‹ Le premier cardinal canadien [microforme]Chapitre 7 sur 75 · ELZÉAR-ALEXANDRE TASCHEREAU · texte numérisé non relu

ELZÉAR-ALEXANDRE TASCHEREAU

Le Cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau est né à Sainte- Marie de la Beauce, au manoir seigneurial, le 17 février 1820 ; il fut baptisé le même jour par le vénérable Antoine Villade, prêtre français, aussi originaire de Touraine, et qui vint au Canada après avoir failli être victime de la fureur révolutionnaire, en 1793. Le 1° octobre 1828, à l’âge de huit ans et demi, il commença ses études au Séminaire de Québec. En dépit d’un âge qui, pendant toute la durée de ses études, fut toujours beaucoup au-dessous de celui de ses confrères de classe, les palmarés atlestent les succès brillants et les nombreuses couronnes remportées dans son cours classique. Ses compagnons de classe se plaisent à reconnaître les belles qualités qui se manifestèrent dès lors en lui, et qui depuis n'ont

fait que s’accroitre et se développer : amour du travail, piété solide, respect pour la règle et pour l'autorité, aimable gaieté dans les récréations, modestie profonde, douceur et charité envers les égaux.

En 1836, ayant à peine ses seize ans accomplis, le jeune Taschereau terminait ses études, et, le printemps de la même année, il parlait pour l'Europe avec le révérend M. Holmes, du Séminaire de Québec; ce fut en la compagnie de ce savant mentor qu'il eut l'avantage de visiter les principales contrées de l’ancien continent.

Il demeura assez longtemps à Rome, où, le 20 mai 1837, il fut tonsuré de la main de Mgr Piatti, archevêque de Trébisonde, dans la basilique de Saint-Jean de Latran, mére et maitresse de toutes les églises de la ville et du monde.

A la fin de septembre 1837, le jeune Taschereau revint à Québec, où il commença ses études théologiques, qui ne furent pas moins brillantes que ses études classiques, bien que, tout en étudiant la théologie, il professât successivement la Cinquième, la Troisième et la Rhétorique.

Le 10 septembre 1842, à l'âge de 22 ans et demi, il fut ordonné prêtre, à Sainte-Marie de la Beauce, par Mgr Turgeon, alors coadjuteur de Mgr Signaïi. Le Séminaire réclama aussitôt ses services, et lui confia l’enseignement si important de Ja philosophie. IT remplit celle charge difficile pendant douze ans. M. Taschereau avait tout ce qui fait l'excellent professeur : la méthode, l'autorité, la clarté, jointes à la science.

Il se dévoua, en 1847, avec un grand nombre d'autres prêtres, pour secourir les malheureux émigrés irlandais atteints du typhus à la Grosse-lsle ; il y contracta la terrible fièvre, qui le conduisit aux portes du tombeau.

Durant l'année 1851-52, il fut directeur du Petit Séminaire, et, de 1849 à 1854, il remplit les fonctions de préfet des études.

M. Tascherean avait été agrégé au corps du Séminaire dès le 19 octobre 1842. Le 27 août 1849, il devenait membre du Conseil des Directeurs.

J fut l'un des fondateurs de l'Université Laval. Au mois d’août 1854, ils’embarquait pour l'Europe ; il allait passer deux ans à Rome, la cité-mère de la science sacrée, afin de se préparer, par l'étude du droit canonique, à occuper une chaire dans la faculté de Théologie de l'Université Laval, M. Taschereau demeura au Séminaire français de Rome, qui était alors à la deuxième année de son existence ; et il suivit les cours de droit canonique récemment fondés par Pie IX dans le Séminaire romain de l’Apollinaire.

