‹ Le pressoirChapitre 42 sur 91 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

NOËL

Un bon petit cœur. C'est gentil, ça! (Arrêtant Reine.) Voyons! Donnez-moi ca.

Laissez , laissez , Noël ; je n'ai pas le temps !

(Dans ce petit débat. Reine passe à gauche.) ' NOËL.

Allons , Reine (n lui prend sa crucbe.), il ne faut pas être si farouche ! Nous avons à causer nous deusse !

REINE

Nous deux ?

NOËL

Comme si je ne ^ oyais pas que , depuis ce matin , vos doux yeux n'ont fait que verser des larmes !

REINE

Qu'est-ce que ça vous fait? Ça ne vous regarde pas.

NOËL

Ah, permettez! si! ça me regarde un peu, puisque j'en suis l'auteur.

Vous?

NOËL

Vous ne voulez pas que je vous en parle ? Vous avez tort 1 II vaudrait mieux s'expliquer.

REINE

Parlez donc, je saurai au moins de quoi il s'agit.

NOEL

C'est ça ! causons ! (U la fait asseoir sur le banc.) VOVCZ-VOUS , ma

belle amie... je ne vous en veux pas, moi ! C'est pas votre faute ! Dans ces histoires-là , c'est toujours la faute de ceusse qui ne

1, Reine, Noël.

. sont pas la prudence même... qui laissent tomber par-ci, par-là une œillade sans penser à mal , un mot flatteur sans se méfier ù'eusse!... La jeunesse s'y trompe, à votre âge...

REINE

Eh bien , quoi donc? Qu'est-ce qu'il y a?

NOËL

Il y a, il y a... Dam! C'est toujours un plaisir, un honneur à tout le moins, qu'une jolie fille comme vous... car vous êtes jolie, et quant à ça, ceusse qui diraient le contraire...

REINE, impatientée.

Merci! après?

NOEL

Après... après... écoutez donc, il ne faut pas vous fâcher, mais ça ne se peut pas 1 Là, vrai , ça ne se peut pas.

Mais je ne vous entends point !

NOËL

Mon Dieu , Reine , ça n'est pas ma faute non plus ! Si j'avais cQnnu vos sentiments plus tôt, avant de donner ma parole... je ne dis pas que... Mais moi, je suis un honnête garçon, vous sentez!... J'ai bien été comme ça un peu... mais il faut que jeunesse se passe... et c'est pas une raison... quand une famille respectable... Elle en aurait tant de chagrin, la pauvre âme !... Elle est portée à la jalousie... Je ne peux pas trouver ça mauvais, et vous pensez bien... Voyons, faites-vous une raison ! Ça m'a coûté, l'idée du mariage, et il y en a bien d'autres comme vous qui m'en veulent; mais moi, je ne suis point de ceusse qui trompent. J'ai toujours dit: voulez-vous, ne voulez-vous, pas? C'est oui ou non; c'est pour un temps, c'est pas pour toujours! A présent, j'ai dit: c'est pour toujours. Alors, c'est pour toujours ! Vous comprenez ?

REINE

Pas du tout ! ( A Suzanne qui , pendant cette scène , a écoute Uans la inaiiWi ,

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