DIX-SEPTIÈME JOUR
Pour aimer Dieu , soyez assidu à l'Oraison.
Adonnez- vous à l'Oraison ; soyez fidèleà vous appliquer à cet exercice angélique et tout divin. Sans l'assiduité h l'Oraison , ou vous cesserez
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d'êlre chrétien , ou vous ne le serez qu'è demi. Votre esprit n'est si aveuglé , votre cœur si froid, voire foiblesse si grande, que parce que vous avez négligé l'Oraison. Par l'assiduité à cet exercice , vous serez éclairé , embrasé , fortifié.
Comment un exercice, dont vous ne pouvez vous passer, vous paroît-il si pénible ? L'Oraison est la nourriture de l'âme : ne devroit-il pas vous être aussi facile de nourrir votre âme de ce pain céleste pour entretenir en vous la vie spirituelle , qu'il vous est facile de nourrir voire corps du pain matériel que vous prenez chaque jour pour vous conserver une vie temporelle ? Allez h l'Oraison avec la même ardeur que celui qui est pressé par la faim , va à un repas où il sait pouvoir l'apaiser.
Ne regardez point l'Oraison comme un travail d'esprit fatigant, mais comme un entretien de votre cœur avec Dieu, pendant lequel vous prendrez en lui un doux repos.
Pour vous rendre l'Oraison facile et salutaire, retranchez de votre cœur ce qui en donne du dc2;oCit, et ce qui empêche d'en profiter; faites ce qui la fait aimer , et ce qui fait qu'on enretire du fruit. Renoncez au péché, ayez -le en horreur, mourez h tout ce qui est vanité, que votre cœur ne tienne qu'à Dieu; fuyez la dissipation et marchez devant le Seigneur; que tout ce qui s'offre à vos yeux , que tout ce qui se pré-
sente à votre esprit, vous élève à lui. Mettez un, freina votre imagination, si vous voulez en empêcher les extravagances , et acquérir la sainte habitude de la présence de Dieu. Quand vous porterez partout la vue et le goût de Dieu, tout ce que vous verrez et tout ce que vous entendrez , vous aidera à faire Oraison , et l'Oraison vous sera très-facile, très-douce, très-salutaire. Le royaume de Dieu s'approchera de vous , vous trouverez dans vos Oraisons la paix , la joie , la source de tous les biens et un avantgoût du Paradis.
Dans le temps deTOraison, retirez-vous dans le centre intime de votre âme; approchez -vous de Dieu familièrement, et usez de la sainte liberté que vous donne la qualité d'enfant de Dieu. Tenez-vous devant Dieu comme un petit enfant se tient devant sa tendre mère.
Dans vos Oraisons, désirez qu'il se fasse en vous un écoulement de lumière , une effusion de grâces; désirez qu'il y ait entre Dieu et vous, un commerce continuel ; désirez que Dieu ne cesse point de se communiquer à vous , et que vous ne cessiez point de lui donner votre cœur ; qu'il vous fasse entendre des paroles^l'amour , et que votre cœur ne cesse point de se fondre d'amour pour lui ; soupirez après Dieu, après son divin amour;, vouez à son amour une fidélité inviolable; dites souvent h votre Dieu : Ti-
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rez-moi à votre saint amour , faites que je ne vive que pour votre amour , que de votre amour.
Une distraction de l'esprit pendant l'Oraison , peut ne pas rendre coupable , mais toute distraction de cœur est criminelle.
L'Oraison la plus agréable à Dieu, et la plus salutaire, est celle où l'on se met dans la disposition de faire de grandes choses, et à souffrir beaucoup pour plaire à Dieu ; c'est celle qui porte " efficacement à faire tout ce qu'on doit faire en la présence de Dieu, pour son amour et par amour.
Saintes Affections.
O mon Dieu, je consacre à votre divin amour tous les momens de ma vie , toutes mes œuvres , toutes mes pensées , toutes mes affections ! C'est surtout dans l'Oraison que les cœurs s'échauffent , que le feu sacré de votre amour s'allume et s'enflamme : donnez-moi l'amour de l'Oraison ; donnez moi le don d'Oraison , enseignezmoi h faire Oraison. Faites que dans mes Oraisons , je sois dans une espèce d'extase, d'admiration et d'amour, afin que je n'agisse ensuite que pour vous contenter. Pendant mes Oraisons, je vous écouterai comme Marie, ou je vous chercherai comme Magdeleine , pour vous trouver et vous posséder. Je vous demande une ardente charité , parce que la charité est le lien de la pe r-
fectîon, et que plus on a de charité , plus l'union qu'on a avec vous , est étroite. Que ne puis-je mourir d'amour pour vous , afin d'avoir dans le Ciel le bonheur d'être embrasé de l'amour des Séraphins !
DIX-HUITIÈM E JOUR.
Pour aimer Dieu, liez-vous étroitement à Jésus-Christ.
