MAGDALÉNIEN. — FLORE ET FAUNE
§ 1 . Flore. — Les renseignements que nous possédons sur la flore magdalénienne sont malheureusement bien restreints. Ils se réduisent à peu près à la connaissance de deux ou trois mousses, provenant de Schussenried, qui,
comme nous l'avons vu, est une station tourbeuse. Ce sont:
liHypnum dïluvii de Scbimper, race ou variété de VHypnum sarmentosum^ espèce encore existante et tout à fait boréale, qu'on trouve en Suède et Norvège, surtout en Laponie, dans le Groenland et le Labrador.
Et YJBypnum aduncum, variété Groènlandicum^ dont le nom indique Thabitat polaire.
§ 2. Chéiroptères. — Les chauves-souris ou chéiroptères habitent encore de nos jours les grottes et cavernes. Elles y sont parfois si nombreuses, que leurs excréments y forment des couches d'un véritable guano recherché par les agriculteurs. Il est donc assez difficile de dired'unc manière certaine si les ossements de ces animaux qu'on rencontre sont anciens ou récents. Pourtant il paraît certain qu'il existait des chéiroptères, dans nos régions, à l'époque (juaternaire* On a cité de leurs ossements en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et en France. Ainsi on a indiqué à Bize (Aude) les Vespertilio murinus et aurùus.
§ 3. Félins. — Les ossementsde félins sont généralement peu abondants dans les alluvions et les cavernes. Ils sont en outre fort disséminés. Néanmoins, ou plutôt peut-être à cause de cette rareté et de cette dissémination, on a beaucoup multiplié les espèces. Elles peuvent se réduire à six et encore parmi ces espèces en est-il qui ne sont que de simples races, des formes de transitions ancestrales.
i*" Felïs spelxa de Goldfuss, le plus grand de tous, dépassant comme taille tous les félins actuels, intermédiaire entre le lion et le tigre, museau plus renflé que celui du lion, front large et plat, profil rappelant celui du tigre ; espèce la plus commune en Allemagne, cavernes de •Gaylenreuth, Scharsfield, Kôstritz ; Angleterre, Kirkdale, Oreston, Banwell, Kent-Hole ; Belgique, Goffontaine; France, THerm, Lombrive, Lunel- Vieil, brèche de Nice;
46i AKtiHÉOLOOlB PRÉHISTORIQUE.
Italie, Griinaldi. Ce sont là des repaires très anciens. Ce félin peut donc être considéré comme appartenant surtout au chelléen.
2^ Felisprisca^ qui n*est autre que le Felis leo ou lion ac • tuel, se rencontre déjà dans les repaires chelléens à Fouvent (Doubs), Sainte- Suzanne (Mayenne), Grimaldi (Ligurie), mais a continué d'habiter nos régions pendant les époques suivantes, jusqu'au magdalénien. Peut être considéré comme une descendance et une transformation du Felis spelœa auquel il se rattache par des intermédiaires.
3** Felis antiqud ou Felis par dus ^ généralement de grande taille, assimilable à notre léopard ou panthère. Signalé à Gaylenreuth^ Kôstritz, Liège, Sainte-Suzanne et Louverné (Mayenne), THerm, Lombrive, Nice, dans le quaternaire ancien ; s'est maintenu dans nos régions jusqu'au quaternaire récent. M. Piette l'indique de Gourdan. C'est probablement ce félin qui est figuré sur un bâton de commandement de Bruniquel, conservé au musée de Montauban.
4* Felis servaloideSy faux-serval. Le serval, Felis serval^ ou chat-tigre, comme ostéologie, est très voisin du lynx. Il en diffère surtout par la taille. Le faux-serval a été signalé dans des gisements chelléens ou moustériens anciens, entre autres à l'Herm et à Lombrive. Ne serait-ce pas tout simplement une forme ancestrale du lynx, un lynx plus grand ?
5® Felis lynx. Le lynx se rencontre fréquemment à l'époque magdalénienne. Nous pouvons le citer des Ëyzies, Gourdan, le Salève. Il existe encore en Europe, c'est le dernier représentant des grands félins dans nos pays.
