ACTE I, SCÈNE XI
ne dois pas vous tromper!... Je refuse l'honneur que vous voulez me faire.
VALENTIN , à part.
Que dit-elle? Est-il possible?
PIERRE
Reine... vous me tuez!... mais je n'insiste pas!...
REINE
Merci , Pierre ! . . . merci !
BIENVENU, prAs de la table, parle en mangeant sa soupe, son écuelle à la main.
Comment? Qu'est-ce que c'est? Des grimaces? Je voudrais bien voir... (atcc autorité.) Nous affichons les bans aujourd'hui, c'est décidé ! J'en ai fait part à tous mes voisins, et je montrerai que mon fils a le moyen de faire un mariage d'amour !...
PIERRE
Assez, assez, mon père! C'est de la fierté ou de l'éloignement... mais il semble que vous lui mettiez la mort dans le
cœur... (Se détournant vers valentin. ) Mon DicU ! mOU DicU ! qu'cSt-Ce
que j'ai donc fait pour être malheureux comme ça, moi ! '
BIENVENU, étonné, agité, et très-embarrassé de son écuell';, s'approche de Reine.
Eh bien! mais, on ne vous force pas, que diable!... Si vous voulez rester fille, et pauvre, et sans avenir!... Tant pis pour vous, ça vous regarde ! Qu'est-ce que ça me fait, à moi ? Mon fils n'aura pas de peine à trouver mieux! Voilà ce que c'est! Faites donc du bien aux ingrats ! (n pose son écueiie sur la tabie.)
REINE, désolée.
Oh ! vous êtes fâché contre moi !
BIENVENU, la repoussant avec un dédain affecté.
Fâché, moi? Pourquoi donc, s'il vous plaît?
1. Noël, VaJentin au fond, Bienvenu, Reine, Pierre, Suzanne/ appuyée sur le fauteuil.
Vous ne m'aimez plus! Oh, monsieur Pierre, pourquoi vous étes-vous mis dans la tête une idée comme ça ?
VALEXTIN.
Et vous, pourquoi tant vous presfeer de le désespérer? Prenez le temps de la réflexion, Reine!
PIERRE, éclatant.
Eh ! ne vois-tu pas qu'elle en aime un autre?
BIENVENU
Un autre ! par exemple ! . . .
SUZANNE
Doucement, Pierre... C'est son droit! De quoi te làches-tu?
PIERRE
De ce qu'elle la si bien caché que je ne le savais pas! Qu'elle l'avoue, et je ne lui demande plus rien.
BIENVENU, assis à la table.
Oui, voilà! qu'elle l'avoue, et on lui pardonnera, que diable! Pour refuser mon fils, il faut qu'elle ait fait des promesses à quelqu'un. Voyons, parlez, belle jeunesse! A qui avez-vous donné parole en cachette de nous?
REINE
A personne, mon parrain!
PIERRE, avec emportement.
Vous mentez, Reine! Je vois bien que vous mentez!
REINE
Pierre! comme vous me parlez durement!
Elle a raison : on ne tourmente pas comme ça une pauvre enfant !