CHAPITRE PREMIER
PRÉPARATIFS D*UNE MISSION, DÉPART ET ARRIVÉE DES MISSION- NAIRES, VISITES, CANTIQUES POPULAIRES, OUVERTURE
l<i8. I. Préparatifri. — Le missionnaire qui promet une mission fera bien (racconii)aj:nor sos promesses des avis suivants, dont il rcnietlra au pasteur un£ copie imprimée ou manuscrite.
« Humb'e prière d'obtenir d'avance de Mgr l'Evéque du diocèse, avec l'autorisation de donner la mission, une indulgence pour chacun des exercices et la permission de les terminer par la bénédiction du Saint-Sacrement; d'exposer le Saint-Sacrement quand on le croira utile, de faire quelques processions, et de plus, pour tous les confesseurs, durant la mission, fussent-ils même d'un diocèse étranger, la faculté d'absoudre même les religieuses, in foro sacrameiilali, de tous les cas, censures et irrégularités réservés à l'Ordinaire, et de tous les cas et censures réservés même spécialement au Souverain Pontife, si l'Ordinaire a le pouvoir de déléguer à cette fin, ou du moins des cas et censures occultes simplement réservés au Saint-Siège (cette délégation, d'après l'opinion très commune, demande que chaque confesseur soit personnfllement désigné à cette lin) ; celle aussi de rendre jus amissum petendi debitum, de commuer les vœux non réservés au Saint Siège, et d'user des pouvoirs reçus de Home pour bénir, recevoir des scapulaires, etc. ; de dispenser des bans, du temps, du lieu et de l'heure pour les mariages invalides à régulariser; d'établir des confréries, de celles qui sont approuvées dans le diocèse, si le pasteur le juge bon. (Il importe dans la demande de pouvoirs, de reproduire exactement les termes ci- dessus et d'obtenir une réponse précise.)
169. « Saint Lignori et tous les grands missionnaires recommandent aux ecclésiastiques du lieu où se donne la mission, de s'abstenir d'entendre les confessions : du moins, s'il est nécessaire qu'ils confessent, que chacun deux refuse absolument d'entendre ses pénitents habituels, et cela sans exception. Il serait préférable, toutefois, d'appeler des confesseurs étrangers, si les missionnaires ne pouvaient suffire; et plus ces confesseurs seront inconnue, plus fructueux sera leur ministère. Que personne dans la paroisse ne sache que la mission aura lieu, avant qu'elle soit annoncée en public. Cette annonce sera faite trois semaines, ou au moins quinze jours avant l'ouverture; à cette occasion, on exhortera les fidèles à prier beaucoup pour le succès des exercices, cl surtout à Cv'iltv le péché afin d'allirer sur eux la grâce divine.
Préparatifs d*unk mission 61
170. • En 1 i mission, il Taul éviter avec soin d'en iodiijuer la durée; ce
serait écarter ' :og instructions durant la première semaine. Un se contente de
dire qu'elle sera courie, ce qui ent toujours vrai.
m. m II sera bon d'inviier d'avance les parents, qui ont des enfants, domestiques ou CUV S à les Taire rentrer, s'il est possible, dans leurs familles
pe.
t.. - .::. ,-.,... ....„ tiaienl assez instruits pour faire leur première communion , les missionnaires aideraient volontiers à les y préparer pendant ia première semaine.
173. c Durant les huit jours qui précèdent la mission, il serait 1res utile de réunir à l'église les lidèles. tous les soirs, pour prier ensemble et s'exercer à des cantiques popu-
lairr- ' --aires assisteront, s'il est possible, à celle réunion de chant, la veille
de important que les chantres, les chanteuses, les enfants des écoles
s'y 1 -iix.
