BOULEVARD DES ITALIENS, 15, AU COIN DE LA RUE DE CRAMMONT
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A la première représentation du Presbytère, lorsque le public demanda l’auteur, M. Larochelle parut et dit :
« Mesdames et Messieurs,
« Je voudrais pouvoir vous dire le nom de l’auteur « de la pièce qui vient d’être représentée devant « vous, mais je vous assure que je l’ignore. Je vous « remercie d’avoir favorablement accueilli l’œuvre, « en attendant que je puisse vous faire connaître le « nom de l’auteur. »
Et le lendemain et jours suivants, l’affiche du théâtre de Cluny portait : le Presbytère, drame en trois actes par M***.
Je dois au public l’explication de ce mystère. Ceci n’est donc pas une préface, mais une confession.
J’ai gardé jusqu’à ce jour l’anonyme parce que j’appartiens au sexe faible.
La méfiance qui existe contre tout auteur féminin est universelle. Pour triompher de cette méfiance, il fallait rompre avec l’usage. D'ordinaire, c’est le nom de l’auteur qui fait accepter la pièce ; ici il fallait que la pièce fit accepter l’auteur. Voilà pourquoi j'ai attendu, pour signer le Presbytère, qu’il fût arrivé à sa quinzième représentation.
Faire jouer le Presbytère sous le voile de l’anonyme était une entreprise difficile. Il s'agissait de trouver un directeur qui voulût bien lire, recevoir et représenter ce drame sous sa propre responsabilité. Ce directeur devait encadrer l’action dans un tableau d’une couleur locale saisissante et vraie, faire composer par ses artistes des rôles d’une physionomie originale, et leur donner la confiance qu’il avait lui-même dans la pièce, afin que chacun d’eux y apportât son zèle et son talent. Il fallait, en un mot, que son habileté de metteur en scène, son intelligence et son expérience du théâtre, lui permissent de s’identifier si bien avec la pensée de l’ouvrage,
qu’il pût la traduire devant le public, sans l’aide ni la présence de l’auteur.
Pour réaliser ce tour de force, un directeur s’est rencontré : c’est celui qui avait déjà mis en lumière les Inutiles , les Sceptûjues et le Juif polonais.
Le Presbytère est donc l’enfant de Cluny, et je veux que l’on sache bien que s’il a vu le jour, il le doit à M. Larochelle.
Chacun, en ce monde, a son ambition. La mienne était d’écrire une pièce sans collaborateur, et de la voir réussir sans camaraderie. J’ai atteint ce double but. Que le sexe fort me pardonne !
Paris, le 25 mai 1872.