ACTE II, SCÈNE III
VALENTIN
Moi? bah ! — Mais il ne s’agit pas de moi !
PIERRE, avec impatience et se levant.
Si fait! Tu as mes secrets : pourquoi n’ai-je pas les tiens!
VALENTIN, levant la t£te et quittant son travail.
Ah çà!..-. tu me questionnes... Ce n’est pas ta coutume. (at*o fermeté.) Écoute, Pierre, tous nos secrets ne nous appartiennent # pas, car il en est qui n’appartiennent qu’à Dieu.
PIERRE
C’est juste! (n passe k gauche.) J’ai tort; je ne te demande qu’une chose : c’est de me dire si tu ne t’es pas trompé le jour où tu m’as juré qu’aucune femme ne pourrait jamais l’emporter sur moi dans ton amitié.
VALENTIN
Ah Pierre ! tu m’avais juré la même chose, et pourtant, je ne peux pas te consoler aujourd’hui!
PIERRE
C’est donc qu’on ne sait pas à quoi on s’engage quand on fait de ces promesses-là? Tu t’es donc aperçu que tu ne pourrais pas toujours me tenir la tienne ?
VALENTIN, avec élan.
Non, Pierre! je ne m’en suis pas aperçu, moi!
PIERRE, vaincu, lui serrant les mains.
Ami! cher ami!... mon brave Valentin! pardonne-moi!... Tu vaux mieux que moi ! Je suis un fou!
VALENTIN
Je ne sais pas si je vaux mieux ; je sais que je t’aime, Pierre; voilà tout ! Je ne veux pas me demander s’il y a peu ou beaucoup de mérite à être fidèle en amitié; mais ce dont je suis bien sûr, c’est qu’une âme honnête est toujours à la hauteur de ce