PETITS ÉCHANTILLONS
Menchecourt. Musée de Saint-Germain, no 18918 0n»,064 0"n,042 0»,039
Abbeville. Idem, n» 18 889 .... 0 ,066 0 ,051 0 ,067
Âbbcville. Champ de Mars, id.^
Saint-Acheul. Collection d'Acy. . 0 ,059 0 ,050 0 ,065 — — . . 0 ,061 0 ,038 0 ,047 — . Musée de Saint- Germain, n» 12095 0 ,073 0 ,052 0 ,099
Saint-Acheul. Id., n» 7 027. . . . 0 ,076 0 ,052 0 ,074
Saint-Acheul. Id., n* 17121. ... 0 ,077 0 ,046 0 ,064
Thennes. Collection d'Acy. ... 0 ,070 0 ,043 0 ,063
Montguillain. Musée de Saint- Germain, no 18 777 0 ,071 0 ,051 0 ,086
Près Downton, à 9 kilomètres de Salisbury (Angleterre). Collection Prestwich (]) 0 ,080 » »
Le plus grand instrument chelléen du musée de Saint- Germain provient de la collection Boucher de Perthes. Il est indiqué comme de Mautord, près Abbeville (Somme). Il a une forme toute spéciale. Sa longueur est de 0™,26o et son poids de 1^,640. Les autres grandes pièces, des environs d' Abbeville, de forme plus régulière, atteignent
(*) J*ai vérifié moi-môme les mesures et les pesées de toutes les pièces, sauf de celles qui portent l'astérisque.
0»,2-22, 0=^,205 et 0",204. Leur poids s'élève à iï^,15o, 0^885et^^005.
Le musée possède la plus grande ou au moins une des plus grandes pièces trouvées à Montguillain (Oise). Elle mesure, longueur 0™,213 et pèse 945 grammes.
Les échantillons du Musée de Saint-Germain les plus forts de Saint-Acheul ne vont qu'à 0"*,219 et 0-,19i comme longueur, et ne pèsent que 870 et 635 grammes. Mais il y en a de plus considérables comme grandeur et comme poids dans les collections de MM. d'Acy et de Gaix de Saint-Aymour.
Un des plus beaux instruments chelléens connus est celui que possède M. de Beaulaincourt. Cet échantillon, provenant de Vaudricourt (Pas-de-Calais), a figuré à l'Exposition de 1867. Bien que cassé au sommet, il a encore 0"*,245 de longueur. Comme le travail est très fin et très régulier on peut calculer la longueur du bout qui manque. Il devait atteindre 0'",037. L'instrument avail donc une longueur totale de 0™,282.
Le plus petit échantillon des environs d'Abbeville possédé par le musée de Saint-Germain n'a que 0",064 de long et ne pèse que 39 grammes. Les plus petits de Saint- Acheul ont en longueur 0°^,077, 0°^,076, 0°^,073.Ils pèsent 64, 74 et 99 grammes.
Grands et petits sont des exceptions. La moyenne des échantillons de Saint-Acheul doit être de li à 12 centimètres. En effet, sur 166 pièces qui se trouvent au musée de Saint-Germain 82 ont 12 centimètres et au-dessous, 84 ont plus de 12 centimètres. Mais les musées choisissent toujours de préférence les gros échantillons, et plusieurs petits ont de fait été mis aux doubles.
Sur vingt-neuf échantillons de Saint-Acheul de 11 à i2 centimètres que possède le musée de Saint-Germain, 7 pèsent moins de 200 grammes, 3 pèsent plus de 300gram-
mes, les i9 autres sont intermédiaires. Le moins lourd est de 158 grammes, le plus lourd de 523 grammes. Gomme ce dernier chiffre est tout à fait anormal, la véritable moyenne, 242, doit être un peu trop forte. Le poids moyen des échantillons de il à 1 2 centimètres de longueur peut-être estimé de 235 à 2i2 grammes.
L'école d'anthropologie de Paris, à laquelle M. Leroy a donné la belle série qu'il a recueillie à Ghelles, peut nous fournir des renseignements sur cette localité. Il y a dixhuit instruments chelléens ou coups de poing recueillis sans aucun choix.
