TIRE DE MOSCHUS
Muse, dis comme Eros médita, pour trop s'être A des jeux inhumains malignement complu, D'être second à l'homme aux besognes champêtres, Pour en pain lui payer les maux par lui qu'il eut. En sa dextre ayant donc la gaule à triple pique Enté, le grave Eros prend un couple de bœufs, Puis, au joug (qui plaignaient qu'un destin ironique Sous un frêle enfançon courbât leurs fronts belliques) Les ayant à huit tours liés, noirs et honteux.
Du même poing moqueur qui menait Zeus lubrique,
Il les mène, meuglants, par des prés tout pierreux.
Mais en vain leur pied tors saigne au trident féroce
Et leur col impuissant va son arc tendre en vain,
Et la sueur en vain était haute à leur robe
Et pour rien, véhément, tonnait le fouet divin :
Soit malice d'un sol ami des seules pierres,
Soit peut-être inexpert le beau bras qui gourmait.
Amour, alors, le grave Amour où la matière
N'eut jamais autre part que celle qu'il permet,
L'irréplicable Amour somma de telle fière
Voix celui que sa main (seul grand soit- il !) soumet :
Zeus, mon maître et mon père, et Zeus aussi mon souple
Jouet, fais que ces boeufs dont ici j'ai le couple
Au labour dédié de ces prés miséreux.
Voient s'ouvrir sous leur pas le sol tenté par eux,
Et que, haute d'épis, la jaunissante plaine
A mon fer rende en pain l'amour dont elle est pleine.
Considère autrement que mon juste dépit
Peut, s'il lui plaît, te rendre aux quatre pieds d'Apis
Et que ton front par moi peut de nouveau pousser
La corne qu'enchaînait la fille que tu sais,
LES SYLVES ET LES ÉPIGRAMMES Io3
Pour, de son arc esclave, augmenter cette paire. Toi, des Dieux, de moi-même, et le maître et le père !
Muse ! conte comment, à ces paroles vives, Le sol soudainement s'amollit sous les boeufs.