‹ Le premier cardinal canadien [microforme]Chapitre 30 sur 75 · WEST MAIN STREET · texte numérisé non relu

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Saintelé, notre pays sera dorénavant représenté dans la plus haute cour souveraine de l'univers. Quel magnifique couronnement de la hiérarchie ecclésiastique dans notre belle patrie !

Par Votre Éminence, nous nous sentirons plus rapprochés du Père commun des fidèles, et plus assurés de suivre ses ‘ enseignements et de réaliser ce qu’il attend de nous.

Jusque sur les marches du trône papal, nos sentiments respectueux et dévoués vous accompagneront ; mais nous faisons des vœux, égoïstes peut-être, pour que Sa Saintelé vous permette de continuer de vivre parmi vos ouailles de l'Église Métropolitaine de Québec.

Son Eminence a répondu en ces termes :

RÉPONSE DE SON ÉMINENCE AUX CITOYENS DE QUÉBEC. M. le maire et messieurs les citoyens de Québec,

Notre ville me semble avoir des raisons toutes spéciales de se réjouir à l'occasion du grand évènement qui vous réunit aujourd'hui. En effet, son histoire, de sa fondation jusqu’à nos jours, explique pourquoi le Souverain Pontife a voulu que le premier cardinal canadien füt un citoyen et un archevêque de Québec,

Au point de vue militaire, le drapeau flottant sur notre citadelle a toujours été celui de la puissance maîtresse du Canada. Sous Champlain, le Canada est devenu anglais pendant trois ans et est redevenu français avec le Cap Diamant. Sous Frontenac, la France a conservé sa souveraineté sur le Canada parce que le drapeau fleurdelysé n’a pas été abattu par la flotte de Phipps. En 1759, tous les.efforts de la puissante Angleterre se sont dirigés sur Québec, défendu par une poignée de soldats el de miliciens, dont l'héroïque résistance remplit une des plus belles pages de notre histoire. La divine Providence, qui veillait sur nos destinées, permit au drapeau anglais de s'arborer sur notre citadelle pour nous soustraire aux terribles conséquences de la révolution française. En 1812, le Canada, presque tout envahi par les armées des États-Unis, a néan-

moins continué d’être ang'ais parce que Québec a résisté à leurs efforts. Depuis la conquête, le drapoau britannique, du haut de notre citadelle, abrite notre nationalité et fait aujourd'hui vivre heureux et contents les cinq millions de Canadiens de toute origine qui habitent notre pays.

Dans l'ordre politique, notre cité a été, pendant deux sièclesa, la capitale du Canada, et, en cette qualité, elle est comme la fondatrice de cette Puissance qui, avec une population encore relativement peu nombreuse, éveille et ature l'attention du monde entier. Les circonstances ont exigé que la capitale de Ja Confédération canadienne fût placée ailleurs ; mais Québec est resté la capitale de notre province, qui est une des plus importantes de la Puissance, et renferme les deux-tiers de sa population catholique.

Si maintenant nous jetons un regard sur l’histoire relisieuse de notre pays, nous verrons encore bien plus clairement la raison pour laquelle le Souverain Pontife a choisi, pour premier Cardinal canadien, un citoyen de Québec. C'est d'ici que, même avant la création d’un siège épiscopal, et encore longtemps après, sont partis les intrépides missionnaires qui ont évangélisé Terrencuve, les Provinces maritimes, la vallée du Saint-Laurent, les rives de nos grands lacs, le Nord-Ouest, la Colombie, toute l'immense vallée du Mississippi. Cette église, si petile et si faible à son origine, n’a pas failli à sa mission, et, avec la bénédiction de Dieu, elle compte aujourd’hui par centaine les diocèses dont elle est la mère féconde, et par millions ses enfants dispersés sur ce vaste territoire.

Nublesse oblige, dit un vieil adage.

Notre cité qui, dans la personne d’un de ses citoyens, est l'objet d'une si grande faveur, se fera toujours un devoir de se tenir à la hauteur de son glorieux passé et de lémoigner sa vive reconnaissance envers le Souverain Pontife.

Léon XIII, n'en doutons pas, apprendra avec grande joie l'unanimité avec laquelle tous les citoyens de cetle ville ont acclamé le premier membre canadien du Sacré-Collège,

Après la réponse de Son Éminence, M. Ledroit, trésorier du comité, lui remit un chèque de $4224, produit de la souscription collective des citoyens de Québec.

Alors, sur l'invitation de M. le Maire, la foule poussa des vivals enthousiastes en l'honneur du Souverain Pontife, du Cardinal Taschereau et de Sa Majesté la Reine Victoria. Puis Son Eminence est remontée en voiture avec M. le Grand Vicaire Legaré, M. l'abbé Marois et Son Honneur le Maire.

En ce moment, douze charmants petits élèves du Séminaire qui, de jolis bouquets à la main, avaient formé, pendant toute la démonstration, comme une suave guirlande de fleurs naturelles autour de Son Éminence, s’en vinrent les déposer à ses pieds dans la voiture, et celle-ci relourna au Palais archiépiscopal.

Après le départ de Son Éminence, la foule se dispersa au son de Ja musique des séminaristes. Les derniers à quitter le terrain de celte imposante scène, furent d'anciens élèves du Séminaire, qui n'avaient pas eu l’occasion de pénétrer, depuis plusieurs années, dans celte enceinte, qui leur rappelait de si doux et si heureux souvenirs d'enfance. Pour eux, il y avait double plaisir : car, tout en élant (émoins de l’apothéose de leur ancien directeur, ils revoyaient, tel qu’il était de leur temps, le théâtre des joyeuses récréations d'autrefois.

Le lemps avait favorisé cette grandiose démonstration. De beau qu'il était le matin, il était devenu quelque peu menaçant dans l'après-midi : il n'en fut que plus propice pour celte cérémonie en plein air. Celle-ci finie, on eut encore le temps d'enlever les décorations qui auraient pu souffrir de l'orage ; et lorsque la tempête éclata, tous, excepté les retardataires volontaires, avaient eu le loisir de se rendre à leur logis.

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