CHAPITRE PREMIER
SALVE, REGIRA, MATER MISERICORDIJE.
§ I. Quelle doit être notre confiance en Marie reine de miséricorde.
La Vierge Marie ayant été élevée à ia dignité de mère du Roi des rois, c'est avec grande raison que l'Eglise la salue du nom de Reine et veut que tous ses enfants l'honorent sous ce titre glorieux. Si le fils est Roi, dit St. Athanase, comment la mère ne seroit-elle pas Reine et souveraine PJLt saint Bernardin de Sienne ajoute que des l'instant ou Marie consentit à sa divine maternité , elle mérita de recevoir l1 empire sur toutes les créatures, et que le sceptre du monde fut placé entre ses mains. Marie et Jésus n'ayant qu'une même chair (c'est la réflexion de St. Ardaud, abbé) , comment la Mère ne jouiroit-elle pas conjointement avec son Fils des honneurs et' des prérogatives de la royauté? Et il va jusqu'à dire que cette gloire de Jésus-Christ est non-seulement commune à sa très-sainte Mère, mais quelle est la même pour l'un et pour l'autre.
Marie est donc la reine de l'univers, puisque Jésus en est le roi ; îinsi, comme l'observe
Si Bernardin de Sienne, autant il y a de créatures qui obéissent à Dieu, autant y en a-t-il qui obéissent à la glorieuse Vierge ; et toutes les créatures, les anges, les hommes, toutes les choses qui sont au ciel et sur la terre, étant sujettes de Dieu, le sont par là même de satres-sainte Mere, Régnez, 6 Marie! lui dit 1 abbé Guerric, disposez à votre gré des biens de votre Fils; le royai 'ne et la puissance appartiennent à la mere , à l'épouse du Roi les rois.
Marie est reine ; mais disons-le aux 1 ^tiens pour leur consolation, c'est une reine purirre de douceur et de clémence, etuniquement ocrnpée à soulager les misères de son peuple. Ce même de reine, comme le remarque Albert-le- Grand, signifie compassion, providence envers les pauvres ; différent de celui d'impératrice , qui signifie rigueur, sévérité. Les rois et les reines mettent leur grandeur à soulager les malheureux, dit Sénèque : Hoc reges habent magnificum, prodesse miseris ; et au lieu que les tyrans ne régnent que pour leur intérêt propre, les rois ne semblent régner que pour le bien de leurs sujets. Aussi, dans leur sacre, l'huile, symbole <de miséricorde, est répandue sur leur tête, et cette onction est pour marquer qu'ils doivent faire régner avec eux la piété et la clémence.
La miséricorde est donc l'apanage des souverains ; en sorte cependant que la justice soit maintenue dans ses droits, car ils ne peuvent 3tre dispensés de sévir contre les coupables. Il n'en est pas ainsi de Marie, qui est reine, non Je jus-tice, mais de miséricorde ; non pour punir
fies pécheurs, ma?s pour leur pardonner. Gerson, sur ces paroles du psalmiste , J'ai appris deux choses , que la puissance est à Dieu , et que la miséricorde apport 'ent au Seigneur, observe que le royaume de Pieu consistant dans ces deux choses, la justice et la miséricorde, le Seigneur en a fait comme deux parts; quil s9 est réservé le domaine de la iùstice, et a cédé celui de la miséricorde à sa ihîère. St. Thomas confirme cette I explication , lorsqu'il dit dans sa préface des ] Epîtres canoniques, que la moitié du royaume de Die* P t donnée à Marie , quand elle conçut et enfaria le Verbe éternel; en sorte qu'elle devin1* ^ei ne de miséricorde, comme son Fils est roi de justice.
En èffet, Jésus-Christ a été fait par son Père roi de justice et juge suprême de toutes les créatures ; c'est pourquoi le psalmiste disoit : Seigneur, vous donnerez le jugement au roi, et In justice à son fils. Sur quoi un docte interprète s'emparant de ce verset, dit à Dieu : Seigneu? , vous avez donné la justice à votre Fils, parce qui "jous avez réservé la miséricorde à la Mère du roi Et nous entendons St. Bonaventure tourner h même verset de cette sorte : Seigneur , donnez, au roi la justice, et la miséricorde à sa Mère- Ernest, archevêque de Prague, ne s'exprime pas différemment quand il dit que Dieu le Père a donné toute justice au Fils, et attribué à sa Mère tous les offices de miséricorde. C'est de Marie qu'a prophétisé le roi David , lorsqu'il disoit dans ses psaumes : Le Seigneur vous a oint d\ine huile de joie,; onction sacrée que la Vierge reçut des
mains de Dieu même pour la consolation des malheureux fils d'Adam , et afin qu'ils pussent se réjouir en pensant que flans le ciel une reine compatissante et tendre veilloitsur eux, les couvroit de sa protection.
A ce propos, Albert-le-Grand rappelle l'histoire de la reine Esther, figure de Marie. Nous lisons au livre d'Esther, que sous le règne d'Assuérus, il parut un édit du roi, qui condamnoit à mort tous les Juifs : Mardochée , enveloppé dans la proscription générale, fit dire à la reine qu'il lui recommandoit le salut des siens, et qu'elle devoit aller trouver Assuérus , afin d'intercéder pour le peuple juif. Esther s'y refusa d'abord , craignant de s'exposer au courroux d' Assuérus. Mardochée l'en reprit, et lui envoya dire qu'elle ne devoit pas penser à sa seule vie, mais que Dieu î'avoit appelée au trône pour le salut des Juifs, ses frères. Ce discours que Mardochée tenoit à la reine Esther, les pauvres pécheurs peuvent l'adresser à leur reine Marie. Si jamais nous la voyons répugner à demander au Seigneur qu'il nous épargne le châtiment qu'ont mérité nos offenses , disonslui alors hardiment : Ne pensez pas , Vierge puissante, que Dieu vous ait élevée à la dignité <ie reine de l'univers pour votre seul honneur et votre unique avantage, mais bien afin que, placée au faîte de la gloire, vous puissiez intercéder pour les hommes vos frères.
Assuérus voyant Esther en sa présence, lui demanda avec tendresse ce qu'elle vouloit : Quœ est petitlo tua? La reine lui répondit :
« O roi! si fai trouvé grâce à vos yeux, donnez-moi la vie de mon peuple , pour lequel j'implore votre clémence : » et Assuérus exauçant sa prière, révoqua la sentence de mort prononcée contre les Juifs. Or ,. si le roi Assuérus, par amour pour Esther , lui accorda le salut de son peuple, comment Dieu, qui a pour Marie un amour immense , pourroit-ii ne pas laisser fléchir sa justice en faveur des misera bles pécheurs quelle prend sous sa protection r Mon roi et mon Dieu, dit-elle, si j'ai trouve grâce à vos yeux ( mais elle sait bien , cette Vierge sainte, qu'elle est la bienheureuse , la bénie , la seule entre tous les hommes qui ail retrouvé la grâce perdue par notre premier père, en un mot l'élue du Très-Haut , et sa bien aimée préférée à tous les anges et à tous les sainls ) ; Seigneur, dit-elle comme Esther dona mihi populum meum, pro quo obsecro : s* vous m'aimez , accordez- moi la vie de ces pécheurs, pour lesquels je vous supplie. Seroitil possible que Dieu ne l'exauçât point? Oui ne sait quelle force ont auprès de lui les prières de Marie? N'est-ce pas d'elle qu'il est dit : La loi de clémence est sur ses lèvres ? Toute prière sortie de sa bouche est comme une loi émanée du Seigneur, par laquelle il s'oblige à user de miséricorde Cfivers ceux pour qui la sainte Vierge intercède. St. Bernard se demande pourquoi l'Eglise appelle Marie reine de miséricorde : C'est, re'nondit-il, qu'elle ouvre à sa volonté l'abîme de la miséricorde divine, en sorte que nu ^pécheur ,q'jette
soit V énormité de ses crimes, ne peut périr, s9 il est protégé par Marie.
