CHAPITRE XL
ROBENHAUSIEN. — HOMME.
§ I . Absence d*«rt. — L'art très développé, au point de vue de la gravure et de la sculpture, à l'époque de la Madeleine, a complètement disparu durant l'hiatus qui sépare les temps géologiques des temps actuels. Gela tient aux influences de milieu, qui ont entièrement changé les mœurs et les habitudes de la population.
A l'époque magdalénienne, entre Télé et l'hiver^ il y avait des extrêmes de température fort considérables, mais il faisait sec et beau. Un ciel pur et sans nuages laissait hriUer le soleil le jour et étinceler les étoiles la nuit, spectacle bicu propre à stimuler le sentiment artistique d'hommes calmes et tranquilles, jouissant d'une existence facile, grâce à l'abondance du gibier et surtout à la présence du renne, animal des plus utiles pour des populations sauvages.
Ces hommes, peu nombreux, n'avaient pas à se com* battre entre eux ; la guerre était inconnue. Sans idées religieuses, de folles terreurs ne venaient pas troubler et pervertir leur imagination. Ils aimaient et admiraient la nature. Il est donc tout simple qu'ayant des loisirs, ils aient fait leurs efforts pour reproduire cette nature le plus fidèlement possible. C'est ce qui les a conduits à représenter divers animaux avec une extrême vérité.
Les changements de température qui ont amené des nuages au ciel et fait disperser une partie du gibier, qui
ont surtout rejeté vers le pôle Tanimai le plus utile, le renne, ces changements ont dû profondément modifier les mœurs et les habitudes de l'homme. Obligé de pourvoir à ses besoins, inquiet et par suite manquant d'inspiration, il a peu à peu délaissé et oublié Tart. C'est ainsi que Tart s'est éteint.
Quant au peuple envahisseur, il n'en avait pas le moindre sentiment. En combattant et asservissant la population autochtone, il a détruit les derniers germes artistiques qui pouvaient encore exister dans cette population. Aussi toute la longue époque robenhausienne ne nous fournit aucune œuvre d'art. C'est tout au plus si, vers la fin, nous rencontrons quelques essais d'ornementation sur certaines pierres de dolmens et autres monuments mégalithiques, et il n'est pas bien certain que ces pierres ornées n'appartiennent pas déjà, au moins en grande partie, à l'âge des métaux.
Les ornementations robenhausiennes sont des gravures en creux de diverses combinaisons de lignes (Musée préhistorique, n?* 180 à 182). Le monument qui en contient le plus est le dolmen de Gavr'inis (Morbihan). Presque tous les piliers, soit de la chambre sépulcrale, soit de la longue galerie d'accès, sont couverts de diverses combinaisons de lignes parallèles^ divergentes, concentriques, etc., formant les figures les plus bizarres. Est-ce là une simple décoration? On a tout lieu de le penser en voyant l'accumulation sans ordre et renchevêtrement de toutes ces lignes; en remarquant surtout l'influence que les parties dures et quartzeuses de la roche ont eue sur leur distribution.
Pourtant certaines formes, comme les crosses et les U fort ouverts, se reproduisant très fréquemment dans des monuments divers, peuvent faire croire qu'il y avait, sinon des lettres, du moins des signes ayant un sens déterminé.
Les représentations d*objets réels sont fort rares et tout à fait exceptionnelles. On peut citer seulement des haches isolées {Musée préhistorique^ n" 580), des haches emmanchées (n** 442) et des empreintes de pieds (n° 581).
Aux lignes il faut ajouter de petits godets circulaires creusés dans la roche. Ces godets sont généralement désignés sous le nom de cupules ou écuelles [Musée, n® 584). lis sont indistinctement creusés à la surface supérieure et horizontale des pierres ou à leur surface inférieure, comme sous la table du dolmen de Kerverès, à Locmariaquer (Morbihan), ou bien sur des surfaces verticales, comme sur un menhir d^Escoublac (Loire-Inférieure). Ces cupules ne sont donc pas destinées à recevoir un liquide ou même un objet quelconque. Elles sont souvent réunies par des sillons ou entourées de hgnes en creux circulaires [Musée, n^ 584). On en rencontre aussi bien sur des rochers en place que sur des pierres isolées. C'est ce qu'on désigne généralement sous le nom de pierres à bassins ou pierres à écuelles,-
§ 2. Keliffiosité. — Si Tépoque robenhausienne est caractérisée par la disparition de Tart, elle Test encore bien davantage par l'introduction de la religiosité.
