‹ Le prêtre intimeChapitre 147 sur 191 · FIN DU VOLUME · texte numérisé non relu

FIN DU VOLUME

Les a Prêtres de Marie »

''Article paru dans la Croix de Paris, et dans la Revue des Prêtres de Marie...)

Titre délicieux, que l'on ne saurait d'ailleurs accuser de nouveauté : car Jésus a été le prêtre de Marie ; saint Jean n'était-il pas aussi le prêtre de Marie ?... Prêtres de la Nouvelle Loi, nous sommes, par là même, tous prêde Marie. Il n'est, pour nous, que de savoir pleinement ce que ce titre veut dire, et de prendre conscience de ce que nous sommes comme prêtres vis-à-vis de Marie. Et voici une association qui ne veut pa^ autre chose que nous donner cette conscience plus vive et plus complète.

Elle réalise au mieux le désir exprimé par Sa Sainteté Pie X dans son Exhortation au Clergé catholique : Hœrent animo (édition augustinienne, page 37) : «de voir les prêtres s'associer pour s'appliquer avec une ferveur plus grarid'- aux devoirs de leur Bainte vocation, el pour mieux travailler au salul des âmes par la mise en commun de leurs idées el de leurs efforts .

Ici la «mise en commun des idées el des efforts fail pour mieux connaître el pour mieux aimer la Sainte Vierge, et, par elle, Jésus.

Petite armée, qui va grandir rapidement, cett< \ ciation s'esl formel el se recrute bous les auspices d'un

des plus admirables serviteurs de Marie : le bienheureux Grignion de Montfort.

Elle porte la bannière de l'ardent apôtre de la dévotion à Marie : la Croix.

Elle a un chef incomparable : en lui donnant tout récemment son nom, le Souverain Pontife, Pie X, n'en a-t-il pas pris la tête ?

Elle a sa théorie très doctrinale et très pratique : le Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge, et le Secret de Marie, du bienheureux Grignion de Montfort, commentés magistralement par le Directeur de l'Association, M. A. Lhoumeau, dans : la Spiritualité à Vécole du bienheureux Grignion de Montfort. Elle a sa Revue : La Revue des Prêtres de Marie Reine des Cœurs; elle a son manuel vibrant et pénétrant rédigé par son Sous-Directeur, M. Texier.

Enclin, comme nous le sommes, à chercher le dogme et l'âme des choses, il nous semble voir trois grandes idées se dégager de ces livres pour les «Prêtres de Marie»: si chacun d'eux en est convaincu profondément, leur armée fera de magnifiques conquêtes : de vertus à l'intérieur, — et de conversions à l'extérieur.

La première conviction que ces livres leur inculquent, c'est qu'ils sont des fils de la Vierge Immaculée, ses fils de prédilection. En concevant le Souverain Prêtre, elle a conçu tous les participants de son Sacerdoce : et elle i enfantés, lorsqu'elle partagea, en Mère du Souverain Prêtre, au pied de la Croix, ses souffrances et son sacrifice.

Et tandis que l'enfant se détache peu à peu et trop souvent s'éloigne de sa mère selon la nature à mesure

que recule la date de sa naissance et de sa conception, le fils de Marie, au contraire, s'il sait répondre à la grâce de sa filiation mariale et divine, s'attachera toujours plus à Marie. C'est de ses mains qu'il prend sa divine nourriture : Jésus... C'est de sa bouche qu'il reçoit le mot d'ordre de ses luttes et de ses travaux. C'est à ses pieds, que dis-je ? sur son Cœur, qu'il veut se reposer. C'est de son Cœur qu'il attend toute lumière, toute grâce, la consolation, le courage... le ciel.

Et la pensée de la naissance qu'il doit à Marie lui ferat-elle oublier la naissance qu'il doit à Dieu ? Loin de là : elle la lui révélera toujours plus suavement et plus fortement.

Et il se dira : puisque je suis, comme le Souverain Prêtre, de race divine, le fils privilégié de Marie et dp Dieu, je serai pur comme ma mère ; j'aurai, comm^ elle, des inimitiés irréconciables avec Satan ; je me parerai des livrées de Marie, je m'armerai de toutes ses vertus, je serai vaillant, comme elle le mérite par sa bonté, sa beauté, son amour...