Mais peut-être que la grandeur et la sainteté de cette reine du ciel nous causent de l'effroi, et nous font appréhender d'aller à elle, misérables comme nous sommes et souillés dépêchés. Ah! non, dit St. Grégoire, ne craignez rien ; plus elle est sainte, plus sa dignité est émi~ nente, plus elle se montre douce et clémente envers Je pécheur qui v eût se convertir! Les princes de la terre, par la majesté qu'ils déploient, rendent leur abord redoutable à leurs sujets ; mais quelle crainte peut avoir l'homme fragile de se présenterdevant cette reine de miséricorde, dont l'aspect n'a rien de terrible, ni même d'austère ; qui tout au contraire se montre bénigne et suave envers tous ? Marie , non-seulement donne, mais elle offre à tous les hommes, sans exception, le lait et la laine; le lait de la miséricorde pour ranimer notre confiance, et la laine de son intercession , comme un rempart pour amortir les foudres de la justice divine.
Suétone raconte de l'empereur Titus , qu'il ne savoit refuser rien de ce qu'on lui demandoit, et comme il en étoit repris par ses courtisans, il avoit coutume de leur répondre que le prince m doit renvoyer mécontent aucun de ceux qu'il admet en sa présence. C'étoit de la part de Titus une vaine ostentation de bonté; car bien des fois sans doute il dut lui arriver de manquer à sa parole, en promettant ce qu'il n'étoit pas en son pouvoir ou dans son intention d'accorder. Mais quant à notre reine, elle rie trompe per-
sonne, elle peut tout ce qu'elle veut en faveur de ses serviteurs, et ne souffre vraiment point que nul parte d'auprès (Telle le cœur mécontent. Marie, lui dit St. Bernard , comment pourriezvous refuser de secourir les pauvres pécheurs, puisque vous êtes une reine de miséricorde? Quels sont les sujets de la miséricorde, sinon les misérables P Ainsi moi, le plus misérable de tous les pécheurs , je suis le premier de vos sujets , et vous devez avoir plus de soin de celui-ci que de tous les autres.
Ayez donc pitië de nous, reine de miséricorde, et songez à nous sauver : ne dites point, pour me servir ici des expressions de St. Grégroire de INicomédie ; ne dites point que la multitude de nos offenses vous est un obstacle pour nous secourir ; car votre clémence est telle que la grandeur de notre malice ne sauroit la surpasser. Rien ne résiste à votre puissance, parce que le Créateur de tous , qui est aussi le votre, vous honore comme sa m ère , faisant de votre gloire la sienne propre. Sans doute pour expliquer la pensée de St. Grégoire, Marie doit à son Fils une reconnoissance infinie de ce qu'il a bien voulu la choisir pour sa mère; mais il n'en est pas moins vrai de dire que Jésus-Christ a contracté une sorte d'obligation envers sa mère pour l'être humain qu'il tient d'elle ; et, comme enrécompense de ce bienfait y il V honore et la glorifie en exauçant ses prières.
Quelle doit donc être notre confiance en cette Reine, puisque nous connaissons tout à la fois et sa puissance auprès de Dieu, et l'étendue de sa
miséricorde ! Il n'y a pas dans le monde, pariii les vivants, un seul qui n'ait expérimenté la cora passion de Marie , et eu part à ses bienfaits. Je suis , dit la Vierge à Sainte Brigitte, la reine du Ciel et la mère de miséricorde ; je suis la joie des justes et la porte de secours par ou les pécheurs vont à Dieu; nul sur la terre, auquel je refuse ma pitié, pas un seul qui n'ait obtenu quelque grâce par mon intercession, quand ce ne servit que d'être tenté moins violemment du démon. Aucun pécheur, ajoute-elle, à moins qu'il ne soit absolument maudit ( ce qui doit s'entendre de l'irrévocable malédiction des damnés), n'est tellement réprouvé de Dieu qu'il ne puisse rentrer en grâce par mon moyen. C'est pourquoi, conclut la Vierge, malheur, et malheur pour une éternité entière, à celui qui, dans cette vie, pouvant se prévaloir de ma commisération, ne le fait pas, et se perd par sa faute.
Allons donc , chrétiens, allons à cette reine •très-clémente, et pressons-nous autour de son trône, d'où nous viendra le salut , sans que la vue de nos péchés nous en retienne éloignés. Pensons que si Marie a été couronnée reine de miséricorde, c'est afin que les plus grands pécheurs se sauvent par sa protection. Ils seront sa couronne dans le ciel, comme lui dit l'Époux des Cantiques: «Venez du Liban pour être couronnée ; les sommets d'Amana, les cimes escarpées de Sanir et d'Hermon , les cavernes des lions et les montagnes des léopards formeront votre diadème. » En effet, l'âme des pécheurs, où le péché, sous ses formes les plus hideuses.
fait sa demeure, peut cire justement comparée h un repaire de bêles féroces et de monstres. O grande reine, s'écrie l'abbé Rupert commentant ce texte, c'est grâce à vous qu'ils se sauvent, les infortunés; et parce que leur salut a été voire ouvrage, ils seront votre couronne dans le ciel L'histoire suivante va nous en fournir un exemple frappant:
Exemple.
Nous lisons dans la vie de sœur Catherine de saint Augustin, qu'au même lieu où demeuroit celte servante du Seigneur habitoit une femme appelée Marie , qui dès sa première jeunesse avoit mené une vie fort déréglée. L'âge ne la corrigea point ; tellement que les gens de l'endroit, las de ses désordres, prirent le parti delà chasser de ia ville, et de la reléguer dans une grotte hors de leur pays. Ce fut là que , rongée par une maladie aflreuse qui faisoit tomber son corps en lambeaux, elle mourut peu après sans sacrements , et privée de tout secours humain. Une pareille mort ne paroissoit pas mériter les honneurs de la sépulture ; aussi ne fit-on pas d'autre cérémonie au cadavre de cette femme que de l'enterrer dans les champs , comme celui d'un animal. Sœur Catherine, qui avoit la pieuse coutume de recommander particulièrement à Dieu les personnes de sa connoisance qui passoient à une autre vie, ne songeoit point à la vieille pécheressse , la croyant damnée , selon l'opinion de tout le monde. Il y avoit déjà
(io)
quatre ans que cette femme étoit morte, lorsqu'un jour la servante de Dieu étant en oraison, une âme du purgatoire lui apparut et lui tint se discours : « Sœur Catherine, quel malheur est le mien ! tu pries pour tous ceux qui meurent; il n'ya que ma pauvre âme dont tu ne veux pas avoir compassion. » — « Et qui estu, demanda la servante de Dieu? » — Je suis, répondit l'âme du purgatoire, cette pauvre Marie qui mourut dans la grotte. » — « Quoi ! tu es sauvée, s'écria Catherine avec étonneraient?» === « Oui , je le suis, reprit l'âme, par la miséricorde de la bienheureuse Vierge. Dans mes derniers momens, abandonnée de tout le monde, et me voyant souillée de péchés, je m'adressai à la Mère de Dieu, et je lui dis du fond de mon cœur : 0 vous le refuge de ceux qui sont délaissés, ayez pitié de moi, qui le suis de l'univers entier : vous êtes mon unique espérance ; venez à mon secours! Je ne priai point en vain ; c'est à Tintercession de Marie que je dois d'avoir échappé l'enfer par un acte de vraie contrit i oui. Notre Dame m'a encore obtenu cette grâce que ma peine soit abrégée , la justice divine me faisant souffrir en intensité ce que j'aurois dû souffrir en durée. Il ne me faut plus que quelques messes pour être délivrée du purgatoire : faisles-moi dire, et je te promets qu'une fois dans le ciel je ne cesserai de prier pour toi Dieu et sa très-sainte Mère. » Sœur Catherine fit célébrer les messes, et quelques jours après , cette âme, brillante comme le soleil , lui apparut de nouveau, lui témoignant sa reconnoissance : « Le
paradis m'est enfin ouvert, lui dit-elle ; j'y vais oclébrer les miséricordes de mon Dieu, et sois sûre que je ne t'oublierai point »
Prière.