Le plus long mesure O^JSO ; le plus court 0™,084. La moyenne est de 0™,136; il y en a 9 au-dessus de la moyenne et 9 au-dessous.
Le plus large a 0°*,il9; le plus étroit 0^,051. La moyenne 0™,079 ; on compte 9 échantillons au-dessus de la moyenne, 8 au-dessous et 1 ayant la moyenne .
Le plus lourd pèse 780 grammes ; le plus léger 91. La moyenne est de 424 grammes ; 8 pèsent plus que la moyenne, iO moins.
Les moyennes ont été prises sur la mensuration et le pesage des 48 échantillons. C'est le même instrument qui est à la fois le plus court, le moins large et le moins lourd. Quant aux mesures maximum, elles proviennent de trois instruments différents.
§ 4. Travail on taille. — En général l'instrument chelléen est taillé à assez grands éclats, néanmoins il existe des échantillons qui sont travaillés avec beaucoup de soin. Les deux faces sont régulières, unies ; les éclats de moins grandes dimensions; la base bien arquée; le sommet acéré; le pourtour tranchant ou élégamment crénelé. Pourtant, même sur les échantillons les mieux travaillés, on voit habituellement vers le bas, le plus souvent sur le côté, une petite partie laissée sans taille, à l'état brut. On
)(0 ARCHËOLOOIE PRÉHISTORIQUE.
dirait un oubli ou un défaut. Mais le fait est trop fréquent,
on pourrait même dire trop constant, pour ne pas être
intentionnel.
Il y a plus, bon nombre de pièces ne sont pas taillées à la base ou le sont mal et simplement dégrossies. On reconnaît là : la croûte des nodules, la surface arrondie et polie des cailloux roulés, les faces des cassures naturelles. La roche employée pour faire l'instrument a conservé en ce point son aspect primitif. Le travail ne commence qu'au dessus.
Ce ne sont point des ébauches, des pièces non achevées, car la partie travaillée Test avec autant de soin que dans les échantillons qui paraissent les plus finis. Ce sont des échantillons auxquels on a ménagé intentionnellement des espèces de mancbe ; on dit qu'ils sont à talon.
Ce talon, ce manche, ce point de préhension ordinairement à «n eiiêï, i' tXn° en ^i«r™è li^ ^^^sc, cst aussi, mais lieauisiéwi. Espèce de coupcrBi. coup plus exceptionnellement, Germain, i/î gr. sur un des côtés du pourtour.
11 peut même s'y développer en appendices projetés plus ou moins en dehors, ce qui donne à l'instrument un aspect de couperet. Dans sa remarquable collection de la Somme, M. d'Acy en possède une jolie série provenant de Saint-Acheul,
g 5. Roches enplo7ées. — La pierre ou roche la plus employée a été le silex marin de la craie. Cela se comprend très bien, ce silex est le meilleur et le plus abondamment répandu. 1! a été utilisé partout où il existe, soit en
HOMME QUATERNAIRE. !4l
place, soit remanié dans les argiles à silex, soit enfin roulé dans les alluvions tertiaires ou quaternaires. Les hommes de Tépoque chelléenne ont aussi utilisé des silex marins plus anciens et plus récents; parmi les premiers, on peut citer les chailles ou rognons siliceux qui caractérisent certaines couches jurassiques. On en trouve des exemples dans la Haute-Saône. Parmi les plus récents, je mentionnerai les silex plus ou moins marneux, roulés ou en place, du nummulithique d'Egypte.
Pourtant, même au milieu des régions à silex marin de la craie, on rencontre des pièces en silex d'eau douce tertiaire, quand ce silex existe. C'est ce qui se voit sur plusieurs points du bassin de Paris.
A plus forte raison le silex d'eau douce tertiaire est-il utilisé là où le silex de la craie fait défaut. C'est ce qu'on observe à Tilly (Allier), où le silex d'eau douce est assez bon ; c'est ce qu'on observe même à Sauvigny-les-Bois (Nièvre), où le silex d'eau douce est de très mauvaise qualité.
Sur les bords de la Loire, entre les départements de l'Allier et de Saône-et-Loire, les cailloux roulés de silex opaque ont aussi été utilisés.