A l'École de Montfort, les « Prêtres de Marie » apprendront une autre grande idée : c'est que, nés d'elle, ils doivent vivre sans cesse avec elle.

Comme Jésus, formé dans son sein, grandit danbras, ou sous bçs yeux, nourri par elle, élevé par elle, et, dans son apostolat, no s'absente jamais d'elle par îe cœur, et, enfin, but la Croix souffre avec elle; ainsi le prêtiv de Marie est-il, par la pensée et par le cœur, t< Mijours avec Marie. Tous les exercices, souvent Bublimes, de sa milice : Messe, Office divins..., il les accomplit sous ses yeux. — Elle est la Dame de ses combi [uand

il évangélise les âmes, elle est bod Inspiratrice. - S'il

lui arrivait de pécher, elle serait son « Refuge ». — Dans la joie de la bonne conscience, elle est « son Habitation ». — Lorsque son souvenir, qui est comme sa divine atmosphère, se raréfie, il sent la vie lui manquer. — Elle est le « repos de ses soucis », « la lumière de ses ténèbres », la « compagnie très riche de sa solitude ». — Le fond de sa vie est l'intimité avec elle et, par elle, avec Jésus ; car loin que l'amitié envers Marie fasse tort dans son cœur à l'amitié envers Jésus, elle la lui montre de plus en plus précieuse, elle la rend de plus en plus tendre, dévouée, fidèle.

Enfin le bienheureux Grignion de Montfort accoutumera le « Prêtre de Marie » à prendre, sous Jésus, sous la Sainte Trinité, pour terme et pour objectif universel de sa vie, la Très Sainte Vierge, sa Mère bien-aimée. sa très pure et incomparable Amie.

Un admirable modèle des « Prêtres de Marie », le saint curé d'Ars, dans sa jeunesse, pour s'encourager à son rude travail, plaçait au bout de son sillon une image de la Très Sainte Vierge qu'il aimait si tendrement. Le Prêtre de Marie voit ainsi la Très Sainte Vierge au terme de chaque sillon qu'il trace; au terme de ses travaux, comme le repos et le rafraîchissement de son âme... ; au terme de ses voyages ou de ses courses apostoliques, comme la Cité, ou le Foyer.., Elle resplendit au terme de sa vie comme la lumière qui éclaire le redoutable défilé de la mort. Et. en regardant le ciel, il la salue comme sa « Vie et sa Douceur » éternelle, après Dieu : Vita, Dulcedo et Spes nostra, salve.

Et celui-là encore n'aurait rien compris à la dévotion envers la Saint»- Vierge qui serait tenté de craindre que Marie, nous apparaissant au terme de tous nos chemins,

ne soit un écran qui intercepte la lumière et les charmes suprêmes de Dieu. Non, non ! Marie est une suprême délicatesse du Cœur de Jésus ; à son amour il n'a pas suffi de se donner lui-même, il nous a donné sa mère. Don le plus précieux après Jésus, elle est aussi l'avantcourrière de toutes ses grâces et de toutes ses joies, elle est notre initiatrice à Dieu, elle est notre introductrice en Dieu. Elle est « toute relative à Dieu », a dit le Bienheureux, et ne garde rien pour elle. Et se donner à elle à fond, c'est se donner d'autant plus suavement, d'autant plus profondément, d'autant plus entièrement à la Divinité.

Si vous visitiez le tombeau du bienheureux Grignion de Montfort, d'où ont jailli tant de prodiges intimes et de prodiges extérieurs, et sur lequel est née cette Association, très riche de bénédictions et de promesses, des « Prêtres de Marie », vous admireriez la belle basilique qui glorifie et chante à sa manière ce tombeau. Et vous pourriez voir tout autour de cette basilique circuler une couronne de rosaires sculptés : symbole charmant, mais bien incomplet. La vie d'un « Prêtre de Marie » ne doit pas seulement être enguirlandée par la dévotion à la Très Sainte Vierge, elle doit en être tout enveloppée, toute pénétrée, tout animée, toute consolée, pourquoi pas toute ravie ?