174. « Les confessionnaux seront préparés a»ant la mission et disposés de telle sorte qo'on puisse entendre les confessions des deux côtés. On sait que les prédicateurs redoutent 1rs courants d'air, on voudra bien les leur épargner à l'église, autant que possible. On est prié de ne préparer pour la table des missionnaires et des confesseurs que trois plats à midi cl deux le soir ; point d'autres desserts que les plus simples. On voudra bien éviter de faire des invitations et d'en accepter durant la mission. Il serait à désirer qu'on Sonnet les cloches à l'arrivée des missionnaires, et que la paroisse, ou du moins les enfants, les confréries, les personnes pieuses vinssent en procession à leur rencontre. Si M. le Curé voulait profiler de la mission pour établir quelque congrégation ou confrérie, il serait sur du concours des missionnaires. Il est bien important que les hommes et les pauvres aient des sièges gratuits, pour s'asseoir durant les exercices. »
175. II. Départ et arrivée des missionnairea. — 0<ian<l le moment «lu d«^[)!\i-t sei-a vomi, le inissioiinairo. a[iiTs avoir purifié sim Ame par le s,irrcmenl do pénilence, se dirige vers ia paroisse où l)ieu l'appelle. Il a eu soin de s'v faire accompagner par les pi'ières des communautés religieuses el des Ames ferventes auxquelles il a recommandé l'œuvre <le Dieu. Kn roule, il cherche déjà A Taire le bien. Le Hienheureux P. I.,efebvre, dans ses vovages , ne perdait pas une occasion d'être utile aux Ames. Que personne n'approche du sel de la terre, disait-il, sans en recevoir quelque saveur.
Rien de plus édifiant, dit l'historien de Bridaine, que les exercices de piété de ce s:iiMl missionnaire, en se rendant au lieu île chaque mission : des jirii lies, des méditations fréquentes sur les voyages, les fatigues et
It's - ie Jésiis-t^hrist pendant sa vie mortelle; l'hommage dune ado-
ration muette et respectueuse rendu au Sauveur à la vue d'un clocher; la récitation du psaume si touchant du Miserere, pour demander le pardon des I". h. s , lu peuple, qu'il allait évangéliser et convertir; <les vn'iix adressés à Mil il'. jKMir mettre ses travaux sous la jirotection singulière de celle ipii est, <Jisait-il. le refuge des pécheurs, la reine du clergé, la |)rolectrice des missions et des missionnaires; une oraison aux saints anges, pour invo<pier le
S'' s il.s ■.\,\'j.-> tutélaires de ces peuples : telles étaient sur la roule ses
"■ ' iipaiinii^. ;i|i!is la récitation de l'ollice.
A lapprorlie de l'endroit où il était attendu, souvent on le voyait tomber dans une triste et sombre rêverie. Si ses confrères cherchaient à l'égayer :
.II- suis triste, leur disait-il, parce que je pense plus vivement que je ne le \i'i|,|| lis, que vous et moi nous arrivons ici. sans doute pour le salul éternel 'II' (ilii^-iiiirs; mais hélas! aussi contre lintenlion de Dieu et la notre, nous y iiiiM'iis pour la réprobation éternelle île bien d'auln's. » Dès ipi'll arrivait II) li.ii ,|,' s:{ (Ifsliriation, sa première visile était A l'église; il y demeurait iiimi.iliilc .1 lin- le plus profond recueillement aux pie<ls «les autels; île lA, Iravcr.s.ml la li.uif qui s'él.iil assemblée sur ses pas. saluant le peu|»le avec, autant di' moiicslie que de grAce, et donnant A tout le monde des témoignages d'inlércts et do respo> i lii'i.i i.,ii- . .• premier accueil, il commençait A s -'iivrir tous les cnMirs. Kn ' curé, voici le langage qu'il avait
• "uliiine de tenir : « Vous v. iilo pasteur, une Iroupe do vicaires
qui viennent, sous tos ordres, consacrer leurs faibles services aux besoins de Votre peuple (1). »
(I) Ije RirnhouiTux Pi^iv Lrfcbvrc diwiit qa'il f'^t»it iouiour* birn (rouW, <>n arrivant itAn* une