L'effet le plus immédiat et le plus général de la religiosité est le respect des morts. Pendant tout les temps quaternaires, on ne se préoccupait nullement des morts; ils étaient purement et simplement abandonnés ; aussi n'existet-il aucune sépulture appartenant à ces temps, et les ossements humains se rencontrent-ils disséminés et dispersés comme ceux des autres animaux.
Il n'en est plus de même dès que nous arrivons aux temps actuels. Les corps sont soigneusement inhumés, et même on élève pour les morts des demeures plus belles, pluâ grandioses, plus monumentales que pour les vivants. Nous ayons à peine quelques traces d'habitations
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robenbausiennes, et les dolmens, careaux sépulcraux de celte époque^ se comptent par milliers.
Ua autre effet de la religiosité, presque aussi général que le précédent, est de doter Tbomme d'amulettes. Il se met à porter divers objets insignifiants auxquels il accorde des propriétés imaginaires. Eb bien, à Tépoque robenbausienne, nous voyons les amulettes apparaître et se dé* velopper. La plus babituelle est la hache polie elle-même. Pour un peuple primitif, la hache est Tinstrument par ex* cellence. C'est avec elle qu'on construit la maison en bois, qu'on façonne le mobilier, qu'on entretient le feu du foyer, qu'on abat et dépèce les animaux qui doivent servir à Talimentation, qu'on se défend contre les attaques. Il est tout naturel que la hache devienne l'emblème de la prospérité, de la force, de la puissance, de la divinité, qui, après tout, n'est qu'une conception idéale faite à notre image.
Les haches amulettes sont de petites haches, trop petites {Musée préhistorique, n^ 456) ou en pierres trop tendres pour pouvoir servir, et pourtant façonnées avec soin. Gc sont surtout de petites haches percées au sommet d'un trou de suspension (n^ 622). Ce qui montre bien que ces haches percées sont des amulettes, c'est que parfois elles sont remplacées par de simples simulacres de haches {n« 623).
Le culte de la hache est confirmé par les nombreuses représentations de haches tant isolées qu'emmanchées qui se trouvent sur les pierres ornées de gravures.
§ 3. Anthropophmfl^ie.— L'étude delà dentition et des organes digestifs de l'homme montre qu'il n'est pas carnassier. Il devait donc dans l'origine être essentiellement frugivore. Il ne s'est mis à manger de la viande que poussé par le besoin de nourriture, et encore pour en faire un usage habituel lui a-t-il fallu dénaturer cette viande par
la cuisson. L'homme n'a donc pu devenir anthropophage que par une faim violente ou par une perversion résultant d'idées religieuses. En effet, il n*y a que deux genres d'anthropophagie : l'anthropophagie engendrée par le besoin de nourriture, que Ton peut appeler anthropophagie bestiale ou économique, et celle qui est basée sur des idées religieuses, anthropophagie mystique ou liturgique.
L'homme quaternaire ou homme fossile, comme com« plément de sa nourriture végétale, avait assez de gibier pour ne pas être obligé de chasser et de dévorer son semblable. D'autre part, n'ayant aucune idée de culte et de religion, il ne pouvait être entraîné vers l'anthropophagie liturgique. Si l'on a trouvé quelques os humains disséminés autour de ses habitations, c'est tout bonnement parce qu'il ne prenait aucun soin de ses morts et non parce qu'il mangeait ses semblables.
En effet, tous les auteurs qui ont cru reconnaître des traces d'anthropophagie préhistorique, et ils sont assez nombreux, ne citent que des gisements robenhausiens. A cette époque, ce ne pouvait être que de l'anthropophagie religieuse, car au gibier, nourriture ancienne, étaient venus se joindre les animaux domestiques et les céréales. Les idées religieuses se sont introduites en Europe avec la pierre polie; les aberrations religieuses les plus monstrueuses, et parmi elles l'anthropophagie, ont pu nous arriver en même temps. Mais, dans l'origine, étions-nous assez fervents pour aller jusque-là? Il paraît que non. Dans tous les cas^ à mon avis, rien dans les faits cités n'autorise à déclarer qu'il en a été ainsi.