6* Felis catus , chat sauvage, vivait déjà à l'époque magdalénienne et se rencontre encore dans nos forêts.
L'existence de plusieurs grands félius en Europe pendant la période chelléenne est toute naturelle, le climat
était alors beaucoup plus doux et plus chaud. Il n'en est pas de même pendant les époques suivantes, où la température s'est fortement abaissée. Le fait pourtant n'a rien de bien surprenant et nous trouvons dans la géographie zoologique actuelle des cas de distribution tout à fait analogues. Les documents historiques nous font connaître Texistence du lion en Grèce jusqu'à peu de temps avant notre ère. Eb Afrique, le lion atteint sur TAtlas des altitudes assez froides. En Asie, nous voyons le tigre et la panthère habiter TOusouri avec Tours et la zibeline. Le tigre s'avance vers le nord jusque dans la région habitée par le renne, condition tout à fait analogue à celle des époques moustérienne et magdalénienne. Pendant des hivers assez froids pour que le détroit qui sépare la Mandchourie de Tile Sakhalin soit complètement gelé, on a vu le tigre profiter de la glace pour passer du continent dans Tile à la poursuite de la faune la plus arctique.
§ 4. Canidés. — Les dépôts magdaléniens nous ont fourni trois espèces de canidés :
Canis lupus ou loup, de la taille de nos loups actuels, se rencontre à peu près partout, Aurensan, Laugerie-Basse, Gourdan, Salève, Schussenricd^ etc.^ etc.; ses caniites ont été très fréquemment percées pour servir de parure. (Voir p. 320.)
Canis vulpes ou renard ordinaire, moins commun.
Cdnis lagopus, renard bleu ou isatis, animal qui habite de nos jours les régions polaires, plus petit et plus haut sur jambes que le renard ordinaire ; il a été signalé, entre autres, au Salève et à Schussenried.
Ces trois espèces paraissent être les seules qui aient habité nos contrées à l'époque magdalénienne. Les chacals et les chiens domestiques faisaient complètement défaut. Mais on a cité dans les gisements quaternaires plus anciens quelques autres canidés qui semblent se rapprocher davan-
iage du chien domestique et qui, peut-être, seraient sa forme ancestrale ou forme sauvage. Ainsi à Gaylenreuth, dans les environs de Liège^ à Lunel-Vieil, on a signalé des débris de canidés, qui ont fait dire àPictet: « Ce qui paraît certain, c'est Texistence à l'époque diluvienne (quaternaire) d*une ou de plusieurs espèces sauvages plus voisines du chien domestique que ne le sont aujourd'hui le loup, le chacal et le renard (I). »
Parmi les os fossiles de Fouvent, se trouvant au musée de Dijon, Gervais cite deux mâchoires se rapprochant du chien. J*en ai signalé une du gisement raoustérien de la grotte de Néron, à Soyons. Enfin, M. Woldrich a cru trouver dans la grotte de Schipka, près Strambcrg (Autriche), Tancêtre du chien des tourbières ; il Ta appelé Canis Mikii. Ge ne sont là que des exceptions. Ne devons-nous pas les considérer simplement comme des modifications de passages entre les diverses espèces de canidés de nos régions?
§ 5. Hyènes. — Les ossements d'hyène sont abondants dans le quaternaire. On les a attribués à un grand nombre d'espèces, mais, après examen, il n'en reste que trois :
Hyena prisca, appelée aussi Hyena monspessulcma^ se rapporte à la Hyena striatay hyène rayée qui habite actuellement le nord et Touest de l'Afrique et s'étend jusqu'en Asie. Cette hyène existait en Europe pendant Tépoque chelléenne. C'est une des espèces qui ont émigré dans le sud, par suite du refroidissement de la température.
Hyena spelxa^ hyène des cavernes, forme ancestrale de la Hyena crocuia ou hyène tachetée du Cap, s'en distingue principalement par une taille beaucoup plus grande. Type éteint, surtout moustcrien.
(1) P.-J. PiCTET, Traité de paléontologie, i%^^, t. I«f, p. 204.