Reine du ciel et de la terre , Marie, mère de mon Dieu et ma souveraine , je me présente a vous comme un mendiant devant une grande reine. Du haut de ce trône de gloire où vous siégez, ne dédaignez point d'abaisser vos regards sur un misérable pécheur ; attachez vos yeux sur lui, et ne le perdez point de vue jusqu'à ce que de criminel qu'il est présentement, vous en ayez fait un saint.
O Vierge illustre, vous êtes lareine de l'univers, et par conséquent la mienne ; mais je veux encore me consacrer plus particulièrement à votre service : disposez de moi selon votre bon plaisir; guidez-moi, vous dirai— je avec St. Bonaventure, je m'abandonne entièrement à votre conduite ; ne me laissez plus livré à moi-même : châtiez-moi si j'ose vous désobéir ; les châtimens qui me viendront de votre main me seront doux : non , je ne veux plus m'appartenir, je veux être à vous, et dès lors c'est à vous de me sauver.
§ IL Combien grande doit être notre confiance en Marie, parce quelle est notre mère.
Ce n'est point en vain ni sans cause que les serviteurs de Marie lui donnent le titre de mère , et qu'ils ne peuvent se lasser de l'appeler d'un
nom si doux, comme s'ils ne savoient l'invoquer sous un autre. Oui, Marie est vraiment notre mère; non selon la chair, mais selon l'esprit, non pour nous donner la vie du corps, mais pour nous donner celle de l'âme. Le pèche', en privant l'homme de la grâce divine, le priva de sa véritable vie ; nos âmes etoient dans un état de mort, lorsque Jésus-Christ, notre rédempteur, dans l'excès incompréhensible de son amour el de sa miséricorde, vint nous rendre par sa mort cette vie que nous avions perdue. Je suis venu , dit le Sauveur lui-même, pour qu'ils aient la vie, et une vie plus abondante. Plus abondante, puisque selon les théologiens, la rédemption de Jésus -Christ nous a apporté plus de biens que le péché d'Adam ne nous avoit causé de maux Prince delà paix, le Sauveur, en nous réconciliant avec Dieu, s'est fait le père de no* âmes dans la loi nouvelle, selon que l' avoit prédit le prophète Isaïe. Mais si Jésus est le père de nos âmes, Marie en est réellement la mère, car en nous donnant le Verbe, elle nous a donné la vie ; et quand sur le Calvaire elle offrit son fils pour notre salut, on peut dire qu'alors elle nous enfanta à la vie de la grâce.
C'est donc par deux fois et en deux circonstances différentes, que Marie, au dire des saints Pères, est devenue notre mère spirituelle : premièrement, lorsqu'elle mérita de concevoir dans son sein virginal le Fils du Père éternel. En consentant à l'incarnation du Verbe, dit St Bernard , la bienheureuse Vierge contribua , de la manière la plus efficace, à V œuvre de notre
rédemption; et par l'acte même de ce consentement elle se dévoua de telle jaçon à notre salut, quon peut dire qu^èf le porta dès lors tous les hommes dans son sein, comme une véritable mère ses enfants. Saint Luc, dans le récit de la naissance du Sauveur, dit que Marie mit au monde son fils premier né. Pourquoi premier né ? Ne semble-t-il pas , de la manière dont s'exprime l'évangéliste , que ce ne fut pas le seul ? Mais comme il est de foi que la Vierge n'eut d'autre fils selon la chaif que THomme-Dieu, cela doit s'entendre des fils spirituels ; explication que notre Seigneur luimême daigna donner à sainte Gertrude ; car la sainte étant tombée un jour sur ce texte de l'Evangile, en fut troublée, ne sachant comprendre comment saint Luc avait pu dire de Jésus- Christ , fils unique de Marie , que c'était son premier né. Mais Dieu, répondant au doute de sa servante , lui dit que Jésus-Christ avait été le premier né de la Vierge , selon la chair , et que les hommes étaient ses autres enfants, selon l'esprit. C'est de la même manière qu'il faut entendre ce passage des Cantiques : « Votre sein fécond est comme un monceau de froment environné de lys. » Dans le sein très-pur de Marie, il ne se trouva quun seul grain de froment : cependant on l'appelle monceau de froment , parce que tous les élus étaient renfermés dans ce grain choisi , dont on devait dire qu il serait le premier né entre plusieurs frères (St. Ambroise ) , et celle qui avait porté ce fruit unique devint , en lui donnant la vie, la mère d'une grande multitude. (St, Guillaume , abbé .)
La seconde circonstance où Marie nous a enfantés à la grâce, c'est lorsque, sur le Calvaire, le cœur brisé de douleur, elle offrit son Fils unique au Père éternel, en holocauste pour nos péchés. Sa charité , qui la fil coopérer à la naissance de l'Eglise, la rendit mère selon l'esprit des membres du Sauveur. Je n'ai point gardé ma propre vigne, dit l'Epouse dans les Cantiques ; c'est-à-dire , selon l'interprétation de saint Guillaume , abbé, que Marie a livré son Fils, sa propre âme, pour sauver celle de plusieurs. En voyant mourir Jésus , elle eut l'âme comme transpercée d'un glaive, selon la prédiction du vieillard Siméon; et dans ce moment terrible, elle nous enfanta à la vie éternelle; en sorte que nous pouvons nous appeler à juste titre les fils de sa douleur. Marie considérant que le Père éternel, par l'amour qu'il portoitau genre humain, avoit condamné son fils à la mort, et que le fils, de son côté, s'étoit offert en holocauste volontaire, cette femme fidèle , qui n'eut jamais d'autre volonté que la volonté divine, afin de se conformer en tout aux deux augustes personnes de la sainte Trinité, consentit à livrer son fils pour notre salut , et à le voir immoler sous ses yeux.
