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voici qu'aujourd'hui plus d’un dixième de la population vit autrement que par le produit de la terre. Voyez nos villes populeuses ; parce qu'un homme vit dans une ville, n'est-il pas obiigé de payer celui qui travaille pour lui? Un artisan n’a pas de terre, mais cependant il paie bien son serviteur ; pourquoi ne paierait-il pas le prêtre, qui se dépense à son service? Ceux qui donnent le plus de fatigue aux prêtres, sont ceux qui vivent ‘“ dans les villes et les villages.” A la moindre petite maladie, on court chercher le prêtre; on assiège son confessional, celui-ci ne se plaint pas, maïs au moins qu'on reconnaisse son dévouement. Le prêtre est le médecin de vos âmes, et il vous en coûterait de lui donner deux piastres ?
Supposons qu'il y ait deux cents familles dans votre village, et que chaque famille donnât deux piastres au médecin
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du corps—-pour avoir le droit de l’appeler quand elle voudräit, on ne trouverait pas cela cher; pourquoi alors être plus chiche pour le médecin des âmes ? Mais on me dira : Le prêtre en a bien assez de la dîme des grains.
— Est-ce un Canadien, c'est-à-dire un homme qui doit avoir du cœur, qui parle ainsi? Quel est l’homme qui, ayant le sentiment de l'honneur, dirait à un notaire: C’est vrai que vous avez travaillé pour moi toute la journée, mais comme les habitants vous paient quand vous travaillez pour eux, vous en avez assez ; suez sang et eau pour moi, puis les habitants vous paieront. Si jamais un artisan me parlait ainsi, je le ferais travailler pendant huit jours et ensuite je lui dirais : allez vous faire payer par les habitants.
Donc les artisans doivent payer comme les habitants le prêtre qui travaille pour eux. Ceux qui ne veulent pas contribuer
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à donner une honnête aisance au ministre de Dieu, n'ont pas le droit en justice de réclamer ses services. Il y a un contrat tacite entre le curé et ses paroissiens.
Voici ce à quoi le prêtre s'engage envers ceux qui paient leur quote-part pour l’entretenir : je suis obligé en vertu d’une loi de l'Eglise catholique de prier pour vous et surtout de dire la messe à votre intention chaque dimanche et jour de fête d'obligation, de vous baptiser, de vous confesser, de vous donner le sacrement de l'Eucharistie, et d'aller porter le Viatique aux malades, de donner l'Extrême- Onction aux mourants, de recevoir lors du mariage des époux; leur consentement mutuel, de plus, de préparer vos enfants pour la première communion, de prêcher chaque dimanche, de vous instruire de vos devoirs de religion, etc. etc.
Maintenant, je pourrai être appelé aux malades vingt fois par année dans une
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même maison, vous pourrez venir à confesse chaque semaine si vous voulez, cela ne changera pas le prix; ce ne sont pas les sacrements que vous me payez— vous n'êtes pas assez riches pour cela — mais vous êtes obligés de me faire vivre selon mon état. Envers ceux qui ne veulent pas payer, en justice, je ne suis tenu à rien du tout; mais à ceux qui donnent leur quote-part, ie dois ma vie; appelé par un malade dans un temps d'épidémie, quand bien même je serais avzti par un ange du ciel de ma mort certaine une heure après, je dois y aller sous peine de damnation éternelle. Mais pour ceux qui ne veulent pas payer, je ne suis pas plus obligé en justice envers eux que ne l'est le curé de New-York.
Imaginez, par exemple, un boucher qui écrirait à un curé de New-York, de venir le confesser à Ristigouche dans ja Baie des Chaleurs ; le curé, malgré son
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grand zèle, répondrait—je ne sais pas même s'il répondrait:—]e me dois à mes paroissiens, à mes braves Canadiens de New-York qui paient pôur avoir un prêtre au milieu d'eux, je dois être au poste où l'Eglise m'a placé en sentinelle vigilante.
Mes chers amis, vous avez du jugement et dites-moi si ce que je viens de vous dire, n'est pas le langage du bon sens. Oui, certainemeut, et aussi le langage de la foi qui ne va jamais sans le bon sens; la raison et la foi venant de la même source ne peuvent être opposées.
Ceux qui font travailler le prêtre sans vouloir payer la faible contribution de deux piastres, n'ont ni foi, ni cœur, ni honneur et ne méritent pas de porter le beau titre de Canadiens-catholiques.
— Mais, mon père, me demandera quelqu'un, dites-nous donc un mot de la dîme du foin et puis des patates.
ET LA DIME — Avec plaisir, mon cher ami; eh bien, parlons du foin et des patates qui, soit dit en passant, sont joliment rares cette année, —Cher ami, qui m'adressez la parole, je suppose que vous êtes habitant ?
— Oui, mon père, j'ai une terre à foin, et je trouve qu'elle me paie mieux en foin qu’en grains ; je vends bien mon foin et je vis mieux.
