‹ Le premier colon de Lévis [microforme]Chapitre 30 sur 33 · PE ANS · texte numérisé non relu

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Couture pût saluer dans le presbytère, construit depuis quatre ans, le curé résidant qu’il appellait de ses vœux depuis 1675. Celui-là n'était pas le premier venu, car Philippe Boucher, fils du gouverneur des Trois-Rivières, appartenait à une des familles les plus distinguées du pays.

Depuis le jour où le vaillant pionnier était venu planter sa tente sur la rive déserte de la Pointe de Lévy, la solitude s'était peuplée.

La ligne des forts du Richelieu, le poste avancé de Montréal, le régiment de Carignan, un avant-garde de sauvages chrétiens jeté sur les bords de la rivière Chaudière avaient tenu l’Iroquois en respect. Le colon plus en sécurité avait défriché la côte sud.

Autour de l’église qui s'élève, les maisons se groupent, le village se forme, la population augmente. Le temps des luttes incessantes est passé, c’est le tour du laboureur.

Chaque année nouvelle apporte de nouveaux censitaires à la seigneurie.

Le dénombrement nominal de 1681 donne à

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la côte de Lauzon une population de 295 âmes : avec à peu près 508 arpants de terre sous culture. Chaque famille possède un fusil et un pistolet, Cette simple indication du recensement peint la vie toute de luttes des premiers colons. Un plan du gouvernement de Québec, qui fut dressé entre les années 1685 et 1709 par le lieutenant des troupes Decalogne, nous montre que toutes les terres qui bordent le fleuve étaient alors défrichées ?.

Le vaillant Couture, âgé de 64 ans 3, a vu sa famille s'augmenter. Il ne peut plus, maintenant comme autrefois, entreprendre au service de son roi de longs et pénibles voyages. S'il veut pourvoir à la subsistance de ses nombreux enfants, il lui faut surveiller son exploitation.

Dans les manuscrits qui nous ont été conservés, les intendants et les gouverneurs harcèlent les ministres de demandes de faveur.

Chacun fait valoir ses mérites. Les uns, énumè-

1 Ce dénombrement n'est pas exact. Un état des cures et missions que l’ou peut faire en Canada, dressé en 1683, donne à la côte de Lauzon 52? âmes. {Manuscrits de La Nouvelle-France, p. p. 307, 308.

2 Manuscrits de la bibliothèque d'Ottawa.

3 D'après le recensement de 1681 et l'abbé Tanguar.

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rent leurs blessures et leurs longs travaux et demandent la croix de Saint-Louis, les autres aspirent à Ja capitainerie ou veulent une lieutenance pour leurs fils. Les vieux désirent des pensions, les jeunes espèrent des appointements ',. Cette course au clocher se continue d'année en année. Certes, plusieurs de ces avides chercheurs, pour leurs actions d'éclat ou des coups d’audace heureuse, méritaient récompense, mais combien d’autres, avec une médiocrité sage et intrigante, triomphaient du vrai mérite qui se cache ? Couture, l'interprète pendant plus d'un demi-siècle de la farouche nation iroquoise, l'ambassadeur qui traite de puissance à puissance, le compagnon des missionnaires et des découvreurs, ne demande ni l’anoblissement, ni de grandes concessions.

Ses anciens camarades, les voyageurs-interprètes, ont obtenu les faveurs du pouvoir.

Godefroy a reçu des lettres de noblesse. Marsolet, Joliette, Nicolet ont eu de larges octrois de terre. Le bon Guillaume s’est contenté de son petit domaine de la Pointe de Lévy. En vertu des privilèges accordées par le roi aux

1 Souvenez-vous que tous les hommes demandent des places. On ne consulte que son besoin, et jamais son talent. (Paroles de Napoléon E°* à Fontanes),

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découvreurs, Couture, qui avait le premier pris possession de la baie d'Hudson, aurait pu prétendre à un titre nobiliaire. Godefroy était devenu lesieur de Linctot,de Tonnancour, Joliette, sieur d'Anticosti. Couture, au recensement de 1681, prend le titre modeste de charpentier. La seule faveur qu'il obtint, peut-être, pour tous les services qu'il avait rendus, fut la pension annuelle de 300 livres que le roi accordait aux habitants qui avaient donné dix enfants à leur

pays ‘.

Couture, jusqu’à sa mort, parait avoir exercé les charges importantes que ses concitoyens lui avaient confiées. Il sut justifier l'opinion avantageuse que l’on avait conçu de son intelligence et de sa sagesse.