li/in»««.- il.. .,l,..r !.. ,M... . ,...1 I. i.r..l,.,....>.MLl .1 MM .1 .1. '^ lit >i>.l>l.'inriil A i i ll<- iir .li.i.ji' .1 i\miI'
Ci PRKPAHATIFS D'ONE MISSTOK
17(1. «• S'il ari-ivail, «lit le I*. NHinpon, que la paroisse vint en procession recevoir les missionnaires, profilez de cette circonstance pour témoigner aux pnstoiirs ordinaires un profond respect, en demandant huini)lement aux yeux de tous Icvu" bénédiction, et pour faire apprécier aux lidèles, par une courte allocution, la grAce qu'ils vont recevoir. » Voici quel pourrait être le thème de celte allocution :
m M. F., l'accueil si bienveillant que vous daignez faire aux Missionnaires, qui vous arrivent, comble nos Ames de joie. Nous voyons en vous une population chrétienne, qui comprend déjà le grand bienfait que Dieu lui prépare dans sa miséricorde. La mission, en elfel, est la plus grande des gr&cei que Dieu puisse accorder à une paroisse; elle apporte au pécheur le pardon; aux tiëdes, la ferveur; aux justes la persévérance ; à tons, des consolations ineffables, avec l'e.^pérance d'une sainte mort et du bonheur da ciel. Mais pour que tous recueillent les dons de Dieu, nous avons besoin d'implorer le secours d'en haut par la prière. Tombons à genoux et invoquons celle qui est la dispensatrice des gr&ces, la Vierge Marie. »
On récite les litanies et les invocations h saint Joseph et aux anges gardiens; on annonce l'heure de l'ouverltire, et on invile ù y assister en grand nombre; on exhorte les âmes de bonne volonté à apprendre »pielques cantiques, ou on leur lixc une heure pour ces exercices, comme nous le dirons plus loin.
177. Si Ton a quelque temps libre dans celte première journée, on l'emploiera utilement A s'entendre avec M. le curé poiu* les exercices du lendemain et des jours suivants. (Voir n" 380 en note). Le président distribiic A chacim son rôle im peu à l'avance, afin qu'on ait le temps sutlisant pour se disposer à le bien remplir. On met les confesseurs au courant de la marche A suivre dans les missions, telle que nous l'avons exposée dans le chapitre précédent, n" (i'A et suivants.
178. m. TiNileH. — Quelques missionnaires font, dès les premiers jouivs, une visite à tous les habitants de la campagne pour les convoquer à la nussion. On ne peut nier que cet usage ne soit très utile, quand il est possible, puis(pi"il entre dans le règlement des missions de certaines congrégations. Dans ces visites, on a l'occasion de se montrer bienveillant et charitable pour tous, pour les enfants, pour les vieillards, les infirmes, les pauvres, les indiflérenls, de recommamler A tous l'assistance A la mission, au inoins une fois par jour, de répondre aux objections que l'on peut faire A cet égard, (1 inditpier des moyens de venir aux sermons, tout en ne négligeant aucun de ses devoirs. Dans des paroisses indifférentes, on a vu réussir une réunion spéciale d'hommes, dès le jour de l'ouverttu'e de la mission, parce qu'elle avait été |»réparéc, la veille, par ce moyen. Les visites sont bien moins nécessaires, là où la foi s'est conservée vive.
179. Saint Léonar«l voulait au moins que ses missionnaires visitassent les ecclésiaslirpies, les comnumautés religieuses et les personnes qui pouvaient servir etlicacement au succès de la mission, (ierlains personnages influents, les chefs de quelques ateliers peuvent, en effet, beaucoup aider, ou beaucoup niiire A l'assistance aux exercices. Si elle est possible, une visite aux écoles fait plaisir aux enfants, et en fait autant de porte-voix pour annoncer la mission dans les familles. On peut avec fruit leur apprendre dans celte visite les refrains des cantiques. Si l'on ne peut prudemment aller dans les écoles, on peut du moins, dès que les enfants en sortent, les réunir A l'église.