§ 4. Chirorfl^ic. — Bien au contraire, nous avons des exemples nombreux que les hommes de l'époque robenhausienne, loin de s'entre-dévorer, soignaient afiFectueusement et patiemment leurs infirmes. Pourtant, s'ils ne se mangeaient pas, ils s'assommaient avec acharnement. Les
08 portant des lésions, des traces de blessures sont très fréquents dans les diverses sépultures robenhausiennes. M. Prunières a recueilli, dans les dolmens et les grottes sépulcrales naturelles de la Lozère, de nombreux ossements bumains pénétrés par des pointes de flèche en silex ; blessures qui n ont pas occasionné la mort, comme le prouvent les excroissances osseuses qui ont entouré et parfois presque enseveli complètement le projectile.
M. Jules Le Baron, en faisant un relevé des lésions osseuses préhistoriques, a constaté que les blessures affectent surtout la tête. Il en a reconnu plus do quarante de forme et de caractères divers. C'est en vain qu'on chercherait une proportion analogue sur les crânes de nos jours.
Parmi les cas pathologiques découverts dans le dolmen de TAumède (Lozère), au nombre de 19, sur 40 corps, il en est surtout deux, sur lesquels Broca a présenté des considérations magistrales. Le premier est une fracture de l'extrémité inférieure des os de la jambe droite, avec plaie, suppuration et expulsion de plusieurs esquilles. Ces fractures compliquées de la jambe sont très graves; elles sont difficiles à réduire; elles ne guérissent qu'à la faveur d'un traitement bien dirigé et d'un appareil de contention, maintenu pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois, et il est fort rare qu'elles guérissent sans difformité. C'est pourtant ce qui a eu à peu près lieu surlapiècedeTAumède. c< Il n'est guère, dit l'habile professeur, de chirurgien moderne qui ne fût satisfait, dans un cas pareil, d'obtenir un aussi bon résultat. » Il est donc très probable que la fracture a été maintenue à l'aide d'un appareil. Il est certain, en tout cas, que le blessé est resté longtemps couché, incapable de se suffire à lui-même.
Le second cas qui a attiré spécialement l'attention du docteur Broca, est relatif à une ankylose de l'articulation
tibio-tarsienne, consécutive à une ancienne tumeur blanche. L'articulation a longtemps et abondamment suppuré ; l'extrémité inférieure du tibia a été le siège d'une nécrose ou d'une carie dont on aperçoit la cicatrice. La durée de cette affection a été nécessairement très longue; la marche a été complètement impossible pendant une période de plusieurs mois.
Ces deux cas, entraînant un long espace de temps pendant lequel le malade ne pouvait subvenir à ses besoins, montrent que l'assistance était déjà organisée à l'époque robenhausienne. Le premier prouve, en outre des soins médicaux, des. connaissances chirurgicales. Gela ressort aussi du relevé fait par M. Le Baron. Sur 18 cas de fractures, il n'y a que 3 mauvais résullats, un quatrième laisse un peu à désirer, les H autres sont bons. . La femme de Gro-Magnon, qui a reçu une blessure si grave sur la partie gauche du frontal, a dû aussi être très bien soignée. Un violent coup de hache en pierre polie lui a fait une ouverture oblique au-dessus de l'orbite, longue de 33 millimètres et large de 12 à sa partie moyenne; malgré cette forte contusion et cette perte de substance, les bons soins l'ont encore maintenue vivante quinze à vingt jours au moins, comme le prouve le travail de réparation commencé sur les parois de la blessure.
En fait de maladies, l'examen des os a permis de reconnaître que la syphilis existait déjà à cette époque ; mais elle était rare. Ainsi le dolmen de l'Âumède a fourni un crâne présentant sur l'occipital une exostose que l'on n'hésiterait pas à considérer comme syphilitique, si le crâne était moderne. Les dolmens de Maintenon (Eure) ont fourni un tibia qui a un aspect encore bien plus syphilitique.
