SCÈNE PREMIÈRE
NOËL PLANTIER, SUZANNE. — Deux Villageois
sont occupés, au fond, h retirer la grappe du tonneau et à établir la mâchée sous le muet du pressoir. Ils roulent ensuite le tonneau à l’écart. — L E S 1^1 OIS AP- PRENTIS de M© Bienvenu (personnages muets) sont occupés, de leur côté, à décorer et à ranger. — Suzanne, parée, fait des guirlandes : Noël achève de poser le tourniquet au milieu du théâtre, on peu vers la droite. C’est une grande pièce de bols ronde qui s’ajuste perpendiculairement dans le sol, et au plafond, ou dans ohe solive (ld hoc y et qui est destinée à recevoir les barres qu’on tourne à bras *.
SUZANNE , assise h gauche, fait un bouquet.
V'oyons ! il faut tâcher de distraire et de consoler mon pauvre père en faisant beaucoup valoir cet ouvrage dont il était si content! Est-ce que rien ne manque?
I. Pour faciliter la représentation en province , le pressoir pent ôtr© censé dans la coulisse de droite ; par une ouverture assez large on en apercevrait seulement les premières indications , car il pourrait avoir été établi sous une voûte en retrait. Dans ce cas, il faudrait toujours que le tourniquet fût sur la scène ; le câble irait se perdre dans la coulisse où serait censé le pressoir. L'inscription serait placée sur la clef de voûte; c’est là aussi qu’on poserait le bouquet. Le cuvier qui reçoit le vin nouveau serait posé au bord de la coulisse.
NOËL, sur une échelle, au fond, attache une guirlande.
Non, rien... Si fait, le câble! Enfants, le câble '. Jardinet, à quoi songes-tu, mon ami?
SUZANNE
On va donc déjà pressurer?
N O EL, attachant le câble au tourniquet, pendant que les apprentis l’enroulent autour du rouet.
Certainement... La grappe donc! ça n’attend pas.
SUZANNE. ~
Mais la cérémonie qu on va faire, mon père appelle ça l’inauguration?
' NOËL
Oh ça ! c’est dans les vieux us de la livraison de la chose au syndicat de la paroisse. On fait, devant le conseil et les experts, l’épreuve d’une première mâchée de vendange. Après quoi , ceusse qui veulent pressurer, pressurent toute la nuit, et ceusse qui veulent se divertir, boivent, dansent et chantent jusqu’au
jOUr. ( Il redescend auprès de Suzanne ; le. autre, vont et Tiennent.) Eh bien !
mon amante, ça ne vous va donc pas d’ouvrir la fête avec ce tendre cœur qui soupire pour vous ? ( Les autre, personnage» sortent.)
SUZANNE
Ah ! mon pauvre garçon , va , je ne peux pas être gaie ; je ne sais quoi m’inquiète. Laisser Pierre comme ça tout seul là-bas, quand on se réjouira ! ( Le père vaientm parait au fond.) Et Reine, que je croyais trouver ici !... Pourquoi n’était-clle point à la maison quand j’y suis rentrée pour m’habiller? C’est singulier, ça !