Après deux années d’études sérieuses, M. Taschereau obtint, le 17 juillet 1856, le diplôme de Docteur en droit canonique, à la suite d’un long et brillant examen sur loutes les parties des Décrétales. Les examinateurs furent les professeurs ct docteurs de la faculté, parmi lesquels se trouvaient Mgr Capalli, aujourd'hui Cardinal, et le célèbre professeur Philippe de Angelis, qui a été le plus savant canoniste de son temps dans la ville éternelle.

Le même jour, il partit de Rome pour Québec, où il arriva le 10 août, et fut élu, par ses confrères du Conseil, directeur du Petit Séminaire. Il occupa cette charge jusqu'en 1859, et fut ensuite directeur du Grand Séminaire. Cette même année, 1859, il était nommé membre du Conseil de l'Instruction publique.

En 1860, M. Louis-Jacques Casaunlt ayant rempli la charge de supérieur durant le terme fixé par les règles du Séminaire, il fallut lui donner un successeur. Le choix tomba sur M. Taschereau. On sait que le supérieur du Séminaire est, ex officio, Recteur de l'Université Laval. En 1862, dans les intérêts de l’Université, il accompagna Mgr Baillargeon à Rome. La mort inaltendue et presque subite de M. Casault l'obligea de revenir aussitôt, sans lui permettre d'assister aux grandes solemnités de la canonisalion des martyrs du Japon.

Au mois de novembre 1862, Mgr Baillargeon, autant pour reconnaître les services de M. Taschereau que pour s'assurer le secours de ses lumières et de ses conseils, le nomma vicaire-

général à la grande joie d’un nombreux clergé réuni dans le salon de l’Archevêché,

. En novembre 1864, M. Taschereau reprenait, pour la quatrième fois, le chemin de Rome, où l'appelaient encore les intérêts de l'Université Laval. Les relations nombreuses qu'il eut alors avec les Cardinaux qui composaient la Congrégation de la Propagande, donnèrent occasion à ces princes de la cour romaine de connaitre el d'apprécier ses grands talents et ses précieuses qualités.

En 1866 expirait la dernière des six années au-delà desquelles, d'après les constilutions du Séminaire de Québec, la même personne ne peut plus continuer à remplir la charge de supérieur. On confia de nouveau à M. Taschereau la direction du Grand Séminaire, qu'il exerça pendant trois années.

Tout en occupant les charges dont nous venons de parler, depuis 1856 jusqu’en 1869, M. Taschereau'a presque toujours élé dans l’enseignement théologique, professant soit le dogme, soit la morale, soit le droit canonique.

Réélu supérieur du Séminaire en 1869, il accompagna Mgr Baillargeon au Concile du Vatican, et fut son théologien. A Rome, les évêques de la province de Québec, dans leurs réunions préparatoires aux séances conciliaires, eurent souvent lieu d'admirer la science et la prudence de M. Taschereau.

De retour à Québec, il continua à remplir le poste de Supérieur du Séminaire et de Recteur de l'Université, jusqu’à la réception des bulles qui le créaient Archevêque de Québec, le 23 février 1871. Depuis la mort de Mgr Baillargeon, arrivée le 13 octobre 1870, il administra le diocèse de Québec conjointement avec M. le grand-vicaire Cazeau. Son sacre cemme Archevêque de Québec eut lieu le 19 mars 1871, fête de Saint Joseph, premier patron du Canada, et protecteur de l'Eglise universelle.

Grâce à son amour du travail, à l'esprit d'ordre et à la stricte économie du temps qui président à toutes les heures de sa vie, il a été donné à Mgr Taschereau de suffire à l'administration

de son vaste diocèse, aussi bien qu'à tant d'œuvres et de travaux entrepris et soutenus depuis quinze ans.