Ainsi, quoique dans l'œuvre de la rédemption Jésus-Christ ait voulu être seul , torcular calcaoi solus, il n'en est pas moins vrai de dire que, par une disposition particulière du Seigneur lui-même, Marie, dont il connoissoit l'ardent désir de s'employer au salut des hommes , y coopéra effectivement j>ar le sacrifice de la vie
de son fiis. C'est ce que îe Sauveur fit bien entendre lorsque, avant d'expirer, regardant du haut de sa croix sa mère et son disciple bienaimé, il dit premièrement à Marie, Voilà votre fils; comme s'il avoit voulu dire, voilà l'homme qui naît à la grâce par le sacrifice que vous faites de ma vie. Puis il dit à son disciple : Voilà votre mère ; paroles qui rendirent la bienheureuse Vierge mère non- seulement de St. Jean, mais de tous les hommes ; car, observe Silveira, l'évangéliste se sert de l'expression , il dit à son disciple, et non à Jean , afin de montrer que Jésus a donné Marie pour mère à 1ous ceux qui, étant chrétiens, portent le nom de ses disciples.
Heureux ceux qui vivent sous la protection d'une mère si tendre et si puissante ! Marie n'étoit pas encore née, et déjà le prophète roi se disoit son fils, et demandoit son salut par elle : Sauvez le fils de votre servante. De quelle sero&ttê$9 demande saint Augustin, sinon de celle qui dit : Voici la servante du Seigneur ?
Qui osera jamais arracher les enfants de Marie de son sein? Quelle passion, quelle tentation si furieuse pourra les vaincre, s'ils mettent leur confiance en la protection d'une telle mereP On raconte de la baleine, que dans les tempêtes, ou lorsque les pêcheurs poursuivent ses petits, elle ouvre la bouche, et loge les baleineaux dans son ventre pour les mettre en sûreté; de même, quand Marie voit ses enfants exposés aux tempêtes des tentations, elle les cache comme dans ses propres entrailles, et ne cesse de les protéger jus-
qu à ce quelle les ait déposés dans le port du salut. O mère tendre ! ô mère compatissante ! soyez; \ bénie, et qu'il soit éternellement béni, ce Dieu qui vous a donnée à nous pour mère ! on lit? dans les Révélations de sainte Brigitte , que I Marie dit un jour à cette sainte : « Si une mère voyait son fils sous le fer de l'ennemi , pensezvous quelle ne ferait pas tous ses efforts pour le sauver t C'est ainsi que j'en use avec mes enfants, tout pécheurs qu'ils sont, lorsqu'ils recourent à moi. » N'en doutons pas, dans tous ies combats contre l'enfer, nous serons toujours victorieux si , appelant Marie à notre aide ] nous lui disons avec l'Eglise : Sainte Mère de Dieu , nous nous réfugions sous voire protection puissante ; sub tuum praesidium confugimus , sancia Dei genitrix. » Oh ! combien de victoires remportées sur l'enfer par cette courte mais efficace prière ! Une grande servante de Dieu , la sœur Marie du crucifix , bénédictine , n'en disait pas d'autre pour mettre en fuite les démons.
Courage donc , fils de Marie ! sachez qu'elle accepte pour enfants tous ceux qui ambitionnent ce titre. Réjouissez-vous , dit saint Bonaventure , le procès de votre salut ne peut se perdre, car la sentence dépend de Jésus , qui est votre frère , et de Marie qui est votre mére. La même « pensée s'ofFrant à l'esprit de saint Anselme , le faisait tressaillir d'allégresse : « Confiance précieuse , refuge assuré ! s'écriait-il ; la mère de mon Dieu est aussi la mienne ! » Quelle garantie n'a pas l'espérance du chrétien , puisque son salut dépend du meilleur des frères et de la
meilleure des mères. Entendons l'invitation de noire mère, qui nous appelle et nous dit : Que les enfants viennent à moi : Si quis est paroulus, veniatadme. Les enfants onttouious à îabouche le nom de leur mère ; au moindre danger, à la inoindre frayeur, ils s'écrient : Ma mère! ma mere! O Marie ! la plus tendre des mères , voilà ce que vous demandez de nous, c'est que, comme des enfants, nous vous appelions dans tous nos dangers, et que nous courions nous cacher dans voire sein.
Exemple
Dans Thistoire des fondations de la compagnie de Jésus, on trouve le trait suivant : Elphinstonius , jeune gentilhomme écossais, parent du roi Jacques, éloit né dans l'hérésie, dont il suivoit les erreurs. Mais, éclairé par la lumière divine, qui jetoit des doutes dans son esprit, il vint en France, où, avec le secours (Y un père jésuite , il reconnut à la fin la vérité, et abjura l'hérésie; grâce qu'il dut probablement à l'intercession de la sainte Vierge, pour laquelle il avoitun sentiment de dévotion que n'ont pas d'ordinaire les hérétiques. Après sa conversion, il se rendit à Rome, où un de ses amis le trouvant un jour triste et tout en larmes, lui en demanda la raison. Le jeune homme répondit que sa mère lui éloit apparue pendant la nuit, et luiavoit fait entendre ces lamentables paroles : Mon fils, que tu es heureux d'être entré dans le sein de ta véritable Eglise! pour moi, qui ai eu
le malheur de mourir dans l'hérésie, ]z suis damnée» Depuis cette terrible apparition la dévotion d'Elphinstonius pour la sainte Vierge prit un redoublement de ferveur, et il la choisit pour sa mère à la place de celle qu'il avait à jamais perdue. Elle lui inspira d'entrer dans la compagnie de Jésus , et il en fit même le vœu ; mais comme sa santé se trouvait en mauvais état , il voulut essayer de l'air de Naples pour la rétablir. C'est dans cette ville queDieuavait marqué la fin de sa carrière, et il mourut religieux comme il l'avait désiré; car aussitôt arrivé à Naples il entra chez les pères jésuites , et peu après , sa maladie ayant été déclarée mortelle , il fit tant , par ses prières el par ses larmes , qu'il obtint des supérieurs d'être admis dans la compagnie. Il reçut le Viatique et prononça ses vœux en présence du Saint Sacrement. La cérémonie achevée , on le vit se répandre en tendres effusions de cœur envers Marie , sa bonne mère qui l'avait arraché à l'hérésie , ramené dans le sein de la véritable Eglise , et conduit enfin dans la maison de Dieu, pour y terminer ses jours au milieu des religieux, ses frères. Oh! qu il est doux, s'écriaitil , quil est désirable de mourir au milieu de tous ses Anges ! et comme on voulait qu'il tâchât de reposer : « Que me parlez-vous de repos ! répondit-il , c'est dans le ciel que je me reposerai. » Un des religieux lui voyant remuer les lèvres comme fait quelqu'un qui s'entretient avec an autre à voix basse , lui demanda ce qu'il disait ; à quoi le jeune homme répondit : « Je parlais avec mon Ange gardien , qui vient de
m'assurer que je serai fort peu de temps en purgatoire. » Reprenant ensuite ses doux entretiens avec Marie, et répétant sans cesse son nom , il expira doucement, comme un enfant qui s'endort dans les bras de sa mère. Peu de jours après, un religieux sut par révélation qu'il étoit dans le Ciel.
Prière.
O Marie, ma Irès-sainte mère , comment estil possible que vous ayez un fils qui vous ressemble si peu ? Vous si parfaite, moi si pervers ; vous tout enflammée de l'amour divin , moi brûlant pour les créatures; vous riche de tous les trésors de la grâce, moi si pauvre en vertus ? Oh! quel indigne fils vous avez devant les yeux ! Cependant ne me défendez point de vous appeler ma mère : ce nom me console; il redouble ma tendresse et ma confiance pour vous en me rappelant l'obligation que j'ai de vous aimer. Souffrez donc que je vous appelle ma mère, et que je meure en vous invoquant sous un nom si doux.
