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Désignation des roches.. <» tj -g
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Silex 212 100
Roches quartzeuses. . . 1 —
Grès 12 2
Roches dioritiques.. .. — 3
Roches granitiques. ... 1 —
Roches porphyriques. — —
Fibrolite — —
Jade et jadéite 9 2
Roches serpeniineuses. 8 —
Roches jaspoïdes 1 —
Roches diverses. 2 5
Totaux 246 112
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La première qualité d'une pierre pour faire une bonne hache est d'avoir le grain assez fin pour pouvoir prendre un beau poli et par suite acquérir un tranchant très vif. A cette quahté industrielle, il faut joindre trois qualités physiques: la dureté, la ténacité et la densité. Si la pierren'est pas dure,
SIS ARCHËOLOOIE PRÉfllSTORIOUE.
elle aura beau prendre un magniQque poli, le tranchant s'émoussera très vile et l'outil ne vaudra rien. C'est le cas du calcaire, du marbre. La ténacité est la force de résistance à )a cassure. Un corps peut être extrêmement dur et en même temps Tort cassant, tel est le diamant. Il faut donc que la ténacité soit jointe à la dureté pour faire une bonne hache polie. Il faut aussi la densité ou le poids le plus fort possible sous un infime volume. La densité entraine généralement la compacité, excellente condition pour le poli et la vivacité du ti'ancbant. En outre, le plus grand poids sous le moindre volume possible est une excellente condition pour le maniement de Toutil,
Les meilleures pierres pour la confection des haches et autres outils polis sont celles qui appartiennent à la famille des jades : jades proprement dits, chloi'ométanites, jadéites et néphrites. On peut y joindre une espèce voisine, la saussurite. Viennent ensuite les librolites. Malheureusement ces pierres sont toujours rares , et eicep lionne II es, 'si'iei ' «n'ieiw fou^'i Se ^* deuï pierres les plus employées Il ïiik d'Oriémis (Loi- sont Ic sîlex et la diorite. ™' '■ Le silex se taille très facilement,
est fort dur, prend un beau poli et donne des tranchants extrêmement vifs. Il est cassant, mais l'ensemble de ses qualités l'emporte sur ce défaut; aussi a-t-il été grandement utilisé.
La diorite, — ou, pour parler plus exactement, la famille des roches dioritiques, aphaaite, diorite proprement dite,
amphibolite, — est après le silex la roche la plus utilisée. Ses gisements sont fort répandus. £lle est très dure, très tenace, ce qur fait qu'elle ne se brise pas si facilement que le silex^ mais elle se taille plus difficilement. Elle prend aussi un tranchant moins vif.
On peut dire que ces deux pierres, par leur abondance, fournissent la grande majorité des haches polies d'Europe.
Dans chaque région, en fait de haches, c'est toujours la meilleure pierre utilisable de l'endroit qui prédomine. Dans Seine-et-Marne et dans l'Aisne, régions siliceuses, il n'y a presque que des haches en silex. Dans laLoire-Inférieureau contraire, région dioritique, les haches sont en diorite. Dans l'emploi des meilleures pierres, comme la fibrolite, les variétés se localisent aussi. C'est ainsi que les haches en fibrolite grenue se sont surtout répandues en Bretagne, tandis que dans l'Auvergne et le bassin du Rhône, se trouvent des haches en fibrolite fibreuse. Les variétés de jadéites sont aussi localisées. C'est ce qui me fait dire que cette pierre est de nos pays, bien qu'on ne connaisse pas encore ses gisements.
Dans le bassin de la Seine, où la généralité des haches est en silex marin de la craie, on rencontre aussi quelques haches en silex d'eau douce et en grès lustré tertiaires.
Dans l'Yonne et la Côte-d'Or, on rencontre quelques rares haches en calcaire siliceux. On cite aussi dans l'Yonne une hache en granité du Morvan.
L'Auvergne volcanique fournit des haches en basalte.
Dans la région des Pyrénées, les haches sont en pierres de cette chaîne de montagnes, parmi lesquelles on remarque les ophites.