Connoissez Jésus-Christ : c'est le Fils unique de Dieu qui s'est fait homme , et homme de douleurs , pour racheter et sauver les hommes. Jésus-Christ estDieu. Pour pouvoir connoître parfaitement ses perfections et son amour pour les hommes, il faudroitque vous pussiez comprendre ce qu'est Dieu , et l'amour infini dont Dieu s'aime lui-même.
Votre grand désir doit être d'avoir la science de Jésus-Christ et son amour. Que votre esprit et votre cœur s'attachent à connoître et à aimer celui qui a voulu naître et mourir pour vous préserver de la mort éternelle , et vous procurer une éternité de bonheur.
Ne cessez point d'étudier Jésus-Christ. Occupez-vous continuellement de ses mystères , pénétrez-vous-en : remplissez-vous de sa céleste doctrine , méditez-la ; qu'il n'y ait pas une de ses actions , pas une de ses maximes que vous
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ne vous rappelliez souvent , et qui n'influe sur votre conduite.
Jésus -Christ est Dieu , il est votre Dieu : croyez ce qu'il vous a enseigné , espérez ce qu'il vous a promis , craignez ce dont il vous a menacé , vivez selon ses préceptes , ne cherchez qu'h lui plaire , aimez-le autant que vous pouvez l'aimer.
Malheur h vous , si vous n'aimez pas Jésu^- Christ, ou si vous n'avez pour lui qu'un amour stérile , qui ne seroit pas un véritable amour.
Que votre amour pour Jésus-Christ vous fasse recourir à lui comme au Sauveur des âmes ; qu'il vous porte à mettre en lui toute votre espérance. Il est votre unique appui ; que sa Croix soit tout votre soutien : n'attendez rien de la miséricorde de Dieu , que par le mérite des souffrances et de la mort de son adorable Fils.
Déchargez-vous surlui de tous vos soins. Abandonnez à son amour les personnes qiii vous sont chères , vos affaires , vos desseins, votre honneur , votre santé , votre vie et votre mort.
Ayez en horreur tout ce que le monde , ennemi de Jésus-Christ, aime et poursuit; goûtez et embrassez de toutes vos forces , tout ce que votre Sauveur a aimé et embrassé ; ayez pour lui un amour si tendre et si ardent, que vous ne respiriez que sa gloire , son imitation et son service.
A UN GRA.ND AMOUR. 2o3
Revêtez-vous de Jésus-Christ , exercez-vous rlnns les vertus dont il vous a donné l'exemple, laissez-vous animer de sou esprit , puisez avec piété et avec joie dans les sources du Sauveur ; la participation aux Sacremens qu'il a institués vous procurera les grâces dont vous avez besoin ; ayez les sentimens de Jésus-Christ ; ressentez dans votre cœur ce qu'il a ressenti dans le sien, imprimez fortement ses douleurs dans votre âme, ne perdez point de vue sa Passion , formez en vous le portrait de Jésus crucifié; vous devez en être une image , une copie vivante.
Élevez -vous à Jésus- Christ par l'ardeur de votre amour , qu'une sainte impétuosité vous fasse élancer vers lui ; ses sacrées plaies sont autant de portes pour vous introduire en lui. Picposez-vous doucement sur la plaie de son côté, elle ojDfre une ouverture qui donne entrée dans son cœur; pénétrez dans ce cœur adorable pour vous garantir des attaques de l'ennemi de voire salut ; jetez-vous dans cette sainte caverne , dans cette fournaise d'amour ; tenez-vous dans cette retraite de paix et de j oie , habitez-y , dites : c'est ici le lieu de mon repos dans les siècles des siècles ; j'y ferai mon séjour , puisque je l'ai choisi, j'y trouverai la paix qui surpasse toutes les pensées.
Embrassez Jésus-Christ , liez-vous à lui , et
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faites luî toutes les caresses de l'Épouse transportée de son saint amour.
Uni à Jésus-Christ, offrez-le continuellement à Dieu son Père , et offrez- vous avec lui.
Saintes Affections.
0 Jésus, mon Seigneur et mon Dieu , Je me donne h vous , je m'attache pour toujours à vous. Vous êtes mon Lien , mon unique bien , tout mon bien , je me réjouis de ce que vous êtes infiniment plus aimable que vous ne pouvez être aimé. Je ne chercherai qu'à vous plaire , toutes mes délices seront de me reposer en vous. Je m'unirai de plus en plus à vous , et je ne cesserai point de traiter intérieurement avec vous. Je m'abandonne à votre amour , pour faire en tout lieu , en tout temps , votre sainte volonté ; je ne veux point avoir d'autre volonté que la vôtre. Je me regarderai comme une victime dévouée à votre amour ; je puiserai sans cesse dans votre cœur les délices de votre amour. 0 Jésus , le roi de mon cœur et de mon amour , vous êtes ma vie et l'âme de mon âme ! Faîtes que ce soit votre amour qui me fasse penser , parler , prier , agir et souffrir : faites que je ne vive que pour votre amour, et que je meure de votre amour.
A UN GRAND AMOUR. 2o5