‹ Le premier cardinal canadien [microforme]Chapitre 49 sur 75 · WEST MAIN STREET · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET

La patrie tout entière, que nous chérissons à jamais, nous apparaissait sous un rayonnement sublime. Toute notre histoire, qui enregistre tant d'exemples de dévouement de la part de notre clergé semblait revivre dans notre mémoire. Nous nous rappelions aussi, avec un vif sentiment de bonheur, les noms bénis des illustres prédécesseurs de Votre Éminence sur le siège de Québec et ceux des titulaires des autres diocèses de la province, ainsi que le souvenir de nos missionnaires qui furent les apôtres de la foi, et les victimes de leur dévouement dans le Nouveau Monde. Nous sentions alors que la patrie nous élait plus chère, que notre mère l'Église veillait encore plus particulièrement sur nous, que sa constante sollicilude pour notre peuple redoublait d'ardeur et de bienveillance.

Maïs il y avait au fond de nos cœurs une pensée dominante ; un sentiment pénétrait nos âmes : le bien-armé archevèque de Québec recevait la juste récompense de ses verlus, en devenant l’un des conseillers intimes de Sa Sainteté Léon XHI.

Nous venons donc protester de notre dévouement inaltérable au Saint-Siège, de notre profond attachement au clergé canadien-français, et apporter à Votre Éminence notre témoignage de joie sincère el de profonde reconnaissance.

Nous venons dire aussi à Votre Éminence que ce même clergé canadien, qui par le passé a veillé avec tant de zèle religieux et d'ardeur patriotique à la conservation de notre langue et de notre foi, possède encore entre ses mains le pouvoir, eserions-nous dire le devoir, de les perpéluer chea nos enfants. Ce même clergé, qui a lant opéré de bien dans ce pays, nous suit, pas en assez grand nombre il est vrai, mais nous suit, cependant, dans notre patrie d'adoption. C'est là surtout que notre langue el notre foi sont menacées ! C'est là que des dangers sans nombre nous entourent! Plaise au Ciel, que nous nous unissions davantage à notre chère patrie, afin qu'elle nous envoie de ses missionnaires pour continuer parmi nous l’œuvre si grande du salut de notre peuple. Nous ne devrions pas parler de nos maux dans ce grand jour de fête.

Mais lorsque les cœurs sont allendris par la joie, la douleur est prompte à se faire sentir. Oublions plutôt tous les sujets de tristesse et réjouissons-nous de voir tant d'éclat rejaillir sur le peuple canadien, grâce à la dignité cardinalice dont Votre Éminence vient d'être revêtue.

Nous retourncrons dans nos foyers, heureux d'avoir demandé et obtenu la bénéliction de Votre Éminence, Nous dirons à nos frères combien nous leur somm:s reconnaissants de l’honneur qu'ils nous-ont fait en nous confiant celle grande mission.

Nous nous réjouirons tous de la bienveillance toute paternelle de Votre Éminence, qui a bien voulu daigner nous accorder cetle sudience, afin de permettre aux émigrés canadiens de s'associer à leurs compatriotes du pays natal, en ce grand jour où la Joie et la gloire de la patrie et de l'Église se confondent dans une seule et même pensée, dans-un seul et même espoir !

Son Éminence n'avait pu se défendre d'une très sensible émotion à la vue de cette imposante el touchante démonstration de la part el au nom de compatriotes, devenus, par la dure nécessité des temps, les loyaux sujets d’un pouvoir étranger, mais qui, sans rien diminuer de la fidélité et du dévouement qu’ils doivent à leur nouveau pays d'adoption, restent cependant allachés de cœur au pays d'origine par les sympathie:, les aspirations et surtout la foi religieuse. Aussi leur réponditelle avec une onclion toute paternelle et qui a enchanté les heureux délégués. Nous voudrions bien pouvoir reproduire ces accents du cœur, qui se traduisent par le ton, la voix, l'expression générale, mais que la plume ne saurait retracer, Nous sommes cependant heureux de pouvoir donner à nos lecteurs un écho fidèle de la réponse de Son Éminence, grâce aux notes d'unc personne présente à cette belle démonstrat'on.