La charge de juge d’une seigneurie n’était pas une sinécure. [l fallait décider les contestations, présider aux inventaires, apposer les scellés, remplir l'office de nos coroners d’aujourd’hui, Et, c’est ne chose connue, il régnait

1 Par l'arrêt de 1670, le roi accordait aux habitants qui auraient 10 enfants vivants, non prêtres, religieux ou religieuses, une pension de 300 livres par an, et à ceux qui étaient père de |, une pension de 400 livres. A tous les garçons qui se marieraient à vingt ans et aux fiancées de 16 ans et au-dessous il donnait à chacun 20 livres le jour des noces, ce qui était appelé le présent du roi

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alors un esprit de chicane assez remarquable. Nos ancêtres, venus pour la plupart de Normandie, voulaient conserver la réputation de plaideurs, acquise aux Normands de temps immémorial', Que faire per it nos longs hivers à moins de plaider ? L'on s'acquittait de son devoir, paraît-il. Un chercheur de statistiques nous dit, par exemple, que du 26 septembre 1663 au 23 août 1664, il n’y eut pas moins que 424 causes dans la seule juridiction de Québec, pour une population d'à peu près 1500 personnes. C'est-à-dire qu'il y eut presque un procès pas quatre habitants ?.

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La justice, sans doute, se ren d'une façon paternelle. Mais, avec une autorité aussi étendue que celle qu’ils possédaient, les juges pouraient parfois ignorer la loi et oublier l'équité. Les plaideurs en appelaient souvent de leurs sentences au conseil Souverain, Nous pouvons dire que les justiciables de Couture semblent avoir été satisfaits de son administration, En effet, on trouve aux registres du conseil qu’une seule plainte contre lui. On laccusait d’avoir

1 S'il faut en croire la légende, nos braves cousins normands font suivre, dans la prière du soir, l'oraison dominicale de l'invocation suivante: Mon Dieu je ne vous demande pas de bien, mettez moi seulement à côté de quelqu'un qui en possède. Ceci doit être une vilenie de parisien.

2 Dans la Minerve du 16 août RSA.

surchargé les frais dans une enquête qu'il

avait été obligé de tenir sur le cadavre d'un nommé Nicolas Pré, fils de la femme Rochon, trouvé dans les bois, près de la rivière Etchemin. Le conseil déclara que Couture était à l'abri de tout reproche :,

Guillaume Couture déposait la toge de juge pour prendre le commandement de la milice.

En sa qualité de capitaine de la côte, les proclamations et ordonnances du gouverneur lui étaient adressées, Il les devait faire lire et afficher aux portes des églises et les mettre à exécution. Cet officier commandait encore les corvées, présidait aux dénombrements, surveillait les travaux des chemins, convoquait les assemblées des habitants.

À ces charges importantes, Couture ajouta encore, s’il faut en croire un acte trouvé au greffe de Metru, l'office de notaire ?.

L'année même où Couture saluäit le premier

1 Arrêt du 26 août 1674, vol. II.

2 Greffe de Nicolas Metru—16 Nov. 1684—-Jean Durant vend à Etienne Charest un certain terrain lui appartenant en vertu d’un contrat passé devant Mtre Guillaume Couture, lors notaire, en date du 17 octobre 1665.—On ne trouve cependant au greffe des notaires aucun des actes de Couture.

curé résidant de la Pointe de Lévy, avait lieu l'attaque de Phipps contre Québec.

Après avoir tenté en vain une descente à Beauport et à l’anse des Mères, les Anglais essayèrent d'aborder à la côte de Lauzon. Les Canadiens qui sy tenaient en embuscade les repoussèrent vigoureusement. À la Pointe de Lévy, comme à la Rivière-Ouelle et à Beauport, les miliciens firent leurs devoirs. Guillaume Couture, alors âgé de 78 ans, entouré de ses fils, devait se trouver à la tête de ceux qu'il avait si longtemps commandés. Le vieillard et l'enfant dans ces temps chevaleresques se coudoyaient sur les champs de bataille, A Beauport, Juchereau de St-Denis, âgé de 60 ans, commandait ses censitaires. Le vieux Coutur:

dut faire parler éloquemment les quatre fusils que lui donne le recensement de 1681.

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Au reste, l’ancien voyageur était encore plein de vigueur. On le voit régulièrement assister aux sépultures, aux mariages, aux naissances de ses proches et de ses amis. Sa signature dénote une main ferme. Les spirales du paraphe sont aussi déliées, aussi sûres que celles inscrites, plus d’un demi-siècle avant, sur la donation de biens à la vieille mère. La belle écriture

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ft moulée de l’un des fils, Charles Couture, que l’on retrouve aux vieux registres paroissiaux, prouve que le juge sénéchal avait trouvé moyen

L à de donner à ses enfants une bonne instruction. ais ; Les Le 13 juin 1695, l’on trouve le nom de les Guillaume Couture pour la dernière fois «ux de registres. Il assiste au mariage du cadet de au- | ses enfants, Joseph-Odger Couture, avec Jeanneail Marie Huard, fille de Jean Huard, procureur de fiscal de la seigneurie. Parmi les invités de la u’il noce,on voit Charles Couillard, écuyer, seigneur L'et de B:aumont, Etienne Charest qui devait plus ou- tard acheter la seigneurie de Lauzon, Nicolas me Metru, notaire et greffier de la sénéchaussée n5, seigneuriale. On qualifie encore Guillaume #: Couture de juge de la côte. Il eut pour succesils : seur Jacques de la Lande, un riche propriétaire de pêcheries du golfe, un des sociétaires de Joliette, et qui avait épousé la veuve de in François Bissot.