L'arthrite était une affection bien plus commune. M. Le Baron en cite plus de 30 cas. Il a constaté aussi
que les affections des mâchoires étaient très fréquentes. Enfin, il indique encore quelques autres maladies ré¥élées seulement par des pièces isolées.
§ 5. Tréya»aci«». — L'examen chirurgical des ossements robenhausiens nous fournit de très précieuses données sur le caractère des hommes de cette époque.
La fréquence des blessures nous montre que ces hommes étaient très belliqueux ou au moins fort bataillards. Ils se battaient surtout corps à corps, ce qui ressort du grand nombre des blessures à la tête.
Les résultats chirurgicaux obtenus établissent très nettement qu'entre eux il y avait une assistance organisée. Non seulement on pourvoyait aux besoins des malades et des blessés, mais ils étaient soignés d'une manière intelligente et rationnelle.
Enfin une pratique toute particulière, la trépanation, prouve combien les idées religieuses dominaient le bon sens et la raison.
La découverte de la trépanation préhistorique est due à un intrépide chercheur, le docteur Prunières, de Marvejols (Loïère). A la réunion de Lyon de l'Association française, en 1873, il a présenté la première rondelle crânienne {Musée préhistorique , n° 63 1 ) .
On nomme rondelles crâniennes des fragments d'os qui ont été détachés intentionnellement du crâne. Ces rondelles, généralement arrondies au pourtour, comme rindique leur nom, peuvent pourtant affecter d'autres formes.
Elles sont parfois percées d'un trou de suspension. Ce sont évidemment des amulettes. Si la religiosité n'avait pas poussé l'homme robenhausien jusqu'à Tanthropophagie, elle l'avait conduit au sacrifice humain^ au moins au sacrifice partiel. Le sentiment naturel faisait de l'homme un être bienveillant, qui soignait et secourait son sem-
^ blable ; rintervention de la religion l'a poussé à la cruauté
et au sacrifice humain.
Les bords des rondelles crâniennes montrent qu'elles ont été détachées au moyen d'instruments en pieiTe. On y voit les traces d'un sciage ayant produit un large sillon, dont les lèvres sont en biseau allongé. Les rondelles ont été prises parfois sur la tête vivante, parfois sur le crâne d'un mort; mais alors sur le crâne d'un mort qui avait déjà été trépané de son vivant. *
Les crânes trépanés se sont rencontrés dans les divers modes de sépultures de l'époque robenhausienne. On peut en citer trois dans la grotte naturelle de l 'Homme-Mort (Lozère) ; deux, dans la vallée du Petit-Morin (Marne), et deux, au Tertre Guérin (Seine-et-Marne), dans des grottes artificielles ; un à Gocherel (Eure), un à Bougon (Deux- Sèvres), un à Entre-Roche, près Ruelle (Charente), et cinq de la Lozère, dans des dolmens ; enfin un de Moret (Seine-et-Marne) d'une sépulture en petit ciste.
Broca, qui avait beaucoup étudié la trépanation préhistorique, pensait qu'elle avait eu lieu par simple raclage. Il l'a pratiquée ainsi assez rapidement sur des chiens dont la santé n'a pas été altérée. Ce procédé ne fournit pas de rondelles. Aussi Broca prétendait-il que toutes les rondelles avaient été enlevées sur le mort.
Un crâne, à demi trépané, que possède le musée de TAcadémie de Lisbonne, prouve le contraire. Cette trépanation à moitié faite montre qu'on ménageait la rondelle en pratiquant un sillon tout autour pour la déta* cher.
M. Gapitan a opéré de cette manière, avec du silex, sur des chiens vivants. lia présenté à la Société d'anthropologie la rondelle ainsi détachée, et l'animal plein de santé avec sa blessure très bien cicatrisée. La question est donc tranchée ; la trépanation préhistorique, pour obtenir des
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rondelles erâniennes, se faisait, ainsi que je l'ai dit. sur te Ti?ant comme sur le mort.
§ 6. Races kunaiscs. •— La commune de Tayac, qui a donné Thomme magdalénien écrasé de Laugerie-Basse, a aussi fourni la sépulture robenhausienne de Gro-Magnon, contenant trois squelettes : un vieillard, un adulte et une femme.