Hyena crocuta, hyène tachetée ou du Gap, qui habite tout le sud de l'Afrique et vient jusqu'en Abyssinie du côté de Test. Elle ne craint pas le froid et s'élève sur les montagnes jusqu'à 4 000 mètres d'altitude. G est l'hyène qui vivait en Europe à l'époque magdalénienne. A Laugerie- Basse, M.Massenat a recueilli un os gravé qui est rongé par rhyèn«.
§ 6. Antres earnmsaiers. — Les autres carnassiers magdaléniens sont :
Mekstaxus, blaireau, de taille ordinaire, dans plusieurs cavernes. (Voir p. 320.)
Gulo borealis ou luscusy glouton, animal relégué actuellement dans les régions polaires^ mais qui descendait naguère encore beaucoup plus bas^ a été signalé dans le magdalénien de France et d'Allemagne^ entre autres à Yilbônneur (Gharentc) et à Schussenried (Wurtemberg), était un peu plus gros que l'actuel. Depuis que j'ai donné la faune solutréenne^ page 379, j'ai reconnu le glouton dans le dépôt supérieur de Solutré.
Martes abietum^ marte commune, Aurensan, Gourdan, Salève. Celle d' Aurensan paraît un peu plus grande que l'actuelle. On a voulu rapporter celle de Gourdan à la zibeline, Martes zibellina. Bien habile qui pourrait garantir cette détermination sur de simples fragments de squelette I
Martes foina^ fouine, très difficile à différencier de la précédente.
Martes putonus y putois, assez fréquent.
Mtistelavulgaris^heleitey et Mustela herminea, hermine, difficiles à distinguer, se rencontrent aussi dans les gisements magdaléniens. A Aurensan, Ed. Lartet a signalé une mustelle plus petite que la belette.
Lutra vulgarts, loutre. Laugerie-Basse a fourni une gravure représentant une loutre qui chasse un poisson.
Ursus ferox, ours gris, paraît s'être maintenu dans le
centre de TEurope jusqu*au commencement du magdalénien. Sçhussenried.
Unus arctos, ours brun, le plus commun. Gourdan, Salève, Scé, etc.
§7. Iase«iiTorea. — Erinaceus vulgarts, hérisson, a déjà été recueilli par Schmerling dans les grottes d'Engihoul et d'Engis, mais dans le dépôt des petits ossements qui caractérisent le repaire des petits animaux carnassiers, repaire plus récent qui^ très probablement, appartient à l'époque actuelle* Se trouve engagé dans certams dépôts magdaléniens. Les débris de Gourdan appartiennent à des individus de forte taille.
SoreXj musareignes^ abondantes surtout dans les brèches qui remplissent des fentes ; n'ont pas été bien étudiées comme date et comme espèces.
Myogale ou desman. On peut lui appliquer les mêmes considérations qu'aux musareignes.
Talpaeuropxay taupe, rencontrée un peu partout depuis l'Allemagne et l'Angleterre jusqu'en Italie.
§ 8. Rongours. — Sciw^us vulgaris, écureuil commun, rencontré aux Eyzies et dans quelques autres gisements magdaléniens.
Spermophilus atillus, spermophile ordinaire ou souslik, animal très voisin de la marmotte, mais aux formes plusjégères. Signalé dans quelques brèches quaternaires, entre autres dans celle de Montmorency. Yit actuellement depuis l'est de l'Autriche et de l'Allemagne jusque dans l'Asie du Nord.
Arctomys marmotta^ marmotte. Animal de nos hautes montagnes, qui aux époques moustérienne et magdalénienne était très abondant dans nos plaines. Belgrand a reçu six têtes d'un même limon à briques près de Mantes (Seine-et-Oise). Les débris moustériens paraissent plus forts que dans la race actuelle. On en a fait V Arctomys
HOMME QUATERHAIRB. 457
pnmtgenia. Cette variété s'est prolongée jusqu'à Tépoque magdalénienne. On Ta signalé au Salève. Mais le type actuel est le plus répandu pendant la période magdalénienne. La marmotte, pendant le quaternaire, est non seulement descendue dans les plaines de France, de Suisse et d'Allemagne, mais aussi dans celles dltalie. Dans une sablière moustérienne, à Baragiola, province de Côme, sur un espace assez circonscrit, on a recueilli les os d'une trentaine d'individus de la race prtmtgenta. La marmotte a aussi été recueillie dans le Piémont, dans la caverne de Levrange (Brescia), dans les grottes dei Gotti^ aU'Onde et surtout de Parignana (Toscane).