La dévotion à Marie, à son Cœur, à son Amour materii«'l. est pour lui une exqiûse dépendance, un rayonnement ravissant de la dévotion au Cœur de Jésus.

Après avoir Bouvenl hanté son sommeil, cette dévotion s'éveille joyeuse avec lui. — Elle se mêle très religieusement à son saint Sacrifice. — Elle enflanm prédication. — Elle sonne pour lui le combat, enchante

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la victoire, ou console la défaite. — Elle lui donne la tendresse sainte à l'égard des enfants, elle lui donne le courage et l'onction près des malades et des mourants. — Elle préside même à ses délassements. — Elle est de part dans ses amitiés et ses intimités. — Elle sourit à ses chagrins. — Elle veille sur son lit de mort et enchante son éternité.

Et loin de nuire — encore un coup — à sa dévotion envers Dieu, elle plonge le cœur du prêtre, toujours plus dévoué et plus joyeux, dans l'abîme de sainteté et de vie qu'est le Cœur de Jésus.

Voilà ce que vous trouverez dans les livres, vrais trésors, que je vous recommandais tout à l'heure ; oublierai-je de dire que Notre Saint-Père le Pape, PieX, accorde sa bénédiction — non moins significative qu'une indulgence — à tout lecteur du « Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge », du bienheureux" de Montfort ? Pour nous, nous n'avons rien eu plus à cœur, dans notre Marie intime ou Culte du Cœur de Marie, que de faire ressortir souvent ses idées si édifiantes et si apostoliques»

Ch. Sauvé.

De la dévotion au Sacré Cœur, comme moyen de la formation cléricale.

(Article publié dans le Recrutement sacerdotal, le 13 mars 1904.)

•Suis-je injuste en disant que la dévotion au Sacré Cœur n'a point encore assez rayonné, il s'en faut, parmi nous, prêtres du clergé séculier, et par là même dans les rangs des fidèles, surtout des campagnes ? Suis-je injuste en disant que, sur cent prêtres, elle peut à peine compter vingt apôtres vraiment déterminés ?

Et pourtant, »il n'est point de dévotion plus belle, plus pratique et plus féconde.

Et pourtant les Souverains Pontifes l'ont si vivement encouragée ! Léon XIII, tout particulièrement, dans sa très remarquable bulle Annum Sacrum, a donné l'impulsion la plus étendue, en même temps que la plus énergique, au mouvement qui emporte les âmes vers le Cœur de Jésus. Il a invité toute l'Église, et même le monde entier, à lever les yeux avec une religion profonde, et d'ardentes espérances, vers ce « Signe nouveau, signe tout divin, le Sacré Cœur de Jésus », qui apparaît comme un autre Labarum. Il pçoclam-' que : ■ En lui nous devons placer tout espoir ; que de lui il faut solliciter et attendre le salut de la société. »

On pourrait, ce nous semble, assez rapidement et

surtout sûrement, faire, du plus grand nombre des prêtres, des apôtres très actifs de cette grande dévotion. Il suffirait de bien comprendre, et de se dire, une bonne fois, qu'elle est un moyen des plus efficaces d'éducation cléricale. En des temps où cette œuvre si grave va devenir plus difficile, comme elle serait bien plus richement bénie ! et un avenir assez prochain pourrait voir beaucoup d'âmes sacerdotales propageant avec zèle le culte du Sacré Cœur qu'elles auraient appris de bonne heure à aimer : on n'est, d'ordinaire, pénétré profondément d'une dévotion que si l'on y a été initié dès l'enfance.

Le grand Éducateur, surtout des clercs, est Jésus- Christ. On élève ces enfants dans la mesure où l'on fait intervenir en leur âme et en leur vie Celui qui est, à la fois, le docteur, l'idéal, la source de toute vertu.

Avoir, au premier chef et pleinement, les sentiments de Jésus-Christ, ce sera la vie sacerdotale ; avoir ces sentiments en germe ou même assez développés, ce doit être déjà la vie du Petit Séminaire.