Les robenhausiens de Gro-Magnon sont évidemment les descendants du magdalénien de La ugerie- Basse. Ce sont des autochtones un peu modifiés par le temps, avec taille élevée, os robustes, tibias aplatis, péronés à gouttières longitudinales très profondes, fémurs avec lignes âpres d'une largeur et d'une épaisseur tout à fait exceptionnelles, bassin très large, tête volumineuse, la capacité du crâne du vieillard est de 4590 centimètres cubes; dolichocéphale très prononcée, c'est-à-dire tête allongée, l'indice céplialique du vieillard étant de 73,76, celui do la femme li ,72 et celui de l'adulte 74,75 ; moyenne : 73,34; arcssourciliers très développés, racine du nez fort déprimée, front large, vertical et bombé ; le profil du crâne présente une ellipse allongée dont l'extrémité antérieure ou frontale est bien développée, mais dont l'extrémité postérieure ou occipitale est plus renflée encore ; orbites très larges et peu élevées ; face très large par rapport à la longueur. Cette description, donnée d'après Broca, est certainement un peu exagérée) les débris du vieillard, ceux qui frappent le plus, ayant une taille et un développement osseux très exceptionnels.
Dans la grotte sépulcrale de l'Homme-Mort, à Saint- Pierre de Tripiez (Lozère), explorée par M. Prunières, la taille, au lieu d'être grande, paraît assez médiocre, bien que beaucoup d'autres caractères se rapprochent de ceux de Gro-Magnon. Sur neuf fémurs, trois ont la ligne âpre fort prononcée, trois ont ce caractère atténué et il manque
complètement sur les trois derniers. Sor cinq tibias, trois sont réellement aplatis, un Test, un peu, le dernier pas du tout. Sur deux péronés, il n'y en a qu'un à gouttière profonde. Sur douze cubitus, plus de la moitié ressemblent à ceux de Gro-Magnon. Les crânes très dolichocéphales — indice moyen de dix-huit crânes 73,'2i — se rapprochent de ceux de Gro-Magnon. Leur capacité crânienne moyenne est de 1543,88. La différence entre les hommes et les femmes est seulement de 99,50 eh faveur des premiers. Différence beaucoup moins forte que celle que nous constatons de nos jours. Dans leur ensemble, les crânes de THorome-Mort se font remarquer par Télégance de la forme, la douceur et Tharmonie des contours. Les parois en général sont minces ; le front est peu large, pourtant la courbe frontale est belle. Les orbites sont petites surtout dans le sens vertical. On est là encore en présence de la race autochtone, mais déjà très sensiblement modifiée par le mélange.
Gette modification s'accentue dans les dolmens de la Lozère. Ils contiennent aussi généralement des crânes dolichocéphales, pourtant il y en a parmi eux de brachycéphales ou tout au moins de mésaticéphales.
Si, quittant la région montagneuse du centre de la France, nous nous dirigeons vers le nord, nous voyons le mélange s'accentuer de plus en plus et même le type autochtone de Gro-Magnon diminuer peu à peu et disparaître. Pourtant ce type a été signalé dans le dolmen des Vignettes, à Léry (Eure). Des tibias aplatis ont été rencontrés dans les dolmens de Maintenon (Eure-et-Loir) et de Ghamant (Oise). Ges faits se multiplient à mesure qu'on étudie sérieusement lostéologic des dolmens .
Dans la grotte sépulcrale naturelle de Furfooz, près de Dînant (Belgique], existe une race tout à fait différente. Le crâne plus ou moins brachycéphale, c*est-à-dire ar-
rondi ou tout au moins mésaticéphalc, a pour indice cephaliquc moyen environ 80. Les tibias sont triangulaires, les péronés pleins, les fémurs sans développement de la ligne âpre. Ces divers os, analogues à ceux de nos jours^ indiquent une taille un peu au-dessous de la moyenne. C'est une race nouvelle pourTouest de FËurope, c'est donc une race étrangère qui a envahi le pays.
