SCÈNE V
CLAUDINET, GIBLOT.
claudinet, les regardant «' éloigner.
Pourquoi donc qu'elles sc cachent ?.. Je voudrais bien les connaître...
ci blot. Ce sont des daines de la haute volée.. . claudinet. Si je courais après ?..
giblot. Oui, avisei-vous de ça... pour que la haute volée vous retombe sur les épaules... Ab ça ! mais, père Claudinet. faut que vous avez reçu un coup de marteau depuis hier... C'est pardieu possible! vous êtes toqué...
claudinet. Pourquoi pas dire tout (le suite que suis un échappé de Cliarenlon...
giblot. Dame!., on le croirait à vous voir vous pavaner avec c't babit...
claudinet , s'admirant. Eh bien! qu’osl-cc qu'il a , mon habit ?
giblot. D’abord, il est trop large.. .Vous avez Pair d'un manche à balai en grande tenue... et puis, toutes ces broderies... ces fioritures... ça vous va comme des manchettes à un porc-épic... Vrai ! faut que le chagrin d'hier soir vous ait fait perdre la tête
claudinet. "u lout, mon pauvre Giblot... ma tête est encore à sa place... Hier, j’ai eu tort ; je sais bien que le garçon aurait dû me reconnaître et ne pas me repousser... Mais aussi pourquoi que j'ai été me fourrer où je n’avais pas af-
faire? Pourquoi que j'avais voulu l 'embrasser?.. Je u'ai attrapé que ce qur je méritais...
giblot. Allons, bon ! vous allez encore l'excuser... Tenez, père Claudine!, je me mange, je nie dévore jusqu'à la dernière parcelle de mon individu, quand je vois ça...
CLAUDlNKT.Si tu l'avais entendu ce matin, tnc demander exuse... «Veux-tu bien tetaire, que je lui ai répondu... non, non, c'est moi qu'a eu fort... mais rassure-toi... ton vieux (1ère ne te fera plus rougir... je ne te dis que ça...» Alors il est parti, et moi j'ai fermé ma boutique... Mon habit d’ouvrier lui avait fait de la peine... j'ai ramassé toutes mes économies... et je me suis acheté ce costume, qu'est un peu soigné... et qui me va comme un gant... quoi que tu en dises...
giblot. Oui . comme un gant trop large...
claudinkt. Je m'eu revenais tranquillement le long des quais quand j'ai rcuronlré le marquis... il m'a reconnu et ma dit en riant... «Père Claudine!, je reçois quelques amis à ina petite maison... il me serait agréable de vous y voir... ça serait piquant !.. » Alors, moi j'ai accepté et tue v’Ià... Oh ! je suis bien sùr que mon pauvre Baptiste va être bien content de me voir... et qu'il ne rougira plus maintenant.
giblot. Ct c’est pour ça que vous fermez boutique... bien obligé... Juste au moment de faire fortune... nous n’avons jamais eu tant de pratiques, en un an, qu'il s’en est présenté depuis ce matin... ils veulent tous se faire chausser par le père de l’auteur... C'est une émeute, quoi !..
Claudine r. Envoie-les promener...
giblot. Ils ne peuvent pas y aller sans souliers... Ces hommes... c’est pas de va-nu-pieds.
cladinet. Eh bien ! qu'ils s'en fassent faire ailleurs... je ne suis plus cordounier... j’abdique !..
giblot.
Ai» d* Vidé à l« Greoauillérr.
Y pensez-vous? depuis ce matin
C’est un tapage sur ta place...
Le public arrive grand train ,
Et vous voulez que je le chasse...
Allons, bourgeois, venez, de grâce I.,
CLAIDINET.
Non, je ne veux plus travailler...
Aujourd’hui je ferme boutique;
Ne me parle plus de soulier.
Comme je n' veux plus taire qu'en user.
Je me r'tlre même ma pratique.
Mais je reste là à jaser quand je devrais être à m'amuser ià-dedans... (Rires ru dehors.) Entendstu c’te joie... Ça te passera devant le nez , garçon ; mais je te dirai comment que c'était... Adieu... adieu... (Ilsori vivement.)
giblot. Père Ciaudinet... père Claudine!...
iis vont se moquer de vous... Bah! c’est comme ■i je chantais... Décidément, la tête bat la breloque... et dire que c'est Baptiste qu'en est cause.
Pauvre cher homme !.. Une idée !.. Je m’en vas toujours à la boutique, prendre mesure... On ne sait pas ce qui peut arriver...
(11 sort en courant cl se rogne avec Baptiste.)