ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC
Sur le peuple a passé comme un soufle d'ivresse, Le pays tout entier tressaille d’allégresse, Et l'antique cité Eclate en bruits de fête, et de feux se couronne ; Dans l’ombre de la nuit, son front au loin rayonne D'une vive clarté !
Comme jadis, Québec, sur ton fier promontoire, Quelque guerrier a-t-il enchaîné la victoire À son char triomphal ?.… Est-ce un libérateur que la patrie acclame ?
Est-ce pour un Champlain cette ardeur qui t’enflamme ? Est-ce pour un Laval ?
A tous ces noms bénis, que la gloire éternise,
Selon qu'ils ont servi la patrie ou l’église, Divers honneurs sont dûs.
La valeur au héros donne la gloire humaine ;
Mais l’auguste splendeur de la Pourpre Romaine Est le prix des vertus.
Mon pays, pour chômer la fête solennelle, Du génie endormi rallume l’étincelle.
Artistes, vos pinceaux !
Que toute âme, vibrant aux accords d'une lyre, Cygne ou colombe, chante, en un pieux délire, Les hymnes les pius beaux.
Au concert matinal tout chantre ailé se mêle ;,
Tout brin d'herbe au gazon prête sa tige frêle. Sur les rocs entr'ouverts
Perlent les gouttes d’eau qui composent la source ;
Puis le ruisseau joyeux les porte dans sa course Vers l’abîime des mers.
Ainsi, bardes, chanlez ces noms qui nous ravissent ; L'église et la patrie ensemble les bénissent Dans un égal amour : De Laval, Saint-Vallier, Plessis !.. sainte phalange ! Taschereau ! c’est pour toi le concert de louange Qui résonne en ee jour !
Lorsque depuis longtemps le ciel est noyé d'ombre, Et que l’astre soudain, perçant le voile sombre, Montre un front radieux, Alors du laboureur s’anime le courage ; 11 chante le rayon qui dissipe l'orage, Et réjouit les yeux.
Oui, siège de Québec, tu connus les orages !
Faible d’abord, tu fus plus tard, sur nos rivages, Comme un chène géant :
Tu bravas la tempête au sinistre murmure ; Tu grandis sous ses coups. aujourd’hui ta ramure Ombrage un continent.
Qui, pendant deux cents ans, ta gloire fut cachée ; Mais ta cendre, Ô Laval, à la tombe arrachée Va monter sur l’autel ; Et le digne héritier de ton zèle héroïque Se revêt, aux regards du monde catholique, D'un honneur immortel !
De Laval mendia ses droits comme une aumône ; Saint-Vallier combattit ; Plessis au pied du trône Plaida sa liberté ; Mais ces jours ne sont plus : à l'honneur de l’Église, L'État devant celui que Rome immortalise Dépose sa fierté,
Laval et Taschereau, dans un nimbe de gloire,
Vos noms scintilleront, au ciel de la victoire, De feux toujours nouveaux.
Laval ! hardi nocher, tu lanças la nacelle !
Taschereau ! que de fois, marin sûr et fidèle, Tu la sauvas des flots !
Pilote infatigable au sein de la tourmente,
Des autans déchaînés et de l'onde écumante Tu défias l'effort !
Ton âme, de science et de vertu nourrie,
Guide, en ces jours d'erreur, l’autel et la patrie Vers le calme du port.
Pendant que l’orphelin en {oi chérit un père, Le collège naissant et.le vieux séminaire Trouvent un protecteur.
Ton temple s’ennoblit du nom de Basilique, Et l’Université, phare de l'Amérique, Te nomme son:sauveur.
Du uéfricheur, perdu dans la forêt immense, Que de fois tu soutins de {a munificence Le pénible labeur !
Que de fois, dans les bois, seuls témoins de lon zèle, S'éleva par tes soins la rustique chapelle Au ton consolateur !
Ah ! lorsque vous priez, colons, dans voire église,
Que pour lui tous vos vœux sur l'aile de la brise S'envolent désormais !
Et vous, clochers, vibrant dans les sombres vallées,
Aux échos de nos monts, par vos douces volées, Redites ses bienfaits.
De sa lèvre, abreuvée à la source divine,
S’épanche sur le peuple une pure doctrine, Aliment de la foi.
Son regard est fixé sur la barque de Pierre,
Et la voix de son Chef, boussole tutélaire, Est son unique loi.
0 Pontife Romain, ton auguste parole Eclaire l'univers de l’un à l’autre pôle, Du Levant au Couchant.
Verbe imprégné d'amour, de force el de génie, Desecendu sur nos fronts, de la sphère inânie, Que ton soufle est puissant !
Comme un aigle, là haut tu planes sur le monde, Que ranime l'effort de ton aile féconde.
Tu passes sous nos cieux :
Soudain notre pays, à peine à son aurore, Devant le Cardinal que ta faveur honore Prosterne un front pieux.
0 Canada, fidèle à la foi de tes pères, La religion fut, en des jours moins prospères, Souvent ton seul appui.
Tu te laissas guider au gré de sa boussole :
Regarde ! c'est sa main qui pose l'auréole A ton front aujourd'hui.
Garderas-tu toujours cette foi qui t'anime, Ei qui vers l'avenir soutient ton vol sublime, O Canada chéri ?
Un sang pur avec Dieu scella ton alliance :
Voilà le doux penser qui verse l'espérance À mon cœur attendri.
Muse, ta voix expire ; en repliant ton aile, Du Cardinal redis la bonté paternelle :
Il fut notre pasteur.
En nous disant adieu, par un bienfait suprême, Il mit et nous donna, dans un autre lui-même, Son âme et tout son cœur !
Malbaie, 20 juillet 1886.
E. Decamanre, Ptre.