IV. — Appel au Peuple du 9 novembre
« Au Peuple Allemand » !
Dans un moment où les difficultés politiques à l’intérieur et l'extérieur sont des plus grandes, des insensés se sont employés Ja destruction du Reich Allemand. Une horde armée a renversé à Munich le Gouvernement bavaroiïis, arrêté le Président du Conseil, comte von Knilling, et s’arrogea de former un gouvernement du Reich et de désigner le général Ludendorff comme prétendu commandant des armées allemandes et M. Hitler — qui n’a acquis la nationalité allemande que depuis peu — comme maître des destinées de l’Allemagne. Il n’est pas nécessaire de remarquer que les décisions de cette révolte sont nulles et d’aucune valeur : Celui qui soutient ce mouvement est coupable de haute trahison. Au lieu
d’aider nos frères de Rhénanie et de Rubhr, on précipite l’Allema- . gne dans le désastre, on met en danger les vivres, on nous expose à une invasion ennemie et on détruit tout espoir de rétablissement économique.
Les dernières mesures monétaires du gouvernement du Reich ont eu pour résultat que le mark s’est amélioré très notablement à l’étranger : tout est perdu si le mouvement absurde et criminel commencé à Munich rencontre le succès.
Dans ces heures où se joue le sort du peuple et du Reich allemands, nous demandons à tous les amis de la Patrie de s’employer pour sauvegarder l’ordre et la liberté de l’Allemagne. Toutes les mesures pour combattre la révolte et pour rétablir l’ordre sont prises et seront exécutées avec une énergie sans défaillance.
Le Président du Reich : signé EBERT.
Le Gouvernement du Reich : signé STRESEMANN, Chancelier du Reich.
V. — Proclamation de Hindenburg au peuple allemand le jour de la prestation du serment
« … En cette heure grave et solennelle, je fais appel à la collaboration de tout le peuple. Mes fonctions et mes efforts n’appartiennent pas à une classe spéciale, ni à un parti ou à une conception particulière, mais au peuple allemand tout entier, uni par le dur destin.
J’ai confiance en l’appui de Dieu qui nous conduira à travers les misères de notre temps, j'ai confiance dans les forces vitales et immortelles de notre Allemagne, j'ai confiance aussi en l’esprit de sacrifice du peuple allemand qui s’est manifesté dans les époques les plus pénibles. J’ai confiance enfin en la grande idée de justice qui saura reconquérir au peuple allemand une place digne dans le monde.
C’est à une tâche loyale et pacifique que je consacrerai mes efforts pour faire valoir auprès des autres peuples notre bon droit à l’estime et à la reconnaissance, et pour libérer le nom allemand des taches injustifiées qui le souillent encore aujourd’hui.
En nous estimant nous-mêmes, nous voulons obtenir l’estime du monde; en ayant confiance en nous-mêmes, nous voulons conquérir la confiance des autres. Le Chef de l'Etat personnifie la volonté unificatrice de la Nation, c’est pourquoi en cette heure je serre la main à chaque Allemand.
Nous voulons en commun, en mémoire de nos chers morts, pour nos enfants et nos petits-enfants, suivre le dur chemin qui nous mènera à la liberté au moyen d’une véritable paix. »
(Journal des Débats, du 14 mai 1925.)
VI. — Lettre du Président Hindenburg, du 9 mai 1926 « Monsieur le Chancelier,
Le « deuxième décret sur les drapeaux allemands, du 5 mai 1926 » a provoqué dans le public des malentendus considérables.
Les derniers événements de la politique extérieure et de l’évolution économique permettront à l’Allemagne de reconquérir la considération de l’étranger et nous retrouverons notre place dans l’économie mondiale. Pour cela une collaboration très étroite des Allemands à l’étranger est devenue nécessaire; les Allemands à l'étranger doivent affirmer avec joie leur qualité d’Allemand lors des manifestations publiques. Les discussions malheureuses sur le drapeau n’ont pas permis d’obtenir jusqu'ici ce résultat à l’étranger. Le décret du 5 mai de cette année a été pris en vue de remédier à cet état de choses.
Je ne désire aucunement, je vous l’ai déjà plusieurs fois déclaré, écarter les couleurs nationales déterminées par la Constitution. Bien au contraire, je suis fermement résolu de ne régler la question du drapeau que conformément à la Constitution.