Réponse DE SON ÉMINENCE AUX DÉLÉGUÉS CANADIENS DES Érars-Unis.

Messieurs,

Votre magnifiqne adresse me touche profondément parce que j'y vois l'expression de sentiments vraiment canadiens : dévouement inaltérable au Saint-Siège ; attachement profond aux évêques et au clergé qui, depnis plus de deux siècles, * travaillent, non seulement au salut des âmes, mais aussi à la prospérité de notre nationalité ; ferme et sincère résolution de demeurer toujours fidèles à fout ce qui doit nous être cher.

Vous allez bientôt relourner à vos foyers, emportant dans vos cœurs le souvenir de ces grandes et belles fêtes, auxquelles vous avez pris volre juste part. Elles seront pour vous el pour nos compatriotes, un nouveau lien qui vous ratlachera au Canada et servira à vous rappeler avec quelle 2onstance vous devez remplir votre mission dans le pays que vous avez adopté.

Je dis une mission. Car, lout en déplorant ce courant d'émigralion qui entraîne tant d'individus et de familles vers les États-Unis, je ne puis me défendre d'y voir un secret dessein de Ja divine Providence, qui vous charge d’un apostolat spécial dans ce pays. Soyez-y donc toujours vraiment Canadiens ; toujours fidèles à cette foi que vos ancêtres vous ont transmise ; à cette helle langne de la France notre mère ; à toutes les bonnes traditions de cette Nouvelle-France que vous aimez tant. Pour cela ne reculez devant aucun sacrifice pour donner à vos enfants l'inestimable avantage de fréqnenter des écules catholiques, où leurs jeunes cœurs soient formés dès le principe à connaître Dieu, à le servir et à acquérir ainsi la vie éternelle, fin dernière de l'homme. Pour eux, le plus grand malheur scrait de grandir dans l'indifférence et, à plus forte raison, d'être imbus de cette hostilité religieuse qui se rencontre trop souvent dans ce qu’on appelle, aux États-Unis, écoles publiques. Mais n'oubliez pas que la première école, c’est la famille, qui est aussi le premier sancluaire, où le cœur si

impressionnable de l'enfance se forme à la verlu et à la religion, sources uniques du bonheur temporel et éternel.

Vous me pardonnerez bien, Messieurs, de répondre à votre adresse par un sermon : c’est ce que je puis vous donner de plus précieux ; c’est le cri de mon cœur ; c'est, à mes yeux, la plus belle reconnaissance que je puisse vous témoigner. Et comme tout sermon se termine par une bénédiction, je vous donne la mienne, du plus profond de mon cœur, pour vous, pour vos familles, pour tous les Canadiens qui sont aux Élats- Unis. y

La délégation canadienne des États-Unis fut on ne peut plus satisfaite de cette réception si cordiale, si paternelle, si encourageante, qui couronnait avec tant de bienveillance chrétienne l'ensemble des attentions affectuenses dont elle avait été l'objet dans la vieille cité de Champlain. Elle emporta avec elle dans ses foyers un souvenir impérissable de ces journées de gloire pour la patrie, et un puissant encouragement à se montrer, au milieu des fières nationalités diverses qui couvrent le sol de la puissante république, non moins noblement fière du titre de Canadien, et à poursuivre avec une énergie constante l'accroissement de son influence sociale, au profit de la mission providentielle que Son Éminence a fait briller à ses regards.

Les fêtes cardinalices a: 21 juillet ont été couronnées de la manière la plus brillante par l'illumination générale, non seulemen! de la ville de Québec, mais aussi de toutes les paroisses environnantes, de sorte que, vus du port, tous les alentours jusqu'à plusieurs lieues de distance, élaient resplendissants. On pourrait même dire que les paroisses, le long du fleuve,

entre Québec et Montréal, avaient voulu se joindre à la fête et la prolonger pendant loute la nuit.

