas seulement lui répondre. Le père le prie de vouloir au moins dire avec lui une prière fort courte à la sainte Vierge ; le prisonnier le rebute ; celuici ne laissa pas de la dire ; mais voyant que ce pécheur obstiné n'avoit pas voulu seulement desserrer les lèvres pour prier avec lui , son zèle lui donne de la hardiesse ; il lui porte à la bouche la prière qu'il venoit de dire , et dont il avoit toujours plusieurs exemplaires avec lui, et s'écrie , en s' efforçant de la faire entrer dans a bouche : Puisque tu n os pas voulu la dire , tu a mangeras. Le criminel ne pouvoit guère se
défendre , puisqu'il avoii les fers aux pieds et aux mains ; de manière que pour faire cesser rimportunité du saint homme, il lui promit d'obéir. Alors le P. Bernard se met à genoux avec lui , il commence l'oraison Memorare , et le prisonnier n'en eut pas plus tôt prononcé les premières paroles qu'il se trouva tout changé : un torrent de larmes couloit de ses yeux , et le regret de ses péchés lui faisoit jeter des cris qui fendoient le cœur. Le P. Bernard, pénétré de joie, s'écrie en l'embrassant : « C'est à l'intercession de la sainte Vierge , mon cher frère, que vous devez votre conversion. » — «Il est vrai, mon père, lui dit le prisonnier, avec une voix entrecoupée de sanglots, il y a long-temps que vous me l'avez dit : plut à Dieu que je ne l'eusse jamais oublié ! » — « Vous ai- je jamais vu , mon enfant ; reprit le Père ? » car non-seulement il ne le connoissoit pas, mais il ne se souvenoit pas même qu'il eût dit à quelqu'un le* paroles qu'il venoit de dire au prisonnier. Le criminel lui dit : « Je suis ce religieux que vous embrassâtes, il y a plusieurs années, sur le Petit-Pont ; mais comment , lui répliqua te Père , êtes- vous tombé dans le misérable état où je vous vois ? » — « Je vais vous le dire , reprit le prisonnier. J'étois entré dans le cloître sans vocation : j'avois recherché en mariage une jeune personne d'une famille fort distinguée dans ma province ; mais ses parents m' ayant préféré un gentilhomme de mes voisins, le dépit que j'en eus me fit quitter le monde. Me voyant néanmoins dans un ordre rempli de gens de
bien, j'eus honte de ne pas vivre comme eux. Je m'acquittai exactement de toutes les observances religieuses , et , ne fût-ce que par honneur, je mcnois une vie régulière et paisible, lorsqu'un jour j'aperçus dans notre église, à quelques pas de moi, ce jeune gentilhomme qu'on m'avoit autrefois préféré. Cette vue me troubla ; je sentis renaître mes premiers désirs de vengeance, et avant de sortir , dans la maison même de Dieu... (ici les sanglots redoublèrent avec tant d'abondance, que le P. Bernard croyoit qu'il alloit étouffer) ; dans la maison même de Dieu, poursuivit-il , je résolus de me venger si j'en trouvois l'occasion. Mais admirez , ajouta-t-il , comme la justice de Dieu nous abandonne aux tentations que nous avons fomentées et nourries. Ce gentilhomme, qui m'avoit reconnu , eut l'imprudence de me suivre à la sacristie , pour me le dire et me faire souvenir du temps passé. Je répondis assez froidement à sa civilité ; néanmoins , comme il s'avança pour m' embrasser , je m'avançai de mon côté , et lui dis tout bas à l'oreille : Si tu as le mérite qu'on t'a supposé en te préférant à moi, tu me le feras voir aujourd'hui à minuit précis , au bas de la muraille de notre jardin ; c'est là que tu viendras avec un habit, des armes et un cheval pour moi. Il vouloit s'échapper et s'étendre en remontrances : Non , lui dis-je, mon parti est pris, et je te ferai assassiner, si tu ne me donnes satisfaction. Il me le promit et il tint parole. Je sautai la muraille pour me trouver au rendezvous ; je pris les habits et les armes qu'il m V
voit apportés , et du premier coup je l' étendis sur la place , mort ou fort blessé , car je ne m'a musai point à courir à lui ; mais montant aussi tôt à cheval , je pris le chemin du Bourbonnais , qui est mon pays. Ma famille n'eut pas grand plaisir de me voir en cet état : c'étoit tous les jours de nouveaux chagrins qu'on me faisoit, de sorte que je pris la résolution d'aller courir fortune. Je rencontrai une troupe de bandits, dans la première forêt que je traversai ; je me joignis à eux : j'y ai vécu quelque temps, et le ciel , las de mes crimes, m'a enfin livré à la justice humaine, qui m'a condamné à expirer sur la roue. Trop heureux si par là j'évite les supplices éternels de l'enfer , que j'ai tant mérités ! » En cèt endroit ses larmes et ses sanglols recommencèrent avec tant de violence, que le P. Bernard en étoit tout pénétré. « Consolez-vous , mon enfant , lui dit il ; puisque la sainte Vierge vous a obtenu de Dieu la grâce de la pénitence , ne doutez pas qu'elle ne vous obtienne la persévérance et le salut. Préparez-vous seulement a faire une bonne confession , je vais vous chercher un confesseur. » Hélas ! il n'en eut pas besoin ; car, pénétré de la vue de ses péchés, et de la miséricorde de Dieu sur lui,^ *e pauvre pénitent expira de douleur et de contrition avant que le P. Bernard fût de retour.