Lorsque les diverses variétés de silex faisaient défaut comme en Bretagne et dans la région sous-pyrénéenne, les hommes de l'époque chelléenne l'ont remplacé par un grès fort compact, à ciment exclusivement siliceux, désigné sous le nom de quartzite. Cette roche ne valait pas le silex, mais elle avait l'avantage d'être locale ou bien d'être distribuée un peu partout, comme dans le midi de la France, à l'état de cailloux roulés. M. John Evans cite aussi des instruments en quartzite d'Angleterre, bassin de l'Ouse ; voire même un de Brandon, en roche feldspathique. La quartzite a également été utilisée en Afrique et en Amérique.
La région sous-pyrénéenne nous montre aussi des
échantillons chelléens en quartz opaque ou de filon, roche qui, loin de valoir le silex, ne vaut pas même la quartzite.
Exceptionnellement le jaspe, aux brillantes couleurs, a été employé à Sommières (Vienne) et en Vendée ; le diaspre en Italie. Plus exceptionnellement encore le grès lustré, aux environs de Paris, et en Angleterre dans le Sommersetshire, près de Ghard. On peut aussi citer le calcaire sihceux, environs de Dsul (Landes) et Algérie, ainsi que la calcédoine ou silex calcédonieux, Sologne (Loir-et- Cher), environs de Bergerac (Dordogne) et surtout Soumessac (Lot-et-Garonne).
Les roches utilisées sont donc, dans leur ordre d'importance :
Le silex marin de la craie en place ou roulé.
La quartzite en place ou roulée.
Le silex d'eau douce tertiaire.
Le quartz opaque ou de filon.
Le silex opaque jaspoïde.
Le jaspe et le diaspre.
Le grès lustré.
Le silex calcédonieux.
Le calcaire siliceux.
Les chailles ou rognons siliceux jurassiques.
Une roche feldspathique.
§ 6. Question de Temmanehure. — L'instrument chelléen s'emmanchait-il ou bien se tenait-il simplement à la main ?
Pour ce qui concerne les échantillons à talon, la réponse n'est pas douteuse. Evidemment ils étaient faits pour servir à la main, le talon faisant fonction de manche.
Quant aux autres^ si on les étudie avec soin, on reconnaît que tous ou à peu près tous sont taillés de manière à être saisis facilement et commodément par la main
HOUUE QUATERNAIRE. US
droite. 11 n'en est pas de même de la main gauche ; et surtout il n'eu est pas de même des Imitations et falsiGcations produites par les ouvriers de nos jours. Celte observation montre clairement que ces échantillon a, de formes, de grandeurs, de matières et de localités si diverses, ont hien été taillés intentionnellement pour être saisis commodément par la main droite.
Pour les échantillons torses cela ne saurait faire doute. Cette forme sied admirablement à la main et serait très désavantageuse si l'échantillon était emmanché. Les échantillons torses ont cependant le pourtour parfaitement taillé : mieux taillé que la plupart des autres échantillons, qui.
ainsi que nous l'avons dit, montrent sur le côté ou à la base un point resté brut. C'est le point sur lequel doit s'appuyer dans le premier cas l'entre-deui du pouce et de rindei, dans le second la paume de la main. Gomment eiphquer cette négligence de taille dans l'hypothèse d'une emmanchure?
Sur plusieurs centaines d'échantillons que j'ai essayés, il n'y en a pas une dizaine qui ne puissent se prendre facilement à la main. Cela prouve que les ouvriers de celte époque étaient fort habiles et se trompaient très rarement.
Et encore, parmi ces échantillons exceptionnels, il en est qui évidemment peuvent être saisis facilement à la main dans un autre sens.
Le 1" octobre 1879, M. d'Acy m'a montré les quatre plus belles pièces de sa récolte de l'année : 2 de Saint- Acheul, 1 de Thennes (Somme) et 1 de la gare du Pecq (Seine-et-Oise). Ces quatre pièces, très finies, étaient taillées tout au pourtour, cependant toutes les quatre se laissaient parfaitement saisir à la main. Mieux elles étaient taillées, plus il semblait qu'on eût ménagé la facile préhension.