Il nous est impossible de donner aux particuliers qui ont fait des frais d’illumination, les éloges qu'ils méritent : il faudrait nommer loule la population, sans même laisser de côlé ceux qui ne partagent pas nos convictions religieuses, mais qui, ce jour-là, ont considéré la création d'un Cardinal canadien comme un évènement d'une importance nationale et se sont joints aux catholiques pour en témoigner leur satisfaction. Le fait est que l'entrain était presque irrésistible, tant il était général et spontané. Nous devrons donc nous borner à donner une idée aussi exacte que possible des grandes lignes et de l'effet général.

Notre Conseil de-Ville a fait nohlement et dignement sa part, puisque les décorations et dépenses d'illumination faites par son ordre et sous sa direction n’ont pas coûté moins de $5,300. De son côté, le Parlement de Québec, avant de se dissoudre, avait autorisé le Conseil Exécutif de la Province à faire toutes les dépenses nécessaires, et celui-ci y a consacré une somme de #4,000. En outre de la généreuse souscription des citoyens et du clergé pour aider l'Archevèché à faire les choses d'une manière digne de la ville catholique par excellence de l'Amérique Britannique du Nord, chacun a rivalisé de zèle, pour son propre compte, et contribué à l’effet d'ensemble en: ornant. et illuminant sa demeure. Ici les plus pauvres ne voulurent pas rester en arrière des riches, et chacun, en proportion de ses ressources, a voulu ajouter ses étoiles à ce firmament scintillant que présenta, ce soir-là, la ville de Québec avec ses environs.

Toute la longue ligne des murs de la ville était dessinée par des torches ardentes espacées de dix pas en dix pas et produisait à distance un très bel effet. Tous les édifices publics, à commencer par l'Hôtel du Parlement, les églises, les immenses édifices de l'Université el des communautés religieuses, étaient illuminés avec un goût exquis et à profusion. Il va sans dire

que Île Palais du Cardinal se distinguait par sa splendide illumination au gaz, faisant briller partout les inscriptions Vive Léon XIII, Vive LE Canin. Beaucoup d'édifices privés présentaient l'aspect de musées élincelants, par les transparents brillamment éclairés qui en ornaient toutes les fenétres ct représentaient les sujets les plus variés, inscriptions élégantes, portraits de Sa Saintelé Léon XIII et de Son Eminence. Les arcs de triomphe avaient tous été disposés de manière à pouvoir être éclairés à l'intérieur et à projeter au dehors non seulement leurs gracieux contours, mais aussi des portraits et des inscriptions choisis et exécutés avec le meilleur goût.

Les rues par lesquelles était passée la procession présenlaient naturellement l'aspect 16 plus brillant ; mais partout, même dans les rues écarlées, même dans les quartiers les plus éloignés de la ville, la démonstration du soir a été généralement splendide, ce qui n’empêchait pas ün certain nombre de beaux magasins, et de résidences particulières de se distinguer encore, même au milieu du déploiement général.

Daus cet entrain universel, la modeste bougie, plus en rapport avec les ressources du pauvre, joua son grand rôle, toujours agréable par la symétrie et l'élégance de sa disposition mais li y eut profusion de lampions aux couleurs mulliples, de lanternes chinoises aux formes gracieuses, d'ornementation au gaz, que l'habileté des ouvriers savaient plier anx dessins les plus délicats. Enfin, comme les étoiles de première grandeur, qui se distinguent dans le firmament sans détruire le magnifique spectacle des astres d'éclat moindre, la lumière électrique, disposée avec largesse, venait ajouter à l'éclat sans détruire l’ensemble. La chute Montmorency, qui nous envoyait celte splendide lumière sur des fils mystérieux et après un trajet de trois licues, contribuait donc elle aussi pour sa part à la grandiose démonstration.

Le port, encaissé au milieu de tous ces feux, n’a pas voulu rester seul dans l’obseurité. Tous les vaisseaux qui s'y

trouvaient élalaient aussi leurs lumières mullicolores. Les bateaux à vapeurs qui devaient partir dans l'après-midi, avaient, comme les couvois de chemin de fer, retardé leur départ jusqu'après dix heures du soir, pour permettre à leurs passagers de jouir du coup d'œil de la fête nocturne, et ils n'ont pas eu lieu de s'en repentir. Il en est résulté que la rade de Québec, vue de la terrasse Dufferin, présentait un mouvement de lumières qui ne contribua pas peu à la beauté de l’ensemble.