Non pas qu'on puisse transformer le Petit Séminaire en Grand Séminaire : on ne doit pas ici, en général, brûler les étapes.

Déjà, pourtant, l'enfant des Petits Séminaires doit être saisi par l'intérieur, initié aux « sentiments de Jésus- Christ )\

Sans doute, une des grandes différences entre l'éducation de l'État et celle de l'Église, c'est que l'État, d'ordinaire, ne peut guère prendre les enfants que par l'extérieur, par la discipline.

L'Église ne veut pas, assurément, que l'on néglige la discipline ; mais la culture de l'âme est son principal

souci. De l'éducation, elle n'entend point qu'on oublie le corps ; pourtant elle en soigne, avant tout et pardessus tout, ce qui en est l'âme.

Et plus ces enfants et ces jeunes gens sont choisis. plus la conscience parle en eux : plus elle les prend ainsi par l'intérieur ; et, en particulier, pour les clercs qui doivent réaliser, un jour, la vie intérieure, la vie d'âme, en sa plénitude et sa perfection, si l'on ne s'adresse principalement au cœur, si l'on n'appuie pas souvent sur les ressorts les plus intimes pour obtenir le travail, la disfiplinp, on manquera, au moins en grande partie, l'œuvre très grave et très délicate de la formation cléricale.

Et justement, le culte du Sacré Cœur est un moyen aussi pénétrant que puissant de s'adresser au cœur : il excelle à prendre l'homme par l'endroit le plus profond. Qu'est-il, en elîet, — je ne fais pas un jeu de mots, — sinon un cœur à cœur avec le divin Maître ? C'est l'intérieur de Jésus qui s'ouvre et se déploie devant l'âme de l'enfant. C'est en Jésus, où tout est si bon, ce qu'il y a de plus aimable, l'amour immense, l'amour du Fils de Dieu pour le monde, et, en particulier, pour cette chère et précieuse petite âme d'enfant appelée au Sacerdoce, qui se révèle et provoque co qu'il y a de meilleur en elle.

Mais nous devons montrer en détail comment le culte du Sacré Cœur est merveilleusement fait pour la culture de la vie d'âme, et donc pour préparer un enfanl au sacerdoce.

Personne n'a autant besoin d'intimité, d'affection, (pu- les ^niants, surtout ces enfants rlmisi<. au cœur plus pur, à l'âme plus délicate, qui. aux yeux 'lu

portent sur le front l'étoile de la vocation sacerdotale. Ils sortent de la famille, de l'intimité naturellement incomparable, de la mère. Sans doute, ils vont trouver des maîtres qui sauront les aimer avec un dévouement profond, une tendresse divine... ; mais, en réalité, rien, ici-bas, ne saurait prétendre à remplacer dans l'âme du jeune clerc l'intimité familiale, si ce n'est l'intimité d'un Dieu.

Au cœur de cet enfant qui a connu le dévouement sans bornes et infatigable de sa mère, et qui, pour mieux être à Dieu et aux âmes, veut renoncer à fonder lui-même plus tard une famille naturelle, il faut quelqu'un qui dépasse de bien loin le frère, la sœur, le père, la mère elle-même ; quelqu'un qui ait, à l'infini, l'amour maternel. Et ce quelqu'un, c'est Jésus-Christ, devant lequel il est doux et facile aux directeurs, aux professeurs, si dévoués soient-ils, de s'avouer impuissants à combler le vide de l'intimité maternelle.

Et voilà, précisément, le caractère de la dévotion au Sacré Cœur : de présenter à l'enfant Jésus-Christ comme Quelqu'un, quelqu'un qui est le Fils même de Dieu, et qui s'est fait son frère ; qui a pris un cœur humain,' et qui a du cœur comme personne au ciel et sur la terre.

Par elle, Jésus vous montre son cœur humain pour vous dire que son âme et sa divinité vous chérissent, enfant appelé au sacerdoce, avec une délicatesse, une ardeur de charité, une profondeur de dévouement dont rien n'approche.

