‹ Le pressoir drame en trois actesChapitre 80 sur 92 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

très-soumis, très-patient, je t’en réponds; j’attendrai que tu me connaisses mieux. Écoute : si tu regrettes déjà la parole que tu viens peut-être de dire malgré toi... un bon regard seulement, un sourire qui me donne de la force et de l’espérance ! Je serai heureux pour toute la soirée; nous irons ensemble là-bas! Tu danseras, puisque tu aimes la danse, toi!... Je sais que tu es si jeune, mon Dieu ! je ne veux pas te gâter tes plaisirs... (i/examin&nt avec attention.) Tiens, tu danseras avec Valentin !

REINE , & part.

Valentin!... Il doit être parti à cette heure : je peux parler... (Haut.) Pierre, je vas vous répondre. Je vous respecte, c’est pourquoi je ne veux pas mentir. Je vous aime comme mon frère,* mais on n’épouse pas son frère, et rien que cette idée là fait peur. Je sais tout ce que vous valez, comme vous êtes généreux, et franc et bon pour les pauvres, et serviable pour les faibles. Tout le monde vous trouve une belle figure, et du savoir, et de l’esprit. Je suis fière et heureuse pour mon parrain et pour Suzanne quand on dit tout cela de vous. Eh bien! c’est raison de plus pour que je ne me sente pas votre égale : je suis trop enfant, trop simple; je no saurais pas causer avec vous, tenir vos livres, comprendre vos volontés. Je sens d’avance que je tremblerais toujours de vous déplaire... Tenez, monsieur Pierre, (joignant les mains.) laissez-moi rester comme je suis, votre servante, bien volontairement!... Est-ce que je ne vous ai pas toujours fidèlement obéi?... Rappelez-vous: j’ai toujours travaillé aveciant d’attention pour tenir vos hardes bien belles, t^ec tant de plaisir pour préparer vos repas! Je ne suis bonne qu’à cela, moi : à ranger la maison , à chanter pour vous distraire, à prier pour que vous soyez heureux... Ne me commandez pas de vous aimer mieux que je ne fais, je ne pourrais pas!... Vrai, je ne pourrais pas !

PIERRE , qui l’a écoutée, d’un air triste et piqué, appuyé contre les barres du tourniquet.

Si ce sont là toutes vos raisons , ma bonne Reine , je croirai que vous ne savez pas encore ce que c’est que d’aimer !... C’est

possible I... Un mot seulement... le dernier. Valentin ne sVst pas trompé en m’affirmant que vous n’aimez pas Noël Plantier?

REINE

Oh! pour cela... Tenez!... (nom entre.) Voulez-vous que je le lui dise devant vous ? ' - . . -

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