Dans la basse vallée du Rhône, les haches sont généralement petites, en roches éruptives des Alpes, à pâte de jadéite et contenant souvent de petits grenats.
Ht ARCHËOLOOIE PnÉHISTORlODE.
Près de Belfort, au fort de Roppe, on trouve des haches en trapp de la localité.
Les faacbes des patafittes de la Suisse sont généralement en roches très variées des Alpes centrales. On y remarque surtout les diorites, les serpentines |et les saussurites.
En Corse, même dans Ja région granitique de l'Ouest, la plupart des haches sont en serpentine, roche de la région de l'Est.
En résumé, dans chaque région, Fig. 5». Hscho polie eu ro- la grande généralité des haches pomeot dô vwose. i/i gri ''^' ^'^ *" pierres locales. Il y a pourtant toujours quelques échantillons en roches étrangères. Ces échantillons sporadiques sont habituellement en pierres de premières qualités, en roches les plus favorables.
§ 7. Fvrntes des haekea psiles. — Les haches polies varient beaucoup de formes et de dimensions, suivant les roches employées, suivant les pays, et, dans le même pays, avec la même matière, d'après le caprice de l'ouvrier {Musée préhistorique, pi. XLIX et L).
Comme dimensions, la plus grande connue, je crois, est une l|acbe en pierre schisteuse, rencontrée dans le dolmen du Mané-Er-H'oeck, à Locmariaker(Morbihanj. Elle a presque un demi-mètre de longueur, exactement 468 milhmèli-es. Les dolmens du Morbihan ont donné de belles séries de haches en jadéite, variant comme dimensions entre 377 et 32 millimètres.
Si, des haches funéraires, nous passons aux haches usuelles, nous les voyons, comme longueur, varier :
En France, haches en silei de 314 à 39 milhmètres ; haches en diorite de 297 à 29 millimètres. La plus courte
hache du musée de Saint-Germain n'a même que 23 millimètres de longueur. Elle est en jadéite.
En Danemark, les haches polies en silex sont souvent plus grandes qu'en France ; elles varient entre 340 et 67 millimètres de longueur.
Dans les palafittes de la Suisse, les grandes haches atteignent 220 millimètres, jade, 209, euphotide, 204, serpentine ; tandis que les petites n'ont que 33, 29 et 27 millimètres. Ces haches courtes sont surtout en jade, jadéile et saussurite.
Gomme largeur, les haches en pierre varient aussi beaucoup. Presque constamment elles sont plus longues que larges, pourtant, surtout dans les petites, il en est de plus larges que longues. Ainsi les deux plus petits échantillons du musée de Saint-Germain mesurent :
L'un : longueur, 25 millimètres ; largeur, 16 millimètres {Musée, n° 436) ; l'autre : longueur, 23 millimètres ; largeur, 24.
La plus grande largeur atteint 162 millimètres, dans une hache du département de l'Aude, qui n'a que 238 millimètres de long. Les haches du Morbihan beaucoup plus longues sont moins larges. La plus large n'a que 106 millimètres.
Ces diverses mensurations montrent que les haches polies varient beaucoup de forme. Les unes sont étroites et allongées, les autres élargies et courtes [Musée préhistorique, n^* 467 et 459). Il y en a aussi de fort épaisses et de très minces. L'extrême de l'épaisseur aboutit au boudin ou bourrelet (n*^ 446), l'extrême de la minceur à la plaquette (n® 447). Gomme formes générales il y en a de cylindriques, de quadrilatérales et surtout de triangulaires. Quelques-unes sont irrégulières, étant faites avec des cailloux naturels qu'on a simplement aiguisés au tranchant (n° 445), ou étant composées de pierres de qualité
supérieure qu'on a utilisées et coupées sans eu perdre un morceau (n' 437).
Dans les plaquettes, les bords sont presque aigus. Mais en général ils sont plus ou moins arrondis. Il arrive aussi parfois qu'ils sont coupés franc, on dit alors que les bords sont équarfns.