— Vous avez une terre à foin, que vous êtes heureux! Vous faites de l'argent quand il se vend bien, mais quand il ne se vend pas, comme il y aquelques années, vous le gardez dans votre grange. Si vous aviez des animaux en quantité vous auriez toujours un marché pour votre foin, mais comme on ne parle pas pour le moment d'agriculture, revenons à la dîme.
Vous me posez une question, mon cher ami, je vais vous en faire une, écoutez-
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bien : Vous avez passé, je suppose, un contrat avec un homme. ‘“Situ veux travailler pour moi, m'aider pendant le mois des récoltes, je te donnerai le 26ème minot de tous mes grains.” Le serviteur qui connaît la quantité de grains que vous récoltez et qui sait que ça lui rapportera une vingtaine de piastres, s’engage pour dix ans à aller passer le mois des récoltes chez vous.
Sur ces entrefaites, on construit un chemin de fer, vous n'êtes plus obligé de charroyer votre foin à dix lieues pour le vendre et vous dites : je vais laisser toute ma terre en foin, ça paie mieux ; le serviteur travaille pendant toute la récolte de foin et demande son paiement ; vous lui répondez : je n'ai semé qu'un peu d'avoine. j'en ai eu 78 minots; comme tu as le 26ème, je ne te dois que trois minots, mais je vais bien remplir le minot, par exemple. Le serviteur réclame, vous lui
ET LA DIME 215 un dites : voyez le contrat, je ne te dois que: tra- cela.
nois Eh bien, maintenant, monsieur, placezmi- vous la main sur le cœur et prêtez l'oreille teur au cri de votre conscience : croyez-vous que devant Dieu que vous n'êtes pas un vorap- leur? Vous riez—cest bon signe—vous s en- m'avez compris ; vous dites : ceci ne semois rait pas honnête. Vous avez raison.
Expliquons maintenant la comparaiche- son. Voici une paroisse où le curé receé de vait mille piastres de dîme de grains — ur le juste assez pour faire ses œuvres et vivre. toute — Tout-à-coup, voilà /oute la paroisse servi- en foin ; le curé — comme curé — n'a rien te de à y voir, mais il faut qu'il vive. Personne s lui
ne veut que le curé soit un guéteux dans avoi- la paroisse. Alors au lieu de la dîme des as le grains, vous allez payer la dîime du foin, inots, ce n'est pas plus malin que cela — c’est t, par blanc bonnet et bonnet blanc—ou bien us lui comme on fait dans certaines paroisses
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avec l'agrément de l'évêque, les intéressés consentent à payer au curé une certaine somme d'argent et tout est fini.
Cependant si vous n'êtes pas satisfait de cela, voici un autre moyen que je vous propose, mon cher ami: Puisque vous voulez à tout prix payer votre däime en grains ou n'en point payer, vous pouvez changer de terre avec un autre habitant qui voudrait avoir du foin et ne peut jamais en venir à bout; sa terre est trop pauvre; il n’a que du sarrasin et de l’avoine de 30 livres au minot ; il ne paie qu’en grains; il n'a pas de foin; alors changez de terre avez lui. Je vous réponds que vous ne paierez qu'en grains et lui sera très heureux de payer en grain et en foin ; il sera même si content que je crois qu'ilen apportera 25 bottes de plus chaque année à son curé.
Au lieu de vous plaindre, remerciez sonc le bon Dieu de vous avoir donné
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une bonne terre et dites comme ce bon vieux : M. le Curé, je désirerais vous apporter le double de ce que je vous offre, car à chaque minot de grain que je vous donnerais, il m'en resterait 25 pour ma part. Ce que je dis pour le foin s'applique aux patates.
Il y a des paroisses nouvelles où le curé ne reçoit que cent à deux cents piastres de dîme; les habitants veulent un prêtre et ils font bien. Vous êtes pauvres, dites-vous, et l'argent surtout est rare; ne craignez rien, braves colons, vous aurez un prêtre ; la Propagation de la foi lui enverra un cent piastres ; à votre dime des grains, vous ajouterez quelques bottes de foin et quelques minots de patates et le prêtre vivra pauvrement, habitera une petite maison, dira la messe dans une chapelle de planche, et, avec de l'économie, il parviendra à payer sonserviteur et les dettes qu'il a contractées
pour ailer s'installer chez vous : vous suivrez ses conseils, vous obéirez à ses ordres, vous éviterez les blasphèmes et l'ivrognerie, vous aurez horreur du luxe et dans quelques années, vous aurez une belle paroisse ; vous logerez votre curé d’une manière convenable, vous bâtirez une belle église et le bon Dieu vous bénira.
Mais, disent les quelques méchants de notre Canada, la dîme prélevée est trop forte et met les curés trop riches. Examinons ce point devant l'histoire, en face des faits.
Sur les milliers de prêtres de notre pays, combien y en at-il de riches ? J'en connais quatre, je crois, riches...de biens de famille, pas du produit de la dîme: la plupart sont membres de la caisse ecclésiastique pour recevoir en cas de maladie deux cents piastres par année, car ils ne peuvent presque rien mettre de côté.
