SCÈNE
GIBLOT, CLAUDINET.
(Au lever du rideau, Il fait nuit dans le foyer. Glblot entre avec une lanterne.)
ciblot, en entrant. Par ici, père Claudine!, par ici... Prenez garde de vous casser le cou...
CLAUDINET , entrant à tâtons. La recommandation n’est pas inutile, garçon... car je marche à l’aveuglette... On dirait le chemin de l’enfer.
giblot. Dame ! bourgeois, vous êtes sur les planches de la Comédie-Italienne... et si l’on en rroit M. le curé, le théâtre n’est pas le chemin du paradis... Mais, attendez, c’cstmoi qui fais la
: nuit elle jour ici... Je suis allumeur du théâtre, 1 rien que ça! (Il allume les bougies.)
An: Voulant piriciauvrn.
Sachez, bourgeois, qu’ dans les coulisses.
On estlm’ beaucoup notre état,
C'est par nous qu’on voit les actrices Briller chaqu’ soir de tant d’éclat.
A l’auteur noussomm’s nécessaires!
Après un succès déclaré,
S’il trouv’ son public éclairé,
11 le doit tout à nos lumières.
claudinet. C’est pourtant vrai !.. Et t en es pas plus fier pour ça.
giblot. Le fait est que ça ne m'éblouit pas.
claudinet. I n te rappelles que le malin tu n’es qu’un simple ouvrier cordonnier... et que je suis ton patron.
giri.ot. Parbleu!.. Il fera une fameuse chaleur quand j’oublierai ça... et c’est ce qui fait que je suis bien aise de vous rendre aujourd'hui un petit service...
claudinet. Tu appelles ça un petit service, toi!.. Me faire entrer ici!., un jour comme aujourd’hui... Mais tu ne sais donc pns que pour ça j'aurais donné nia fortune, si elle n’était pas absente pour raison majeure... C’est un si graud jour !
g ni lot. Ah dame! oui... C’est aujourd'hui., 15 mars 1735... l a première représentation d 'Arlequin mané,eomédic en trois actes, mélée d’ariettes, par M. Jean-Baptiste, votre propre fils. s -
cl a u Di mît .*ül on propre fils! rien que ça... Moi, Claudine! , cordonnier place des Trois- Maries... j’ai engendré un auteur! Tiens, voistu , Giblot , je suis plus fier de ça que si j’avais fait une paii e de souliers ferrés au roi Louis XV ! Quelle joie !.. dire que j’ai un garçon de dix-huit ans, qui fait déjà des pièces aussi bien que père et mère, et même mieux !.. Ah dame! il a fallu en débourser des gros sous pour le faire aussi savant; mais je ne le regrette pas... je vas être payé de tout ça, bientôt.
giblot, fredonnant. Trum ! (mm! trutn!
claudinet. Eb bien ! qu’est-eeque t'as donc à chanter, toi?
giblot. Non , voyez-vous , bourgeois... vous dites comme ça : • Je vas être payé de tout ça. » Et je réponds : Trum ! trum ! trum !
r.LAVDiNET. Qu'est-ce que ça veut dire?
giblot. Ça veut dire que je n’y crois pas...
Tenez, je suis franc, Baptiste n’est qu’un fiérot... Depuis quelque temps... il fait une poussière, un ernb irras... Je crois qu’il aimerait autant être le fils d’un maréchal de France que d’un cordonnier comme vous.
claudinet. Allons, veux-tu bien te taire...
c'est impossible !..
giblot. Oh ! Vous le défendez toujours , vous cl manuelle Augustine, votre filleule... Elle surtout, quand on parle, elle s’ondauinie, elle s'enflamme...
claudinet. Tout Ce que tu en dis, c’est qne tu es jaloux... T’as eu des vues sur Augustine...
giblot. Un peu , que j’en ai eu... et des légitimes encore!.. A preuve que je lui ai fait huit déclarations... que je lui aiofl'ert ma main et mon nom; elle s’appellerait M“* Ciblotte... Mais je t’en souhaite!.. C’est comme si j’avais souillé dans un violon pour jouer une gavotte... clic est si entichée de Baptiste!.. (Changeant de ton.) A propos, bourgeois, comment qu’elle se porte?., car, on peut être repoussé, mais ça n’empcclie pas de demander des nouvelles.
claudinet. Elle va venir... M"* Clairval, une de vos actrices, dont elle est la couturière , lui a promis de l’amener.
GIBLOT, qui a regardé cil dehors. Quand 011 parle du loup , on en voit la patte... La voilà qui rherche à se reconnaître au milieu des décors et des accessoires... Pet! pst! par ici!
MUMMWWalHMMHIMHIHISHMHnniHMHIM