§ III. Combien est grand l'amour que nous porte Marie, notre mire.
Marie élant notre mère, il est facile de concevoir combien nous lui sommes chers : l'amour des parents pour leurs enfants est un amour nécessaire ; en sorte, comme le remarque saint Thomas, que la loi divine, qui. fait aux enfants
un précepte d'aimer leurs pères et mères, n'enjoint point à ceux-ci d'aimer leurs enfants, parce que cet amour est si fort gravé dans la loi de nature, qu'on le trouve même chez les bêtes féroces. Les naiuralistes rapportent de la femelle du tigre, que lorsque les chasseurs embarquent ses petits, si par leurs cris ceux-ci viennent à se déceler, elle se jette dans la mer et suit le vaisseau à la nage jusqu'à ce qu'elle Tait atteint. Si donc les tigres eux-mêmes ont cette affection pour leurs petits, quelle ne doit pas être la tendresse de Marie pour ses enfants ! Et quand bien même une mere pourroit oublier le fruit de ses entrailles , pour mois dit-elle, je ne vous oublierai pas.
Je suis' la mere du bel amour , dit Marie en parlant d'elle-même. Oui, parce que c'est la charité qui Ta rendue noire mère; el, selon un savant auteur , elle se glorifie d'être tout amour pour les enfants que l'amour lui a donnés. Qui pourroit comprendre la grandeur de ce sentiment ? La Vierge, enflammée de charité, brûloit dudésir de mourir pour nous avec Jésus-Christ; et pendant que le Fils expiroit sur la croix, la mère, au pied de cette même croix, s'oflroit aux bourreaux. Mais pour mieux apprécier la force et l'étendue de cet amour, il faut voir où il prenoit sa source, et en peser les motifs. Le premier de tous, c'est l'amour de Dieu : l'apôtre saint Jean nous enseigne que l'amour de Dieu et l'amour du prochain sont étroitement unis ; d'où il faut conclure que l'un ne peut s'accroître sans que l'autre n'augmente en même proportion.
C'est parce qu'ils aimoient Dieu, que les saints ont fait de grandes choses pour leurs frères : fortune, liberté, vie même, ils sacrifioient tout. Lisez la vie de saint François-Xavier , apôtre des Indes ; vous le voyez gravir les montagnes escarpées, surmonter tous les obstacles, affronter tous les périls , pour gagner à Dieu des peuples barbares. Un saint Paulin se fait esclave pour délivrer le fils d'une pauvre veuve ; un saint Vincent de Paul prend la place d'un malheureux galérien pour le rendre à sa famille ; un saint Fidèle se dévoue avec joie à la mort pour convertir à la foi une bourgade idolâtre. Mais si dans les saints l'amour de Dieu a eu de si grands résultats par rapport au prochain, que dirons -nous de Marie , qui dès le premieiMnstant de son existence a aimé Dieu plus que tous les anges et que tous les saints ensemble ? Le fea de l'amour divin dont j'étois embrasée , disoit la bienheureuse Vierge a sœur de Marie du Crucifix, auroit consumé en un instant le ciel et la terre , s'ils en eussent ressenti les effets; et les ardeurs des séraphins eux-mêmes n'étoient , en comparaison des miennes, que le souffle d'un vent froid. Mais si dans l'amour divin, Marie a laissé si loin derrière elle les anges et les saints, il faut en conclure qu'aucun d'eux n'a pu l'égaler dans l'amour du prochain. Réunissez l'amour des mères les plus tendres pour leurs enfants, dit le P. Niéremberg, vous n'approcherez point d e l'affection que Marie porte à une seule âme.
Le second motif de cet amour de Marie pour * les hommes, c'est que J. C« nous a donnés à elle
dans la personne de saint Jean. Ces mots ; Femme voilà votre fils , furent les dernières paroles qu'il lui adressa : et qui ne sait la profonde impression que font sur notre esprit les dernières paroles d'une personne chérie? Enfin Marie nous airne en raison de ce que nous lui avons coulé. Les mères semblent avoir une prédilection particulière pour les enfants dont la naissance ou la conservation leur ont donné plus de peine ; et à ce prix, combien ne devonsnous pas être chers à Marie, qui, pour nous voir naître à la grâce, a dû sacrifier Jésus-Christ, son premier né ! Comme il est écrit du Père éiernel, qu'il a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique, de même, selon saint Bonaveniure, Marie nous a tant aimés , quelle nous a donné son Fils unique. Elle nous l'a donné, dit le P. Niéremberg, quand en vertu de son droit de mère, et par la juridiction qu'elle avoit sur lui, elle lui permit d'aller à la mort ; et qnand encore tous les autres se taisant, p^r haine ou par crainte, elle se tut aussi, et ne prit point auprès des juges îa défense de son Fils * et cependant on peut bien croire que les paroles d'une mère si sage et si tendre auroient fait une grande impression, très-certainement au moins sur l'esprit de Piîale, qui avoit reconnu l'innocence de Jésus-Christ. Mais non ; Marie ne voulut rien dire pour empêcher une mort dont elle savoit bien que dépendoit noire salut éternel. Enfin, elle nous le donna mille fois, ce Fils î " ui-aimé, pendant les trois heures de son agoqu'elle passa debout au pied de la croix ,
ne cessant de le sacrifier dans son cœur ave/ une constance et un courage héroïques; tellement que saint Anselme et saint Antonin s'accordent à dire qu'au défaut des bourreaux elle Peut immolé de ses propres mains, pour accomplir la volonté du Père éternel. Et certes, si Abraham a élé capable d une action si généreuse, combien plus Marie, dont la sainteté et l'obéissance surpassoient infiniment celle du père des croyants ! Mais pour en revenir à notre sujet, quelle ne doit pas être noire reconnoissance envers Marie , de ce qu'elle fit dans cette occasion ! A l'égard d'Abraham , Dieu sut bien le récompenser du sacrifice qu'il étoit prêt à lui faire ; mais les hommes, que peuvent-ils rendre à Marie , qui leur a sacrifié un Fils bien plus noble et plus cher que ne l'étoit Isaac? il n'y a jamais eu dans le inonde , après la Vierge , une autre créature, dit saint Bonaventure, qui nous ait aimés d'un amour si véhément, jusqu'à livrer pour nous à la mort un Fils qui lui étoit infiniment plus cher qu'elle-même.
Le troisième et dernier motif de l'amour de Marie pour les hommes , c'est qu'ils sont le prix du sang de Jésus-Christ. Supposons une mère dont le fils unique auroit racheté son serviteur par vingt années de tentation et de souffrances: n'est-il pas vrai que pour cette seule raison elle aura ce serviteur en grande estime? Or, voila précisément dans quelle disposition Marie se trouve à notre égard ; son amour pour les hommes est en proportion de la valeur infinie du sang qui les a rachetés. Il fut révélé à -sainte
Elisabeth de Hongrie, que la Vierge, pendant qu'elle éioît encore dans le temple, ne cessoit de faire à Dieu d'ardentes prières pour la venue du Messie. Si dès lors le salut des hommes lui lenoit tant à cœur, que faut-îl penser dans la suite, quand elle vît son Fils en faire tant d'état qu'il n'a pas dédaigné, pour les sauver, de souffrir une mort ignominieuse ?