Vers 8 heures du soir, lorsque l'illumination fut dans tout son éclat, Son Eminence, accompagnée de Mgr l'Ablégat, ainsi que tous les Archevèques et Évêques, parcoururent en carosse les principales rues de la ville. Les Prélats étaient précédés d’un piquet de cavalerie. La précaution était bonne, non pas pour les défendre contre aucun ennemi, car jamais il n'y a eu plus de tranquillité, mais pour ouvrir un passage au milieu de celte immense foule compacte, qui encombrait toutes les avenues et rendait souvent la circulation presque impossible. Ce n'était pas un des traits les moins caractéristiques de la fête que celte houle humaine, au milieu de laquelle les chevaux et encore plus les voilures (en grand nombre) avaient tant de peine à circuler, et qui cependant ondulait tranquillement sans faire entendre aucun cri au-dessus du ton de la conversation paisible, altendant avec patience quand il devenait impossible de circuler, s'appuyant au besoin sur les chevaux qui semblaient comprendre qu'ils devaient eux-mèmes être doux et patients, riant des petits accidents qu’un tel entassement devait de temps en temps produire, puis se remettant en roule avec la foule ou se frayant un passage au milieu des chavaux el des Voitures là où, dans le jour, on se fût cru en danger d'être écrasé. Les illustres visiteurs purent jouir de ce spectacle, qui n’a pas élé pour eux un des moindres sujets d’admiration dans celte fête unique.

Après avoir parcouru la ville, les faubourgs St-Louis, S!- Jean, St-Roch jusqu’à St-Sauveur, Son Éminence et les Prélats

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qui l’accompagnaient revinrent au point de départ et réussirent, non sans difficulté, à se faire ouvrir un passage jusqu'à la terrasse Dufferin, où, par les soins du Conseil-de-Ville, le kiosque du milieu avait été préparé et réservé pour le Cardinal et sa suite. La plupart des Conseillers de Ville y étaient aussi

On avait choisi le terre-plein nord de la citadelle, qui domine Ja terrasse, pour y faire un feu d'artifice, auquel les augustes Prélats venaient assister.

Le lemps, qui avait été magnifique toute la journée, redoubla, pour ainsi dire, de délicates attentions le soir : température douce, ni trop chaude, ni trop froide, et permettant de rester dehors sans aucun inconvénient ; temps calme, sans vent et par conséquent des plus favorables pour l'illumination. La lune elle-même, qui était à son vingtième jour, ne se leva qu'après avoir permis au jeu des lumières d'atteindre toute sa splendeur, et ne fit que l'accroitre en ajoutant son doux éclat à cette scène féerique,

La fanfare de Saint-Joseph de Lévis, sous la direction de M. F.-X. Dion, avait été chargée de la partie musicale, et elle s’en est acquitté d’une manière admirable.

Mais comment dépeindre l'aspect de la terrasse Dufferin ? Cette terrasse—unique au monde, par sa situalion au haut du rocher de Québec où elle n’est dominée que par la ciludelle ; par sa vue sur un port qui, pour l'ensemble, n'a de rival que le port de Naples ou celui de Constantinople ; par son étendue qui ne présente pas moins de 1400 pieds de front sur le fleuve, —élait le point de rendez-vous de loute la ville. Jusqu'à 94 heures la foule avait parcouru les rues pour jouir du spectacle de chaque illuminalion particulière ; mais en ce moment tout le monde convergeait vers la terrasse.

