‹ Le pressoir drame en trois actesChapitre 26 sur 92 · ACTE I, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XI

Pierre qui a voulu s’approcher do Valentin.) Or Ç il , tOllt V8 bien ! Il est

prouvé, malgré les beaux pronostics des jaloux, qu’avant la nuit nous serons prêts. Sainte Ursule ! j’en suis tout réconforté , et puisque j’ai l’esprit en repos, il est juste que j’aie le cœur conteot! Écoute, toi ! Et toi aussi, Reine !

pierre. '

Mais vous n’allez pas lui dire... Je ne lui ai pas encore parlé, moi ï

BIENVENU

Raison de plus! C’est à moi de la préparer adroitement...

(A Reine qui vient à lui tenant une assiette, pendant que Suzanne, aidée de Noël sert le déjeuner, consistant en belles écuelles de soupe posées autour de la table.)

Pose ça, filleule, et prèle-moi attention ! (il lui prend la main d'un Air solennel.) Vous avez dû vous apercevoir, mon enfant , depuis que la Providence vous a amenée dans ma maison , que vous n’aviez pas pour parrain un homme ordinaire. Il est temps de vous apprendre à quel point maître Christophe Bienvenu s’élève par ses idées et ses sentiments au-dessus de la plupart de ses semblables, (a pierre d’un air «atisfait.) Hein ? La voilà toute tremblante ! . f

PIERRE

Mon père, je vous supplie...

» BIENVENU

Tais-.toi, enfant, quand ton père a la parole! Et toi, petite fille, rassure-toi. Je méprise le qu’en dira-t-on. On aura beau crier dans le pays que tu es sans naissance... (ayant des parents inconnus) et sans fortune... (n’ayant absolument rien). Tu es ma filleule, ça t’ennoblit ; tu m’aimes, ça m’enrichit; tu es jolie, ça me flatte; tu es bonne et sage, ça fait honneur à l’éducation que jeTai donnée. Or donc, que mon fils t’aime (clignant de l’œil k Pierre d’un «or malin) ou ne t’aime pas, je te choisis pour ma bru, entre cent des plus huppées, qui s’en croient

I. Reine, Valentin au fond, Noël, Bienvenu, Pierre, Suzanne à la cheminée.

J . Valentin et Noël aseia à la table. Reine, Bienvenu, Pierre, Suranné h la cheminée.

dignes et que je te sacrifie. Allons, n’étouffe pas de joie songe qu’il faut avoir sa tête et se montrer fière et brave un jour comme aujourd’hui 1 Un jour de gloire et de gala, qui va ajouter un pressoir à la couronne de ton parrain ! — Eh bien? qu’est-ce que c’est? Vous retirez vos mains tous deux?

PIERRE

Mon père, vous avez bonne intention, mais voyez! Reine ne comprend pas, elle ne croit pas... Elle ne sait pas seulement que je l’aime !

BIENVENU

Pierre, tu es fou! Voilà bien ton esprit chagrin et porté au doute ! Si je t’avais écouté, je n’aurais pas entrepris mon pressoir : c’était trop tard! Et à présent, pour cette affaire-ci , c’est trop tôtl II fallait donc te laisser dans la fièvre, quand il n ; y avait qu’un mot à dire pour tout arranger? N’est-ce pas, ma petite Reine? Allons , tu es raisonnable, toi ! et tu ne trouves pas ton parrain trop mal avisé de vouloir se faire dorlotter par une bonne fille comme toi , tout le restant de ses jours! Dis-nous ça bien vite! Un beauowi et déjeunons.

* REINE, le retenant dans ses bras.

Mon parrain... vous êtes bon comme Dieu... et je vous aime... vrai! de toutes mes forces... mais...

BIENVENU

Mais tu veux que mon fils te dise lui-même. .. Sois tranquille... tu auras des soins... et des douceurs... et des cajoleries... c’est ton droit!... Allons, Pierre, prends sa petite main et conduis-la à table, entre nous deux, comme toujours... et pour toujours!

(Il va se placer à tablo. )

PIERRE , tenant la main de Reine éperdue.

Reine! vous ne m’aimez pas?

REINE

Si fait, Pierre, je yous aime beaucoup, et c’est pour ça que je

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