Myoxusglù^ loir.
Myoxus nitela^ lérot.
Myoxus avellanarius ^ muscardin.
Mus musculm^ souris. Cité à Kent'sHole (Angleterre), probablement par erreur. Il y aurait confusion avec Tespèce suivante.
Mus sylvaticm, mulot.
Cricetus frumentafnus^haimsiev. Habite actuellement de ta rive droite du Rhin jusqu'à l'Obi, s'étend en Russie du 60" degré de latitude jusqu'au Caucase, ne dépasse plus les Alpes, manque en France et en Suisse, est rare dans l'Allemagne du Sud. Pourtant, M. Desnoyers l'a abondamment recueilli dans les brèches osseuses de Montmorency (Seineet* Oise), et Regnoli l'a trouvé dans la grotte de Parignana (Toscane).
Arvicolaamphibîus, rat d'eau.
Arvicola terrestrïs, campagnol terrestre ou chermaus.
Arvicolaarvah's, campagnol des champs.
Arvicola nivalis, campagnol des neiges, qui habite les Alpes et les Pyrénées, à partir d'un niveau dépassant 1 000 mètres. A été signalé dans les grottes quaternaires de Levrange (Brescia) et de Parignana (Toscane). Les dé-
4ft8 ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE.
bris fossiles de campagnols n*ont pas été suffisamment étudiés. Ils sont, du reste, très diffkiies^à déterminer, c'est généralement d*après leur grosseur qa*on les attribue à telle ou telle espèce.
Lemmus norvegtcus^ lemming. Habite actuellement les régions du nord ; pendant le quaternaire est descendu jusqu'au 48® degré de latitude. Grotte de Hôhlenstein, près d'UIm (Wurtemberg).
Castor fiber^ castor.
Lepus timidus^ lièyre commun.
LeptÂS variabiliSf lièvre blanc ou des Alpes, qui ne yit que dans les montagnes élevées et dans le nord. Plus grand et plus élancé que le lièvre ordinaire, c'est lui qui se rencontre au Salève. A Tbayngen, d'après M. Ghoffat, parmi les ossements d'animaux divers, ceux du lièvre des Alpes figurent dans la proportion de 80 pour 100. A été même signalé en Toscane, grotte de Parignana.
Lepus cuniculus, lapin. On a signalé aussi dan» le magdalénien un léporide plus petit que le lièvre. Est-ce le lapin? Question d'autant plus intéressante à résoudre que de bons auteurs prétendent que le lapin est d'introduction historique. Brun cite le lapin de Bruniquel, M. Thioly a aussi indiqué le lapin du Salève, mais ayant communiquée M. Rutimayer les ossements de ce gisement, l'habile zoologue balois n'a pas confirmé la détermination. F.-J. Pictet, dans son Traité de paléontologie, rapporte quelques oF'Sements quaternaires au lapin et parle même d'un léporide encore plus petit.
LagomySy genre qui contient cinq ou six espèces vivantes. Toutes habitent les régions de l'extrême Nord, excepté une qui vit sur les hauteurs de l'Himalaya. Pendant le quaternaire, les lagomys étaient fort répandus en Europe, surtout dans le bassin méditerranéen. Les brèches osseuses de Gibraltar, de Sardaigne, de Gorse, de Gette, les fentes
de Montmorency, les grottes d^Angleterre et d'Allemagne ont fourni des débris appartenant à plusieurs espèces qui se rapprochent plus ou moins des trois espèces vivantes Lagomys alpinuSj pusillus et ogotonna.
§ 9. Cervidés. — Ce7^vus alces, élan ; signalé dans le magdalénien de Touest de TEurope, s'est maintenu longtemps dans ces régions. Un bois d'élan a été recueilli dans une crevasse de Margéria, près Ghambéry paraissant des temps actuels. Un diplôme d'Olhon le Grand, de 943, défend la chasse de Télan dans les forêts du Bas-Rhin. Le dernier élan tué en Silésielefut en 1776. L'élan vit encore en Russie. Ses débris ont été rencontrés jusqu'en Lomhardie.
