‹ Le presbytere drame en trois actes, en proseChapitre 39 sur 44 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

Les Mêmes, AMBROISE, GERTRUDE, entrant par la droite; JÉRÉMIE, DAVID, SUZANNE, MADELEINE; paysans, PAYSANNES arrivant par l’arceau, puis MISS HARRIETT

AMBROISE

Vous êtes là, mes amis ?

MISS HARRIETT, arrivant, un gâteau à la main.

No! pas tous... Il manquait l’individu de moi, qui savourait les excellentes gastronomies du dîner.... ah ! yès ! très-excellentes ! (Elle mord dans le gâteau.) Mais j’aimais aussi les actions de grâces, et je venais entendre celles du mariage, yès!

GERTRUDE

Il ne s’agit plus d’actions de grâces, ni de mariage.... mais de larmès et de deuil !... (Se tournant vers les paysans.) Et vous, qui étiez venus pour partager nos joies.... écoutez.... et vous pleurerez avec nous!

AMBROISE, suppliant.

Gertrude.,..

GERTRUDE

Laisse.... Si je gardais le silence, Frida en serait-elle moins coupable? Non!... Le devoir de Gertrude, l’épouse sans reproche du pasteur Ambroise, est de

dire la vérité, toute la vérité. (Élevant la voix.) Je veux que l’on sache que celle à qui j’avais doqné mon tils, est indigne de s’asseoir au foyer conjugal!... Je veux que l’on sache que c’est elle qui a troublé la paix et brisé le bonheur d’une famille honnête !...- Je veux enfin que tous ceux qui m’écoutent la jugent et la condamnent !

AMBROISE

A mon tour de parler.... Il y a un an aujourd’hui, une orpheline vint frapper à la porte du presbytère.... La pauvre enfant avait une triste page dans sa vie, si triste qu’elle n’osait la lire à personne.... Mais ce séjour pieux et calme régénéra cette jeune âme.... Chaque jour qui passait lui donnait une vertu nouvelle, et lorsque mon fils me demanda s’il pouvait en faire sa femme : « Dieu te répondra, » lui dis-je — Il ouvrit la Bible au hasard, et lut: «Il y a plus de joie « au ciel pour un pécheur qui se repent, que pour « vingt justes qui entrent au paradis.... » Voilà comment Frida est devenue ma Fille.... Et maintenant condamnerez-vous celle à qui Dieu a pardonné?... (a Gertrude.) Et toi, ma femme, ne sais-tu pas que la clémence est la vertu chrétienne?... Abaisse ton orgueil... rappelle à toi la brebis égarée.... Le ciel te saura gré de lui rouvrir tes bras.

GERTRUDE

Seigneur! éclairez-moi!... Que dois-je faire?...

(L’horloge sonne huit coups.)

MISS HARRIETT, les comptant.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit! (On entend un coup de pistolet.) Oh ! biautiful! !....

GERTRUDE, très-anxieuse.

Quel est ce coup de feu ?

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