Il vous apparaît comme Quelqu'un de souverainement tendre, expansif, généreux, libéral, qui vous invite à lier avec lui une intimité sans pareille, à lui confier vos peines et vos joies, vos craintes et vos espérances, tout ce qui vous tient au cœur ; qui répond à vos épanchements, qui ne vous trahira jamais, qui n'usera de vos

DEUXIÈME APPENDICE 4j[

secrets que pour vous consoler, vous fortifier, vous combler de biens ; comme quelqu'un aux yeux duquel, si pr-tit que vous soyez, vous êtes vous-même quelqu'un dont il compte tout effort, tout sacrifice, toute joie, toute peine ; dont il apprécie et désire souverainement l'amour.

La dévotion au Sacré Cœur leur montre aussi Jésus comme Quelqu'un qu'ils peuvent aimer de toute leur âme. A ces enfants qui s'émerveillent de talent et de génie, de beauté littéraire par exemple, d'héroïsme, l'Église enseigne que dans l'âme de Jésus, sous le symbole révélateur du Cœur, ils peuvent admirer, adorer toutes les richesses de l'intelligence et du génie, de la lumière et de la science ; toutes les splendeurs de la vraie beauté et, surtout, des abîmes d'amour, de dévouement. Ils savent que, avec cette Ame, ils trouvent en Jésus toutes les perfections de la Divinité : sainteté, puissance, grandeur, beauté infinies.

Ils peuvent donc l'aimer de tout leur cœur, avec toutes l»s tendresses chastes de leur sensibilité, avec toutes les énergies de leur volonté, soit de l'amour intéressé le meilleur, soit de l'amour de charité le plus pur. Ils peuvent faire du Christ, infiniment aimant, l'orgueil de leur vie, le trésor, la volupté très pure de leur âme, leur livre préféré, leur ami le plus intime, chéri avec passion, admiré et adoré avec enthousiasme.

La dévotion au Sacré Cœur leur montre en J Quelqu'un qu'ils peuvent adorer comme le devoir en personne. Les enfants ne sont pas faits pour l'abstraction. Parlez-leur de laloi théorique, du devoir abstrait, de temps • il t'-mps, à la bonne heure. Mais si c'est par là qu'habituellement vous préti adez les saisir, vous réussirez bien peu. La dévotion au Sacré Cœur les mel en Quel-

qu'un qui ost le devoir concret et vivant.

Jésus, c'est le Devoir qui a un cœur, qui vous a in

veut être aimé comme on aime la personne la plus aimable ; il est la pureté, la bonté, la force, la douceur, toute vertu en personne. La croix, elle-même, n'est pas abstraite : elle s'anime et devient le Crucifix. Et, en aimant Jésus, le Devoir vivant, et toute vertu en personne, l'enfant demeure pur ou le .redevient s'il lui arrivait de faillir ; peu à peu, la préoccupation du sacrifice, du dévouement, de la vie pour Dieu et pour les âmes, le pénètre. Jésus, plénitude de la vie chrétienne et sacerdotale, doucement l'envahit et s'empare de son coeur.

Il est intéressant de voir combien les âmes, non encore frelatées et blasées, des enfants, sont accessibles à l'idée du sacrifice. Et, à cet endroit, il nous revient, entre bien d'autres traits, un fait simple et sublime de jeunes enfants se préparant à la Première Communion. C'est Mgr Hautin, alors vicaire général d'Orléans, qui le rapportait au Congrès eucharistique d'Avignon (1882), en rendant compte d'une œuvre de Première Communion établie dans cette ville en faveur des petites vagabondes.

«Aux approches de la Première Communion, les enfants recueillies par des dames charitables font, chaque jour, quelques sacrifices d'obéissance ou de travail, de piété, d'une vertu quelconque, pour Jésus Eucharistie. Ces sacrifices sont comptés, et les maîtresses déposent dans une urne destinée à cet usage un nombre de grains de blé égal à celui des actes méritoires accomplis pendant la journée. La semaine de la Première Communion, les grains sont réduits en farine, et cette farine devient la matière des hosties qui sont consacrées au jour béni de la Première Communion. Ainsi, ce sont de pauvres enfants qui achètent, au prix de leurs efforts et de leurs sacri-

fices, la matière de l'Eucharistie qu'elles reçoivent pour la première fois1. » Voilà comment de petites vagabondes sont accessibles à l'idée du sacrifice. Elle sera mieux accueillie encore par des enfants qui aspirent au sacerdoce; mais c'est à la condition qu'elle leur soit inculquée d'une manière persuasive et pénétrante.