Et parce que Jésus-Christ a racheté tous les hommes, il n'en est point que Marie n'aime et ne protège. Albert-le-Grand lui applique ces paroles de la Sagesse : Je préviens ceux qui me désirent, et je me montre la première à eux.
Or, si la Vierge est si bonne et si clémente envers tous les hommes, même à l'égard des ingrats, quelle ne sera pas sa tendresse pour ceux qui l'aiment et se déclarent hautement ses serviteurs ? Oh ! qu'il est facile, ajoute ce merne Albert, de trouver Marie quand on l'aime ! J'aime ceux qui m'aiment, dit-elle ; et quoiqu'elle regarde tous les hommes comme ses enfants, cependant, dit saint Bernard, elle affectionne par ticulièremet ceux qui ont pour elle une dévotior plus tendre. Ces heureux serviteurs de Marie, comme l'assure le savant Idiot, sont non-seulement aimés de leur Reine, mais encore servis par elle. Heureux ceux qui vous aiment, ô Reine du ciel, disoit le bienheureux Berchmans, de la Compagnie de Jésus : si j'aime Marie , je suis sûr de la persévérance , et j'obtiendrai de Dieu tout ce que je lui demanderai.
Enfants de Marie, aimez tant que vous voudrez cette mère admirable, toujours elle vous
surpassera en tendresse. Aimez-la comme ùu saint Stanislas Kostka , qui ne pouvait parler de son amour pour elle sans que les ardeurs de (lamine ne se communiquassent à ses auditeurs ; qui inventait des noms nouveaux pour l'honorer ; qui lui demandait-sa bénédiction au commencement de chacune de ses actions ; qui la priait comme s'il lui eût parlé lace à face ; que le chant du Salve Regina transportait hors de lui-même ; qui, interrogé comment il aimais Marie , répondit : C'est ma mère , que puis- je dire davantage ? prononçant ces mois avec une telle émotion de voix et de visage , qu'il semblait non pas un mortel , mais un ange descendu du ciel pour prêcher l'amour de Marie.
Aimez-la autant qu'un bienheureux Hermann. que la mère de Dieu avait honoré du nom <u; son époux ; autant qu'un saint Philippe de Néri .. qui appelait Marie ses délices ; ou qu'un saiiH -Bernard , qui l'appelait ravisseuse des cœurs , raptrix cordium .: ou comme un saint Louis de Gonzague , dont le nom seul de Marie faisais battre le cœur et colorait les joues ; ou comme un saint François Soîano , qui , dans une sainte folie d'amour , prenait un instrument , et venaf : jouer et chanter devant l'image de la Vierge. Aimez-la autant qu'un P. Diégo Martinez , de b Compagnie de Jésus , qui, en récompense de sa singulière dévotion pour elle , méritait d'être porté par les anges dans le ciel toutes les fêtes de Marie, pour être témoin dé la pompe avec la quelle elles sont célébrées par les habitants d«; la Jérusalem céleste : ce Père disait : Je voudrai*
nooir les cœurs de tous les Anges et de tous les Saints pour aimer Marie autant qu'ils t aiment. Je voudrois açoir à ma disposition les vies de tous les hommes, afin de les consacrer à son service. Aimez-la autant que le fils de sainte Brigitte, qui avoit coutume de dire que rien dans le monde ne lui causoit plus de joie que de savoir combien Marie étoit aimée de Dieu ; ajoutant qu'il n'y a point de tourment auquel il ne s'exposât de grand cœur pour empêcher que cette Reine du ciel ne perdît un seul degré de sa grandeur
Que dirai-je encore ? Imaginons tout ce que l'amour peut inventer pour témoigner sa tendresse à l'objet aimé ; désirons donner notre vie en témoignage de cet amour, comme le désiroit le bienheureux Alphonse Rodriguez; gravons sur notre poitrine, avec un fer aigu, l'aimable nom de Marie, comme firent un François Binantius et une sainte Radegondc , épouse du roi Cloiaire ; ou même imprimons-le avec un fer rouge, comme firent deux de ses serviteurs, Baptiste Arquenta et Augustin d'Espinosa, l'un et l'autre de la Compagnie de Jésus ; enfin épui sons toutes les inventions de l'amour , jamais nous ne parviendrons à aimer Marie autant qu'elle nous aime, et toujours il faudra iui dire avec saint Pierre Dainien : Je sais qu'il est impossible de vous vaincre en amour. On raconte que le bienheureux Alphonse Rodriguez, de la Compagnie de Jésus , un jour qu'il étoit prosterné devant une image de Marie, s'écria dans m\Q effusion de tendresse : Ma tres-aimable
mere, je sais que vous m'aimez; mais vous n4 ni aimez pas autant que je vous aime. Alors la bienheureuse Vierge se regardant comme offensée, Qu oses-tu dire ? Alphonse, répondit-elle ? ih! combien mon amour remporte sur le tien! il • y a moins de distance entre le ciel et la terre.
Saint Bonaventure a donc raison de s'écrier : Heureux les fidèles serviteurs et les amants de Marie! Oui, parce que celte Reine ne se laisse jamais vaincre en amour, imitant en cela notre rédempteur Jésus-Christ. « Puisse, répéterai-je avec saint Anselme , puisse mon cœur brûler toujours, et mon âme se consumer pour vous, Jésus mon Sauveur et Marie ma tendre mère ! Accordez-moi par vos mérites de vous aimer autant que vous en êtes dignes. O Dieu, qui avez tant aimé les hommes que vous avez voulu mourir pour vos ennemis, pourriez-vous refuser la grâce de vous aimer, et d'aimer votre sainte mère , à celui qui vous la demande instamment ? »
Exemple.
Le pèr^ Aurien raconte l'histoire d'une pa?> vre bergère qui avoit une si tendre affection pour la bienheureuse Vierge, que tout son bonheur étoit de se retirer dans une petite chapelle de Notre-Dame, située sur la montagne , et tandis que ses troupeaux paissoient tout à l'entour, elle demeuroit là des heures entières dans de doux entretiens avec sa bonne mère. L'image de la Vierge étoit en relief 3 et sans aucun orne-
ment ; ce que voyant la bergère , elle lui fit un manteau d'un morceau d'étoffe le plus propre qu'elle put trouver. Une autre fois , elle cueillit des fleurs des champs , dont elle forma une guirlande ; puis, montant sur l'autel de la chapelle, elle posa la guirlande sur la tête de la statue : Ma mere , dit- elle ensuite à Marie , je voit drais placer sur voire front une couronne d'or et de pierres précieuses ; mais parce que je ne suis quunâ pauvre bergère , je ne puis vous donner quune couronne de fleurs ; acceptez- la du moins , comme un gage de mon amour. C'est par de semblables hommages que cette jeune fille s'efforçait d'honorer sa maîtresse. Nous allons voir comme la bienheureuse Vierge sut la récompenser de ses visites et de son affection. La bergère tomba malade , et elle était à toute extrémité , lorsqu'il arriva que deux religieux , passant par cet endroit , et fatigués du voyage , s'assirent sous un arbre pour se reposer. L'un s'endormit , et l'autre demeura éveillé , mais tous deux eurent la même vision. Ils virent une iroupe de jeunes vierges , toutes parfaitement belles , dont Tune , qui était au milieu des autres, surpassait toutes ses compagnes en beauté et en majesté. Un des religieux , s'adressant à'celle-cï , lui demanda qui elle était et où elle allait ? Je suis , lui répondit-elle , la M ère de Dieu, et je vais avec ces saintes vierges de ma suite , visiter une bergère moribonde, qui pendant sa vie, me visitait souvent. Cela dit , la vision disparut ; les religieux se dirent entr'eux : Allons aussi voir cette bergère. Ils se mirent en chemin , et Dieu les guida à la
pauvre habitation de la jeune fille. Etant entrés, ils la trouvèrent gissante sur un peu de paille; l'ayant saluée, elle leur rendit leur salut, et leur dit : Mes frères, priez Dieu quil vousjasse voir dans quelle société je suis. Sur quoi ils se mirent à genoux, et le Seigneur ayant ouvert leurs yeux, ils virent Marie, une couronne à la main, qui étoit au chevet du lit de la mourante : tout d'un coup la Mère de Dieu et les vierges de sa suite entonnèrent un hymne ; à ce chant céleste, l'âme de la bergère rompt ses liens, Marie la reçoit dans ses bras, lui pose la couronne sur la téte et Temporte dans le Ciel.