Dans les haches cylindriques ou en bourrelet, la coupe au milieu décrit un cerele. Mais le cercle parfait est une rare exception. Cette coupe forme généralement un ovale, allant depuis Tovale presque rond jusqu'à Tovale le plus étroit et le plus allongé. Les haches à bords équarris donnent comme coupe un rectangle plus ou moins long [Musée préhistorique^ n"* 446 à 448)*
Le plus souvent le sommet est peu régulier. Pourtant parfois il est parfaitement arrondi, ou soigneusement allongé en dos d'âne. Parfois aussi il est coupé franc et équarri (n® 453). Ces sommets équarris sont très fréquents en Scandinavie ; ils y sont souvent carrés. Les sommets sont généralement plus ou moins pointus. Il y a même une série de haches en bourrelet, à tranchant très étroit et très arqué, en roches difficiles à déterminer, qui ont des sommets très pointus. On en trouve de disséminées dans diverses collections, sans provenance certaine. Je n'en connaiis d'authentiques de ce type que des Canaries et de l'Amérique centrale. Il est donc très probable qu*elles ne sont pas européennes, mais bien américaines {Musée préhistorique, n° 466).
Dans l'ouest de la France, Morbihan, Loire-Inférieure et Vendée, on trouve des haches en diorite avec le sommet renflé, c'est ce qu'on a appelé haches à bouton (no 463). Enfin on a rapporté du Cambodge des haches dont la moitié supérieure se rétrécit et forme comme une soie rectangulaire (n® 465).
La base ou tranchant des haches polies décrit toujours
un arc de cercle plus ou moins ouvert. En terme général on peut dire que c'est vers cet arc que la hache a sa plus grande largeur. Pourtant on remarque quelques exceptions. Il est des pièces qui se rétrécissent vers la base. Le centre de l'arc décrit par le tranchant concorde habituellement avec l'axe longitudinal de Tinstrument. Pourtant certaines haches ont le tranchant oblique, soit que la chose ait été exécutée intentionnellement, soit, ce qui est plus fréquent, qu'il ait fallu faire disparaître un défaut ou une ébréchure latérale.
Sur les faces on remarque souvent un aplatissement triangulaire, à angles arrondis qui, partant du tranchant comme base, a son sommet dans Taxe médian de la face {Musée préhistorïqtœ, n" 423). C'est la trace de polissages subséquents qui ont eu lieu par suite de l'emploi de Toutil et de l'usure du tranchant.
Les sommets et les milieux sont souvent piqués pour faciliter l'emmanchement (n** 429 et 460). Les faces sont parfois percées vers le sommet (n®* 462 et 622). On peut aussi citer des faces ocnées, soit d'une légère carène ou côte médiane longitudinale (n^ 460), soit d'une triple carène rayonnant du milieu (n"* 464), soit enfin d'un sillon longitudinal donnant à la hache l'aspect d'une double gouge.
§ 8, Emmaiiehiires des haehes. — Les très grandes haches ne devaient pas être emmanchées, elles ont des dimensions trop fortes et sont trop lourdes. On les maniait directement à la main. Ce qui le prouve bien, c'est que ces grandes pièces, quand elles ne sont pas funéraires, ont assez souvent un double tranchant. On utilisait alternativement Tun et l'autre bout.
Les haches moyennes étaient fixées directement à un manche en bois, en forme de massue. En effet, pour que la hache puisse traverser le bois sans trop l'affaiblir, il fallait qu^il soit très renflé au sommet. Lespalafittes de la
Suisse ont fourni plusieurs de ces manches portant encore la hache en pierre {Musée préhistorique, n"* 430, 440). On en a aussi trouvé en Angleterre (n° 441). Assez souvent on rencontre des haches portant des traces du manche, différence de teinte dans la patine, légers dépôts et même piquage de la pierre (n^* 428, 429). Il faut faire grande attention à ces traces diverses quand on trouve des haches.