Cervus tarandus, renne. Extrêmement abondant, si abondant, que Lartet proposait de le prendre comme caractéristique et a donné au magdalénien le nom à! époque du renne» AGourdan, parmi les ossements recueillis dans les deux premiers mois des fouilles, il y avait 304 mâchoires inférieures droites et 29i gauches. M. Piette estime qu'en quatorze mois il a rencontré les ossements de plus de 3 000 individus. Cette grande abondance de débris de rennes de tout âge, de tout sexe et de toutes tailles a, dans les commencements, fait multiplier les espèces. C'est ainsi que Marcel de Serres, avec les seuls rennes de Bize, avait créé les Cervus Destremii et Reboulii ainsi que les Capreolus Lenf7*eyi et Tournalii. Le renne ne paraît pas avoir passé les Alpes et les Pyrénées. On ne le trouve ni en Italie ni en Espagne. C'est par erreur qu'il a été indiqué à Rome.
Cervus dama^ daim . Indiqué aussi par erreur de la grotte d'Arcy. Ce sont des empaumures de cornes de rennes qui ont été prises pour des empaumures de cornes de daim. Le daim^ dans nos régions, ne parait pas remonter plus haut que l'invasion romaine.
Cervus elaphus, élaphe ou cerf ordinaire. En proportion
460 ARCHÉOLOblE PRÉHISTORIQUE.
très variable. Ainsi auxEyzies, où le renne est très nombreux, le cerf est très rare ;• à Massât^ ils sont tous les deux communs ; à Aurensan, le cerf est plus abondant que le renne ; cette différence est peut-être encore plus sensible à Lorthet.
CerviÂS canadensîs, wapiti ou cerf du Canada. C'est un éiaphe de très grande taille. Il vit encore dans le nord de TAmérique. Il a été recueilli entre autres auSalèvc.
Cervuscapreolus^ chevreuil. A été cité d'Aurensan, gisement où, comme je viens de le dire, le renne devient rare. Cité aussi dltalie, ce qui est tout naturel.
§ 10. AairesrnmiiiftBis. — Cervicapra saïga ou Saïga tartaricay saïga, animal qui vit actuellement en Russie, surtout dans la Russie d*Asie. Etait assez répandu en France, à Tépoque magdalénienne. Ses ossements ont été recueillis à Yilhonneur, à Laugerie-Basse, à Bruniquel, à Gourdan, etc. Cette dernière localité a même fourni une gravure qui représente parfaitement cet animal {Mtisée préhistorique^ n® 208).
Antilope rupicapra ou Bupicapra europœa, chamois, izard des Pyrénées. Vivant sur les sommets des Alpes, des Pyrénées et des Apennins. Habitait les plaines pendant le magdalénien. Alluvions de la Tour de Roulade, près Issoire (Puy-de-Dôme); stations des Eyzies, Laugerie- Basse, Aurensan, Rruniquel, Gourdan, Massât, Bize, Salève. Très bien figuré en troupeau, sur un os gravé do Gourdan. Descendait aussi dans la plaine en Italie ; rencontré dans la grotte de Parignana (Toscane). Manque en Angleterre.
Capra ibex ou Ibex alpinus, bouquetin. Espèce qui s'éteint. Il n'en existe plus que quelques rares individus sur les hautes sommités du val d'Aoste, Alpes piémon taises. Grotte des Fées à Marcamps (Gironde), Eyzies, Laugerie- Basse, Bruniquel, Aurensan, Gourdan, Massât, Salcve.
Laugerie-Basse a fourni plusieurs gravures représentant cet animal {Musée pré historique y n® 207). Comme le chamois, il manque en Angleterre, mais se trouve en Italie : non seulement il est abondant dans la grotte de Levrange, province de Brescia, qui se relie aux Alpes, mais on en a aussi rencontré un crâne dans la grotte de Gampagna, Principauté Gitérieure (Napolitain).