Prière .
0 Domina y quœ rapis corda! O vous qui ravissez les cœurs, vous dirai-je avec saint Bonaventure, ravissez mon misérable cœur, qui désire de vous aimer ! Comme votre dévot serviteur Jean Berchmans, je ne veux point me donner de repos jusqu'à ce que je sois certain d'avoir obtenu de Dieu un amour tendre, fidèle et constant pour vous, ma bonne mère, qui m'avez tant aimé, lors même que j'étois ingrat envers vous. Non quiescam, donec habuero ienemm amorem erga matrem meam Mariant.
§ W.Marie est le refuge des pécheurs repentants.
Marie déclare à sainte Brigitte qu'elle est la mère non seulement des justes et des innocents ,
mais encore des pécheurs , pourvu qu'ils veuillent s'amender. Quand un pécheur vient se jeté aux pieds de celte mère de bonté , avec la ferme intention de changer de vie, il la trouve plu> tendre que ne pourrait l'être sa propre mère : mais celui qui aspire à devenir fils de Marie, doit préalablement quitter le péché ; sans cela, qu'il n'espère point en être reconnu pour son fils. Sur ces paroles du prophète , Surrexerunt filii ejus, ses fils se sont levés, Richard remarque qu'il est dit d'abord surrexerunt ensuite,/////, pour montrer qu'on ne peut être fils de Marie , si auparavant on ne s'est relevé de son péché. « Il est indigne d'être appelé le fils de cette mère , celui aui est enseveli dans le vice ; et c'est la renier que de (aire des œuvres qui lui sont contraires... Lesfils de Marie, reprend Richard, doivent être ses imitateurs en chasteté, en humilité, en douceur , en miséricorde. » Comment Oser appeler Marie sa mere, lorsqu'on l'offense par une vie criminelle ? Un certain pécheur disait un jour à la sainle Vierge : « Montrez que vous êtes ma mère , Monstra te esse matrem , » a quoi elle répondit . « Montrez que vous êies mon fils , Monstra te essefilium. » Un autre l'invoquait en l'appelant Mere de miséricorde ; Marie répartit : Vous autres pécheurs 9 quand vous avez besoin de moi , vous m'appelez Mere de miséricorde ; mais par vos péchés vous ne cessez de me J aire mere de douleur. Maledictus à Deo gui exaspérât matrem suam , c'est-à-dire Marie , comme l'explique Richard. Dieu maudit celui qui afflige celle tendre mère par sa mauvaise
vie, et plus encore par son obstination. Je dis j)ar son obstination, car si ce pécheur, bien qu'il ne soit pas encore hors du péché , s'efforce cependant d'en briser les liens , et que pour en venir à bout il implore l'assistance de Marie , il peut être sûr de son secours , et qu'elle le remettra en grâce avec Dieu. Sain le Brigitte entendit un jour que Jésus-Christ parlant à sa mère lui disait : Vous tendez la main à ceux qui veulent se relever de leurs chutes , pour revenir à Dieu, et nul ri est renvoyé d'auprès de vous vide de consolation.
C'est une hérésie condamnée par le saint concile de Trente , de dire que toutes les prières et œuvres qu'on fait en état de péché soient autant de péchés. Quoique la prière , dit saint Bernard, ne soit pas belle dans la bouche d'un pécheur , parce qu'elle n'est pas accompagnée de la charité;, elle ne laisse pas d'être utile et salutaire pour sortir du péché ; car , ainsi que l'enseigne saint Thomas , elle est propre à en obtenir le pardon ; l'efficacité de la demande étant fondée non sur les mérites de celui qui prie , mais sur la bonté de Dieu et sur les mérites de Jésus-Christ , lequel nous assure que tout ce que nous demanderons en son nom nous sera accordé. Il en est de même de ce qu'on demande au non» de sa très-sainte Mère. « Si celui qui prie, dit saint Anselme , n'est pas digne d'être exaucé , les mérites de Marie, dont il implore l'assistance, prieront pour lui. » Et saint Bernard exhortant tous les pécheurs à s'adresser a la Mère de Dieu, et à le faire avec grande confiance , les
assure que les grâces qu'ils sonl indignes de recevoir sonl accordées à Marie, afin qu'ils les obtiennent par elle. « C'est là, dit le même saint,l' office d'une bonne mère : une mère qui a deux fils , si elle vient à savoir qu'il existe entre eux une inimitié mortelle, ne mettra-t-eîle pas tout en œuvre pour les réconcilier l'un avec l'autre? Or , continue le saint, Marie est tout ;à la fois mère de Jésus et mère de l'homme : ïquand elle voit un pécheur ennemi de JésusiChrist et en sa disgrâce, sa peine est grande, et il n'y a rien qu'elle ne fasse pour le rapprocher de son Fils. En pareille occasion, cette très-c!é~ mente dame exige seulement du pécheur qu'il se recommande à elle, et qu'il ait la ferme volonté de se corriger. Pourvu que son intention soit pure, quand il seroit souillé de tous les crimes, elle ne dédaigne point de toucher ses plaies et de les guérir.
Marie est la mère des pécheurs qui veulent sincèrement se convertir ; et en sa qualité de mère, non seulement elle compatit à leurs maux, mais il semble même qu'elle les ressente comme les siens propres. La Chananèenne, lorsqu'elle prioit Jésus-Christ de délivrer sa fille du démon qui la tourmentoit, disoit : Ayez pitié de moi f Seigneur , fils de Daç>ici \! Mais puisque c'étoit la fille et non la mère qui étoit possédée du démon, ne semble-t-il pas que celle femme auroit dû dire : Seigneur, ayez pitié de ma fille? mais non, elle dit , ayez pitié de moi! car les mères ressentent comme les leurs propres les maux de leurs enfants. C'est ainsi mie Marie crie en faveur «le
l'âme pécheresse , Miserere meî! O ! plût à Dieu que tous les pécheurs voulussent recourir a celte tendre mère , il n'y en aurait pas un qui n'obtînt sa grâce. Marie ! s'écrie avec admira- I lion saint Bonaventure , vous ouvrez, vos bras maternels au pécheur rejeté de tout le monde. En eflet , le pécheur est un objet de haine pour l'univers entier; le feu, l'air, la terre, tous les éléments , toutes les créatures , voudraient s'armer contre lui et venger l'outrage qu'il fait à leur créateur : Marie seule est son refuge ; elle le reçoit dans son sein , et n'a point de repos jusqu'à ce qu'elle ait réconcilié le criminel avec son juge.