Les haches plus petites ont été emmanchées soit directement dans des bases de corne de cerf avec andouiller servant de manche, comme on en a trouvé à Concise (Suisse) (n*^ 438), à Luxé (Charente), àRoccasecca (Italie) ; soit dans des manches en bois avec interposition de gaines en corne de cerf.
Ces gaines sont de deux types très différents.
Les gaines du premier type sont courtes. Elles se terminent par un talon, généralement quadrangulaire, paùfois bifide, qui entre dans le bois du manche. Ce sont les gaines à talon. {Musée, n°» 434 à 436 et 443).
Celles du second type sont plus longues. Elles ont dans leur milieu un trou assez large pour laisser passer le manche. Ce sont les ^ame^ à trou {Musée, n^* 431 à 433 et 444).
Ainsi les gaines à talon entrent dans le manche et c'est au contraire le manche qui traverse les gaines à trou.
Ces deux types ont une distribution particulière. Les gaines à talon régnent en maîtresses en Suisse. Lespalafittes de ce pays en ont livré un nombre fort considérable. Ce sont elles aussi qu'on trouve dans les palafittes de la rive française du lac de Genève et dans la palafitte de Saint- Claude (Jura). La station terrestre du camp de Chassey (Saône-et-Loire) et les berges de la Saône (Ain), n'en ont pas donné d'autres. On les a- retrouvées jusque dans la grotte du Pontil {(Hérault) ; Boucher de Perthes
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en a donné trois au musée de Saint-Germaiu, comme des
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environs d'Àbbeville (I
le), mais elles sont douteuses.
Sauf lei trois échantillons douteux de Boucher de
Perthes, on ne trouve que des gaines à trou; dans la Haute-Saône 1, Ardennes 2, Nord 2, Pas-de-Calais 2, Somme i6, Oise 3, Aisne 5, Marne 24, Seine-et-Marne 4, Seine 2, Seine-et-Oise 6, Eure 4, Maine-et-Loire 2, Loire- Inférieure 2, Vienne i, Belgique 1, Angleterre 1. Sur ces 78 gaines à trou, il en est quelques-unes qui sont en os au lieu d'être en corne de cerf.
§ 9. HerminelteB. — Les herminettes sont très voisines des haches; si voisines qu'on les a souvent confondues ensemble. La hache a les deux faces du tranchant tout à fait semblables, dans Therminette, au contraire, ces faces sont différentes. Généralement, il y en a une parfaitement plate, l'autre étant plus ou moins bombée et courbe. Il est pourtant une autre variété d*herminette qu'il est important de signaler. Les deux faces sont plates, mais Tinférieure est en retrait sous la supérieure et reliée à elle par un petit plan oblique. C'est ce qu'on nomme les herminettes à biseau (Musée préhistm^ique, n- 468 à 473).
Les herminettes à face inférieure plate et à dos bombé sont surtout françaises, suisses et même espagnoles. Ce qui a été dit des haches s'applique à elles en grande partie .
Les herminettes à biseau se rencontrent en Portugal. Elles sont souvent arquées dans leur longueur. C'est pourtant la Finlande qui est leur pays par excellence. De là elles descendent dans la Grande-Russie, en se modifiant un peu. Parfois le biseau du bas n'existe plus, c'est le poli général qui forme le tranchant, une face de l'outil étant verticale et l'autre oblique. Dans le gouvernement d'Olonetz les herminettes varient entre 33 et 240 millimètres de longueur.
40. § Goiijcc»s. — Les herminettes à dos bombé passent aux gouges. La Hongrie nous fournit des échantillons de
passage [Musée préhistorique^ n** 474). En eïfet, la gouge n'est autre chose qu'une herminette dont la face plane est plus ou moins creusée [Mvsée^ n°* 477 à 479). Les gouges sont rares en France et en Suisse, où les herminettes sont assez communes. Au contraire, en Scandinavie^ surtout en Danemark, où les herminettes paraissent faire défaut, les gouges sont nombreuses et fort belles. Il y en a de très profondément creusées. En Scandinavie, les gouges comme les haches sont en silex.