Cette appropriation des échantillons de forme chelléenne à être empoignés n'existe pas seulement dans le nord-ouest de la France. On la retrouve partout. Elle est même peut-être encore, plus prononcée dans le Sud. Les pièces en quartzite et en quartz de filon de la Haute- Garonne et des départements voisins ont presque toutes conservé un talon. En Italie, M. Bellucci Ta reconnu dans rOmbrie. J'ai pu la constater dans la collection des Abruzzes de Gonsenzio Rosa.
Tout au contraire, rien dans l'instrument chelléen n'est favorable à l'emmanchure.
Prenons pour exemple les huit échantillons historiques de Saint-Acheul que possède le musée de Saint-Germain. On ne pourra pas dire qu'ils ont été recueillis et choisis pour les besoins de la cause.
Pièces provenant de Rigolot, le premier disciple de Boucher de Perthes :
Longueur. Largeur. Epaisseur.
HOMME QUATERNAIRE. i4S
Pièce provenant de la Société des antiquaires de France :
7 0">,219 on» ,094 0»»,060
Pièce donnée par M. Gaudry, trouvée dans la fouille dont il a rendu compte à TAcadémie des sciences.
8 0™,154 0"»,076 On.Oâ?
Ces huit échantillons sont parfaitement à la main. Rien n'est plus facile et plus naturel que de les prendre avec la main droite pour s'en servir. Au contraire, ils sont dans les conditions les plus défavorables pour l'emmanchement.
L'instrument cheïléen ne pourrait s'emmancher que de deux façons : en forme de hache ou en forme de lance.
En forme de hache, le manche entourerait l'outil vers le tiers inférieur, laissant d'un côté déborder la base arrondie, de l'autre s'allonger la pointe. Mais c'est justement vers ce tiers inférieur que l'épaisseur des échantillons est la plus forte et la largeur la plus grande. De ce point, épaisseur et largeurvont en diminuant dans les deux sens, le manche se trouverait donc suspendu sur le point le plus élargi et le plus culminant. Au premier coup porté soit dans un sens, soit dans l'autre, l'outil trouverait toujours la plus grande facihté pour s'échapper.
En forme de lance, l'emmanchement n'est pas plus admissible, pas plus utile, pas plus possible. En effet, l'épaisseur des échantillons s'y oppose. Pour les fixer au manche ou hampe, il faut fendre le bois ; quelle solidité offrirait une hampe fendue dont les deux lèvres de la fente seraient éloignées de plus de 2 à 6 centimètres? El puis pour fixer la pierre au bois il faudrait entourer le tout de hgaments qui formeraient à la base de la pointe de lance un énorme paquet dont le diamètre serait aussi considérable que la longueur delà pointe. Ainsi, si nous pre-
nons le plus grand des échantillons cités, le numéro 7, pour Temmancher il faudrait bien une hampe ayant au moins 4 centimètres de diamètre ; 4 de diamètre de la hampe et 6 d'épaisseur de Téchantillon donnent \ décimètre, pour répaisseur totale du point de jonction, sans compter les ligatures. Ge n'est pas admissible, la pointe serait à peine plus longue que grosse, puisqu au moins un tiers doit entrer dans la hampe. Il en est de même pour la plus petite et pour toutes les autres.
Mais, démonstration encore plus concluante, la base des échantillons n'est pas taillée pour recevoir l'application des lèvres d'une hampe. Ces lèvres sont planes et les biseaux des bases des échantillons ne le sont pas. Ils sont au contraire très irréguliers. Dans les échantillons cités, il en est un qui a une arête verticale au milieu de la base, un autre présente uji mammelon assez élevé, dans un troisième le maximum d'épaisseur est rejeté tout au bord d'un côté, etc. Les ouvriers qui ont taillé ces échantillons se sont toujours préoccupés de la préhension à la main, jamais de l'emmanchure.
§ 7. Invention. Utilité. — Une grande objection contre l'instrument chelléen, c'est qu'il est trop complexe pour être un instrument primitif!