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ET LA DIME D'ailleurs, suivons-les dans leur carrière ; voici un jeune prêtre qui vient d'être
lordonné : il est nommé vicaire: son curé
lui donne cent piastres par année et le nourrit, c'est-à-dire qu'il gâgne 27 cents t une fraction par jour: en voilà un salaire exorbitant! Il est vicaire penlant 10 à 12 ans, puis est nommé curé ‘des montagnes”; il achète ce qui est bsolument nécessaire pour recevoir
‘évêque—un prince de Eglise —et ses onfrères qui viendront l'aider dans sa
aroisse. Illui faut lits, meubles, chaises, oêles, vaisselle, batterie de cuisine, cheal, voiture, vache etc., et payer deux erviteurs, de plus une bibliothèque d'une entaine de piastres—et quelquefois, la louane donnera beaucoup de troubles à puelqu'un QUE Je. CONNAIS.
Voici mon cher nouveau curé endetté jour dix à quinze ans, car il n'a que uatre à cinq cents piastres par année —
et quand les revenus d'une paroisse atteignent ce chiffre en dehors de la vallée du St-Laurent, cette paroisse est convoitée et le jeune curé reçoit des félicitations, Après trente ans de prêtrise, il obtient un nouveau poste où il peut payerses dettes, mettre un ou deux enfants desa paroisse au collèwe et en mourant lévuer les quelques mille piastres qu'il a—les deux tiers n'ont pas un sou—à ses paroissiens ouà son Æ/ma Mater pour des fins d'éducation ; par exemple, il créera une bourse pour un enfant qu'il veut faire instruire.— Ecoutez le trait suivant: Un homme d'une certaine paroisse ne voulait pas payer de support : c'est aux habitants de payer ct à moi de me servir du prêtre à leurs dépens ; sa femme et ses enfants pleuraient et priaient ; un de ses fils servait la messe et chacun faisait remarquer au curé la ferveur de ce petit servant.
Le curé mourut et un prêtre voisin, exé-
isse atteivallée du convoitée citations.
obtient un ses dettes, a paroisse lévuer les —les deux aroissiens
ins d'édu-|
ne bourse istruire.— homme pulait pas itants de prêtre à
enfants s fils seremarquer servant.
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cuteur testamentaire,rencontreun homme quelques jo'irs après. La conversation s'engage, et notre homme de dire: Ah!
oui, c'était un assez bon curé, mais il aimait l'argent, il ne se contentait pas de la dîme, il lui fallait le supplément, il doit être mort “avec pas mal d'argent” et il devait pourtant bien savoir qu'il ne l'emporterait pas avec lui. — Quel est votre nom, lui dit le prêtre ?—Un tel.— Non, répartit le prêtre, il ne l'a pas emporté avec lui, il l'a laissé pour faire instruire votre fils Arthur.—Et l'homme n'eut pas honte — était-ce bien un homme ?
Une autre réflexion : avez-vous remarqué que ce sont ceux qui parlent le plus contre la dîme et l'avarice des prêtres, qui donnent le moins ? il y en a qui écrivent contre la dime, j'aimerais bien à savoir ce qu'ils ont donné à leur curé depuis qu'ils sont dans le pays ; on n'entend iamais se plaindre ceux qui paient bien
le ministre de Dieu, car ils voient que Dieu les bénit ; mais entendez cet homme qui se rend à l'auberge tous les soirs, qui donne au démon de l'ivrognerie ou de la débauche 50 à 100 piastres par année, c'est justement lui qui criera : je suis trop pauvre pour payer le curé.— Dans une paroisse non loin d'ici, une dizaine d'hommes vénaient chaque année trouver leur curé et lui disaient qu'étant de pauvres journaliers, à la tête de nombreuses familles, ils ne pouvaient payer deux piastres de supplément et le curé leur donnait quittance, aux uns pour vingtcinq cents, aux autres pour un écu. Un jour, un des aubergistes de la paroisse mourut subitement; il fallut faire l'inventaire: on trouva dans les cahiers de compte que, sur ces dix hommes, pas un n'avait un compte de moins de vingt piastres pour boisson reçue; leurs billets étaient là, il fallut payer et ils payèrent —
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etils étaient trop pauvres pour donner deux piastres au prêtre !!
Encore une fois, mes chers amis, l'enfer attend ceux qui ne veulent pas payer leur dîme, car c'est un vol qui crie vengeance au ciel.
À l'heure du jugement, quand Jésus vous demandera : avez-vous payé vos droits à l'église en telle année ?
J'ai cru, Seigneur, que je ne le pouvais pas. Alors dira le démon: ‘“ pourquoi m'as-tu donné vingt piastres en orgie pendant cette même année là.” Qu'aurezvous à répondre ?
Maintenant un mot de ceux qui vont faire un tour aux Etats. Ils ont des dettes et espèrent pouvoir les payer en traversant les lignes. Peu habitués à la manière dont la dîme est perçue aux Etats, ils sont surpris qu'on les oblige à louer un banc où à payer 10 cents à la
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