Capra egagrus, égagre ou chèvre à bézoard, qui habite le Caucase^ le Taurus, les montagnes de l'Arménie et de la Perse et vient jusque dans l'île de Grète. Se serait, paraît-il, prolongé bien plus à Touest pendant le map^dalénien. Gervais la cite de la grotte de la Roque (Hérault) et des Baoussé-Roussés et lui donne le nom de Capra prirnigenia, parce qu'il a remarqué quelques légères modifications de forme.
Ovibos moschatus, bœuf musqué, indiqué comme magdalénien en Allemagne.
Bas priscus ou Bison europœus, aurochs, vit encore, mais un peu dégénéré, en Lithuânie.
Bos ou Taurus primige^iius^ urus, s'est éteint seulement au moyen âge. Ges deux grandes espèces, très abondantes à l'époque magdalénienne, ont été très bien Ogurées à Laugerie-Basse [Musée préhistorique^ n*** 203 et 195).
Un autre bovidé de la taille de nos bœufs actuels, est associé aux deux précédents, mais moins commun. Les Anglais Tont nommé : Bos longifrons. On Ta recueilli à Sordes, Gourdan, Pont du Gard, Salève, Schussenried. Dans cette dernière station, il parait même plus petit que nos bœufs ordinaires.
§ tl. Proboseldicns ec paehydermeB. — Etephasprimigem'us, mammouth. On en a trouvé des débris dans diverses stations, comme Ghaleux (Belgique), les Eyzies, Lau gerie-Basse, Gourdan, la grotte du Mammouth (Pologne) ; et ce qui est encore plus concluant, des représen-
46S ARCHÉOLOOIE PRÉH18TORI0UE.
talions à la Madeleine et à Bruniquel {Musée préhisto^ rijMe,n«M96, 2!!,2I2).
Equus cabailtis, cheval. Moins abondant |)ue dans les gisements solutréens, se trouve pourtant à peu près partout, France, Belgique, Angleterre, Suisse, Allemagne, plaines et montagnes. Très bien et très fréquemment figuré {Muséepréhistorique, n'» 192, 198).
Equus astnus, âne. Les chevaux magdaléniens varient de taille. On en a cité d'assez petits qu'on a parfois désignés comme étant des ânes. Sont-ce bien de)véritables ânes ou simplement des poneys.? Une sculpture de Laugerie- Basse représente une tète d'équidé avec d'assez longues oreilles. C'est tout ce que je puis dire.
Sus scrofa , sanglier. La Madeleine, Gourdan, Aurensan, etc., pas commun.
§ t2. Oiseaux. — Je ne donnerai pas la liste complète des oiseaux, je me contenterai d'indiquer les plus caractéristiques :
Nyctea nwea, harfang; chouette de la taille du grandduc^ qui habite le nord de l'Europe, signalée dans diverses stations magdaléniennes de France et de Belgique, entre autres auxEyzies, la Madeleine, Bruniquel, Gourdan, Massât. Gomme le renne, n'a laissé aucune trace ni en Espagne ni en Italie.
Pyrrhocorax alpinus, chocard des Alpes, qui se trouve encore dans nos montagnes, mais qui habitait nos plaines à l'époque de la Madeleine : Excideuil,Eyzies, Bruniquel, Massât, Gourdan, Lourdes, Aurensan.
Tetrao lagopus, lagopède ou perdrix blanche^ commune sur nos hautes montagnes, descendait jusqu'à leur base. Signalé aux Eyzies, la Madeleine, Massât, Gourdan, Lourdes, Aurensan, Salève, Scé.
Tetrao urogallus, grand coq de bruyère, très rare sur nos sommets, habite le nord de l'Europe et de l'Asie. Ren«-
contré dans les grottes de Belgique, à Lacombe et Bruni* quel.
Tetrao tetrix^ petit coq de bruyère ou tétras à queue fourchue, autre habitant du Nord, moins rare que le précédent sur nos sommets. Massât.
Tetrao albus ou saiicett, tétras des saules. Il a entièrement quitté nos régions pour aller dans le Nord. A Tépo* que magdalénienne, était abondant même dans le midi de la France; Eyzies^ la Madeleine, Bruniquel, Gourdan, Lourdes.