Saint Dominique faisant une mission dans la ville de Carcassonne, contre l'hérésie des Albigeois, on le pria d'exorciser un possédé
du démon : il le fit , et dans cette occasion il lira du propre aveu de cet ennemi du salut , par la bouche du possédé , une vérité qu'on ne sauroit trop inculquer à tous les hommes , pour exciter et affermir leur confiance en la sainte Vierge. En effet , cet esprit de ténèbres ; forcé par le commandement et la sainteté de cet homme apostolique, et par l'autorité de? exorcismes , avoua , après s'en être néanmoins long-temps défendu, en présence d'une foule innombrable de peuple accouru à ce spectacle, que Marie , la Mère de Dieu , étoit sa capitale ennemie ; qu'elle renversoit tous ses desseins et rompoit toutes ses mesures ; que sans elle il auroit mille fois renversé toute l'église par les hérésies et les schismes ; qu'elle lui arrachoit à toute heure des âmes dont il se croyait bien assuré ; que plusieurs , à l'article de la mort, obtenoient leur salut par son entremise ; et enfin , que jamais aucun de ceux qui avaient fidèlement persévéré dans sa dévotion n'avoit été perdu. C'est ainsi qut ia force de la vérité força le père même du mensonge à parler pour notre instruction et notre consolation. (Vérit. déç. à la Vierge. )
CHEMIN DE LA CROIX
PRIERES PREPARATOIRES.
Le Prêtre,
Je vous salue, ô Croix, mon | 0 Crux, ave, spes unique espérance, la gloire et unica!
le salut du monde : augmentez Mundi salus et gloria ; la félicité des justes, obtenez le Auge piis justit'am , pardon des pécheurs. Reisque dona veniam.
Le Peuple.
Vive Jésus ! vive sa Croix !
Oh ! qu'il est bien juste qu'on l'aime , Puisqu'en expirant sur ce bois , Il nous aima plus que lui-même.
Disons donc tous à haute voix:
Vive Jésus î vive sa Cr«ix !
PRIERE que Von doit faire au Maître- Autel. 0 Jésus, notre aimable Sauveur, nous voici humblement prosternés à vos pieds, afin d'implorer votre divine miséricorde pour nous et pour les âmes des fidèles qui sont morts. Daignez nous appliquer à tous les mérites infinis de votre sainte Passion . que nous allons méditer. Faites que, dans cette voie de soupirs et de larmes, où nous entrons, nos cœurs soient tellement contrits et repentans que nous embrassions avec joie toutes les contradictions, les souffrances et les humiliations de cette vie.
Et vous, 6 divine Marie ! qui la première nous avez enseigné à faire le Chemin de la Croix , obtenez de l'adorable Trinité qu'elle daigne accepter , en réparation de tant d'injures qui lui sont faites , les affections de douleur et d'amour, dont l'Esprit viviticateur nous favorisera pendant ce saint exercice.
En partant de F Autel, deux chantres entonnent le Cantique suivant :
sur l'air : Vous qui voyez couler mes pleurs. Suivons sur la montagne sainte • Notre Sauveur sanglant, défiguré; Et marchons après lui sans crainte Sous le poids (bis) de l'arbre sacré»
CHEMIN DE LA CUOIX
Le Peuple.
Sancla mater , istud Mère sainte , daignez opéagas : rer en moi ce prodige : impri-
Grucîfixi fige pîagas mez fortement dans mon eceur Cordi meo validé, [les plaies de Jésus eracifié. Les Chantres reprennent :
Seigneur . malgré votre innocence , C'est moi , cruel , qui vous livre au trépas : Se peut-il que votre vengeance De ses traits (bis) ne m'accable pas?
Le Peuple.
-Sancta Mater , etc. | Mère sainte , etc.