CLAIRVAL, BAPTISTE
Baptiste, soruin du pavillon. Ah ! elle ne m'aimait pas!., ah! je suis un nabot!.. Eh bien!
nous allons voir... Et moi qui avais !a simplicité dépenser à elle, en venant ici... de me faire des
reproches... Nigaud!., mibéciile !.. Clairval est là... elle vient pour moi... montrons que je suis un homme... ou à peu près...
(U frappe du pied a terre pour se donner de l’aplomb. )
CLAIRVAL , redescendant la scène, et feignant de ne pas voir Baptiste. C’est une horreur!
Baptiste , vivement. Le Marquis ?... c’est vrai !
Clairval. jouant la surprise. Mon petit auteur 1 ... vous étiez là?..
Baptiste. Parbleu!.. depuis une heure.. .j'ai tout entendu... de ce pavillon.
CLAIRVAL. avec moquerie. Tout?
Baptiste. Je n'ai pas perdu un mot... ni un geste...
CLAtnvAL. Ça a dil bien vous amuser?..
Baptiste, avec humeur. Horriblement! ..Dame!
aussi, c’est votre faute, ma belle Colombine... pourquoi vous faire attendre... après ce que vous m’aviez dit 5 l’oreille...
CLAIRVAL, feignant la surprise. Moi!... quoi donc ?
Baptiste, interdit. Comment?., vous ne vous rappelez pas?
clairval. Pas le moins du monde.
Baptiste, periiant contenance. Ce rendez-vous sons ces arbres...
clairval, riant. Un rendez-vous... avec vous? Ab’! ah !..
BAPTISTE , tout à fait décontenancé. Pourquoi riez-vous donc ?
claibval. Parce que c'est drôle...
Baptiste. Alt ! çà, est-ce que je rêve... ou bien vous moquez-vous?
clairval. C'est possible.
BAPTISTE, vivement. Vous vous moquez?.,
claibval. Non; mais vous rêvez... Ùnrendczvous... avec vous?
Baptiste. Pourquoi donc pas?
clairval. Vous êtes trop jeune!..
Baptiste, vivement. Trop jeune, quand on a divhuit ans... moins sept mois!., quelle injustice !.. Il me semble pourtant qu’à cct àge-là... D'ailleurs, en fait d'amour, la jeunesse est une qualité.
clairval. L'excès en tout est un défaut...
Baptiste, outré. Pourquoi ne pas dire que je suis un enfant?..
claibval. Lit! ch!., on en serait presque tenté...
Baptiste. Ob! non, je ne le suis plus depuis hier.
Ai» :
Ciel! unenfaui!Oh! non, Madame,
Car hier, apres mon succès,
Vos yeux ont allumé la flamme Qui chassait J’enfance à jamais.
CLAIRVAL
Vraiment?
En vous voyant si belle,
J'ai dit, brûlant d’un feu divin :
Je le sens, oui, je dois, près d'elle,
Devenir un homme demain.
CLAIBVAL, A elle-même. Pauvre garçon ! il est gentil... Allons, allons, n'oublions pas que je suis en mission diplomatique.
Baptiste. Voilà > El ranime, pour que je sois tout-à-fait un homme, il faut que je me fasse aimer de vous, je veux proüler du tête-à-tête que vous m’avez accordé pour envoyer promener l’enfance. Je veux pouvoir dire à tout le monde : Je suis un homme, corbleu!
CLAtnvAL, riant. On ne vous croira pas...
vous n’avez pas seulement de barbe au menton.
Baptiste. Le beau mérite, tout le monde en a.
claibval. Vous n'êtcs pas grand.
Baptiste. Patience! ça viendra.
ct.AtnvAL. Et puis, vous avez la voix bien grêle pour un homme.
Baptiste, criant. On la rendra plus forte...
et, s’il le faut, on jurera, on sacrera.
CLAtnvAL. Ob ! Monsieur...
Baptiste. Hé bien ! non, on ne jurera, on ne sacrera pas... puisque ça vous déplaît... Ah! c’est que je ferai tout ce qu’il faudra pour me faire aimer de vous... parce que je vous aime, moi, comme je n’ai jamais aimé... C'est presque toujours comme ça. un premier amour.
clairval , s'oubliant. Vous m’aimez , bien vrai.
BAPTISTE, avec feu. Si c'est vrai? mais vous n'entendez donc pas ce que je vous dis. Je ferai tout pour vous plaire. Parlez, ordonnez, je me sens capable de tout.
Paraissez, Navarrols, Maures et Castillans I
Dites, que voûtez-vous? Faut-il grandir? jegrandirai.. avec le temps. Faut-il avoir delà barbe? une voix forte? enfin tout ce qui me manque pour être tout-à-fail un homme ? je me le procurerai... Il me semble que c’est de l’amour, ça!
clairval, A elle-même. Mais, c'estqn'ila une manière de s’exprimer; il vous persuade. (Changeant de ton tout-A-coup.) Hé bien! bé bien! et mon rôle !
^.baptise, tout-A-falt lancé. Ah! ah! c’est que, voyez-vous, je ne veux pas m’en aller d'ici... comme j’y suis venu d’abord, avec mon amour... Je veux que vous l’acceptiez, et si ce n’est assez de tout ce que je vous ai dit, je me jetterai à vos genoux, en vous répétant que je vous aime.
(Il se Jette aux genoux de Cialrral.)
claibval, riant. Prenez donc garde, vous allez vous faire mal aux genoux.
Baptiste. Comment?
clairval. Ah! ab! mon cher, que vous êtes amusant !
Baptiste, stupéfait. Amusant !
clairval. Je ne veux pas de votre cœur, mon pauvre petit... ce serait faire un vol à ma couturière... Ah! ali!., jamais je n’oublierai votre déclaration... Ab! ah!., qu'il est amusant!
(Elle sort en riant)