Bien que l’archidiocèse de Québec soit loin d’avoir conservé l'immense étendue qu'il avait du temps de Mgr de Laval, il renferme cependant une population bien plus nombreuse, des villes florissantes, de nombreuses paroisses et missions el beaucoup d'institutions de tout genre. De là, pour l’Archevêque, un travail incessant, soit pour répondre aux demandes et aux consultations qui arrivent de tous côtés, soil pour soutenir ou stimuler le zèle des pasteurs secondaires, et développer la piété dans le cœur des fidèles ; soit pour prévenir ou arrêter la diffusion de doctrines condamnables ou simplement dangereuses ; soit aussi pour procéder à l'érection de nouvelles missions ou de nouvelles paroisses. De là, des mandements, des circulaires, des documents purement épiscopaux ou mixtes el des lettres. Mgr Taschereau n'a pas failli à cette lourde tâche. Ses mandements et ses circulaires, au nombre de plus de cent-cinquante, sont d'ailleurs des œuvres magistrales qui ont attiré l'attention et souvent l'admiration de tous les penseurs. En outre de ces écrits solennels, si l'ont veut se faire une idée de l’immensité de la correspondance, toujours sur des sujets importants, qu’il suffise de savoir que les seules lettres enregistrées forment cinq volumes in-folio d'a peu près 900 pages chacun.

Dans un pays relativement nouveau, où la foi est encore si vivace, la colonisation cst nécessairement à l’ordre du jour, mais elle ne saurait marcher sans le concours de la religion. Mgr Taschereau a toujours suivi d'un œilattentif et bienveillant ses progrès, en se faisant le patron des sociétés de colonisation et en fournissant aux nouvelles églises des missionnaires et des curés. Aussi a-t-il eu la consolation d'ériger canoniquement près de quarante paroisses. EL nous pourrions ajouter qu'un bon nombre de concessions ou de cantons, qui, à cause de leur situation ou de leur faible population, ne pouvaient former des paroisses nouvelles, ont été annexés aux anciennes.

Les règles de l'Eglise prescrivent aux évêques la visite, aussi fréquente que possible, de leurs diocèses. L'histoire du Canada nous apprend avec quel soin religieux nos premiers pasteurs ont toujours rempli cette importante obligation. Aussi la visite épiscopale n'a pas cessé d’être l’acte le plus populaire des évêques.

Cette visite n'offre pas, sans doute, de nos jours, les difficultés qui en étaient autrefois inséparables Néanmoins celte tournée annuelle de plusieurs mois, sans interruption, par tous les chemins et tous les temps, ne laisse pas d'être toujours pénible. Quoiqu'il en soit, depuis son intronisation sur le siège archiépiscopal, Mgr Taschereau a fait quatorze visites pastorales et quatre fois le tour du diocèse ; dans ces visites, il a confirmé environ cent mille fidèles.

On le sait, l'archidiocèse de Québec est riche en institutions d'éducation et de charité. Trois séminaires-collèges, où l'instruction secondaire est donnée à une foule d'enfants et de jeunes gens, sont une pépinière qui fournit sans cesse des élèves pour le sanctuaire et des candidats pour l’enseignement supérieur et pour les professions libérales. L'édifice est couronné par l'Université Laval.

Mgr Taschereau a toujours porté un grand intérêt à ces institulions. Nous avons déjà dit ce qu'il a fait au Séminaire de Québec, où il a élé successivement professeur, directeur et préfet des études, remplissant ces différentes charges avee une universelle compétence, et laissant partout des traces profundes de son passage intelligent. Outre une refonte complète des règlements du Petit el du Grand Séminaire, ainsi que des traités d'Architecture et d'Astronomie, on lui doit aussi une histoire inédite du Séminaire de Québec, qui lui a coûté beaucoup de recherches et de travail, très-précieuse ressource pour les historiens futurs.

Cet intérêt, il n’a jamais cessé, après son élévation à l’épiscopat, de le Lémoigner à lous ses séminaires.

28 MGR E.-A. TASCIHIEREAU

À Québec, il trouve, malgré ses occupations, le temps d'assister aux examens des élèves en théologie ; et c'est toujours avec un nouveau plaisir et avec une vive reconnaissance que les élèves le voient présider aux exercices publics du Petit Séminaire, en particulier aux séances de l'Académie St-Denys, qu'il a d'ailleurs lui-même fondée lorsqu'il était chargé de la préfecture des études.

