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CHAPITRE V

ROBENHAUSIEN. — PIERRE POLIE.

§ 1. Polissage. — Le polissage des outils et des armes en pierre n’a apparu qu’avec les temps actuels. On s’en

est servi tout d’abord comme base de classification divisant l’âge de la pierre en période de la pierre taillée, répondant aux temps géologiques, et période de la pierre polie, équivalent des temps actuels. Malheureusement le polissage comme caractéristique pouvait induire en erreur. En effet les instruments en pierre polie sont toujours l’exception. Les pierres simplement taillées, qui régnaient en maîtresses dans les temps géologiques, se sont maintenues dans les temps actuels, comme nous venons de le voir dans les chapitres précédents. Elles n’ont même pas cessé d’être les plus nombreuses. La pierre polie a toujours été en minorité. En outre le polissage était connu pendant les temps géologiques. Certains os étaient polis et nous retrouvons de petits polissoirs en grès {Musée préhistorique , n° 168). Des pierres même ont été polies sur une face pour être ensuite ornées de gravures, témoin le caillou avec ours gravé, de Massat [Musée, n° 210). Si l’on n’a pas appliqué alors le polissage aux instruments en pierre, c’est qu’on n’y trouvait pas d’avantages. Même en pleine époque de la pierre polie, le polissage n’a été employé que pour un nombre fort restreint d’objets : les haches et leurs dérivés les herminettes, les ciseaux et les gouges en fait d’outils, ainsi que les casse-tête en fait d’armes.

§ 2. Ebauches. — Les ébauches de tous ces objets ont été préparées par l'éclatement, le martelage et le retouchage.

On commençait par dégrossir la matière première au moyen de coups qui faisaient partir de grands éclats. Les coups devenaient de moins en moins forts et les éclats de plus en plus réduits à mesure qu’on se rapprochait davantage de la forme cherchée. Pour compléter cette forme et diminuer autant que possible les aspérités, afin que le polissage soit plus facile et plus prompt, on retouchait ensuite avec soin la pièce préparée et même on la mar-

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lelail sur ses diverses faces pour abattre toutes les parties saillantes. Les ébauches de casse-tête présentent surtout ce dernier travail.

La préparation des instruments polis, soit par l’inexpérience de l’ouvrier, soit par suite de défauts dans la matière première, était souvent défectueuse. On jetait alors la pièce mal confectionnée. C’est ce qui fait que dans les ateliers de taille, comme à Londinières (Seine-Inférieure) et à Spiennes (Belgique), on trouve tant d’ébauches de rebuts [Musée préhistorique, nos 419 et 480).

Les ébauches terminées étaient exécutées avec tant d’art qu’on a dû parfois déjà s’en servir avant le polissage. (Musée, noS 420, 453 et 482).

§ 3. Sciage. — Les palafittes nous ont fait connaître un procédé particulier pour préparer le premier éclatement des ébauches. C’est le sciage. Les pièces polies des palaiittesdela Suisse ont été faites avec des cailloux roulés. La surface de ces cailloux étant arrondie et rendue lisse par le roulis, il était assez difficile de les éclater régulièrement. Le marteau mordait mal sur la surface lisse et en dos d’àne. Pour remédier à cet inconvénient et pour régulariser les cassures, on produisait sur le caillou un trait de scie longitudinal dans le sens de la cassure désirée. Ce trait était poussé jusqu’à 1 ou 2 centimètres de profondeur. On n’avait plus alorsqu’à frapper violemment sur un des côtés du trait pour diviser la pierre dans le sens voulu (Musée, n° 280).

Les traits de scie se donnaient aussi pour diviser, sans trop les morceler, les pierres d’espèces rares et de qualité supérieure, dont on utilisait avec soin tous les fragments. C’est ainsi qu’on voit souvent des traits de scie sur les haches en jade, en chloromélanite et autres roches de première qualité (Musée, n° 437).

Parfois on trouve des échantillons portant le trait de

scie, sans que le détachement des deux parties ait été opéré. On reconnaît alors que l’évasement du sillon est assez considérable ( Musée , nu 279). Dans trois échantillons de ce genre que possède le musée de Saint-Germain, cet évasement est au sommet de 7, 8 et 9 millimètres pour des profondeurs de d 2, 9 et 15.

Le fond du sillon, au lieu d’être aigu, est obtus. Ses pax’ois sont toutes garnies de stries longitudinales. Ces stries prouvent qu’on employait du sable interposé pour opérer le sciage. L’évasement du sillon et son fond obtus montrent que l’outil employé n’était pas en silex. Ce devait être tout bonnement un morceau de bois taillé en biseau à la base. L’agent actif était le sable humide, l’outil en bois n’avait d’autre fonction que celle de promener le sable tout le long du trait en le pressant contre la pierre à entamer.

