ACTE DEUXIÈME
ANTISTIUS9 resté seul sur le péristyle du temple.
Non, la Divinité ne peut se plaire à l'injustice et au crime. L'erreur de l'homme ne saurait prévaloir contre la vérité des choses. Les dieux passionnés, avides, égoïstes, méchants, n'existent pas. Ces dieux qu'on apaise, qu'on gagne par des présents, non par la bonté et la vertu, devraient être supprimés, s'ils existaient. Le meilleur hommage à rendre à cette Diane sombre et cruelle, c'est de la nier. Ombrage chaste et froid de nos forêts, toi, tu existes et je t'aime. Mais qu'un génie méchant et sanguinaire habite sous cette adorable chevelure d'arbres aussi vieux que le monde, qui pourrissent et renaissent d'eux-mêmes sur les bords de la belle coupe de ce lac, je ne le croirai jamais. Le frisson que j'éprouve sous ces voûtes saintes n'est pas celui de la peur ; c'est celui de l'amour. Je ne vois place nulle part en la nature pour le frisson de la peur. La nature terrifiait nos pères^ car ils ne la connaissaient pas. A nous, elle
apparaît bonne, souriante, pourvu que l'homme,, par sa sagesse, sache la diriger et user sobrement de ses dons.
Les dieux sont une injure à Dieu. Être suprême qui vivifies tout et contiens tout, je m'incline devant toi. Les sombres flots du lac de Nemi te célèbrent. Or qu'es-tu? La raison même du monde et l'amour. Quand on commande en ton nom la haine et la mort, on te blasphème. Tu es le père des êtres; en toi tous les êtres sont frères. Je me sens ton vrai prêtre, quand jeprêche aux hommes la fraternité et l'amour.
Loin, par conséquent, d'être apostat à la mission séculaire des prêtres latins, je suis sûr d'y être fidèle et de la continuer. Vieux pères, je vous respecte et vous approuve. Vous avez fait, en votresiècle de fer, ce qui se pouvait et se devait faire. Tout en enseignant l'erreur, jamais vous n'avez menti. C'est nous qui mentirions, si nous enseignions ce que nous savons faux et funeste. Vous fûtes en votre temps les zélateurs du vrai et du