Malheureusement les discussions de la presse viennent de montrer à quel point ce conflit encore en suspens est dangereux et menaçant. Mon plus grand désir est de trouver sur ce point prochainement une solution constitutionnelle. Une solution qui corresponde en même temps à l’Allemagne actuelle et ses buts et laquelle soit juste envers l’histoire et l’avenir du Reich. Je vous prie par conséquent, Monsieur le Chancelier, de poursuivre ce but avec la plus grande énergie et de vous mettre en rapport à l’heure venue avec les facteurs législatifs et les associations les plus intéressées à la question. J’espère que le moment n’est plus loin où le peuple allemand se réunira à nouveau en paix autour du même et unique Symbole de son existence étatique.
Votre dévoué, Signé : VON HINDENBURG. »
Le Président est encore intervenu personnellement pour influencer l'opinion du peuple, lors du référendum sur l’expropriation des princes. Il a adressé au Président du Conseil des citoyens du Reich, M. Loebell, la lettre suivante, rédigée certainement en vue: d’être publiée,
Berlin, le 22 inai 1926.
Votre Excellence ! J’ai pris connaissance avec un très grand intérêt de votre lettre du 19 mai. Je ne peux répondre à votre proposition, pour des raisons imposées par ma situation constitution-
= il.
nelle de Président du Reich Allemand. De même je ne désire pas adresser un message au Gouvernement. Le Gouvernement du Reich a déjà indiqué clairement dans sa proclamation du 24 avril de cette année au peuple Allemand qu’une expropriation sans indemnité est en contradiction avec les principes fondamentaux qui doivent, dans un Etat de droit, être à la base de tout acte législatif. Le Gouvernement a, de ce point de vue de droit, aussi bien dans cette proclamation officielle, que par la déclaration du ministre du Reich de l'Intérieur, dans la séance du Reichstag, du 28 avril de cette année, manifesté qu’il désapprouve entièrement le désir populaire (Volksbegehren) de l’expropriation des Princes sans indemnité. Le nouveau Gouvernement du Reich, formé par le chancelier, docteur Marx, le 17 mai 1926, a adopté ce point de vue, par sa déclaration du 19 mai. Je crois donc que le Gouvernement partage votre opinion sur l’importance juridique et les dangers de ce désir populaire. Il est par conséquent inutile que je fasse une démarche spéciale. En ce qui concerne vos allusions visant les décisions que je dois prendre personnellement lors du développement de ce problème, je dois — comme l’exige la Constitution — réserver ma décision, en attendant le résultat du référendum (Volksentscheid), et la loi d'exécution qui le suivra, laquelle me posera alors la question de la promulgation.
Mais je ne veux pas manquer de vous exprimer ma conception personnelle, en ce sens que je partage entièrement vos soucis et que j'ai exprimé dès le début de ces événements les mêmes scrupules que vous au gouvernement du Reich. Moi-même qui ai passé ma vie au service du Roi de Prusse et de l'Empereur Allemand je dois considérer ce « désir populaire » d’abord comme une grande injustice, mais ensuite aussi comme un regrettable manque de sentiment envers les traditions et comme une grossière ingratitude, il est inutile de vous le dire. Je m’efforce d’examiner cette proposition d’expropriation non pas au point de vue politique, mais uniquement comme une question morale et juridique. Sous ce point de vue, je considère cette question comme une attaque très considérable à la structure de l’Etat de Droit, dont le fondement profond est le respect de la loi et de la propriété reconnu par la loi. Cette proposition attaque les assises de la morale et du Droit. Si ce désir populaire est adopté, un des piliers sur lequel repose l'Etat de Droit s’effondrera. La voie adoptée mènera au gouffre sans possibilité de retour, s’il est possible qu’au hasard d’une consultation populaire passionnée la propriété garantie par la Constitution soit supprimée ou niée. Partant de ce cas isolé, par l'excitation des passions populaires, par lexploitation de la misère du peuple on poursuivra à l’aide des referendum les expropriations, on enlèvera ainsi au peuple ailemand les fondements de sa vie intellectuelle, économique et étatique. Je considère cela comme un grand danger, surtout dans notre situation, dans laquelle la réunion de
toutes nos forces économiques et spirituelles est nécessaire pour nous maintenir.
Malgré l’agitation très forte et quelquefois bien laide, le jugement tranquille et le bon sens de notre Peuple, j’en suis convaincu, ne méconnaîtra pas ce côté moral et juridique de la question et apercevra le danger menaçant toutes les couches de la population, danger que personne ne peut ignorer. J’espère donc en toute confiance, que nos concitoyens tiendront compte de ces considérations lors des événements du 20 juin et écarteront le mal sans quoi ce mal atteindra les premiers principes de chaque Etat : le Droit et la Justice.
Avec mes salutations amicales, je reste votre dévoué
Signé : VON HINDENBURG. »