En Finlande, où les herminettes à biseau sont communes il y a pourtant aussi quelques gouges. Le tout est en une roche brune schistoïde. Un échantillon curieux a été recueilli dans le gouvernement d'Abo-Bjorneborg : c'est une plaque de cette roche schistoïde avec u(i tranchant d'herminette à biseau, et même double biseau, à l'une des extrémités et une belle gouge à l'autre, en sens inverse {Musée, no 476).
§11. Ciseaux en pierre. — Le ciseau, outil étroit, plus ou moins long, tranchant par un bout, oulil bien simple, n'a pourtant fait son apparition qu'à l'époque robenhausienne. Les ciseaux en pierre sont fort répandus dans le nord de l'Europe. En Scandinavie, où ils sont les plus communs, ils varient peu de forme. Ce sont des prismes de silex rectangulaires longs et étroits, à sommet équarri^ souvent entièrement polis, mais qu'on utilisait déjà fréquemment à l'état d'ébauche simplement taillée et finement retouchée {Musée préhistorique, n** 480 à 483).
En France et en Suisse, les ciseaux prismatiques sont rares. Généralement ces outils affectent la forme de longs bourrelets ou boudins à coupe transversale se rapprochant du cercle. Quelques-uns sont aplatis {Musée, n''*484à 487). Leur composition comme roche varie beaucoup. Il y en a en silex, en diorite, en fibrolite, en jadéite, etc. On en signale du Pas-de-Calais, de l'Oise, de Seine-et-Oise,
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de l'Eure, de la Vendée, du Puy-de-Dôme, de Vauduse. Les palafittes suisses en ont fourni plusieurs. lis sont rares en Angleterre, et^ dans ce pays, intermédiaires entre les rectangulaires du Danemark et les arrondis de France.
§ 12. C»s8e-téte. — En fait d'instruments en pierre polie, il ne reste plus qu'à parler des casse-tête. Ce ne sont plus des outils, mais bien des armes^et, comme armes, ils affectent des formes beaucoup plus variées. Aussi, avant la publication du Musée préhistorique^ leur donnait-on les noms les plus divers. On les appelait, suivant leur disposition, disques, pics, marteaux, haches bi-pennes, haches-marteaux, marteaux-pics, etc. En effet, il y en a de complètement discoïdes, de pointus aux deux bouts, de plats ou arrondis aux deux extrémités, de munis de deux tranchants, de tranchant d'un côté et plat de l'autre, etc. Le caractère commun est d'être percé vers le milieu d'un large trou dans lequel on peut fixer un manche {Musée préhistorique^ pi. LUI et LIV).
La meilleure preuve que ces instruments ne sont pas des outils, c'est que les taillants ne sont pas affûtés. La nature tendre et souvent fort grenue de la pierre montre qu'elle ne devait pas avoir de tranchant. En outre, on a gravé parfois des ornements sur les extrémités, ce qui prouve qu'elles n'étaient pas destinées à couper. Ces instruments sont généralement en roches tendres, mais fort tenaces et très denses, quahtés excellentes pour des casse- tête. Les casse-tête, peu nombreux en Italie, y sont presque toujours en roches de la localité où on les trouve: aphanite, diorite-pophyroïde, granit blanc à mica noir, euphotide, porphyre. Le même fait se présente souvent en France. Silex dans le bassin de la Seine, mélaphyre des Vosges dans la Haute-Saône, granit dans le Morbihan, protogine dans la Haute-Savoie, trachyte et roches porphyroïdes dans le Cantal. Les palafittes de la Suisse nous
offrent beaucoup de casse-tête, ébauchés ou brisés, en serpentine. En Scandinavie, la presque totalité des cassetête est en roche trapéenne. Ils ont généralement un tranchant d'un côté et un dos arrondi de Fautre {Musée^ n® 502). Le trou, au lieu de se trouver au centre de la pièce, est pratiqué tout près du dos, de sorte que la pièce n^est pas équilibrée. On a recueilli quelques rares exemplaires de ces casse-tête de forme et de roche Scandinaves, sur les côtes de France, Normandie, Morbihan, Loire- Inférieure.