§ 13« Coup d'œil général iinr les mammifères. —
Ainsi que nous venons de le voir, on a constaté, dans l'ouest de TEurope centrale, — France, Suisse, Wurtemberg et Belgique, — les chauves-souris écartées, 59 es* pèces ou types de mammifères terrestres magdaléniens. Us se décomposent de la manière suivante :
Espèces ou types éteints. 4
Espèces vivant encore dans la région 31
Espèces actuelles, douteuses au magdalénien . . 3
Espèces ayant émigré vers le Sud 3
Espèces ayant émigré sur les montagnes 5
Espèces ayant émigré vers le Nord 13
Total 59
Les types éteints sont le mammouth, éléphant des rér gions froides; la grande marmotte ; la Capra primtgenia, espèce douteuse, et Turus, qui n'a disparu que vers le milieu de notre ère.
Les trois types actuels dont Texistence, bien que signalée^ est douteuse à Tépoque magdalénienne, sont : le lapin, le daim etTâne.
Les trois types émigrés vers le Sud sont : le lion, le léopard et rhyène tachetée ; ces trois espèces, bien que des pays chauds, ne craignent pas le froid. On voit le lion et
l'hyène tachetée s élever à de grandes altitudes, dans l'Atlas et les montagnes de TAbyssinie. Quant au léopard en Asie, il remonte jusque vers les climats polaires.
Parmi les types émigrés vers le Nord, au nombre de treize, s'il e.n est quelques-uns, comme le hamster, le speiv mophile^ Taurochs, Télan, qui sont dans des conditions climatériques peu différentes des nôtres et qui ont pu être repoussés par Thomme, il en est d'autres qui sont allés rechercher d'eux-mêmes des climats beaucoup plus froids. C'est la majeure partie. On peut citer le renard bleu, le glouton, Tours gris, le lemming, le bœuf musqué, le saïga, le cerf du Canada et le renne.
Les cinq types qui se sont retirés surles montagnes, recherchent aussi la température froide. Ce sont : la marmotte, le campagnol des neiges, le lièvre des Alpes, le bouquetin et le chamois.
§ 14. Tempéraiare. — La faune et la flore de Tépoque magdalénienne permettent d'apprécier assez exactement la température qu'il faisait alors.
Parmi les oiseaux, nous avons trouvé dans les stations des parties basses du midi de la France le chocard, qui habite maintenant les Alpes et les Pyrénées. Nous y avons aussi rencontré le lagopède, le grand et le petit coq de bruyère, autres habitants de nos sommets les plus élevés, qui fréquentent bien plus encore les régions froides du Nord. Enfin deux oiseaux tout à fait confinés dans ces régions, la chouette harfang et le tétras des saules, sont très répandus dans nos stations magdaléniennes. Nous devons en conclure qu'à cette époque le climat de nos plaines était analogue à celui du sommet de nos montagnes neigeuses et des régions du nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique.
Cette conclusion est fortement corroborée par l'étude des mammifères, puisque, sur 55 espèces ou types vivants, 5 ont émigré sur les montagnes et 13 vers le Nord.
Quelques personnes ont prétendu que ces émigrations n*avaient pas pour cause une modification dans le climat, mais bien l'influence humaine qui forçait certains animaux à se retirer vers des régions moins habitées. G*est, disent-elles, le gibier qui fuit devant le chasseur. Fausse interprétation. Pour le démontrer, il suffira d'étudier les mœurs du renne et du chamois, qui, tous les deux, étaient si abondants dans les parties basses de la France à Tépoque de la Madeleine.
Le chamois, qui prospère sur les hautes montagnes des deux départements de la Savoie, ne peut pas vivre même dans les parties basses du pays. C'est en vain qu'on a essayé de Tacclimater à Ghambéry et à Lamolte, 4*^30 mètres d'altitude, et à Annecy, à 450 mètres. Laissés en liberté dans des clos et de grands parcs, ils périssent en peu d'années et ne reproduisent pas. C'est donc bien par choix*et par convenance climatérique qu'ils habitent maintenant les sommets neigeux et froids des hautes montagnes.