Les grottes sépulcrales artificielles de la vallée du Pelit-Morin (Marne) nous montrent les deux races mélangées. Broca, ayant étudié 54 crânes de la collection de Baye, t28 hommes, Si femmes et 2 incertains, est arrivé aux résultats suivants: capacité moyenne des crânes de tout» la série, 1483 centime très cubçs; moyenne des crânes d'hommes, inférieure à celle de nos jours, i 535 ; moyenne des crânes de femme, au contraire supérieure à Tactuelle, 1407. Les indices céphaliques varient entre l'indice maximum 85,71 et rindice minimum 71,65. Il y a donc des têtes très rondes et des têtes très longues. C'est évidemment un résultat de mélange. La moyenne de l'indice des hommes est de 77,74, et celle de l'indice des femmes, 78,83.
L'examen des os longs démontre pareillement le mélange ; sur 20 tibias du Petit-Morin, 4 sont très aplatis, 10 le sont modérément et 6 pas du tout.
Sur 16 péronés, il y en a6 avec cannelure manifeste et 10 non cannelés. Enfin, sur 20 fémurs, 5 ont la ligne âpre très proéminente, en pilier, et 15 non.
Par opposition aux ossements se rapportant à la race de Cro-Magnon trouvés dans certains dolmens on peut citer des ossements de la race de Furfooz, beaucoup plus voisine de nos races actuelles, dans la grotte artificielle de Cumières, près de Verdun (Meuse), et dans les dolmens de Meudon, Vauréal et Presles (Seine-et-Oise). Le mélange se montre partout à Tépoque robenhaûsienne.
§ 7. Mlsrallons. — Nous avons vu, pendant les diverses époques quaternaires, un seul et même type humain habiter nos régions, en se développant et se modifiant progressivement. Ce type, essentiellement autochtone, avait la tête longue ; il était franchement dolichocéphale. Loin de disparaître avec le quaternaire, il a continué à exister dans les temps actuels, en continuant aussi à se modifier, mais conservant toujours sa dolichocéphalie.
Dès le commencement du rohenhausien, on voit ce type autochtone associé à un autre type tout différent, se distinguant surtout par sa tête ronde, par sa brachicéphalie. Il y a donc eu envahissement par une race nouvelle. Les deux races se sont mêlées, comme le prouvent les nombreux intermédiaires qu'on observe dans les diverses sépultures de cette époque.
L'industrie autochtone, que nous avons vue naître et se développer régulièrement, progressivement, dans nos régions, pendant tout le quaternaire, se trouve tout à coup et sans transition remplacée, au commencement du rohenhausien, par une industrie entièrement différente, preuve certaine d'une grande invasion à ce moment.
D'où provenait cette invasion? Elle provenait de TOrient.
Deux faits généraux l'indiquent : Tintroduclion de la religiosité et la destruction de Tart magdalénien.
La religiosité est un des principaux caractères ethniques des peuples orientaux. Toutes les grandes religions sont nées en Orient : le brahmanisme, le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme, le mahométisme.
L'art, comme représentation d'objets naturels , est très peu répandu dans la nature des peuples orientaux. Jusqu'à rinvasion d'Alexandre J'Indc n'avait pas de statues. Aussi les plus anciennes représentations bouddhiques présententelles un caractère grec. En Perse, encore de nos jours, on ne figure aucun être vivant.
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Mais i) est des faits de détail qui viennent pleinement eonfirmer ces données générales. L'invasion robenhausienne nous a apporté aussi les animaux domestiques et l'agriculture. Or nous avons vu qu'agriculture et animaux domestiques venaient (de la région qui constitue TAsie Mineure, TArménie et le Caucase. C'est donc de là aussi qu'est venu le flot de population qui, au commencement de l'époque robenhausienne, aenvahi rOccident.Ët, en effet, c'est dans ces parages que se trouve la population la plus brachycéphale connue jusqu'à ce jour, les Syriens de Gebel- Cleikh, dont l'indice céphalique moyen est 85,95.
La population de l'Europe occidentale , à l'époque robenhausienne, se composait donc d'un mélange de dolichocéphales à l'ossature fortement accentuée, et de brachycéphales aux os plus arrondis. Les premiers constituant la population autochtone, les autres étant des envahisseurs venus des pays situés entre la Méditerranée, la mer Noire et la mer Caspienne. Telles sont les bases de notre population française.