ACTE III, SCÈNE II
que vous alliez installer voire frère, votre père la chassée de chez lui ■?
SUZANNE, se leva.it.
Chassée !... Reine chassée par mon père '.... Ça n'est pas possible ! ça n'est pas vrai !
PÈRE VALENTI.N
Dam ! votre père est bon , mais il est méchant aussi. 11 l'a rudoyée et déshéritée de ce qu'il avait promis. Voilà ce que vous lui valez avec votre belle intrigue! Tout ça pour ménager la fantaisie de M. Pierre! Un fou , un tyran, qui ne veut pas qu'une fille qui le refuse s'accommode d'un qui vaut mieux que lui... Tenez . vous êtes des gens bien drôles, vous autres ; on ne peut compter sur rien avec vous. Vous êtes tous des originaux dans votre famille, des philosophes, des potentats!
^ Suzanne agitée sort sans récouter.)
Potentat vous-même, dites donc ! Qu'est-ce que ça signifie des paroles comme ça ?
PÈRE VALENTIN
Oh ! vous, allez au diable !... Si vous ne vous étiez pas trouvé là, comme une grande pancarte en champ de foire, on aurait pu s'entendre.
NOEL
Pancarte! moi, pancarte?... Ah 1 c'est trop fort, ça, père Vajientin . et sans vos cheveux blancs...
PERE VALENTIN, levant son chapeau et sappr.jchant de lui avec colère.
Eh bien ! touchez-y donc à mes cheveux blancs . je vous en prie !
NOËL, souriant.
Le fait est ([uil n'y en a guère où se prendre !
PÈRE VALENTIN
Oui, mais s'il n'y a rien la-dessus, il y a quelque chose là-
70 LE PKESSOIH.
dedans, c'est pas comme vous! Oui, oui, regardez -moi ça: c'est vieux , c'est chauve , c'est têtu ; mais ça ne craint personne , entendez-vous ?
SUZANNE, qui est sortie un instant , à Noël , en se plaçant entre eux.
Eh quoi ! voilà encore que vous vous disputez ? C'est bien le
moment !
C'est lui qui...
SUZANNE
Non , c'est vous , toujours vous !
NOEL
Ah bien, par exemple...
SUZANNE
Courez jusqu'à la maison pour voir si elle est rentrée ; personne ne l'a vue par ici , et ça m'inquiète, (Noëi va regarder au fond
et disparaît un moment. )
PÈRE VALENTIN
Rentrée? Elle était donc sortie, elle qui ne sort jamais seule 1 Est-ce que votre père laurait mise tout de bon sur le pavé ? Une jeune fille comme ça , ce serait bien dur !
SUZANNE, qui rêve.
Ah ! j'y songe , Valentin l'aura prise chez vous pour donner le temps à mon père de se calmer. En ce cas, il a bien fait : c'était son devoir.
PÈRE VALENTIN
Son devoir ! Une fille qui n'aura pas un sou?... Ah bien, par exemple, je vas vous la mettre dehors, et un peu vite !
SUZANNE
Et moi , je vas vous en empêcher !
NOËL, revenant du dehors.
La voilà , la voilà , avec votre père !