Le premier moteur et la nature dans système d'Aristote;
Le but (le Fessai qo*on va lire est de reconstruire d'abord d'après les textes, et d'apprécier ensuite la doctrine d*Aris-
totesur le premier moteur et sur la nature.
La première et la plus graude difficulté de cette étude consistait à ne céder que dans une juste mesure à Fadmira* tion qu*excit^ toujours la lecture du XIP livre de la Métaphysique. Là^ en effet, le dieu d*Aristole apparaît comme une cause véritable, comme un moteur immuable qui est à la fois If bien, Tordre et le but du monde , et auquel, tout émus d amour pour son absolue beauté, sont suspendus le ciel et toute la nature. N'est-ce pas là parler divinement de O Dieu ? li 'est-ce point ia Providence elle-même et le pàre de ^ Tunivers qu'annoncent die si religieuses expressions et que <>s célèbre un si magnifique langage?
^ Non, telle n'est pas la pensée d'Aristote, et il n'est nullement téméraire d'afBrmer qu'il ne l'eût point avouée. Il a pu se méprendre sur le sens de certains mots et, en dépit de son système tout entier, s'imaginer que son Dieu était réellement i^ne cause, une substance et un être vivant. Mais c'est à son escient qu'il a refusé au moteur immobile la connaissance de tout ce qui n'est pas lui : c'est (bms le desseni étrange, mais déclaré, de le rendre plus grand, qu'il a 6ré à Dieu la providence.
Comment mettre en pleine lumière ce point si délicat et si controversé? Comment éviter Técueil des interprétations précipitées et arbitraires, et réduire à sajuste valeur la Théodicée d'Aristote? Il n'en était qu'un moyen : c'était de chercher à travers tous les détours du système immense dont
la Métaphysique n'est que la conclusion, quelle est la part qui revient à la nature et quelle est celle qui revient au premier moteur daus la production de chacune des formes de Fétre et de la vie.
Or, d'après Aristote, toutes les formes de la vie et de Tétre se ramènent à deux : le mouvement et la pensée. Le mouvement est de quatre espèces. Ily a : i" le mouvement de génération qui a lieu dans la catégorie de Tessence; i^'U' mouvement d'altération qui a lieu dans la catégorie de la qualité; 3*^ le mouvement-d'accroissement et dedécroissement qui a Ken dans la catégorie de la quantité; 4** le mouvement de translation qui a lieu dan^ la catégorie de l'espace. De plus, quand il y a mouvement, ce qui se meut c'est ou un élément, ou uu corps inanimé, ou une plante, ou un animal, ou un astre, ou le monde tout entier. Ainsi quiconque se propose de déterminer au juste le rôle de la nature dans le système d'Aristote, doit rechercher en quoi la nature est le principe de la génération, de l'altération, de raccroissement et de la tran^ilation dans chacune des espèces d'êtres qu'embrasse l'univers. Delà une analyse laborieuse, très-détailiée, et qui paraîtra un peu longue, mais qui nous était imposée par le plan qu*Aristote a suivi, et sans laquelle, d'ailleurs, notre critique eut manqué de base.
Outre le mouvement, il y a dans l'univers d'.\ristote l'immobile pensée qui est la forme parfaite de Tétre. £n quoi la nature participe*t-elle à la production de la pensée? La pensée est-elle l'œuvre de Dieu , est-<elle Dieu lui-même? Quand l'homme pense, est-ce l'homme qui pense, ou Dieu qui pense en lui? Penserait-il sans le secours de la nature, et est-ce Dieu qui l'a organisé physiquement en vue de la pensée? Autre question très-complexe, qu'il entrait dans le dessein de cet ouvrage de résoudre, et k laquelle un chapitre a été consacré.
rôle de la nature une fois décrit, et sa part faite tant
vit .
claos la production du mouvement que dans l'exercice de la pensée , il restait, avant de passer à la critique, à déterminer avec précision Taction da premier moteur sur le monde, et les caractères de son essence divine; et, si un chapitre y a
suffi, c'est que, comme on va le voir, tandis que l'action de la nature est multiple et variée, celle du premier moteur est simple , uniforme et restreinte à lexces.
Ce qui précède justifiera, nous t'espérons, la disproportion qui semble exister, dans le présent essai, entre Texposition de la doctrine d'Aristote sur la nature et celle de sa Théodicée. Au reste, afin de rétablir en quelque sorte Téquilibre et de mettre en abrégé sons les yeux du lecteur les deux importants objets qui étaient à comparer, toute la théorie de la nature a été résumée dans le premier chapitre de la deuxième partie.
Quand on s*est engagé aussi avant que nous l'avons fiiit dans l'examen du monde d'Aristote, et qu'on Ta fouillé jusque dans ses plus secrets replis sans y découvrir la moindre trace de la Providence divine, on est bien forcé de dire que cette Providence n'y est pas. li faut alors s'arrêter, quoi qu'il en coûte, à cette pénible conviction, que la force di» vine a été divisée et répartie de telle sorte, par Aristote,que, dans sa doctrine. Dieu qui est l'intelligence absolue, mais dont la vie consiste uniquement à se penser lui-même, ne peut rien, ne meut rien, ne fait rien ; tandis que la nature, tout aveugle qu'elle est et sujette à l'erreur, meut, produit, organise et administre tout dans l'univers.
On a tenté ici de mettre hors de doute cette erreur capitale d'Aristote, qui a fait déchoir la Théodicée des hauteurs où l aviiit p ortée Platon, et qui l'a inclinée an Tuitiiralisme en attendant qu'elle y fut précipitée par les stoïciens. On a cherché dans l'emploi excessif tantôt de la méthode du naturaliste, tantôt de la méthode rationnelle ou nfétaphysique, la cause de cette erreur. Puis, de peur de paraître avoir trop exigé d'un philosophe païen, on a comparé
le dieu d'Arisiote avec celui de 1*1, trou, (|ui lui est de beaucoup supérieur. Enfin, on s'esl efforcé de ne méconnaître pastel de mettre en relief, les grands côtés d^uneXhéodicée qui, malgré ses imperCecllonSy Q*a pourtant de rivale dans l'antiquité que celle de Platon.
Les textes ont été dtés, pour la Métaphysique, d'après Té- (iition spéciale de Brandis, et pour tous les autres ouvrages d'Aristote d'après l'édition générale de bekker.
PRmiERE PARTIE.