‹ Le premier prix, ou, Les deux artistesChapitre 15 sur 17 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Les Mêmes, COURVILLE.

COURVILLE , accourant une cowvnne à la main.

Eh bien! . . . qu'est-ce. . . qui y a-t-il , des chev^aux ... !

une chaise de poste. . . un moment. . . arrêlcz. . . voilà le premier prix.

ATiMAND.

Que veux -lu dire. . .

COURVILLE

Ecoulez moi. . . tous.

Air des Comédiens.

En te quittant , pénétré de ta peine,

Et m'accusant, en secret, de tes maux,

A 1 institut où le devoir m'entraîne ,

Bientôt j'arrive et vols nos deux tableaux.

Devant le tien je m'arrête et j'admire ,

Devant le mien je recule honteux ;

Car, j'en conviens , je n'ai jamais fait pire ,

Et , par malheur, tu n'as jamais lait mieux.

Soudain je vais, en sortant de la salle,

Chez chaque juge invoquer l'équité ,

Pour m'éparguer la houle et le scandale

D avoir im prix qu un autre a mérité.

Le croirait-on , ils ont encor l'audace v

De soutenir que mon ouvrage est bien , '.^

Que j'ai des droits à la première place. f'

Je leur réponds qu'ils n'y connaissent rien.

Voyant qu'en vain je menace ou je prie ,

Qu'à les (léGhir il me faut renoncer,

Vite je cours, j'entre à l'académie.

Il était teiiq)s, on allait proruuicer.

Arrètez-vou,s, juges inexorables ,

Leur dis-je à tous , enflaïuuié de courroux ;

Vous refusez en vain d'être é(iuilables ,

Vous le serez aujourd'hui malgré vous.

Oui , pjiisr]u'ici tel est votre sulVrage ,

Qu'un de nous deux doit l'euiporler, eh Jbîen !

A son tableau donnez «lonc l'avantage ,

(]ar du concours je relire le mien.

Ces mots tnfm vers l'cfinile st'vère, De I inslilul u ramené I osf»rit ; Chacun m'entoure, et l'assemblée entière , De tous cotes, m'approuve et m'applaudit. Mais le bruit cesse, on n'entend plus personne- A'ors, au sein d un silence profond , Le président élève la couronne , Et la décerne en prononçant.... ton nom. TOUS.

Est-il possible !

COURVILLE

Oui , tu l'obtiens cette palme si belle , • Et j'ai couru, mon cber, dans mon ardeur, Pour t annoncer cette heureuse nouvelle , ■£t f le premier, te presser sur mon cœur-

ARMAND

Courville. . . est-ce une illusion. . .

COURVILLE

Non , te dis-je ... ils ont donné à loi la couronne , et à moi le plaisir de te l'apporter. . tiens , la voilà.

ARMAND

Eh quoi ! tu viens de me sacrifier ce premier prix , qui fait Fambition de tant d'artistes.

COURVILLE

Laisse-moi donc. . . s'ils m'avaient fait l'injustice de me le donner j'en aurais rougi toute la vie,

LE COMTE

Je n'y tiens plus. . . tant de noblesse, de générosité me transporte. . Armand , je ne vous propose plus de fuir une patrie qui vient de vous accorder une si belle récompense.

ALFRÊDÀ.

Eh quoi ! mon père.

Oui , mes enfans, venez tous sur mon cœur. . . je m'établis en France ^ et désormais ne lious quittons plus.

TIMOLÉON

D'après tout ça, il me paraît clair que je serai forcé de partir sans vous , pour St.-Pétersbourg-, eh bien ! soit... bah ! c'est assez conmie il faut de voyager tout seul.

ARMAND

Ah! monsieur le Comte, que de reconnaissance, et toi, Courville, je n'oublierai jamais ton généreux sacrifice.

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