Plus de 50,000 personnes, hommes, femmes, enfants, s'y trouvèrent bientôt réunies ; et le flot toujours croissant dut se répandre sur les terre-pleins de la citadelle et remplir tous les aboutissants d’alentour. On pourrait presque dire qu'à ce moment la ville resta déserte et offrait une proie facile aux

voleurs, vu qu'à peine resta-t-il quelqu'un pour garder Îles maisons. Mais il n’y avait pas de voleurs! et la police en fut quitte pour faire la parade. Les incendies, si fréquents à Québec, avaient donné dans la journée trois alarmes, dont une fut sérieuse et tout près de la basilique. Mais la brigade du feu, qui avait une brillante illumination à faire le soir, s'élança, pour ainsi dire, avec rage contre l'élément destructeur, l'étouffa dans l'étage où il avait commencé ses ravages et ne lui permit pas d’envahir les autres ; puis elle se hâta de retourner à son poste continuer les préparatifs de sa brillante illumination, qui a excité l'admiration universelle, Persuadé qu'il n'avait pas de merci à attendre de nos vaillants pompiers, du moins ce jour-là, le feu n'osa pas se montrer durant la soirée, dont rien de désagréable ne vint déranger la tranquille splendeur.

lei encore les illustres visiteurs purent admirer, depuis 94 heures jusqu'à 11 heures, que dura le feu d'artifice, cette tranquillité si extraordinaire de toule une immense population, réunie en masse compacte sur un même point, se coudoyant, se pressant, et dont le on ne dépassait pas celui d'une tranquille conversation dans un salon de bonne sociélé. Les enfants eux-mêmes étaient raisonnables : pas de cris, pas même d’espiègleries ! lout le monde était pénétré d'un sentiment de respect religieux.

Quant au feu d'artifice lui-même, il a été un plein succès, par la beauté et la grandeur des pièces et par leur parfaite exécution. Les principales pièces reproduisaient des inscriptions appropriées à la fête du jour, ou des attributs de la dignité de Cardinal. Comme de raison, Sa Sainteté Léon XIII ne fut pas oubliée dans ce déploiement pyrotechnique, où il semble que l'on ait voulu manifester au monde entier, par les symboles les plus éclatants, l'ardente reconnaissance de tout un peuple. Jamais Québec, nous pourrions dire le Canada, n’a vu de feu d'artifice plus beau et plus considérable. Aussi fait-il grandement honneur à noire Corporation, qui en a fait les frais.

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Grâce à la complaisance des bateaux à vapeur et des chemins de fer, un grand nombre de visiteurs purent quitter le soir même pour s'en retourner dans leurs foyers, sans avoir rien perdu de la fête. Ceux qui partirent par bateaux contribuèrent même par là à compléter celle-ci, comme on pourra facilement le constater en Ksant le compte-rendu suivant, fait par un des Zouaves Pontificaux de Montréal}, excursionniste à bord du Trois Rivières. Ce baleau partit de Québec vers 104 heures du soir, ayant à son bord Mgr l'Archevèque de Montréal, un grand nombre de membres du clergé, les zouaves, et des centaines d’autres voyageurs. On lira avec plaisir ce compte-rendu, par lequel nous sommes heureux de terminer la description des fêtes du 24 juillet :

« Jamais plus beau voyage n'a élé fait, {ant sous le rapport de l’entrain général que sous celui de l’ordre qui a régné partout.

» Quant à l'illumination, pas un des excursionnistes ne peut trouver d'expression pour donner une idée de ce qu'ils ont éprouvé à la vue du spectacle que présentaient Québec et Léris.

» C’est surtout quand le Trois-Rivières, en partant, fit un détour jusqu’à Saint-Joseph de Lévis, que l'on put juger de la beauté et de la grandeur du panorama, et un cri d'admiration s'échappa de toutes les poitrines quand on se trouva au milieu du fleuve. Les merveilles de la fète de nuit effaçaient les splendeurs de la fête du jour.

» Toute la ligne des remparts brillait des feux des torches espacées de quinze pieds en quinze pieds. L'Université Laval resplendissait de couleurs diverses lancées par d'immenses guirlandes de lanternes chinoises et par les milliers de lumières ornant les fenêtres de l'immense établissement.