A Sainte-Anne et à Lévis, des visites aussi fréquentes que possible le mettent à même de surveiller ces établissements si précieux el d'en encourager les progrès. Inutile de parler de la protection soutenue qu'il a toujours accordée à l'Université, par ses mandements el même par plusieurs voyages à Rome, dans les difficultés et les embarras que cette institution à rencontrés sur sa roule.

Les communautés religieuses d'éducation et de charité ont élé une des parts chérivs de son héritage épiscopal.

Qu'il nous suffise de mentionner le zèle, le dévouement et la protection dont il a daigné entourer le berceau d’une institution qui lui est spécialement chère, le florissant hôpital du Sacré-Cœur de Jésus, qu'il a vu naître dans la pauvreté et se développer d’une manière étonnante sous la double influence de son action archiépiscopale et du dévouement religieux des dames religieuses et des zélées bienfaitrices de celle maison.

Les ordres religieux sont, dans l'esprit de l'Eglise, les auxiliaires presque nécessaires du clergé séculier. Nous avions déjà dans l'archidiocèse deux de ces précieuses communaulés : les RR. PP, Jésuites et les RR. PP. Oblats de Marie fnimaculée. Sous le règne de Mgr Taschereau, l’archidiocèse s’est enrichi de la congrégation du Très Saint Rédempteur, qui occupe les deux résidences de Sainte-Anne-de-Beaupré, ct de l’église Saint-Patrice de Québec, Ajoutons aussi l'introduction des Frères du Sacré-Cœur de Jésu:, des Clercs de Saint- Viateur et des Frères de Saint-Vincent de Paul.

Si Mgr Taschereau a vu, malgré les obstacles, le succès couronner ses vues et ses entreprises, il le doit, non-seulement

à sa capacilé, mais sans aucun doute aussi à sa piété et à son amour envers Notre Seigneur Jésus-Christ. N'oublions pas qu'à peine monté sur le siège épiscopal, il généralisait, dans tout le diocèse, la belle et touchante institution des Quarante- Ileures perpéluelles. Aussi Dieu a-t-il béni jusqu'ici le règne de son serviteur fidèle.

Son épiscopat a été marqué par la présence de deux délégués du Saint-Siège, Mgr Conroy et Mgr Smeulders, venus pour régler des difficultés pendantes. Dans les deux circonstances, Mgr Taschereau a vu ses idées recevoir la plus haute approbation de la cour romaine.

C'est sous son règne aussi qu’a eu lieu le fameux deuxième centenaire de l'érection du siège épiscopal de Québec. On se rappelle les splendeurs de ces fêtes qui avaient amené de tous les points de l'Amérique du Nord tant d'évêques, aussi étonnés qu'heureux de constater l'existence d'un pays si franchement religieux.

Enfin Mgr Taschereau a été l’un des plus zélés préconisateurs de l’enseignement de St Thomas, dont il encouragea l’application au Séminaire de Québec, même avant la lettre pontificale en faveur de la méthode du Docteur Angélique.

Avouons-le, si le Canada pouvait avoir quelque prétention à l'insigne honneur que vient de lui faire le Souverain Pontife, les circonstances élaient singulièrement favorables, puisque le siège métropolitain de Québec était occupé par un homme dont la vaste intelligence, la science profonde et la vertu solide offraient au choix du Saint-Père un sujet tout-à-fait digne de revêtir la pourpre cardinalice, cette haute dignité n’élant que la récompense d’une vie pleine de mérite.

Aussi l'élévation de Mgr Taschereau au rang de Prince de l'Église a suscité autour de son nom un concert d'approbation dont pas une note discordante n’est venue briser l'harmonie. La presse toule entière, protestante comme catholique, n'a eu qu'une voix pour applaudir au décret pontifical et faire l'éloge de Son Éminence le Cardinal Taschereau.