Et je ne sais point de manière plus persuasive et plus pénétrante que la dévotion au Sacré Cœur. Sous le symbole du Cœur blessé de Jésus, c'est le Fils de Dieu aimant le monde, et les aimant, eux, en particulier, jusqu'au sacrifice suprême, jusqu'au sacrifice de la Croix, qu'elle leur révèle. C'est le sacrifice en personne, j'ose le dire, qu'elle leur fait adorer.

Pour Celui qui vous a tant aimés, semble-t-elle leur dire, ne ferez-vous pas quelque chose : le sacrifice d'une parole, d'un caprice, d'une tentation de mollesse au travail..., à plus forte raison le sacrifice d'une passion qui vous incline à l'offenser ?

Ceux qui savent exploiter l'idée du sacrifice dans des âmes d'enfants peuvent en tirer ainsi une multitude de petits ou de grands actes de renoncement, de dévouement. Mais, surtout, si vous évoquez vivement le souvenir d'un Dieu qui les a aimés jusqu'à mourir pour eux, vous pourrez, en des enfants plus généreux, mettre peutêtre le rêve du martyre ; vous y mettrez bien mieux encore : la préoccupation, plusieurs fois le jour, et, pour certains enfants bien des fois le jour, de faire quelque sacrifice pour Jésus-Christ, par amour pour lui.

« Tout par amour », tout pour donner la réplique à Jésus qui s'est donné pour moi : on ne Baurait croire ce

i. Corblet : Histoire dogmatique ^ liturgique et archéologique du sacrement de V Eucharistie, t. I. |>. 179 (Paris, 1'

qu'un zèle ardent, une piété vive, peuvent obtenir, avec ces maximes, du cœur d'un enfant.

Non pas qu'il faille prêcher l'amour pur d'une manière indiscrète :« Tout par amour », la plupart du temps l'enfant n'interprétera cette devise que dans le sens d'un amour intéressé pour Jésus-Christ, et cela est très bon. « Tout pour Jésus-Christ » , se dira-t-il, tout pour Jésus- Christ, ma joie, mon trésor, ma volupté ; pour lui, cet acte de courage contre le respect humain, cet effort dans l'étude, cette acceptation d'une humiliation ou d'une souffrance... « Tout par amour » : de temps en temps l'enfant s'élèvera plus haut, jusqu'à la charité pure : il s'oubliera un instant pour Celui qui est toute bonté, toute beauté, toute perfection ; et, par exemple, il contractera l'habitude de faire des actes de contrition parfaite dans le cas d'une faute plus ou moins grave, en songeant qu'il a offensé Celui qui est la bonté même.

Et ainsi se formera-t-il à s'oublier et à se vaincre pour Jésus et pour tout ce que Jésus aime ; il commencera de mener une vie plus chrétienne et déjà sacerdotale, une vie à base de sacrifice, en attendant qu'un jour l'idée du sacrifice s'empare de toute sa vie et s'oit la vie de sa mort.

Ceux qui se consacrent à l'éducation des enfants dans les Petits Séminaires ont pu constater que la plupart d'entre eux, un jjour ou l'autre, rêvent des missions dans les pays lointains ; l'imagination, d'ordinaire, fait les frais principaux de ces vocations éphémères.

11 y a là, néanmoins, un signe qui trahit le besoin de se donner et de se dévouer plus complètement. Ce désir qui fermente dans les âmes plus choisies ne saurait être mieux cultivé, rectifié, développé, divinisé que par la

DEUXIÈME APPENDICE. 4y5

dévotion au Sacré Cœur. Si, en effet, le culte du Sacré Cœur a particulièrement pour objet Jésus se sacrifiant sur la Croix par amour, il ne s'adresse pas moins à Jésus se donnant, par amour encore, dans l'Eucharistie : se donnant corps et âme et divinité, ne réservant rien de luimême et de ses biens.