C'est une illusion qui s'évanouit devant un peu de réflexion. Il est au contraire tout simple et tout naturel qiXe l'instrument chelléen ait été le début de l'industrie humaine. En effet, l'homme tout d'abord a saisi à pleine main une pierre, un caillou pour frapper. En frappant, le caillou s'est cassé, s'est écaillé, produisant des arêtes vives et parfois des pointes dans le morceau resté aux mains de l'homme. En continuant de frapper^ l'homme a reconnu que grâce à ces arêtes, à ces pointes son action était très sensiblement accrue, dès lors il s'est appliqué à les fabriquer intentionnellement. C'est ainsi que l'instrument chelléen
HOMME QUATERNAIRE. f47
est découlé tout naturellement de l'emploi de la pierre informe, du simple caillou. On comprend très bien que ce soit l'instrument primitif. On comprend aussi son emploi à la main. L'emmanchure est une invention plus compliquée, plus difficile que la taille d'une pierre tenue àla main.
A quoi servait cet instrument?
Était-ce une arme ?
Non, sauf accidentellement dans un moment de danger, où tout sert d'arme.
L'arme primitive de l'homme a été certainement le bâton, le casse-tête en bois. Nous Soyons des singes anthropoïdes actuels se servir du bâton. Tous les peuples sauvages emploient le casse-tête en bois. C'est une arme terrible, bien plus terrible que la pierre. Suivant toutes les probabilités, la première arme de Thomme a été le bâton, bientôt transformé en casse-tête.
Mais, pour fabriquer le casse-tête, pour le façonner, il faut un outil.
Qu'est donc l'instrument chelléen?
Le premier outil. Un outil pour tout faire. Il servait, suivant ses modifications de taille et la manière de l'employer, de hache, de couperet, de couteau, de scie, de perçoir, de tranchet, de ciseau, etc. Suivant les circonstances et les besoins on l'employait parla pointe ou par les côtés. On s'en servait même par la base. C'est ce qui fait qu'on la taillait parfois avec beaucoup de soin. Ainsi tombe l'objection qui consistait à dire : pourquoi taillait-on la base, si l'outil devait être pris à la main? On la taillait pour compléter l'outil. En effet, après avoir fait un sillon avec la pointe, on pouvait l'élargir avec la base de l'outil.
§ 8. Nom. — Dans le principe, surtout à Saint-Acheul, les ouvriers ont donné à l'outil le nom de langue de chat^ trouvant je ne sais quel rapport entre la forme de cet outil et la langue de cet animal.
Dès que les paléoethnologues ont connu les langues de chat, ils les ont désignées sous le nom de haches. C'est le nom encore généralement employé, faute d'un meilleur. En effet , l'outil chelléen remplit parfois les fonctions de hache, mais il en remplit encore beaucoup d'autres. En outre, les haches sont généralement emmanchées, l'outil chelléen ne Tétait pas. Bien plus, dans le dédoublement des fonctions de cet outil, qui s'est opéré plus tard^ la hache ne figure pas. Le nom est donc très impropre.
Je propose d'appeler cet outil coup de poing ^ pour rappeler, d'une part, son origine, d'autre part, que c'était exclusivement un instrument à main.
En tout cas, il peut très bien être désigné sous le nom générique d'instrument chelléen, étant l'instrument à tout faire de l'époque chelléenne.
§ 9. Eclats de sliex. — Quelques paléoethnologues contestent que Tépoque chelléenne n'ait eu pour toute industrie que le coup de poing ou hache amygdaloïde taillée des deux côtés.
Jusqu'à présent, à Ghelles, on n*a pas trouvé d'autre objet ouvré dans les couches anciennes. Mais - découvrîton quelques éclats de silex taillés, ce serait tout naturel. Ce qui est étonnant, c'estqu'on n'en ait pas recueilli davantage. En effet, il est impossible de façonner des coups de poing sans produire de nombreux éclats portant deS' traces de taille, avec des conchoïdes de percussion. Ce qui doit manquer, ce sont les silex retouchés autres que les coups de poing.
A Saint-Acheul, station de la fin de Tépoque chelléenne, où par conséquent il y a déjà un commencement de mé^ lange, les outils en pierre, autres que le coup de poing caractéristique, sont extrêmement rares. Les simples éclats qui ont dû se produire en abondance par la taille des grosses pièces ne sont pas même communs. Le coup de
poing, ce type chelléen, domine de beaucoup, ce qui montre bien qu'il est plus ancien et qu'il a commencé par régner en maître.