L'élévation de Mgr Taschereau au rang de Cardinal a été saluée avec bonheur, non-seulement par les catholiques, ce qui va sans dire, mais aussi par la population protestante du Canada. Ce fait, qui montre les rapports de courtoisie existant entre les deux populations destinées à vivre côte à côte sur le même territoire, est de nature à surprendre ailleurs, bien qu’il nous paräisse naturel au Canada; et il est assez caractéristique pour que nous croyions devoir le signaler ici d'une manière spéciale.

Parmi les personnes les plus empressées à venir féliciter Son Eminence sur sa promotion, on a remarqué avec le plus grand plaisir les dignitaires de l'Eglise anglicane, les évêques protestants de Québec, de Montréal et de Niagara. Dans les Chambres législatives, les protestants se sont cordialement unis aux catholiques pour témoigner la joie que leur causait cette promotion et l'importance qu’ils y attachaient relativement au Canada politique tout entier.

D'illustres visiteurs, passant en Angleterre, ont constaté avec bonheur l'existence d'un sentiment analogue dans les classes instruites de la mère patrie, et l'intérêt qu'elles prenaient à la nomination du nouveau Cardinal.

La presse anglaise protestante s’est faite l'écho spontané de ces sentiments de sympathie,

Comme souvenir, et aussi comme acte de reconnaissance, nous croyons devoir reproduire ici la traduction des articles des principaux journaux protestants de Québec et de Montréal.

Dès le 11 mars, le « Morning Chronicle » de Québec disait :

« Nous croyons tenir de bonne source que Sa Grâce l’Arche- » vêque Taschereau, de ce diocèse, va être élevée au rang de » Cardinal, —Prince de l’Eglise,—par Sa Sainteté le Pape. » Cette nomination ne peut manquer de plaire à tout le pays, » etelle est bien méritée. Protestants et catholiques sont » unanimes dans leurs sentiments de sympathie envers le

L » noble Archevèque, dont les talents, la science et l'habileté » administrative sont connus etappréciés dans tout le Dominion. » Cette promotion est en même temps un insigne hommage au » Canada, et nous prions Son Eminence de vouloir bien agréer » nos félicitations. Espérons qu'il vivra longtemps pour jouir » de l’honneur et de la dignité de sa haute position. »

De son côté, le « Budget » de Québec, du 19 mars, s’exprimait ainsi :

« La nouvelle que l'Archevèque Taschereau de Québec va » être nommé Cardinal semble être confirmée par les félici- » tations de la presse locale française d'hier soir. Nous » concourons cordialement à ces félicitations et nous saisis- » sons celle occasion pour ajouter, en notre propre nom, » que l'élévation de Sa Grâce à la pourpre romaine et son » entrée dans le Sacré-Collèg» ne sont pas seulement des » honneurs bien mérités, mais qu’elles sont la récompense et » le couronnement d’une carrière exemplaire autant que distin- » guée, et une réponse à propos aux détractions et aux » persécutions dontila été si longtemps l'objet. Un évènement » de la nature de la création d’un Cardinal Canadien caractérise » une époque et ouvre une nouvelle ère dans notre histoire. » Il ne donne pas seulement un nouveau lustre et une plus » grande importance à l'Eglise du Canada, mais pour la » première fois il lui donne une voix directe dans le choix de » ceux qui doivent s'asseoir sur la chaire de St Pierre. C’est » aussi une heureuse rencontre que le premier ecclésiastique » Canadien choisi pour une si éminente position, soit un homme » d’un aussi irréprochable passé et d’une aussi grande largeur » de vue que Sa Grâce de Québec... Qu'il nous suffise » d'ajouter que, s’il a souffert, sa récompense est compara- » tivement d'autant plus grande. Aussi le pays tout entier, » sans distinction de races ou de croyances, s’en rejouit-il de » tout cœur. Administrateur sage et prudent de son diocèse, » homme d’un caractère inaltaquable, doux quoique ferme, » d’un aspect sévère, et cependant aussi sensible qu'un enfant,

» l'absence chez lui de tout fanatisme en même temps que ses » idées larges en face des progrès du siècle, l'ont rendu cher » à loutes les classes et ont fait respecter son nom d'un bout à » l'autre de la confédération.»