Dans les paroisses rurales, où la condition et l'influence des habitants sont à peu près au même niveau, il faut éviter, en visitant les uns, d'humilier les autres qu'on ne visiterait pas; comme aussi quand on ne visite que les pécheurs habitués A ne pas remplir leurs devoirs de religion, le public le remarque et se moque d'eux ; il ne faut donc arriver A eux qu'après avoir visité un bon chrétien de leur voisinage. Il n'est pas nécessaire que tous les missionnaires fassent visite A chaque lamille. Ils peuvent se partager et parcourir ainsi plusieurs hameaux A la fois, ou bien celui d'entre eux, qui réussit le mieux, peut, en compagnie de M. le curé, parcourir toute la paroisse pendant que ses autres confrères entendent la confession des petits enfants. Si le temps ou une autre raison sérieuse ne permet pas les visites, on peut au moins inspirer au pasteur la pensée d'en faire quelques-unes lui-même.
VlSltiîS ET CAÎÎTlgL'Iîr^ G3
Le soîrdelcur arrivée, A la lomhôp de la nuit, les missionnaires peuvent très utilement exen^er au chant les rhanlres. les chanleuses, les onfants flu voisinajre. On préi»are le Vent (,'reafor el le Suhfiium jM)ur le Ifrulemain, et en
mt'iif ' - '[uelipies nintiques pupuhiires. tous avec refrain. <]ela empêche
litui 11 ; el ipielipies cantiques. susdéjA et bien chantt's à la messe de
l'oin :<innent ;\ l'cfilise un air de fête, et disent à tous cpie déjà on est
eu missidn. el que la mission met de l'entrain dans la paroisse. Cela suppose <|u en (i\.uii ,iu curé l'époque de l'ouverture delà mission, et en lui annonçant
I h*' rivée des missionnaires, on a eu soin de le prier de convotpior SOS [ lis à cette première réunion, comme nous l'avons indiqué plus haut.
ISO. IV. Cantiques. — 11 faut observer ici que les cantiques entrent dans les missions, comme un nioven puissant de succès. U'i^md un peuple entier chante, il ne s'ennuie plus aux exercices; il v prend goùl; il y accourt avec iKtnheur. Si ces cantiipiessont bien choisis, ils instruisent, car on tinit par les savoir par cœur; ils émeuvent et ébranlent les indifférents à léfial des scruions. Four produire ces heureux résultats, toutefois, « le chant des cantiques, dirons-nous avec un illustre évè(jue, doit être simple. Les cantiques d.iut l'exécution exige des efforts, et qui pour cela même ne peuvent être
• li.iutés par la foule, n'atteignent aucunement leur but. Les mêmes cantiques ' ' ■ :il répétés, toujours pour le même motif. On aura soin de
le certains anciens cantiques qui, avec leurs anciens aii"s, i.M.iii If IN [11- II- plus pur de ce genre religieux et naïf. » (Voir Nampon, Man. du missionnaire.)
Toujours pour la même raison, les cantiques de mission doivent être en petit nombre, (.'est ce qu'ont voulu les plus célèbres missionnaires. Le Père Segneri n'en faisait chanter ipi'un seul ; les règlements de certaines congréi:;iti(jns n'en permettent <pie trois ou quatre, (ie n'est pas le cas de flatter le gdiît de la nouveauté, qui est souvent un défaut, mais bien d'entraîner les multitudes.
181. .V cette Gn il faut amener aux exercices de chant le plus de monde possible. La chose est facile en donnant ces exercices à la suite des sermons. On retient «l'abord les chantres, les chanleuses, les enfants, et l'on a un clioMir bien nourri pour les refrains. I.^s chanteuses disent le couplet. On invite les chantres à amener avec eux la prochaine fois des hommes et des ns avant de la voix; et quelques jours après un'mi.ssionnaire en iiielques-uns avec lui el les conduit au milieu des hommes qui sont au 1j;is «le l'église, ou aux tribunes, pour redire avec eux les refrains. Dès «pie leshoriiiues se sont décidés à chanter, on leur fait répéter le refrain immédiatiiiKiii ;i|ii.- que le chœur l'a dit une première fois; et l'élan est donné, il
II .\ 1 l'iiis .|ii ;i l'entretenir el à le rendre aussi général que possible, invitant I' '^ ' ' ^ à s'v mettre.