» Les églises, l’esplanade, tous les édifices publics, les maisons particulières, les navires élincelaient. Tout Québec ne formait qu’un immense diamant brillant d'un million de facettes Des centaines de foyers de lumière électrique lançaient leurs gerbes de rayons au-dessus de toute cette masse d'étincelles.

» De l'autre côté du fleuve, la ville de Lévis, rivalisant avec Québec et sortant des ombres de la nuit, s'élevait grande et fière, et mirait ses lignes brillantes dans le Samnt-Laurent qui les reflétait.

» Au loin, Charlesbourg, Beauport, l'Ile d'Orléans, lançaient leurs lumières et mettaient tout l'horizon en feu.

» Les zouaves, voulant à leur tour compléter cette fête, qu'on croirait imaginée par le eonteur des Mille et une nuits, lancèrent un splendide feu d'artifice du pont du Trois-Rivières, et c'est au bruit des détonations des pétards et des pièces pyrotechniques, que le bateau quitta les eaux de Québec pour reprendre la direction de Montréal.

» Sur !"3 deux rives, le même spectacle enchanteur continuait. Les coups de fusil se faisaient entendre partout et les maisons des plus humbles eultivateurs, comme les résidences des riches ciloyens, étaient illuminées à giorno.

» Le pius grand entrain régnait à bord. L'enthousiasme que l'on avait ressenti pendant loule la journée, continuait sur le bateau et tous furent mis à contribution, qui pour chanter, qui pour réciter une poésie patriotique,

» Durant le voyage une adresse de félicitation fut présentée par le comité de régie de l'Union Allet, au capitaine Collette, pour le remereier de la courtoisie dont il a fait preuve pendant l'excursion.

» Bref, les zouaves reviennent enchantés de ee voyage, qui dès maintenant devient un évènement dans notre histoire,»

Les ciloyens du Faubourg Saint-Roch, non contents de Yillumination du 21 juillet, recommencèrent le lendemain. Ayaut concentré sur leur quartier beaucoup de pavillons, dispersés la veille dans toute la ville, ils purent donner à cette illumination un éclat extraordinaire. Il y eut aussi très beau feu d'artifice sur la place Jacques-Carlier. Au reste, même entrain, même enthousiasme, même tranquillité, même expression de bonheur et de satisfaction. C'était plus local que la veille : voilà toute la différence.

Quelques jours plus tard, c'était le tour de la municipalité de Saint-Sauveur, Comme, dans les grands soulèvements de {a mer, il est impossible que le calme se fasse en un instant, de même les splendeurs des fêtes cardinalices n'ont pu disparaître que petit à petit; et pendant plus d’un mois, les lueurs s'en firent voir successivement sur les différents points du pays, magnifique crépuscule du soir, qui appaise les sens et prépare le repos mérité par une noble journée de travail.

Québec avait lieu d'être fier: la vieille cité de Champlain avait noblement fait son devoir. C’est le compliment mérité que lui en ont fait tous les étrangers qui ont été ses hôtes ce jour-là.

Les fêtes de Québec étaient terminées,

Une correspondence télégraphique des ‘plus intéressantes fut échangée, le 21 et le 22 juillet, entre Québec et Rome. Laconique comme toute dépêche télégraphique, cette correspondance cependant dit beaucoup dans son peu de paroles, Elle fait voir combien Notre Saint Père le Pape Léon XHI a été heureux des démonstrations faites à l'occasion de la création d’un Cardinal canadien, et surtout elle nons apportait à tous, heureux témoins de ces fêtes, la Bénédiction Apostolique.

Cette correspondance trouve donc sa place dans ce volume destiné à conserver tous ces glorieux et consolants souvenirs,

TéLÉGRAMME pe Mer Lyncu AU CARDINAL SECRÉTAIRE D'ÉTAT, Québec 21 juillet 1886, Au Cardinal Jacobini, Rome,

Archevèque de Toronto remercie le Saint-Père de l'honneur insigne d’avoir été nommé Délégué du Saint-Siège pour imposer

Ja Barrette au Cardinal Taschereau. Cérémonie imposante, concours de 22 évêques, enthousiasme général, reconnaissance profonde et universelle à Léon XIII.

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