On peut en dire autant du renne. Cet animal a essentiellement besoin du climat polaire. La preuve, c'est qu'il ne se reproduit pas même à Stockholm et à Pétersbourg. S'il était très abondant dans les plaines de France à l'époque magdalénienne, c'est qu'à cette époque la France subissait un climat se rapprochant du climat polaire.
La flore confirme pleinement ces déductions. La station magdalénienne de Schussenried a fourni des mousses analogues à celles de la Laponie, du Groenland et du Labrador. Leur émigration n'est certainement pas le fait de l'homme. Elle ne peut être que le résultat d'un changement de température.
L'époque magdalénienne était donc très froide •
Pouvons-nous apprécier à peu près quel était le degré de froid?
Oui, par comparaison.
466 ARCBÉOLOÛIË PRÉHISTORIQUE.
Dans la région du fleuve Amour, entre 45 degrés, c'està-dire la latitude de Ferrare, Turin , Périgueux, Bordeaux, et55, base de la Suède, von Schrenck a signalé 58 espèces de mammifères donl 44 sont identiques à celles d'Europe. De plus, on peut constater là un mélange tout à fait analogue à celui que nous avons observé en France à Tépoque magdalénienne. Le tigre et la panthère y viennent même en hiver et dévorent des rennes, des renards bleus, des lagomys, ainsi que d'autres animaux polaires, semblables à ceux constatés en France. Le climat qui permet ce mélange est très froid. Ainsi à Vladivestok,dans la partie méridionale de la Mandcfaourie russe, port de mer situé par 43 degrés, c'està-dire à peu près à la latitude de Marseille, la température moyenne n'est que de 4^,1, tandis qu'à Marseille elle est actuellement de 14^,36. Ces régions subissent de grandes variations de température. « 11 n'est pas rare, dit M. Elisée Reclus {\ ), dans le bassin de l'Amour, de voir le thermomètre indiquer en hiver — 40 degi*és, et l'on a même observé à l'usine de Nertchinsk des froids de — 45 degrés. En revanche les chaleurs de Tété sont presque torrides ; même au bord de la mer, dans le port d'Olga, la température s'élève à plus de 36 degrés. »
En était-il de même en France à l'époque magdalénienne? C'est très probable. Puisqu'il y a simititude dans le. mélange des animaux des régions froides et chaudes^ il doit aussi y avoir eu similitude dans les conditions climalériques. Ce qui appuie cette manière devoir, c'est que malgré le froid, les glaciers de nos régions, loin d'augmenter pendant Pépoque de la Madeleine, ont au contraire continué à diminuer. Ils ont entièrement disparu dans les Vosges, le Gantai^ le mont d'Or^ etc., et ils se sont retirés sur
(1) Elisée 1 Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. VI, Asie russe, 188i^ p. 832.
les sommets des Alpes et des Pyrénées. Dans la région de TAmour on ne cite pas de glacier. Gela tient à ce que le froid est très sec, ce qui ne donne presque pas de neige et dès lors les grandes chaleurs sont plus que suf&santes pour faire fondre Tété le peu qui en est tombé l'hiver.
En résumé, la température de la France, Suisse et Belgique, à l'époque magdalénienne devait être en moyenne de 8 à 10 degrés plus basse que celle de nos jours. C'est ce qui a poussé l'homme à rechercher comme habitation les grottes et les abris.
Les températures extrêmes étaient beaucoup plus fortes qu'actuellement, ce qui déterminait dans la faune de nom» breuses et grandes migrations estivales et hivernales.
L'air était très sec> ce qui empêchait les glaciers de 8*étendre, comme à l'époque moustérienne, époque pourtant moins froide. Les glaciers ont même subi de grands retraits pendant le magdalénien.
Au-delà des Pyrénées et des Alpes, en Espagne et en Italie, le cHmat^ bien que moins chaud qu'actuellement, n'était pas polaire comme sur le versant nord ; aussi renne, gloulon et harfang n'ont pas dépassé ces chaînes de montagnes. C'est aussi pour cela que l'homme nMigdalénien n'a pas recherché les grottes comme habitation en Espagne et surtout en Italie.
L'absence du chamois et du bouquetin en Angleterre nous montre que la séparation de la Grande-Bretagne et du continent existait à Pépoque magdalénienne.