Faites donc, avec zèle, briller, éclater cette grande vérité sur l'âme, mobile, mais sincère et nouvelle, des enfants, et vous leur apprendrez de la plus persuasive manière à se dévouer. En voyant le don le plus réel et le. plus absolu, ils se formeront à se dévouer eux-mêmes généreusement. Peu à peu se fixera en eux l'idéal de la vraie vie sacerdotale, qui est essentiellement une vie donnée, dévouée, sans réserve, sans cesse, à Dieu, aux

âmes.

La dévotion au Sacré Cœur, comme moyen de formation cléricale, peut être employée d'une manière déjà très efficace par la direction particulière. Des confesseurs, dans les Petits Séminaires, en inculquant vivement aux enfants le « Tout par amour », le sacrifice, le don au Sacré Cœur, l'union au Sacré Cœur, ont obtenu les résultats les plus consolants, et nous regrettons que la discrétion nous oblige au silence.

Si à la direction particulière se joint la direction générale, et de temps en temps une prédication instructive et pressante, l'influence de la dévotion au Sacré Cœur sera plus puissante encore*.

Mais la dévotion au Sacré Cœur n'aura sa plénitude d'influence que si à la prédication extérieure s'ajoute l'éloquence des faits, des œuvras.

Et ici, de règles et de rédactions écrites ou inspi par le maître éducateur qu'était Mgr Dupanloup, e< que

l\-]6 . DEUXIÈME APPENDICE.

liraient avec grand profit tous ceux qui s'occupent d'éducation, nous détachons seulement une page qui tombe avec autorité sur cette idée.

Au Petit Séminaire de La Chapelle : « Il y a une congrégation des Saints Anges pour les jeunes enfants. Le caractère de cette congrégation est une piété naïve, quelque chose qui ressemble à son nom. La dévotion aux Anges Gardiens, pour ces petites âmes, plus ou moins innocentes, a un véritable attrait. Il y a là un rapport qui frappe. Et dans les enfants eux-mêmes, il se trouve une sympathie naturelle qui leur ouvre le cœur.

« Il y a une congrégation de la Sainte Vierge pour les enfants plus âgés, pour ces enfants arrivés à l'âge critique où les passions jettent le trouble et font souvent commettre des fautes déplorables. Une congrégation qui les prend, leur saisit le cœur, et les consacre à la Reine des Vierges, est très certainement encore dans l'ordre de leurs besoins, de leurs sentiments. Cette heure de la vie est orageuse : l'Étoile de la mer leur apparaît.

« Le caractère de la congrégation de la Sainte Vierge est un mélange de piété et gaieté ; les enfants de cet âge ont des saillies de caractère et des élans de ferveur. Il y a un certain turbatum dont il ne faut pas s'effrayer ; la main de la divine Mère laisse un peu le frein libre, et sa douce voix rapelle à l'ordre. Des trois congrégations, c'est celle qui est appelée à rendre aux âmes les services les plus nécessaires.

« Il y a enfin une congrégation du Sacré Cœur pour unir plus étroitement à Jésus-Christ les enfants d'élite qui ont passé par les orages, qui se sont déjà affermis dans la vertu, mais qui ont besoin d'aimer : la congrégation du Sacré Cœur est bien trouvée. Nulle dévotion n'est à la fois plus douce et plus forte que celle du Cœur sacré où l'on trouve en même temps tout l'amour, toutes

vertus, toutes les grandeurs ; un abîme de lumière et de charité, comme du saint Bernard.

« Le caractère de la congrégation du Sacré Cœur est plus sérieux : c'est la piété solide..., l'amour de Jésus- Christ qui dominent.

« Elle fournira des élèves d'honneur qui devront inspirer le bon esprit aux autres, et appuyer des meilleurs exemples tous les efforts de l'autorité pour la direction morale de la maison. Et cela avec franchise et sans respect humain : tout au grand jour. »

Ch. Sauvé, S. -S.

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