§ 4. Polissoirs. — Le polissage est la dernière opération que les ébauches avaient à subir pour être transformées en instruments complets. Ce polissage se pratiquait parfois avec des polissoirs mobiles, par conséquent d’une petite dimension (Musée, n° 427). Mais le plus habituellement les polissoirs étaient fixes et atteignaient des proportions considérables. Je suis arrivé à constater en France 127 de ces grands polissoirs, disséminés dans trente départements. Ils portent tous des cuvettes ovales à fond très uni ou de larges rainures anguleuses plus ou moins longues, dans lesquelles entrent facilement les haches polies (Musée, n° 426). Rainures et cuvettes sont parfois réunies en assez grand nombre. Le polissoir de Marcilly-le-Hayer (Aube), sur une longueur de 2m,55 et une largeur de 0m,90, a huit rainures et trois cuvettes. Quelques polissoirs n’ont que des cuvettes ou des rainures. Ainsi la Pierre Cochée de Broué' (Loir-et-Cher), sur une longueur de 2'“, 50 et une largeur de lm,70, n’a que des rainures, mais elles sont au nombre de vingt-cinq.

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Les polissoirs sont surtout en grès ; aussi est-ce dans l’Aube, l’Yonne et Seine-et-Marne, région des grès, qu ils se rencontrent en plus grand nombre. Ces grcs passent souvent au poudingue, comme dans les environs de Yendôme (Loir-et-Cher) etàPamproux (Deux-Sèvres). Parfois aussi ils sont lustrés, comme à Saint-Cyr-cn- Talmondais (Vendée) et aux environs de Ghâtellerault (Vienne). Un polissoir de celte dernière localité, qui se trouve au musée de Saint-Germain, est même en partie composé de jaspe rouge. Enfin l’on cite de grands polissoirs en granité, a Seilhac (Corrèze) et à Saint-Léger- Magnazeix (Haute- Vienne). Un collectionneur de la Haye-Descartes en possède un formé d’une large plaque de silex du Grand-Pressigny.

Les polissoirs sont souvent isolés et disséminés, mais parfois aussi ils sont groupés en grands ateliers. C’est ainsi qu’à Souppes (Seine-et-Marne), au Gué deBeaumoulin, il y a huit roches en grès lustré qui portent dix-huit rainures et trente à trente-cinq cuvettes. Dans l’Aube cinquante-huit polissoirs se groupent dans les arrondissements de Troyes et de Nogent-sur-Seine. C’est là aussi que se trouve le pays d’Othe, si riche en ateliers avec ébauches de rebut. A Châlillon-sur-Indre (Indre), un polissoir do 3 mètres cubes se trouve au milieu d un atelier de taille du silex.

Le polissage se pratiquait au moyen de 1 interposition du sable mouillé entre l’ébauche et le polissoir. Les haches en silex nous en donnent la preuve. Elles sont très souvent garnies de petites stries longitudinales sur les faces polies. Ce sont les empreintes laissées par les grains de sable.

g 5. Haches polies. — Les haches polies, pourtant assez nombreuses, sont généralement disséminées. On les rencontre un peu partout à la surface du sol, surtout briséeset endommagées. C’est principalement quand on défriche des bois qu’on en trouve le plus. Cela se conçoit, dans les champs

cultivés, elles ont déjà été recueillies soit comme amulette, soit pour les collections et plus souvent encore par suite du simple épierrement. Le sol des forêts, au contraire, est plus ou moins vierge, et renferme encore tout ce qu'il a reçu. Comme l’épierrement ne peut se faire que peu à peu, les champs voisins des forêts contiennent encore un certain nombre de ces haches et sont par conséquent plus riches que les autres.

Les lits des rivières fournissent aussi de nombreuses haches. Elles y sont parfois en très bon état, ayant été perdues dans l’eau par accident. Dans le dépôt archéologique des palafittes, elles abondent; mais les échantillons les plus beaux et les plus intacts proviennent généralement des sépultures. On a signalé aussi quelques cachettes. C’est ainsi que dans le clos de la Madeleine, à Vannes (Loiret), on a trouvé réunies ensemble, le tranchant en l’air, trois haches en silex, dont une parfaitement polie, les autres simplement préparées pour le polissage. A la Chapellc-Basse-Mer (Loire-Inférieure), huit haches polies en diorite étaient rangées en cercle, les pointes au centre et les tranchants à la circonférence.

La manie de ne voir que des guerriers dans les hommes du passé a fait considérer pendant longtemps les haches polies comme des armes. Il n’en est rien. Ces haches étaient essentiellement des outils. Nous retrouverons l’arme plus loin dans le casse-tête.

Encore une rectification. Plusieurs auteurs et des meilleurs appellent les haches polies celts ou celtes. Ce nom est tout à fait impropre. 11 est dérivé du mot de basse latinité très peu employé, celtis , qui paraît désigner un ciseau en fer pour graver la pierre. L’application est donc fausse. Elle a de plus deux inconvénients, le nom de celle ayant aussi été donné aux haches en bronze, et ce nom laissant croire à certaines personnes que les celtes, haches de pierre, sont

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exclusivement les instruments des populations celtiques, tandis qu’elles se trouvent partout, dans nombre de pays oii les Celtes n’ont jamais mis les pieds.

§ G. Composition minéralogique des haches. — La composition minéralogique des haches polies varie beaucoup, non seulement suivant les localités, mais encore dans la même localité. Pour s’en assurer, il suffit de jeter un simple coup d’œil sur le tableau suivant :

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