‹ Le pré aux clercs; opéra comique en trois actes. Paroles de E. de Planard, musique de HéroldChapitre 18 sur 67 · SCÈNE XII, MARGUERITE, ISABELLE, De'ix Pages · texte numérisé non relu

SCÈNE XII, MARGUERITE, ISABELLE, De'ix Pages

MARGUERITE, aux pages.

Eloignez-vous un peu. (Les pages sortent. — A Isabelle.) Enfin, mon enfant, nous voilà seules un instant, et je pourrai vous gronder tout à mon aise.

ISABELLE

Moi, madame?

MARGUERITE

Oui, VOUS. Qu'est-ce donc, je vous prie, que cette tristesse morne au milieu de nos fêtes, ce dédain pour les hommages de tous nos jeunes seigneurs? Quoi! jamais un sourire, et toujours des soupirs?

ISARELLE.

Hélas! madame, il faut me pardonner. Si je déplais à Votre Majesté, c'est sans le vouloir, et j'en suis bien fâchée.

MARGUERITE, souriant.

l'ih ! qui dit cela, ma mie? A qui donc ne plaisez-vous? Ah! par Notre-Dame! toutes nos duchesses de la cour voudraient bien déplaire comme vous!

ISABELLE

Mais, enfin, vous êtes mécontente de moi?

MARGUERITE

Oui ; et ma mère surtout. Elle m'a déjà dit, au dernier bal du roi : Mais, vrai-Dieu! Margu;;rite, à quoi pense donc celte mignonne de Gascogne que vous m'avez amenée? Klle est jolie, ets'enfei'me chez vous pour ne se pa.< \a.User voir! Elle est de haut lignage, et sa parure est modeste comme si monsieur son père s'appelait Marcel ou Boniface, et tenait boutique au pont Saint-Michel! Elle est triste, rêveuse; elle s'ennuie, enfin! On dit même qu'elle voudrait quitter Paris! Oh! par saint Denis! ma fille, dites-lui qu'elle est folle. Une orpheline qui a des vassaux et un riche comté dans la Navarre appartient à la couronne de France. Il faut que la colombe s'apprivoise; elle ne s'envolera pas des tourelles du Louvre; et, tout enfant de Calvin qu'elle est, je la ferais plutôt abbesse de Montmartre ou de Sainte-Claire de Ghaillot !

ISABELLE

Qu'entends-je!... eh! de quel droit?... Mais, madame, quand je vous suivis à Paris, vous n'y deviez rester que peu de jours ; vous deviez retourner auprès du roi, votre époux, et me ramener dans le château où je suis née

MARGUERITE

Oui, je le croyais; mais ma mère ne le croyait pas. Je suis en prison.

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