Une roche très recherchée pour la confection des cassetête est un talschiste amphibolique. Au milieu d'une pâte grise de talc fort tendre, se taillant par conséquent très
Fig. 62. Casse-tête naviforme. en roche talqueuse, tourbière de Saint-Joachia
(Loire-Inférieuro». 1/3 gr.
facilement, il y a de nombreux cristaux fibreux d'amphibole noire, qui donnent à cette pâte une grande ténacité et solidité. Ces cristaux se détachent en points noirs sur le fond gris. Ces casse-tête sont habituellement taillés d'une manière très élégante, en forme de nacelle, aussi a-t-on, appliqué à ces sommets de casse-tête l'épithète de navîformes {Musée, n° 517). On en a trouvé dans la Haute- Marne, l'Aube, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, la Seine, les Côtes-du-Nord, le Morbihan, la Loire-Inférieure, le Loiret. On en a aussi rencontré dans le Hanovre et le Danemark.
A part ces quelques cas de dissémination, on peut dire que chaque région a ses formes particulières. Il serait
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trop long de les décrire ; je ne puis que renvoyer aux collections et aux monographies locales.
§ 13. PereemeMi des troas. — Une question se rattachant aux sommets de casse-téte, question qui a beaucoup préoccupé certains paléoethnologues, est celle du mode de percement des larges trous de ces armes. Je de- Trais dire des modes de percement, car divers procédés ont été mis en usage.
Lorsqu^on a utilisé le silex, on s*est servi d'un trou déjà existant, se contentant de régulariser au moyen d'une série de petites percussions l'ouverture naturelle. Lorsque le morceau de silex naturellement troué était large, on le taillait en disque; lorsqu'il était allongé, on en faisait un double ])ic. Des pics de ce genre ont été trouvés aux environs de Paris et d'Abbeville {Musée préhistorique^ n«oOO), Quant aux disques (n° 499), on en connaît de Seine-et- Oise et de l'Yonne.
Pour ce qui concerne les trous percés à travers les autres roches, ils ont été faits au moyen de deux procédés différents, dont le principe est pourtant le même. Ce principe est l'usure de la roche par l'intervention du sable et de l'eau. Le procédé ne diffère que par l'emploi de l'intermédiaire qui détermine l'action du sable mouillé. Le plus grossier de ces procédés consiste à faire tourner un corps pointu sur le point qu'on veut percer en interposant constamment entre ce corps et la pierre du sable fin et de Tcau. Le corps qu'on fait tourner n'a pas besoin d'être dur, ce peut être un simple morceau de bois. Le bois même a l'avantage de saisir le sable entre ses fibres et de l'entraîner, ce qui augmente l'action de rodage. Pour commencer l'opération, on prépare au point désigné un petit godet par percussion. Pour l'activer, on pratique lerodage successivement de chaque côté. 11 se forme ainsi deux cônes creux qui convergent Tun vers l'autre et qui finissent par se
joindre par leur sommet. On n*a jplus alors qu'à régulariser le trou. Des pièces inachevées ou cassées pendant l'opération {âîuséCy n°" 502, 503) nous ont révélé tous les détails du procédé. Mais comme il faut, par le rodage, user entièrement la roche qui se trouve dans le trou, ce procédé est fort long.
On Ta simplifié en employant, au lieu d'un appareil rôdeur plein, un appareil vide à l'intérieur, comme un jonc ou un os creux. On n'a plus eu alors qu'à creuser un anneau; il reste à l'intérieur du tube un noyau de la roche, qui^ à la fin de Topera tioti^ se détache et donne de primesaut un trou de la grandeur voulue. Des pièces à demi-faites et des noyaux de rejet {Musée^ n**' 505, 506) ne laissent plus aucun doute sur l'emploi de ce mode de forage.