Enfin le « Montreal Gazette» disait à la même date, 19 mars 1886 :

« La promotion de l'Archevèque de Québec à la position et » à la dignité de Cardinal, est un honneur auquel le Dominion » tout entier, sans distinction de croyance ou de race, doit » être fier de participer, Depuis l'époque où, il y a deux » siècles, le premier prélat qui a occupé le siège du nonveau » Cardinal, était investi de l'autorité épiscopale sur la Nuuvelle- » France, aucun évènement d’une aussi haute importance n'a » signalé les annales ecclésiastiques du Canada. Du reste, » quant à conférer un aussi insigne honneur, le Saint-Siège ne » pouvait faire un choix mieux approprié. Sa Grâce, qui appar- » tient à une famille distinguée sous bien des rapports, s’est » acquis par son propre mérite l'estime de toutes les classes » du pays. Homme d'un profond savoir, de vues larges, d’une » habileté d'homme d'état, il a occupé, avec autant d'avantage » pour la société que pour l'église, un siège déjà illustre par une » longue suite de prédécesseurs doués de mérites divers. Ce » n’eùl certainement pas été une chose inconvenante que » Québec, titulaire du premier diocèse de l'Amérique du Nord, » fût choisi pour inaugurer le cardinalat de ce côté-ci de » l'Atlantique. Mais le clergé canadien serait le dernier à » se plaindre du fait que le vénérable défunt Archevêque » McCloskey ait eu la priorité. Le sentiment général était que » le Canada ne serait pas longtemps laissé de côté, et l’évène- » ment vient de le justifier d’une manière qui rend la faveur » doublement agréable, Au nom de Monseigneur Taschereau » se trouve joint celui de l’Archevêque Gibbons, de Baltimore, » l'un des ecclésiastiques Catholiques Romains les plus respectés » aux Etats-Unis.

« Quand, il y a quelques années, un Américain fut élevé pour la première fois à ce haut rang, qui n'est inférieur qu'à la Papauté elle-même, cet honneur fut regardé comme un hommage à la nation, et Loute la presse du pays fut unanime à féliciter les États-Unis de cette insigne distinction. La promotion de Monseigneur Gibbons, tout en étant agréable au sentiment populaire, manquera cependant de ce prestige de la nouveauté qui était l'apanage de celle du Cardinal MeCloskey, Mais au Canada, c'est pour la première fois que nous avons un prince de l'église, né sur notre sol, jouissant de sympathies nationales, en un mot, l’un d’entre nous. A so rang de Métropole, notre ancienne Capitale ajoute une splendeur nouvelle en harmonie avec sa primauté historique sur ce vaste continent. Et si, pour les fidèles enfants de celte Église dont l’Archevèque Taschereau est le premier pasteur, la dignité qui est conférée à Sa Grâce est une récompense de leur longue et persévérante fidélité, ne peut-on ‘as dire aussi que, pour nous comme pour eux, pour le peuple du Canada pris en masse, celte promotion est une flatteuse indication de notre importance croissante comme nalion, aussi bien qu'une marque de confiance encourageante dans le brillant avenir qui nous attend ? A ce point de vue, la nouvelle qui vient de produire une si universelle satisfaction est une reconnaissance du rang qui est dù au Canada dans la fraternité des nations et un avantgoût des grandes destinées qui lui sont réservées.»

Le RS … .

Page 1