Ainsi, au musée de Saint-Germain, on voit dans les galeries 166 coups de poing ou instruments chelléens et seulement 28 autres pièces. Encore, parmi ces dernières il n'y en a que 3 ou 4 qui affectent une forme bien déterminée et qu'une seule soigneusement retouchée.
On pourra peut-être dire qu'il y a eu choix. Si nous consultons le livre d'entrée dans lequel on enregistre tout ce qui vient au musée, on voit qu'il y est arrivé 290 coups de poing et seulement 37 autres pièces, soit un peu moins de 12 pour 100.
Je suis allé deux fois à Saint-Acheul faire des achats pour le musée, j'ai recherché d'une manière toute particulière les pièces diverses. Eh bien, en regard de 176 coups de poing, je n'ai pu me procurer que 16 lames ou éclats, «oit seulement un peu plus de 9 pour 100.
M. d'Acy, le défenseur de la variabilité des instruments, a aussi fait, à Saint-Acheul, un achat pour le musée, qui ne contenait que 8 objets divers contre 42 coups de poing caractéristiques du chelléen. Il n'est donc arrivé qu'un 16 pour 100.
Ces chiffres, il me semble, sont bien concluants, pourtant voici deux faits qui le sont plus encore :
Rigollot, dans sa brochure sur Saint-Acheul, dit que, du mois d'août au mois de décembre 1855, les ouvriers ont trouvé plus de 400 coups de poing, sur lesquels 150 sont encore entre ses mains. Au contraire, il ne cite qu'un couteau ou éclat, en ajoutant : « C'est le seul de ce genre que je sache avoir été trouvé à Saint-Acheul (1). »
(1) Rigollot, Mémoire sur les instruments en silex trouvés à Saint-Acheul, 1855, p. 15 et p. 17.
M. Albert Gaudry, en septembre 1859, désireux de contrôler la découverte de Boucher de Perthes, pratiqua une fouille à Saint-Achcul . Il ne quitta pas ses ouvriers et recueillit avec soin tout ce qui se présentait à lui. Eh bien, à son grand étonnement, il ne trouva que 9 coups de poing ou instruments chelléens. « Sans doute, écrivit-il à TAcademie des sciences en racontant sa fouille, il est étrange de ne trouver d'autres traces de l'existence de l'homme que des haches toutes plus ou moins semblables (1). »
Dans ces deux cas, nous n'avons pas affaire à des ouvriers, mais à de véritables observateurs qui recherchent la vérité. Dans le second surtout nous voyons un habile naturaliste qui fouille lui-même et qui est surpris de ne trouver que des instruments chelléens. Pourtant il regardait bien, puisqu'il a recueilli des coquilles et de petits grains ronds, qui n'ont que 15 millimètres en moyenne de diamètre. Le plus petit du musée de Saint-Germain mesure 7 millimètres, le plus gros 22.
§ 10. Perles. — Ces grains en calcaires plus ou moins siliceux, assez communs à Saint-Acheul et dans d'autres gisements, souvent percés d'un trou, ont été pris par certaines personnes pour des perles ou grains de collier et par suite pour une œuvre humaine.
Ce sont tout bonnement des spongiaires pierreux de la craie, fossiles remaniés tout comme les rognons de silex. Ces spongiaires, nommés Millepora ou Tragos globularïs, sont troués naturellement, pourtant pas d'une manière uniforme et générale. De très beaux exemplaires n'ont pas de trous. Dans d'autres, le trou va jusqu'au centre et môme au delà, sans percer entièrement la pièce, et dans ce cas le trou est encore parfois rempli de la craie du gi-
(1) A. Gaudry, Contemporanéité de Vespèce humaine, brochure, 1859 ou 1861, 2" édit., p. 7. — Comptes rendus Acad, des sciences, 3 octobre 1859, p. 465.
sèment premier. Enfin, il en est où l'on voit, à la surface, les restes du canal à demi ouvert. Il n'y a rien d'humain dans ces prétendues perles.
Malgré leur petitesse, îes ouvriers en réunissent et en vendent. Ces mêmes ouvriers, à plus forte raison, auraient recueilli les silex taillés, autres que les coups de poing, s*il y en avait dans le gisement.