On ne peut retracer la date précise du décès re de Couture. L'abbé Tanguay et l'abbé Ferland he le font mourir en 1702. Comme l’on ne trouve ni à Québec, ni à Lévis, ni aux environs, son acte de sépulture, on doit supposer que la date donnée par ces deux autorités est approxima-

tive. On ignore pareillement l’année où mourut Joliette,

On trouve au greffe des notaires, en 1702, l'indication d’un inventaire des biens du sieur Cousture,peut-être s’est-on appuyé sur cette note. D'après les manuscrits d temps, on voit que la petite vérole fut si vioisnte à Québec, en 1702, qu'il y mourût environ le quart des habitants !. Couture fut-1l emporté par cette maladie contagieuse, c’est ce que nous ignorons. Son corps repose sans doute dans le vieux cimetière de la Pointe de Lévy, sous les morts de deux siècles, à côté de sa fidèle épouse, Anne Aymard, qui l'avait précédé de deux ans dans la tombe (le 15 janvier 1700.) Le vieil immterprète, celui qui avait le premier conclu un traité avec les barbares Iroquois, mourait un an après la conclusion de la grande alliance qui se fit à Montréal, sous de Cailières, entre tous les sauvages. Pour l’accompagner dans les pays de chasse de l’autre monde, deux des chels les plus renommés des tribus indiennes, Kondiaronk et Garakonthié, mouraient à peu près en mêine temps que lui.

Nil faut en croire l'abbé Ferland, Couture

1 MLainuscrits de la Nouvelle-France, t. 1, p. 605.

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1702, sieur note.

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était âgé de 94 ans. L'abbé Tanguay lui donne l’âge encore respectable de 85 ans.

Ce vénérable patriarche, chargé d'années et de mérite, sendormait laissant après lui dix enfants, trente-neuf petits enfants et cinq arrière-petits enfants.

“ Les noms de Couture, de Goupil, de Brigeart, de Lalande et de cent autres, nous dit l'abbé Tanguay :, rappelleront toujours le courage de ceux qui combattaient pour la vérité aux premiers siècles de l’église. La religion, plus riche que l’état, récompense tous ceux qui se sacrifient pour elle. À ceux-ci, elle décerne Ja couronne des martyrs; à leurs enfants, aux autres parents, elle laisse une gloire qui brille encore après plusieurs siècles.”

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La descendance de Couture s’allia aux meilleurs partis. En groupant les noms, on trouve rassemblés par les alliances : Couture, Nicolet, Marguerie, Olivier le Tardif, Marsolet. Ceux qui avaient couru ensemble les mêmes dangers sentalent naïître entre eux des sympathies qui ne pouvaient plus se rompre. L'amitié contractée au milieu des bois se continuait au foyer, dans les relations heureuses de Ja vie domestique.

L'aîné des enfants de Couture, Jean-Baptiste, né en 1650, se maria à l’Ange-Gardien avec Anne Marette. Il paraît s'être établi dans l'ile d'Orléans.

Anne, née à Lévis le 22 janvier 1652, baptisée à Québec le 10 avril, eut pour parrain M. de Repentigny, lieutenant du gouverneur de la Nouvelle-France, et pour marraine Anne Desprez, l'épouse du grand sénéchal Jean de Lauzon. Elle épousa en 1669, jean Côté, qui avait eu pour mère une des filles d'Abraham Martin dit l’Ecossais, pilote royal, un des premiers propriétaires à Québec. Martin a eu l'honneur de

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léguer son nom au champ de bataille où se rencontrèrent les armées de Wolfe et de Montcalm : les Plaines d'Abraham. Une des filles d'Anne Couture fut religieuse hospitalière sous le nom de mère saint Paul. Son fils ainé, Jean-Baptiste

Côté, devint seigneur de l'ile Verte.

Le troisième des enfants de Couture, Louis, est né en 1654. Les registres ne mentionnent que son baptême. Marguerite, née en 1656, épousa Jean Marsolet, un des fils du célèbre interprète Nicolas Marsolet.

L’époux de Marguerite Couture était sieur de Bellechasse. Il a donné son nom à cette partie de la côte du sd du Saint-Laurent, aujourd’hui Berthier de Bellechasse. Marguerite Couture est morte en 1690 sans laisser de postérité.

Marie, née en 1658, épousa en premières noces (1678) François Vézier dit Laverdure qui mourut en 1683, le 7 juin, sans laisser d'enfants. Vingt-et-un jours après la mort de Vézier, Marie Couture épousait Claude Bourget, bourgeois de Québec.

Charles, né en 1660, épousait en 1690, Marie

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