On lit au second livre des Rois , qu'une femme de Thécura , dont l'Ecriture a loué la sagesse , s'étant présentée devant David , lia parla en ces termes : Seigneur , j'avois deux fils ; ils ont pris querelle ensemble , et l'un d'eux à tué son frère : maintenant la justice s'est emparée du coupable . et n>oi qui ai déjà perdu un fils , je me vois sur le point de perdre encore l'autre. Seigneur, ayez pitié d'une mère désolée , et ne souffrez point qu'on lui ravisse l'unique enfant qui lui reste. » Alors David , touché de compassion , donna ordre qu'on mît le meurtrier en liberté, et qu'on le rendît à sa mère. N 'est-ce pas le discours que Marie tient au souverain juge , quand elle le voit irrité contre un pécheur qui réclame sa protection ? « Seigneur, dit-elle comme celte autre femme, j'avois deux fils , Jésus et l'homme ; l'homme a fait mourir mon Jésus sur la croix \ maintenant
notre justice veut frapper te coupable : Seigneur, pourriez-vous bien me priver du second de mes lils, après que j'ai déjà perdu le premier ?» Ah! non certainement, Dieu ne sauroit condamner ce pécheur qui a recours à Marie ; et puisque lui-même la lui a donnée pour mère , il entend bien quelle en remplisse l'office ; chose qu'elle fait avec tant de bonté, de fidélité, de charilé el de miséricorde, qu'il n'y a point de paroles pour l'exprimer. Ainsi donc, que tout pécheur, usant des expressions de saint Bonaventure, dise à la bienheureuse Vierge : « O ma mère et ma patronne ! mes péchés me rendentindigne de m'appi ocher de vous, et je ne dois attendre de voire part que des châtiments ; mais quand vous me rebuleriez, et quand bien môme vous m'ôteriez la vie, je ne douterai jamais que vous ne vouliez me sauver; je mets en vous toute ma confiance ; el pourvu que je sois assez heureux pour mourir devant votre image et en implorant votre miséricorde , j'ai la ferme espérance d'aller vous louer dans le ciel, avec cette multitude innombrable de vos serviteurs qui se sont sauvés par votre puissante intercession. » Nous allons rapporter un exemple qui fait bien voir tout ce qu'un pécheur peut se promettre de la miséricorde et de l'amour de celte bonne mère.
Exemple.
Vincent de Beauvais raconte que dans la ville deRidolf, en Angleterre, vivoil, en l'année i ^So,
un jeune gentilhomme, nommé Ernest, qui ay3nt distribué tout son patrimoine aux pauvres , se retira dans un monastère. Il y menoit une vie si parfaite , que ses supérieurs Tavoient en singulière estime , surtout à cause de sa dévotion à la sainte Vierge. Or, il arriva que la peste vint à se déclarer dans cette ville , et les habitants recoururent aux prières des moines pour conjurer le fléau. L'abbé ordonna à Er nest d'aller se prosterner devant l'autel de Marie et d'y demeurer jusqu'à ce qu'il eût obtenu une. réponse favorable de la sainte Vierge ; le jeune homme obéit et passa trois jours en oraison ; à la fin du troisième jour, Marie se laissant fléchir, lui enseigna quelques prières pour désarmer la colère divine, et quand on eut dit ces prières, la peste cessa. Ce jeune moine dans la suiie laissa refroidir sa dévotion envers la Mère de Dieu ; le démon l'assaillit de plusieurs tentations , en particulier contre la pureté , et cet esprit malin iinit par lui persuader de se sauver du monastère, dessein qu'il résolut d'exécuter en sautant en bas d'une muraille qui n'étoitpas très-haute; mais comme il passoit devant une image de la sainte Vierge qui étoit dans le corridor, il s'entend dire : Mon fils, pourquoi me quitlez-vous ? Confus et repentant , Ernest se jette le visage contre terre et répond : Mais ne voyez-vous pas que je ne puis plus résister aux tentations ? pourquoi ne venez-vous pas à mon secours ? — M* astu jamais appelée? répondit Notre-Dame ; tunen serois pas venu là, si tu Favois fait; dorénavant invoque- moi dans le véril et ne crains plus rien.
Ernest relourna dans sa cellule ; les len talions l'assaillirent de nouveau ; il retomba dans la même faute de ne point se recommander à sa patronne , et vaincu par le démon il s'enfuit du monastère. Dès lors sa vie ne fut plus qu'un enchaînement de crimes, jusque-là qu'il 3e mit à faire Fassassin ; ayant loué une auberge où il attirait les pauvres voyageurs qu'il massacrait pour les dépouiller. Parmi les infortunés qui tombèrent dans ses embûches , se trouva un cousin du gouverneur de l'endroit. Ce meurtre fit grand bruit à cause de la qualité du mort : on en rechercha l'auteur, qui fut découvert, et condamné à expier son crime sur le gibet. Pendant que ces choses se passaient, un jeune cavalier , très bien mis et de fort bonne mine , arriva le soir à l'hôtellerie et demanda un gîte pour la nuit : le scélérat d'aubergiste se promit de le traiter connue tant d'autres. Au milieu à<t la nuit , il entre dans la chambre muni d'un poignard : ô merveille ! il ne voit point le jeune cavalier dans son lit, mais un crucifix tout dégouttant de sang qui le regardant d'un œil plein de douceur , lui adresse ces tendres paroles : Ingrat, ne te suffit-il pas d'une première mort que fai déjà soufferte pour toi; veux-tu ni en donner une seconder' Allons , levé le bras, exécute ton dessein. Saisi et tremblant à ce spectacle , le pauvre Ernest fond en pleurs et s'écrie : Seigneur, je me rends et je reviens à vous , puisque vous me faites tant de mkencorde. Aussitôt il sortit de l'hôtellerie pour revenir au monastère ; mais rencontré, chemin faisant, parles archers ,
qui éloient à sa poursuite, il fut saisi et amené devant les juges , en présence desquels il confessa tous ses crimes. On le condamna à être pendu sur-le-champ , sans lui donner le temps de se confesser. Dans ce moment fatal il se recommanda à la bienheureuse Vierge ; le bourreau le pendit, mais Notre-Dame lui conserva la vie ; elle-même prit soin de le détacher de la potence , et lui ordonna de retourner au monastère pour y pleurer ses péchés, ajoutant que quand il la verroit paroître avec un papier où seroit écrit son pardon , il eût à se préparer à la mort. Ernest se rendit en effet au monastère ; il raconta son histoire à l'Abbé, et fit une pénitence très austère. Plusieurs années après, Marie lui apparut, tenant dans la main son billet de grâce ; aussitôt il se prépara à la mort et mourut saintement.
Prière .
O digne Mère de mon Dieu ! comment oser paroître devant vous avec une âme aussi souillée que la mienne? Je le confesse, personne n'a offensé plus que moi la majesté divine ; mais puisque j'ai eu ce malheur, et qu'il n'est pas en mon pouvoir de rappeler îe passé, aidez-moi du moins à réparer le mal qui est fait. Empruntant les paroles de saint Anselme, je vous dirai à vous et à votre Fils : Mon Rédempteur, ayez pitié de moi y en m9 accordant mon pardon, et vous sa Mère, en l'implorant pour moi; ou, si vous ne voulez pas m' écouter, dites Y un et Vautre en qui je
dois mettre le plus de confiance, à qui je dois aller pour trouver plus de miséricorde qu'auprès de vous ?